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Une Opinion selon la conscience et le bon sens, au point de vue religieux, politique et financier. (12 juin.)

39 pages
Godfroy (Le Havre). 1871. France (1870-1940, 3e République). In-8 °. Pièce.
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UNE OPINION
SELON LA CONSCIENCE ET LE BON SENS
AU POINT DE VUE
RELIGIEUX, POLITIQUE ET FINANCIER
« La religion et la liberté s'uniront un jour,
et il en résultera une clarté nouvelle et
éclatante dont le monde sera réjoui... »
M. EMILE OLLIVIER,
Discours du 27 Mars 1865.
« Il faut faire rendre à l'impôt tout ce qu'il
peut rendre. »
M. HUMAN.
HAVRE
RENÉ GODFROY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Imprimerie T. LECLERC, Cours do la République, 174
1871
Après une guerre terrible contra l'étranger, après
une lutte sanglante contre le socialisme armé, la France
épuisée, amoindrie, mais debout encore au milieu des
ruines, a besoin de se recueillir.
Elle a tout à reconstituer ; gouvernement, armée,
finances. Du moins les enseignements ne lui auront
pas manqué, et, s'il est vrai que l'on s'instruise à l'école
du malheur, il ne lui reste rien à apprendre.
Qu'elle cherche donc dans l'étude du passé les bases
d'une réorganisation féconde pour l'avenir.
A ses représentants de reconstruire l'édifice social,
à chaque citoyen d'apporter sa pierre à l'édifice.
Nous venons apporter la nôtre.
I
Chacun explique à sa manière les événements qui
viennent de s'accomplir d'une manière si rapide et si
triste pour notre patrie.
On accuse l'Empire, on accuse les généraux, on
accuse les soldats., et tout le monde maudit les dévas-
tateurs de Paris.
Sans doute, le gouvernement impérial a fait une faute
immense ; et quoique, pour être juste, il faille reconnaître
qu'en déclarant la guerre à la Prusse, il a cru obéir à
un sentiment d'honneur et de patriotisme, les consé-
quences de cette faute ont été si désastreuses que l'on
comprend l'indignation générale.
Les chefs ont pu se tromper; des soldats improvisés
ont pu éprouver des défaillances en présence d'ennemis
toujours supérieurs en nombre et toujours victoriens.
Mais sont-ils sans reproche ces hommes, ennemis-
du pouvoir tant qu'ils ne sont pas au pouvoir, qui cher-
chent à répandre dans l'armée l'esprit d'indiscipline,
qui attaquent, un gouvernement, non pour l'éclairer,
mais pour le renverser, et qui, par une opposition sans
trêve et sans merci, paralysent ses efforts, elle poussent
peut-être à des entreprises hasardeuses ?
Il n'y a qu'un cri de réprobation contre ces forcenés
qui ont opprimé Paris pendant deux grands mois,
rêveurs sinistres qui ont voulu faire triompher par la
terreur des utopies impraticables, incapables de rien
fonder,, capables de tout détruire; contre ces citoyens
bien coupables ou bien égarés qui ont soutenu un
pareil pouvoir et ont tourné contre la patrie les armes
qu'on leur avait données pour la défendre; multi-
tude sans morale et sans foi, criant aujourd'hui »
à Berlin, demain : vive la Commune, toujours prête
pour l'émeute et les révolutions.
Mais sont-ils moins coupables ceux qui ont enlevé
de l'esprit de ces malheureux toute foi et toute morale ?
qui, tous les jours, par les livres et par les journaux,
attaquent tous les principes, détruisent toutes les
croyances et cherchent à établir le culte exclusif des
intérêts matériels et des jouissances matérielles.
Hommes d'intelligence cependant, et qui ne com-
- 5 —
prennent ni d'où vient leur intelligence ni à quels
abîmes ils conduisent l'humanité !
Hommes de talent et qui prostituent ce don de Dieu
en flattant les passions et répandant l'erreur !
Hommes qui veulent l'ordre, pour la plupart, et
qui ne voient pas qu'ils sont les premiers fauteurs du
désordre !
Pour eux l'humanité est tout, et Dieu est comme
s'il n'existait pas.
Ils ne cessent de rappeler à l'homme ce qu'ils appel-
lent ses droits, et de cette chétive créature qui à peine
dans son berceau a déjà un pied dans la tombe, ils
ont fait un être superbe qui ne reconnaît plus aucun
pouvoir, qui ne veut souffrir aucune supériorité.
Ils lui disent que la raison doit être la seule règle
de ses actions; et cette raison que Dieu lui avait
donnée pour règle première de sa conduite et qui
faisait toute sa noblesse et sa dignité, il ne sait plus
s'en servir. Egaré par les-fausses doctrines, entraîné
par les passions, il est descendu à un état de dégra-
dation qui le place au-dessous de la brute elle-même.
Sous l'influence de ces principes l'homme est devenu
un triste mélange d'orgueil et de bassesse, de fausse
science et de méchanceté.
On lui parle beaucoup de morale, c'est vrai, —Mais
cette morale, en quoi consiste-t-elle ? on ne le dit
guère.
Mais cette morale, où en est la sanction ?... nulle
part.
Mais cette morale, comment l'enseigne-t-on ? par-
les journaux dont un trop grand nombre répandent
des doctrines malsaines dans tous les rangs de la
société, par les clubs où les écarts de la parole le
disputent à la démence de la pensée, par les théâtres
où le plus souvent l'on dorme pour aliment aux pas-
sions les spectacles les plus indécents, et pour nourri-
ture à l'esprit les attaques contre la religion et la
réhabilitation de la courtisane.
On a voulu chasser Dieu de l'esprit de l'homme et
on a chassé la conscience.
L'homme ne sait plus distinguer le juste de l'injuste,
l'honnête de ce qui ne l'est pas.
Pauvre, il voit une injustice dans la fortune du
riche ;
Malheureux, il voit une injustice dans le bonheur
de celui qu'il croit plus heureux que lui ;
Travailleur, il voit une injustice dans la nécessité
qui l'oblige au travail ;
Et tout ce qui peut réparer cette injustice paraît
juste à ses yeux.
Que lui parlez-vous d'ordre maintenant ? l'ordre
est bon pour ceux qui ne manquent de rien. Celui qui
souffre, lorsqu'il ne croit pas à la loi de Dieu, et qu'il
se croit assez fort pour braver les lois humaines, doit
nécessairement se mettre au-dessus de ces lois. Lui
aussi peut dire : « La Force prime le Droit. »
Vous avez remplacé les lois de Dieu, que vous ne
voulez pas comprendre, par les lois de la nature, que
vous ne comprenez pas davantage, et l'homme obéit
aux lois de la nature qui le portent à changer par
tous les moyens en son pouvoir une position qui ne lui
permet pas de satisfaire ses désirs.
De là cette révolte de l'homme contre la loi du tra-
vail et de la souffrance, problème immense que la phi-
losophie ne pourra jamais expliquer, que le socialisme
ne pourra jamais résoudre, que la religion seule
explique et résout.
Quoi qu'il en coûte à son orgueil, l'homme ne s'est
pas fait lui-même. Etre créé, il doit obéir aux lois po-
sées par son créateur, et ces lois ne peuvent être que
l'expression d'une justice infaillible,
Les unes régissent le monde physique et matériel ;
l'homme reconnaît qu'il ne peut rien contre elles, et il
se soumet.
Les autres régissent l'ordre moral, et leur observa-
tion ferait le bonheur de l'humanité; mais l'homme,
dans son libre arbitre, ne veut pas les reconnaître; il
se révolte contre elles, et chaque désobéissance ap-
pelle nécessairement l'expiation.
Que l'individu désobéisse à Dieu, Dieu a l'éternité
pour lui en demander compte; mais les sociétés n'ont
d'existence que sur la terre, et c'est sur la terre que
les peuples prévaricateurs doivent expier leurs préva-
rications.
De là les calamités qui passent sur les nations, et
lorsque les révolutions arrivent, emportant les gou-
vernements et écrasant les peuples, c'est que peuples
et gouvernements sont coupables.
Lorsque nous voyons la France, hier encore la pre-
mière des nations en gloire, en richesse, en puissance,
aujourd'hui amoindrie, humiliée, ruinée,, pouvons-
nous ne pas nous souvenir qu'elle était aussi la pre-
mière à donner l'exemple du désordre et à répandre
dans le monde entier les doctrines subversives.
Lorsque nous voyons la ville de Paris, hier encore
la reine des cités par son luxe et sa splendeur, triste
aujourd'hui et dévastée, pouvons-nous oublier que,
nouvelle Babylone, elle était reine aussi par le vice,
et peut-on s'empêcher de faire un rapprochement entre
les monuments de la capitale détruits et ces statues
élevées naguère dans son sein par la luxure et l'im-
piété?
Peut-être comprendra-t-on, maintenant quel enchaî-
nement existe entre la faute et l'expiation, et comment
l'orgueil appelle l'humiliation, la présomption la fai-
blesse, la paresse la pauvreté,l'abus de la liberté le
despotisme, l'abus du pouvoir les révolutions, la dé-
pravation des moeurs la perte de l'énergie et l'égare-
ment de la raison, le mensonge et l'impiété tous les
fléaux qui peuvent rappeler l'homme à Dieu et à la
vérité.
On s'est grandement moqué en France du roi Guil-
laume rendant grâce à Dieu de ses succès. Notre gou-
vernement eût mieux fait de l'imiter et d'avoir recours
à Dieu dans nos revers. Le roi de Prusse avait raison;
rien n'arrive sans la volonté du Tout-Puissant; et,
soit que le vainqueur ait dû ses victoires à son mé-
rite, soit qu'il ait passé sur la France comme un fléau
envoyé pour la punir, il faut voir la main de Dieu dans
les événements inouïs dont l'accomplissement a grandi
l'Allemagne et abaissé la France; il faut la voir aussi
dans le triomphe du crime au sein de la capitale,
triomphe qui, grâce à Dieu encore, n'a été que pas-
sager et doit ouvrir les yeux de tous les hommes de
bonne foi sur le mérite des doctrines purement huma-
nitaires.
Et cependant la France n'a pas cessé d'être la na-
tion généreuse, toujours prête à prendre en main la
cause de la justice, la défense du faible et de l'op-
primé. Dans les guerres même entreprises sous le se-
cond Empire, soit qu'on les approuve, soit qu'on les
blâme, il faut, reconnaître que la France s'est toujours
mise en avant dans l'intérêt général ou dans un but
d'humanité.
Et cependant, sur cette terre de France, à côté du
vice, ne trouvons-nous pas l'exemple de toutes les ver-
tus? À côté des propagateurs de l'erreur, ne voyons-
nous pas de nombreux et zélés défenseurs de la vérité ?
Et le sang des victimes innocentes ne crie-t-il pas
miséricorde?
Espérons qu'après l'expiation viendra le pardon, et
que, sous l'empire d'institutions nouvelles basées sur
la justice, la France cicatrisera ses plaies, relèvera
ses ruines et reprendra sa place parmi les nations.
Celui qui peut abattre peut aussi relever, et l'élévation
peut être aussi rapide et éclatante que la chute a été
prompte et désastreuse.
Mais vous tous qui voulez diriger les Hommes et qui
comprenez la nécessité de l'ordre, cessez de vouloir
faire une société sans Dieu. Vous n'y parviendrez pas;
Dieu sera toujours le plus fort. Il s'impose à vous à
votre insu, malgré vous et toujours.
Lorsque vous reconnaissez l'inégalité des conditions,
lorsque vous voulez l'obéissance à l'autorité, la sou-
mission des enfants envers leurs parents, le respect
de la propriété; lorsque vous honorez la vertu et flé-
trissez le vice ; lorsque vous protégez par des lois les
liens du mariage et la famille, que faites-vous, sinon
reconnaître, défendre et proclamer la loi donnée par
Dieu même!
N'oubliez donc pas que notre civilisation est l'oeuvre
du christianisme, et ne vous amusez pas à chercher
des croyances nouvelles pour les besoins de l'huma-
nité. La vérité est une et de tous les temps ; la nou-
veauté est le caractère de l'erreur,
- 10 —
Lorsqu'on 1867, M. Sainte-Beuve écrivait qu'un
peuple sans religion était un peuple en décadence, il
avait raison.
Lorsqu'il disait ensuite que la foi avait disparu,
ruinée par la science, il avançait une double erreur.
Et lorsqu'il ajoutait qu'il fallait chercher, à défaut
dès anciennes croyances, des convictions capables de
faire une base nouvelle à la justice et à la morale, il
émettait une proposition contraire au bon sens.
Si les croyances anciennes vous paraissent inad-
missibles, pensez qu'elles sont acceptées, cependant,
par des hommes intelligents autant que vous., par des
hommes de génie non moins que vous, et vous recon-
naîtrez que ces choses qui vous paraissent des folies
pourraient bien être des choses divines,
N'allez pas chercher dans l'histoire des temps passés
le souvenir des crimes commis par l'ignorance et les
passions humaines, au nom de la religion; car vous
pouvez vous rappeler aussi, vous pouvez voir, en ce
moment même, l'énormite des crimes commis au nom
de la liberté.
Si enfin vous aspirez sincèrement à rendre les
nommes meilleurs et plus heureux, laissez faire aussi
ceux qui lui apportent, au nom de Dieu, là morale la
plus pure et les consolations les plus efficaces.
II
La religion a pour devise : « Dieu et le prochain.
— 11 —
Elle a pour but la gloire de Dieu et le bonheur de
l'homme.
Sous ce double rapport, elle a droit au moins à
votre respect.
Lorsque vous réclamez pour bases des institutions
civiles la liberté, l'égalité, la fraternité, vous devriez
vous rappeler que bien avant 89, une voix plus auto-
risée que celle d'un homme avait proclame et la liberté
et l'égalité et la charité, la charité qui vaut mieux et
qui dit plus que la fraternité; car elle unit Dieu à
l'homme dans ces rapports de bienveillance et d'amour.
Que les institutions du pays reposent donc sur ces
principes. Bien loin de s'y opposer, la religion vous y
convie : qu'ils soient appliqués franchement, mais dans
les limites du possible, de l'ordre, de la justice. Ce
que la religion défend, c'est la licence ; ce qu'elle ne
veut pas, c'est qu'en proclamant les droits de l'homme,
on oublie ceux de Dieu et de la société.
Vous voulez la liberté de la presse! que la presse
soit libre, mais qu'il lui soit défendu d'outrager Dieu,
de corrompre les moeurs, d'insulter le gouvernement.
Vous voulez la liberté d'association ? que les asso-
ciations soient libres ; mais qu'elles aient lieu au grand
jour, dans un but moral et utile; mais plus de ces so-
ciétés secrètes qui ne peuvent tramer dans l'ombre que
des complots et des révolutions.
Vous voulez la liberté de conscience ? mais pourquoi
tout ce bruit autour de ce mot 2 Pourquoi crier au clé-
ricalisme, à la théocratie ? l'incrédulité est-elle persé-
cutée? les auto-da-fé sont-ils allumés? regardez froi-
dement et vous verrez de quel côte est la liberté, de
quel côté est la persécution. Il nous semble que rien
ne gêne le libre-penseur dans l'exercice de son indif-
férence, tandis que nous voyons bien souvent le chré-
- 12 —
tien ne pouvoir, de par la police de certaines villes,,
adorer Dieu à la face du Ciel, et qu'il suffit de porter
un habit religieux pour perdre les droits accordés aux
autres citoyens.
La liberté de conscience! oui, nous la voulons, parce
qu'elle est la plus précieuse de toutes les libertés, et
qu'avec elle l'honnête homme est toujours libre, parce
que la foi religieuse ne s'impose pas par la force, mais
s'insinue par la persuasion. Mais ce que vous deman-
dez, ce n'est pas une liberté que vous possédez dans
toute sa plénitude, c'est le pouvoir de vous attaquer à
la liberté d'autrui et de détruire les croyances reli-
gieuses.
C'est ce but que vous poursuivez, lorsque vous de-
mandez sur tous les tons l'instruction primaire, gra-
tuite, obligatoire et laïque.
Obligatoire! ce mot ne va guère avec celui de liberté,
et pourquoi obligatoire? est-ce qu'il est un père de
famille qui ne désire l'instruction pour ses enfants?
S'il ne les fait pas instruire, c'est qu'il ne le peut pas.
Gratuit ! Pourquoi encore ? Si l'instruction pri-
maire doit être gratuite, pourquoi n'en serait-il pas
de môme de l'instruction secondaire ? pourquoi n'en
serait-il pas de même de tout ce qui sert à satisfaire
à des besoins plus impérieux encore que l'instruction ?
Pourquoi ne pas arborer franchement la bannière du
socialisme? non qu'il faille rejeter radicalement tout
ce qui se rattache à cette doctrine; eh! mon Dieu, si
par socialisme on entend les dépenses mises au compte
de l'Etat au profit des individus, tous les jours nous
faisons du socialisme ; mais le bon sens et le budget
posent des limites qu'il ne convient pas de franchir ;
et aujourd'hui, le bon sens et le budget nous disent
qu'en admettant gratuitement dans les écoles ceux qui
- 13 —
ne peuvent payer, on fait tout ce qu'on peut et tout
ce qu'on doit.
Mais si on demande la gratuité en général,, ce n'est
pas dans l'intérêt du pauvre ; c'est pour enlever les
enfants à leurs parents et les forcer de recevoir une
instruction conforme aux idées des promoteurs de ce
système. On veut une instruction indépendante de
toute idée religieuse, on veut qu'il soit défendu de
prononcer devant les enfants le nom de Dieu, et on
est allé jusqu'à demander que dans les écoles chré-
tiennes l'image du Christ fut enlevée, de peur que la
vue de cet image ne blessât les yeux de l'enfant libre-
penseur !
On veut que l'enfant ne reçoive à l'école aucune
notion de la divinité, et c'est pour arriver à cette fin
que l'on veut exclusivement des instituteurs laïques.
Que des laïques puissent donner une bonne instruc-
tion nous sommes loin de le nier ; mais prétendre que
des hommes qui par charité se sont voués à rensei-
gnement de l'enfance sont incapables de remplir cette
fonction parce qu'ils appartiennent à un ordre reli-
gieux, mais vouloir qu'un professeur, laïque ou non,
instruise les enfants sans leur parler, de Dieu, c'est
vouloir que l'instruction primaire consiste seulement
à savoir lire, écrire et compter ; vouloir qu'on leur
parle de là création sans leur parler du créateur,
qu'on leur parle de l'histoire sans leur parler de la
religion, c'est vouloir une chose impossible ; vouloir
enfin qu'on leur inculque les principes de la morale
sans baser cette morale sur les principes de la reli-
gion, c'est vouloir leur inspirer cette morale qui s'ap-
puie sur les intérêts matériels et qui mène à la com-
mune.
Sans doute, l'instruction primaire ne suffit pas pour
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taire l'homme ; et c'est pourquoi les principes que nous
défendons au sujet de l'instruction primaire, doivent-
ils s'appliquer à l'instruction qui doit suivre ; et c'est
pourquoi il faut que les préceptes donnés au jeune
homme ne soient pas en contradiction avec ceux que
l'enfant a reçus.
Vous qui prétendez que c'est à leur instruction que les
armées allemandes ont dû leur supériorité,, soyez sûrs
que l'instruction que reçoivent les enfants de l'Allema-
gne n'est pas celle que vous demandez pour les enfants
de la France, et qu'on leur inculque de bonne heure,
en même temps que l'instruction, les sentiments de
foi en Dieu, de fidélité au gouvernement de la patrie,
et d'obéissance à la discipline. Non, ce n'est pas la
France des traditions religieuses qui a été vaincue
par l'étranger, mais bien la France du scepticisme et
et du rationalisme ; ce n'est pas le Paris chrétien qui
s'est mis en guerre ouverte contre la patrie, contre la
société, contre la civilisation, mais bien le Paris
matérialiste et athée.
Que chacun soit libre dans ses croyances; que
chaque père de famille ait le droit d'élever ses enfants
comme il l'entendra, qu'il puisse les envoyer aux éco-
les appartenant à sou culte ; rien de plus juste.
Mais le père de famille manque à ses devoirs envers
Dieu et envers lui-même s'il ne cherche pas à donner
à ses enfants une éducation religieuse,, et l'Etat man-
que aussi à ses devoirs envers lui-même et envers
Dieu, si méconnaissant les voeux de la plupart des
pères, si méconnaissant ses propres intérêts, il ne
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veille pas à ce que l'Instruction donnée à la jeunesse
comme à l'enfance soit morale et religieuse» s'il ne
prend pas des mesures efficaces pour empêcher tout
ce qui pourrait jeter dans ces jeunes intelligences
l'erreur et la corruption,.
En prenant ces mesures, l'Etat ne violera point la
liberté de conscience, pas plus qu'il ne la viole en de-
mandant des prières publiques dans les occasions
solennelles, pas plus qu'il ne la violerait en respectant,
pour les travaux ordonnés pour lui-même, la loi du
dimanche à laquelle obéissent les protestants comme
les catholiques.
Louis Veuillot a. écrit, il y aura bientôt trente ans :
« Elever les enfants sans religion, c'est faire une
» chose immorale et impolitique, c'est préparer à l'ave-
» nir du monde des malheurs comparables aux plus
« grandes calamités que le passé ait connues. »
Ces paroles sont devenues une prophétie.
III
Vous demandez encore la séparation de l'Église et
de l'État ; qu'entendez-vous par là? Vous voulez sans
doute que l'Etat soit libre en face de,l'Église? mais ne
l'est-il pas ? quelle force matérielle a l'Église pour lui
imposer ses décisions? l'Eglise parle et n'a d'autre
puissance que sa parole. Les Etats, comme les indivi-
dus, sont libres d'entendre ou de ne pas entendre,
d'obéir ou de ne pas obéir ; ils ne relèvent en cela que
de leur conscience.
- 16 —
Mais vous devez bien vouloir aussi que l'Église soit
libre en face de l'État. Si vous voulez soustraire la loi
'humaie à la loi divine, il faut bien, à plus forte rai-
son, que la loi divine échappe à la loi humaine; il faut
bien que l'autorité morale et religieuse de l'Église
puisse s'exercer partout ou il y a des fidèles. L'Église
ne peut être renfermée dans un État, et ceux qui de-
mandent l'Église libre dans l'État libre parleraient
plus justement en disant : les Etats libres dans l'Église
libre.
Le caractère de la religion vraie, quelle que soit
celle qui mérite ce titre, est de comprendre l'universa-
lité des temps et des lieux. On ne fait pas une religion
comme on fait une loi pour un temps et pour un lieu
déterminé, et l'idée d'une religion nationale est une
idée absurde.
La liberté veut donc que chaque religion (et le pape
dans la religion catholique) puisse faire entendre sa
voix partout et toujours. Les gouvernements doivent
lui laisser libre accès. Ceux qui chercheraient à s'y
opposer ou à formuler un blâme sans portée, d'ailleurs,
violeraient en même temps la liberté de l'Église, la
liberté de conscience et les lois du bon sens.
Vous ne direz plus maintenant que ceux qui obéis-
sent au Pape obéissent à un souverain étranger. Cette
accusation injuste en tous temps, car la soumission
des catholiques envers le souverain pontife s'adresse
au chef de leur religion, et non au souverain d'un
pays étranger, cette accusation, disons-nous, est au-
jourd'hui sans prétexte.
Le roi a disparu pour ne laisser paraître que le
pontife; et nous voulons voir la main de Dieu dans