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Une cigogne hors d'âge : à la pie

9 pages
impr. de Barlatier-Feissat père et fils (Marseille). 1871. France (1870-1940, 3e République). 8 p. ; in-8.
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UNE
CIGOGNE HORS D'AGE
( Constantine )
A LA PIE
( Philippeville )
MARSEILLE
TYP. ET LITH. BARLATIER-FEISSAT PÈRE ET FILS
Rue Ventura, 19.
1871
UNE CIGOGNE HORS D'AGE
( Constantine )
A LA PIE
( Philippeville )
CONSTANTINE, 23 Avril 1871.
Vous n'ignorez pas, ma chère, que je suis de bonne race.
Les vertus morales attribuées aux cigognes, telles que la
reconnaissance, la piété filiale qui leur valut chez les Grecs,
l'honneur d'une loi qui portait leur nom et obligeait les en-
fants à nourrir leurs parents dans leur vieillesse ; la tempé-
rance, la fidélité conjugale, l'amour paternel leur ont mérité,
chez les Egyptiens, le respect de la nation et un culte par-
ticulier.
Dans les augures, l'apparition de la cigogne signifiait union
et concorde ; dans les hiéroglyphes, piété et bienfaisance.
Partant de ce principe que : « noblesse oblige » j'ai toujours
eu le culte des souvenirs et de mon origine. Il y a quinze ans,
à peu près, subissant l'influence de plusieurs de mes compa-
gnes qui me vantaient le charme du séjour en Algérie, je me
décidai à les suivre.
Nous arrivâmes à Constantine vers la fin du mois de
mars 1856.
J'avais déjà beaucoup vécu, et cependant je croyais que
celles de mes compagnes qui m'avaient mise en mouvement
par leurs instances et leurs conseils m'aideraient dans le
choix de mon pied à terre et dans les premières difficultés de
mon installation Il n'en fut rien.— Je m'étais rendue
utile pendant le voyage, on me lâcha, chacun ne se préoccu-
pant que de réaliser la plus grande somme de gros bénéfices
1871,
— 2 —
personnels .... Je planai longtemps sur la haute ville avec
l'intention d'y fixer mes pénates.
A plusieurs reprises je m'abattis sur des maisons de belle
apparence, mais les odeurs de la rue, où les débits ne se
comptent plus, les bruits écoeurants de l'orgie, l'écho des
mauvais propos m'efirayèrent ; je pris mon vol et je m'éloignai
des riches quartiers.
Déjà j'avais pris le parti de quitter cette ville inhospita-
lière, lorsqu'au milieu des masures qui couvrent le rocher de
Constantine, j'aperçus un petit point blanc. ... Une margue-
rite dans un champ de chardons !...
Ne pouvant résister à ma curiosité, je fondis comme une
flèche sur le point qui avait fixé mon attention.
J'étais sur la terrasse d'une petite maison dont l'étage su-
périeur était habité par des ouvriers.
Tout, autour de moi, respirait la régularité, la propreté, la
vie heureuse.
Sur cette terrasse, où s'épanouissaient gaiement quelques
fleurs, ouvrait de plain-pied un petit logement de trois pièces,
occupé par un jeune ménage.
Jean, beau garçon de 28 ans, exerçait la profession de tail-
leur de pierres, il était marié depuis trois ans avec Thérèse,
délicieuse petite femme qui n'avait pas perdu son temps
Ils avaient deux enfants ; Marie, l'ainée, avait deux ans, Louis
n'avait que quelques mois.
L'union la plus parfaite semblait régner entre tous.
Thérèse avait le travail intérieur, l'entretien du ménage, le
gouvernement de la maison, tous les soins minutieux qui
rendent supportable, qui charment la vie à deux.
A Jean revenaient les rudes labeurs du corps, indispensables
à la fécondation des sources alimentaires de la famille.
Mon parti fut bientôt pris, mon choix était fixé. — Bien ré-
solue à vivre seule, je me laissai cependant entraîner par
l'exemple et je pris mes dispositions pour établir ma couche
solitaire : un peu de confort ne nuit jamais.
Dans les premiers jours, nos rapports furent très réservés ;
Thérèse et Marie me regardaient avec étonnement ; moi, je ne
pouvais réprimer un tressaillement lorsqu'un frais éclat de
la voix sonore de Jean se faisait entendre Il y avait entre
nous une certaine sympathie, mais la glace n'était pas
brisée.

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