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Une victime de Boileau, ou Réponse de l'auteur du "Jonas" [Coras] à l'auteur des "Satires", par Achille Jubinal,...

De
15 pages
Librairie de la Société des gens de lettres (Paris). 1873. In-8° , 16 p..
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UNE VICTIME
DE BOILEAU
EXTRAIT DE L'INVESTIGATEUR
MAI-JUIN 1873.
UNE VICTIME
DÇLBOILEAU
RÉPOEÎÏSB/DE L'AUTEUR DU JONAS
A L'AUTEUR DES SATIRES
PAR
Achille JUBINAL
Ex-professeur de Faculté,
député au Corps législatif, secrétaire général honoraire
de la Société des Etudes historiques.
PARIS
LIBRAIRIE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES
RUE CEOFFROY-MARIE, S.
1873
UNE VICTIME
DE BOILEAU
Il y avait à Toulouse, au seizième siècle, une famille du nom de
Coras, originaire de Réaimont, dont il reste sans doute encore quelque
descendant en Languedoc. Sous Henri. II,. un de ses membres, juriscon-
sulte des plus distingués de l'époque,.après avoir longtemps professé
avec éclat à Angers, à Orléans, à Paris, où le chancelier de L'Hospitai
faisait grand cas de lui, puis à Valence et à Fer rare, fut nommé par le
roi conseiller au Parlement de Toulouse. Plus tard, ayant embrassé la
réforme, Coras, quoique magistrat, fut arrêté le 4 septembre 4572, par
suite de la Saint-Barthélémy, et s'il ne subit pas immédiatement le sort
de Coligny et des autres victimes des Vêpres parisiennes, ce ne fut qu'un
retard de quelques jours. En effet, le 4 octobre de la même année,
pendant que le Parlement délibérait sur le sort des protestants prison-
niers, une bande de fanatiques et d'assassins enfonça les portes de la
Conciergerie et le massacra avec environ trois cents de ses coréligion- »
naires; son cadavre fut ensuite^ ainsi que celui des deux autres de ses
collègues, revêtu du costume des conseillers, puis pendu par dérision
à l'orme du palais. Coras était alors âgé de cinquante:neuf ans, et il
avait composé différents ouvrages, ce qui l'a fait quelquefois confondre,
malgré la distance qui les sépare chronologiquement, avec l'auteur du
Jonas, son homonyme et son parent.
Celui-ci, né vers 4 638, à Toulouse, se destina d'abord, par un goût
assez général alors, à la carrière des armes; mais ayant plus tard
étudié la théologie, il exerça, pendant quelques années, les fonctions de
ministre de la Religion réformée dans de petites villes du Languedoc
et de la Garonne, ainsi qu'auprès du maréchal de Turenne. En 1675, il
— 6 — ,"
publia le poëme du Jonas ou Ninive pénitente. — Paris, in-12, chez
Charles Angot, rue Saint-Jacques, au Lion-d'Or.
Plus célèbre par les critiques de Boileau, que par son mérite litté-
raire, ce poëme curieux et bizarre est précédé d'une dédicace à très-
haut et très-puissant prince Monseigneur Henry de la Tour d'Auvergne,
vicomte de Turenne, dédicace qui est signée fie Coras et non Coras, ce
qui prouve que notre auteur tenait à la noblesse et à sa noblesse.
« Jesaybien, Monseigneur, dit le poète dans cette épître, que les
» gens de ma profession ne s'estudient guère à faire des poèmes épi-
» ques, mais je m'assure que' vous me ferez l'honneur de croire que-
». mon loisir n'a pas esté tout à fait mal employé en la production de
» celui-cy, quand vous aurez considéré que toutes les muses ne sont
» pas filles d'Apollon, qu'il y a des muses chrétiennes que les personnes
» les plus sacrées peuvent aimer et servir innocemment; et, qu'au pis-
» aller, il ne nous doit pas estre défendu d'enrichir la montagne de
» Sion des dépouilles du Parnasse, puisqu'il fut permis aux Israélites
» d'employer l'or d'Egypte à l'embellissement des lieux saints, etc.»
Cette épître dédicatoire est suivie d'une préface fort longue, qui
■', s'ouvre par'ces paroles : « J'avertis d'abord le lecteur que je donne
»■' au public un ouvrage qui a esté veu et corrigé en plusieurs endroits,
» et, si je l'ose dire, assez apprécié par trois ou quatre des meilleurs
» esprits de la Cour et de l'Académie. »
Voilà une recommandation qui ferait sourire aujourd'hui. Il en serait
de même de la modestie de ces puissants patrons de Coras, qui défen-
dent à leur client de lès nommer au public.
Cette vertu-là a bien passé de mode, et aujourd'hui chacun se fait
nommer le plus qu'il peut.
Malgré la révision des beaux esprits dont-il parle, Coras est obligé,
sans doute par modestie également, de reconnaître que son livre est
fort imparfait de toutes façons. Aussi, ajoute-t-il : « Véritablement, si
» j'attendois de mon mérite un avantage que je ne puis, ni ne veux
» devoir qu'à la bonté de mes lecteurs, je serois coupable 'd'une
» extrême ignorance"et d'une excessive présomption. Je n'aurois pas
» appris à connoistre mon siècle, et moins encore à me connoistre
» moy-même. Je ne sauroys pas que les hommes sont, aujourd'hui, si
» subtils et si délicats qu'ils découvrent des taches dans le soleil et ne
» trouvent pas la manne à leur goust. »
Ailleurs, Coras avoue encore qu'il eût condamné son poëme: à une