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vil F DE M. BACHELOT
RENDES. — IMPRIMERIE CH. CATEL,
rue du Champ-Jacqucl, :!:.
VIE-
DE
M. BACHELOT
Cl RÉ DE PLEE\E-FOrGI::RES
PAU
f* CURIF. tH iHOHSE nE R.:':\L.
RENNES
CHEZ TOIS LES LIBRAIRES
iSG8
ÉPITRE DÉDICATOIRE.
MONSEIGNEUR,
En 1862, M. d'Aven el, .déjà connu -par de
pieux et savants écrits, publia la Vie du véné-
rable abbé Bachelot, curé de Pleine-Fougères,
et son ouvrage,.revêtu de l'approbation de Votre
Grandeur, obtint un légitime succès. Mais le
modeste auteur s'étant borné à une seule édi-
tion, il en est résulté que son livre n'a pas eu
toute la publicité qu'il méritait, et qu'on le
trouve même assez difficilement aujourd'hui.
Une publication nouvelle, un peu plus éten-
due que la première, sur la vie du bon curé,
est'le vœu unanime et du clergé et des fidèles.
.- 6 -
Je visitais, il y a quelques mois, le tombeau
de M. Bachelot, accompagné de M. l'abbé
Réhault, présentement curé de FIeine-Fougères,
et promenant mes regards sur les nombreux ex
-voto-renfermés dans l'enceinte de l'humble mo-
nument, je m'arrêtai tout surpris à la vue d'un
énorme faisceau de béquilles, déposées là par
des infirmes, en témoignage de la guérison
qu'ils avaient obtenue en invoquant le serviteur
de Dieu. -
c Et que serait-ce, fit le cvré, si vous aviez
a sous les yeux toutes celles que j'ai fait enle-
« ver d'ici, de peur d'un incendie? Voyez-vous
« toutes ces bougies que les pèlerins font brûler
« sur le tombeau de mon saint prédécesseur;
« elles auraient embrasé un vaste bûcher, si je
« n'avais soin d'enlever la plupart des béquilles
« qu'on dépose., et de n'en laisser qu'une petite
« partie. »
« Mais, repris-je, Je pèlerinage est donc tou-
« jours bien fréquenté? » — « Oui, sans doute,
« répliqua le curé, mais il le serait bien dâvan-
« tage, si l'on écrivait de nouveau, la vie diL
- ? -
tt M. Bachelot : un livre dé ce genre manque à
ce la piété des fidèles. On se procure difficile-
« ment- on a déjà de la peine à retrouver celui
« de M. d'Avenel, écrit avec talent, mais qui a
« paru trop abrégé. »
1 Voilà,- Monseigneur, ce qui m'engage à pu-
blier de nouveau la vie de M. Bachelot. J'ai in-
vité d'autres plus capables à remplir - la tâche.
Ifs ont reculé devant les difficultés de l'entre-
prise. Souffrez, Monseigneur, qu'à leur défaut
le dernier de vos clercs essaiè sa plume, encore
peu aguerrie, à retracer les vertus d'un prêtre
que Dieu a destiné à être le modèle de votre
clergé, d'un prêtre qui vous vénérait, et qui
fut lui-même honoré de votre affection, d'un
prêtre dont j'ai reçu la dernière bénédiction, et
auquel j'ai fermé les yeux.
J'ose donc, Monseigneur, déposer aux pieds
de Votre Grandeur cette légère exquisse d'un
tableau qui eût gagné à être touché par une
main plus habile, et j'ai la confiance que si vous
daignez en agréer l'hommage, votre nom relè-
vera le mérite d'un modeste écrit composé uni-
-8-
quement en vue de la. gloire de Dieu, et pour
l'édification du clergé et des fidèles.
Dans l'espérance de cette faveur insigne, je
vous prie, Monseigneur, d'agréer l'hommage du
profond respect avec lequel je suis, x
De Votre .Grandeur,
"Le très-humble serviteur et le très-obéis-
sant prêtre,
**t<**
1*
AVANT-PROPOS
La- paroisse de Pleine-Fougères, au diocèse de
Rennes, possède depuis quelques années un pè- -
lerinage qui devient de jour en jour plus célèbre.
De toutes parts, on vient s'agenouiller sur la
tombe d'un humble prêtre qui, durant sa vie, a
fait le bien dans l'obscurité, et que Dieu se plait
à exalter après sa mort, en signalant par des
miracles le lieu où reposent ses restes mortels.
Leur état de conservation parait lui-même un
prodige permanent. Enlevé à la suite d'une vio-
lente attaque de cholérine, genre de mort qui,
comme on le sait; amène promptement la dé-
composition des corps, inhumé dans la partie
du cimetière où l'expérience a prouvé *que la
dissolution s'opère plus rapidement que partout
-10 -
ailleurs, le vénérable prêtre dont j'entreprends
d'écrire la vie a été néanmoins préservé de la
corruption du tombeau : et dix-sept mois après
sa mort, les habitants de Pleine-Fougères, cu-
rieux d'ouvrir le cercueil de leur vénéré pas-
teur, ont trouvé le corps intact, avec des circon-
stances qui, comme nous le dirons plus loin,
relèvent encore la grandeur du prodige.
Avant cette exhumation, les miracles avaient
déjà commencé au tombeau de M. Bachelot; ils
ont continué de s'opérer au lieu plus honorable
où a été, depuis, transportée sa dépouille mor-
telle. Quand Dieu parle si haut, ne serions-nous
pas coupable de garder nous-même le silence';
et lorsqu'un pieux laïque, étranger à notre
pays; a donné sur la vie de l'abbé Bachelot
une notice que Le public a accueillie avec tant
de joie, qu'il a lue avec tant d'avidité, pour-
quoi craindrions-nous d'élever la voix? Un
prêtre qui a connu M. Bachelot, qui a vu le
plus souvent ce 4qu'il rapporte, qui tient le
reste de témoins oculaires ou de la bouche
même de celui dont il écrit la vie, ne doit-il
pas avoir la confiance d'intéresser ses lecteurs?
Je sais néanmoins que la tâche est difficile.
—11 —
Je ne puis mettre en tête de la vie du saint
prêtre ces paroles solennelles : « Mirabilia fectt
« in vitâ sua; il a fait des choses merveilleuses
« pendant- sa vie ; » mais en revanche, j'y mets
ces paroles de l'Évangile, qui résument en trois
mpts la vie du Sauveur, et que M. Bachelot avait
choisies pour devise : « Bene omnia fecit; il a
« bien fait toutes choses. »
VIE DE M. BACHELOT
- Bene omnia fecit.
Marc, 7, 37.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE PREMIER.
Naissance et première éducation d'Alain Bachelol,
Jean-Alain Bachelot naquit le 10* mai 1781
dans la paroisse de Saint-Guinoux, qui faisait
partie de l'ancien diocèse de Dol. Sa famille,
peu favorisée des biens de la fortune, étaiTre-
commandable par une grande foi et une grande
piété. Son père exerçait la profession d'arpen-
teur. Aussitôt après la naissance d'Alain, son
fils premier-né, il s'empressa de l'offrir à Dieu,
désirant le consacrer au service de ses au-
tels. Il prend une plume, et la mettant à la
-14 -
main du nouveau-né : « Fasse le Ciel, lui dit-il,
qu'un jour tu sois prêtre t Il Cet homme de foi
entrevoyait-il déjà les grands desseins 4e Dieu
sur l'enfant qui venait de naître? Quoi qu'il en
soit, le bon père conçut dès lors pour son -fils
une tendresse qui tenait du respect, et son
cœur s'épanouissait à la pensée de le voir un
jour monter à l'autel. *
Né sous les meilleurs auspices, élevé par une
famille sincèrement pieuse, tout présageait
qu'Alain serait un enfant de bénédiction. En
effet, dès ses plus tendres années" l'esprit de
Dieu parut reposer sur lui. Il n'avait encore que
trois ans lorsque ses parents quittèrent Saint-
Guinoux pour aller habiter Chàteautieuf. C'est
là qu'on fut-à lieu de reconnaître et d'admirer
les heureuses dispositions du jeune Alain pour
la vertu. Il sembla ne point avoir d'enfance. La -
prière faisait ses délices à l'âge où les autres
enfants n'aiment que la bagatelle, et dès sept
ans on remarquait déjà en lui le germe d'une
vocation ecclésiastique.
L'appliçation du père à cultiver de bonne
heure l'esprit-de son fils avait rapidement déve-
loppé sa raison et l'avait rendu capable, avant
15 — -
l'âge de huit ans, de seconder sa pieuse mère
ilans l'éducation de ses trois sœurs. Apôtre et
docteur d'une petite famille qui avait appris à
le respecter, il enseignait aux plus jeunes les
prières, aux plus âgés le catéchisme. On voyait
déjà briller en lui les premières étincelles de ce
zèle de feu qui devait jeter un si vif éclat sur
toute sa carrière sacerdotale.
Frappé des belles qualités qu'il remarquait
dans lè jeune Bachelot, un vicaire de la paroisse
de Châteauneuf, l'abbé Prioul, voulut lui-même
lui servir de maître, et lui donna des leçons
qui, au grand regret du maître et de l'élevé,
furent interrompues par la nomination de
-nI. Prioul à un poste plus élevé. Pauvre enfant!
le départ du vicaire lui coûta bien des larmes.
Mais ce n'était pas là sa dernière épreuve. Le
Ciel lui réservait bien d'autres afflictions : à
l'âge de neuf ans, il a le malheur de perdre son
bon et tendre père, homme- de foi à sa dernière
heure, comme il l'avait été pendant toute sa
vie. Ce père admirable mourut, dit-on, en réci-
tant le Credo. — Sa pieuse épouse le suivit de
près. Elle rendit son âme à Dieu- en murmurant
un saint cantique. Et voilà le jeune Bachelot âgé
-16 -
4e neuf ans, l'aîné de quatre orphelins sans
ressources, délaissé pour ainsi dire de Dieu et
des hommes. Il s'est vu fermer le sanctuaire de
la science par le départ de l'abbé Prioul; la
mort imprévue de son père et de sa mère, en le^
laissant dépourvu de tout, menace jusque son
existence. Mais héritier de la foi de son père,
Alain a confiance dans celui qui -prend soin
même des petits des oiseaux. « Mon père et ma
mère m'ont abandonné, dit-il avec David, mais
Dieu me prendra sousx sa garde » (4).. ,
, CHAPITRE IL
Séjour d'Alain chez sa tante à Château-Malo.
La confiance de Jean Alain ne fut point trom-
pée. Une tante, fermière à Château-Mâlo, en -
(t) Palér meus et maler mea de reliquerunt -ma.
Deus auteœ assumpsit me.
-17 -
sant-Servari, tendit. les bras à la jeune famille
et devint la mère adoptive-des quatre orphe-
lins. Bachelot, pour n'être pas ù charge à sa
bienfaitrice, la secondait de son mieux, et se
prêtait avec empressement à tous les travaux
qui n'étaient pas au-dessus de son âge et de ses
forces. Il passa sept ans chez cette honnête fer-
mière, tantôt la houlette à la main conduisant
ou gardant un troupeau, tantôt enfonçant avec
peine la pioche dans la terre, tantôt partageant
avec joie les petits travaux domestiques de celle
qui l'aimait comme la plus tendre des mères, et
qu'il honorait lui-même comme le meilleur des
fils.
- Cependant Alain-sentait au-dedans de lui-
même qu'il ne devait pas toujours demeurer
laboureur, que le Seigneur le destinait à semer
et à moissonner dans le champ- de son Église.
Mais,quand et.Ie quelle manière le Ciel accom-
plira-t-il ses dessins sur lui? Depuis l'époque
où il avait eu. le bonheur de faire sa première
communion dans l'église de Saint-Servan, que
de mauvais jours s'étaient écoulés ! La Françe
en délire avait abjuré sa foi, et les prêtres fi-
dèles avaient été obligés de fuir pour se sous-
—18 —
traire à la persécution (1):Le jeune Bachelot fut
plusieurs années sans pouvoir user pour sa con-
science du ministère d'uq -prêtre catholique.
(t) Non loin du jeune Bachelot, sur la commune
même de Saint-Servan, il y avait des prc.tres fldltb
mais avec lesquels il ne lui était pas permis de commu-
niquer. Confesseurs de la foi, ils avaient été emprison-
nés pour la cause de 'leur Maître, et ils étaient retenus
dans le fort de la Cité. Les fidèles de Saint-Seryan
adressaient de ferventes prières an. Ciel pour la déli-
vrance des captifs de J.-C., comme autrefois les chré-
tiens de la primitive Église avaient prié pour la dénlll
vrance de saint Pierre. Et si Dieu n'opéra pas en
faveur des prisonniers de la Cité l'éclatant miracle par
lequel il tira saint Pierre de sa prison, il ne fut pas
sourd néanmoins aux prières qui lui étaient adressées.
Il suseila un homme courageux qui procura l'évasion
et la délivrance de quelques-uns d'entre eux dans les-
circonstances et à l'aide des moyens flue nous allons
rapporter :
Le bruit s'était répandu que les prêtres écrouéi à la
Cité allaient être transférés à Rennes, pour comparaître
devant le tribunal révolutionnaire. Le péril que cou-
raient leurs jours inspira à un homme généreux le
projet hardi de les enlever de leur prison. Il se pré-
sente donc au fori de la Cité, où, aflectafit l'air et le
— 19 -
Enfin, touché de ses soupirs et de ses larmes,
le tiel lui envoya un ange libérateur, lui fit
découvrir un prêtre non assermenté, le vertueux
Ion d'un patriote, afin de mieux couvrir son rôle de
libérateur, Il demande à.pénélrer auprès des prison-
niers pour régler avec eux, disait il, des affaires d'in-
térêt personnel. La faveur lui est heureusement accor-
dée. Parvenu auprès des vénérables confesseurs de la
foi : « Messieurs, leur dit-il, je viens pour vous sauver.
Cette nuit, à telle' heure, je serai sous cette fenêtre
pour vous recevoir dans un bateau ; voici des cordes
que vous fixerez à la fenêtre et le long desquelles vous
pourrez descendre dans mon embarcation. Le temps
presse, hâtons-nous, et dès cette nuit. A l'heure indi-
quée, Sauveur (c'était le nom de cet "homme) est, en
effet, rendu sous la fetfêtre avec un bateau pour favo-
riser l'évasion des prisonniers. Quatre seulement
d'entre eux osèrent glisser le long de la corde et des-
cendre dans le bateau de salut. JLes autres, ou man-
quèrent de confiance dans leur libérateur, ou regardè-
rent cette descente au milieu des ténèbres comme trop
périlleuse. Cependant Sauveur rame de toutes ses
forces, et après avoir eu l'habileté d'éviter, la patache,
- bateau de la douane, qui faillit l'aborder, il eut le
bonheur de mettre sains et saufs à terre les quatre
confesseurs de la foi. L'un deux était l'abbé Collet,
— 20 —
abbé Lecoq. Ce fut ce jeune et courageux con-
fesseur de la foi que la Providence suscita pour
lui servir de guide et lui frayer la vo du
sacerdoce.
-Le ciel lui ménageait à propos une rencontre
si heureuse, puisque bientôt après sa digne tante
s'éloignait de Saint-Servan, y laissant son neveu,
dont la bonne volonté et le bras déjà vigoureux
lui promettaient de si grands services. Mais elle
ne se crut pas en droit de disputer à Dieu celui
qui, dès le moment de sa naissance, lui avait été
consacré par l'auteur de ses jours.
devenu dans la suite principal du collège de Fougères,
enfin, aumônier de l'hôpital de Dol. Après son évasion
de la Cité, il se réfugia à Saint-Malo, où il demeura
caché le rçste des mauvais jours de là Terreur, exer-
, çaot eo secret les fonCtions' de son ministère, tandis
çant en secret les fonctionsde son ministère, taudis
que tout près de lui le jeune Bachelot, avec lequel il
eut plus tard les relations les plus intimes, exerçait
avec zèle et courage l'office de catéchiste, comme il
est rapporté dans le cours de cet ouvrage.
i
-21 -
CHAPITRE III. -
Alain disciple et catéchiste de l'abbé Lecoq, à
Saint-Servan.
A cette époque de lamentable mémoire, où
les prêtres fidèles étaient proscrits et traqués
comme des malfaiteurs, Alain ne pouvait rece-
voir qu'en secret, et souvent même à la favnir.
des ténèbres, les leçons de l'abbé Lecoq, exposé
sans cesse à être découvert par les satellites de
la Révolution. Pour ne pas éveiller les soupçons,
il s'était placé chez un honnête forgeron, nommé
Rédouté, dont on le croyait l'apprenti. Là, pen-
dant trois ans, on le vit, aux instants qui n'é-
taient pas consacrés à l'étude, aider son patron,
auquel il ne voulait pas être à charge, frappant
sur l'enclume et façonnant lé.fer, ou bien, d'une
main agitant le-soufflet et de l'autre tenant sa
grammaire latine qu'il étudiait. Le jeune Ba-
chelot a donc été en quelque sorte obligé de dé-
rober la science, oirde la conquérir à la pointe
de l'épée. Et pourtant, dès lors, le généreux
enfant, ne pouvant contenir l'élan de son zèle,
— 22 —
se faisait déjà des disciples, pendant qu'il était
lui-même l'élève de M. Lecoq. Il réunissait près
de lui d'autres enfants, auxquels il transmettait,
pendant le jour, les leçons qu'il avait reçues du-
rant la nuit. Compagnon dévoué de son maître,
il se tenait à ses côtés dans les visites nocturnes
que l'abbé Lecoq faisait aux malades; il le sui-
vait dans ses courses les plus périlleuses-et
l'assistait dans l'administration des Sacrements.
La prière avait fait de tout temps sa con-
solation et ses délices. A l'exemple des saints, IL
la faisait présider à ses études. Mais de même
qu'il ne recevait qu'en secret les leçons de lbbt.
Lecoq, il était aussi obligé de' prier en secret.
Depuis l'époque de sa première communion, il
avait vu l'abomination de la désolation TégQflfc
dans le lieu saint, le véritable Dieu chassé de ses.
temples et remplacé en plusieurs lieux par une
infâme déesse. Les temples rendus au culte AI-
vin n'étaient desservis- que par des ministras.
mercenaires qui avaient, vendu leur foi Po"
pain de la Révolution. Le jeube BacbeloJ,, fidèle
comme Tobie à la religion de ses pères, se gâta
dait bien d'aller unir sa prière à celle --
prêtres schismatiques; mais, déjà animé de te
— 23 —
zèle d'apôtre qu'il devait plus tard déployer avec
tant de succès, il réunissait autour de lui ceux
qui avaient conservé la foi et la crainte de Dieu,
et-à l'exemple des premiers chrétiens, qui se
retiraient dans les Catacombes pour participer
aux saints mystères, Alain et le petit troupeau
qui s'était formé à ses côtés priaient Dieu dans
le secret. Il présidait lui-même la pieuse réu-
nion, récitait les prières, chantait les cantiques,
faisait de saintes lectures,-et préludant à son
sacerdoce par l'office de catéchiste, il instrui-
sait et prèchait déjà son auditoire, comme s'il
eût él £ le pasteur de cette petite assemblée de
fidèles.
Le zélé apôtre de Saint-Servan ne pouvait ou-
blier les soins qu'il devait à sa propre famille.
Trois sœurs orphelines et sans expérience pou-
vaient courir de grands dangers dans le monde.
Quoiqu'elles fussent éloignées de lui, il ne les
perdait jamais de vue, et un jour il fit sortir
l'une d'elles d'une position qui ne lui présentait
pas assez de garantie pour son innocence.
Cependant, Jean-Alain commençait à devenir
un jeune homme vigoureux; il avait atteint sa
dix-huitième année. Jusque-là trouvé trop jeune
— u —
pour être enrôlé dans l'armée, on le jugea, du
moins alors, capable de servir dans les colonnes
mobiles ou gardes nationales improvisées. On
vient donc un jour l'arracher à ses études et lui
mettre un fusil au bras et une giberne sur le do^
au nom et pour la défense de la Républiques
Bachelot avait une physionomie décidée et -un
air martial. Il fut nommé chef de poste par ses
compagnons d'armes; mais il fut tout à fait
indifférent à cette promotion. Il n'ambitionnait
point de grade dans l'armée, parce que ce n'é-
tait point son compte de vieillir dans le métier.
Il lui était bien dur de servir un état de choses
qui avait renversé les autels et chassé Dieu de
ses temples. Aussi nous disait-il agréablement
, en parlant de sa petite campagne républicaine :
Il Je craignais plus mes amis que mes ennemis.»
Il s'estima donc tout à fait heureux lorsqu'il IuL
fut donné, à l'exemple de saint Martin, le patron"
* de sa future paroisse de Pleine-Fougères, de
déposer le mousquet et de renoncer à la frilicfl-
de l'État pour ne plus combattre que sous les.
étendards de Jésus-Christ.
Rendu à sa liberté, il reprend ses livres avec
une nouvelle ardeur, ravi de se retrouver en
— 25 —
2
-face de l'abbé Lecoq et de recevoir de nouveau
ses leçons. Mais, hélas! ce ne fut pas pour long-
temps la mort imprévue de cet excellent prêtre
vint frapper le jeune Bachelot dans ses plus
chères affections. Pendant le cours de la mala-
die qui le conduisit au tombeau, il fut constam-
ment auprès de son maître, lui prodiguant le
jour et la nuit les soins les plus touchants. Mais
tous les efforts de sa piété filiale ne purent
Fempêcher de succomber : 'M. Lecoq mourut
entre ses bras.
Alain pleura amèrement celui qui, pendant
trois années, lui avait servi tout à la fois de
maître, d'ami et de père. Par bonheur, il était
déjà avancé dans ses études. Les temps com-
mençaient à devenir moins mauvais : l'agonie
de la Révolution avait sonné. Le général Bona-
parte, qui venait de prendre en' mains les rênes
du gouvernement, signe un concordat avec le
papè Pie VII, réconcilie la France avec l'Église,
rend les temples au culte catholique. C'était en
1801. Alain Bachelot était" dans' sa vingtième
année. Sous le régime meilleur qui venait de
s'inaugurer, un -.prêtre de beaucoup de talent,
l'abbé'Engeran, fonda à Saint-Malo un collége
— 26 —.
où le jeune Bachelot sollicita et obtint la fav~~j
d'être admis. 1
CHAPITRE IV.
, Collège de Saint-Malo. - Après y voir terminé ses
humanités, Alain y fait son cours de philosophie et'
de-théologie.

L'institution fondée à Saint-Malo en 1802 fut
tout à la fois collège, petit-séminaire et grand-
séminaire, puisqu'on y enseignait même la théo-
logie. La tempête révolutionnaire avait tout
empora. La jeunesse française presque tout
entière avait été appelée sous les armes. Les
collèges étaient devenus déserts, les séminaires
avaient disparu. Le clergé persécuté avait vu ses
rangs s'éclaircir. Le collége de Saint-Malo fut
une de ces institutions appelées à régénérer la-
France, en ressuscitant, en faisant comme -
naître de ses cendres un clergé que ses ennemis
croyaient anéanti. M. Bachelot, entré d'abord
comme élève, puis devenu professeur dans le
--27 -
nouvel établissement, y rendit les services les
plus signalés. Le principal et les professeurs
étaient tous des hommes de grand mérite; les
abbés Engeran, Vielle, de La Mennais (Jean-
Marie), Lévêqne, Hay, Noël, Langrez, à en juger
non-seulement par la réputation qu'ils acquirent
au collège de Saint-Malo, mais encore par les
positions distinguées qu'ils ont tous occupées
dans la suite en divers diocèses, les uns fonda-
teurs d'Ordres, Comme l'abbé J.-M. de La Men-
nais; les autres directeurs de séminaires ou su-
périeurs de missionnaires diocésains; les autres
appelés auprès de la personne des évêques, pour
faire partie de leur conseil privé; telle fut l'é-
cole où vint se former M. Bachelot, destiné à
être un jour lui-même l'honneur de l'établisse-
ment et à lui rendre d'immenses services.
Il était donc entré comme élève au collége de
Saint-Malo. Les progrès qu'il avait faits sous
l'abbé.-Lecoq, l'aptitude qu'il avait au travail,
le firent bientôt juger capable de suivre le cours
de philosophie professé par M. J.-M. de La Men-
nais. Admis ensuite au cours de théologie, il eut
pour maître le supérieur de la maison, l'abbé
Engeran. En même temps qu'il ravissait ses
— 28 —
maîtres par son application et- ses progrés^J
les édifiait par la pureté de ses mœurs et M
spectacle de la' plus fervente juété. Aussi fut-il
regardé comme un trésor ppur l'établissement,
auquel on voulut l'attacher en le nommant prom.
fesseur, avant même ,qu'il eût reçu le caractère
sacré de la prêtrise.
CHAPITRE V. -
L'abbé Bachelot, promu au sacerdoce, demeure comme
professeur au collège de Saint-Malo.
I
L'abbé Bachelot reçut l'onction sacerdotale le
5 novembre 1805, âgé de vingt-quatre ans six
mois. Avec quelle foi, avec quelle ferveur il
célébra sa première messe! Que de souvenirs
attendrissants se présentaient à son esprit! OhL-
comme il priait pour l'Église, dont il llvai.L
enfin le bonheur 'd'être le ministre! Avec quel.
attendrissement il recommandait à Dieu et le
digne abbé Lecoq, qui lui avait frayé la route
— 29 -
2*
du sanctuaire, et sa pieuse famille, surtout le
tendre père qui l'avait donné à Dieu, consacré
à Dieu dès le premier jour de sa vie.
Devenu prêtre, l'àbbé Bachelot continua de
demeurer comme professeur au collége de Saint-
Malo, jusqu'au moment où la Providebce l'ap-
pela à exercer le saint ministère dans une pa-
roisse.
Il joignait à des talents plus qu'ordinaires un
grand amour pour l'étude. Préparant toujours
d'avance avec le plus grand soin les leçons
qu'il devait donner à ses élèves, il rendait par
là sa .classe plus intéressante et son enseigne-
ment plus profitable. Il avait pour ses élèves
une affection toute paternelle. Pratiquant à la
lettre cette maxime de saint Paul : « Ayant la
nourriture et le vêtement, n'en demandez pas
davantage, » il ne réservait pour sa. personne
que le strict nécessaire, et toutes ses épargnes
étaient employées à venir en aide aux élèves
appartenant à des familles peu aisées. A celui-
ci, il fournissait le pain; à celui-là, il payait
le logement; à un autre, il achetait des ha-
bits. -
Le collège de Saint-Malo, dirigé par des ec-
- 30 -
clésiastiques, dont on savait apprécier le mérite
et le zèle désintéressé, devint très-florissast.
L'heureuse tendance donnée aux études dans
cet établissement opéra un bien immense parmi
la jeunesse, fit pénétrer au sein des familles et
imprima au pays cet esprit excellent qui dis-
tingue encore aujourd'hui les habitants de la
contrée. Combien d'hommes, de vieillards res-
pectables se rappellent avec bonheur leurs
études faites dans cette maison? Combien de
chefs de famille ont dû aux bons principes
qu'ils y avaient -puisés cet esprit d'ordre et de
respect pour la. religion par lequel ils ont con-
tribué à refaire la société en refaisant la -famille
que le mauvais génie de la Révolution avait
pris à tâche de corrompre et de dissoudra?
Combien surtout de vocations ecclésiastiques
préparées? Combien de prêtres distingués for-
més à cet asile, de la science et de la sain-
teté? �
L'abbé Bachelot, homme de foi robuste et
d'un zèle de feu, bénissait tous les jours la Pro-
vidence, non-seulement de l'avoir élevé lui-
même au sacerdoce, mais encore de l'avoir ap-
pelé à réparer les brèches. de l'Église, à. combler
— 54 —
les vides du clergé, à reconstituer la milice
sacerdotale..
CHAPITRE VI.
Son zèle dans l'exercice des fonctioDs- de catéchiste à
l'église de ta paroisse.
Cependant, le jeune prêtre n'eût cru remplir
qu'une partie de ses obligations s'il se fut borné
à Saint-Malo à donner des leçons aux élèves
confiés à ses soins. Il s'estimait encore heureux
de" prêter son concours au clergé de la paroisse
- dans l'exercice du saint ministère, et son zèle
se faisait surtout remarquer à l'égard des petits
cnfants, pour lesquels il a tqujoiirs eu, à
l'exemple de Jésus-Christ, une prédilection sin-
gulière. Il avait d'abord été chargé du petit
catéchisme; on le chargea plus tard du grand
catéchisme, de celui des enfants qu'on prépare
à faire Leur première Communion dans l'année.
Une première Communion d'enfants lui inspi-
rait autant d'iiilérêt que s'il eût été lui-même
— 52 —
le pasteur de la paroisse. Il témoignait une
égale affection à tous, riches ou pauvres, ou
plutôt il semblait avoir une affection particu-
lière pour les enfants pauvres. Il s'occupait,
non-seulement du soin de leur conscience, mais
encore il se chargeait de leur procurer des
vêtements convenables pour le grand jour tle
leur première Communion. Alors, èomme il
nous l'a avoué depuis, la charité lui faisant
mettre de côté les scrupules de rameur-propre,
il n'y avait point à Saint-Malo de maison si mal
famé& et si peu religieuse, dont il n'osât fran-
chir le seuil, lorsqu'il espérait y recevoir
quelque chose pour ses petits communiants. Un
jour qu'il était (lans l'exercice de cette humble
fonction de quêteur, il entend un grand tapage
à son entrée dans une maison. Monsieur
tout rouge de colère, grondait bien haut, repre-
nait vertement sa servante sur l'article de la
dépense. La pauvre fille avait eu le malheur de
- brûler une allumette par les deux bouts à la
fois, de la jeter au feu lorsqu'elle avait encore
un bout soufré dont on pouvait se servir. a. Je
, vais être bien mal reçu, » se dit-il à lui-même,
qu'importe? Je suis trop avancé pour reculer.
— 35 —
Il approche donc, mais un peu timidement, du
maître de la maison, et lui déclare pourquoi il
estwnu. Celui-ci ouvre aussitôt son secrétaire
et y prend une pièce d'or de 20 fr. qu'il remet
au quêteur en. lui disant : « Monsieur l'abbé,
c'est en pratiquant l'économie dans les petites
choses qu'on se met en état de faire de plus
grandes aumônes. » Le jeune prêtre n'oublia
pas cette, leçon, dont il sût faire la règle de sa
conduite pendant toute sa vie. Une sage écono-
mie le mettait à lieu de. suffire à une foule de
bonnes œuvres. A l'exemple de saint Paul, en se
faisant pauvre lui-même, il trouvait le secret
d'en enrichir plusieurs.
Voici un trait d'histoire plus remarquable que
nous a rapporté M. Bachelot au sujet d'une pre-
mière Communion d'enfants à Saint-Malo. Il
était chargé de confesser et de préparer à la
première Communion un jeune enfant dont le
père, notable habitant de la ville, lie mettait
jamais le pied à l'église. Homme de bon sens,
ce père, indifférent pour lui-même, sut néan-
moins apprécier l'importance de l'action à la-
quelle se disposait son fils. Il invite à dîner
chez lui une société honorable pour fêter la
— 34 —
première Communion de cet enfant. Mais, avant
tout, il veut que son-fils fasse une sainte Conw
munion : « Réfléchis bien, lui disait-il souvent
« pendant le cours de la retraite préparatoire,
« réfléchis bien, cher enfant, à la grandeur de
c. l'action que tu vas faire. Je te prépare à la
« maison une belle fête^ mais j'aimerais mieux
« retirer toutes mes invitations que de pou-
« voir penser un instant que tu fisses une mau-
« vaise Communion. T'es-tu bien confessé? lui
« répétait-il; as-tu tout déclaré? » -
Un enfant si bien préparé devait faire et fit
en effet une bonne Communion. Le père, qui ne
connaissait pas auparavant le chemin de l'église
de sa paroisse, l'apprit ce jour-là. Il se place
"non loin de l'autel. Ses yeux surveillent tous les
nlouvements de son fils. Son émotion est vive,
et profonde. Bien- plus, son cœur est changé, et
de ce moment il reprend la pratique de ses
devoirs religieux. Ainsi, le père est ramené à
Jésus-Christ par son propre fils. Le fils devient
comme le père spirituel de celui qui lui avait
donné le jour-. Les prières du confesseur de l'en-
fant, du pieux abbé Bachelot, ne furent pas
sans doute étrangères à un changement si heu-
--55 —
reux. La prière du juste a tant de pouvoir au-
près de Dieu (1).
CHAPITRE VII.
Souvenirs intéressants présentés 1i la foi et à la piété
de M. Bachelot par le spectacle de Saint-Malo et de
ses environs. 1
Professeur au collège, catéchiste à l'église de
la paroisse, dans le double exercice du profes-
sorat et du -ministère paroissial, le jeune prêtre
coulait des jours heureux dans la bonne ville de
Saint-Malo, où tout était fait pour intéresser sa
foi et nourrir sa piété.
Au lieu et à l'emplacement même du bâtiment
servant d'abord de"collège à Saint-Malo existait,
selon la tradition commune, l'ermitage de saint
Aaron, qui avait autrefois, sur le rocher d'Aleth
aouiIé le spectacle d'une vie angélique et pré-
(4) Multum valet apud Deum deprecatio jusli assi-
dua.
— 56 -
paré les peuples de' la contrée à recevoir la pa-
role du salut, qu'il leur fit annoncer par saint
Malo, originaire comme lui de la Grande-Bre-
tagne. Dans le corps même de ce bâtiment existe
encore urre chapelle fort antique dédiée au
saint ermite, monument traditionnel élevé par
la piété de nos pères. Ainsi, dans les premiers
temps que passa M. Bachelot à Saint-Malo, il
étudiait sur l'emplacement même de l'ermitagp
Xie, saint Aaron, priait où avait prié le saint er-
mite, et il célébra sans doute plusieurs fois
depuis la messe dans cet asile sacré, où nous
avons eu le bonheur de la célébrer nous-même.
Quel sujet de profonde méditation, quelle école
de prière, de vie intérieure, de zèle sacerdotal
pour le jeune lévite et ensuita pour le jeunç
prêtre!
L'abbé Bachelot faisait tourner à la gloire de
Dieu et servir à sa piété tout, jusqu'à ses délas-
sements. La, seule promenade qu'on puisse se
procurer dans la ville de Saint-Malo, presque
entièrement baignée par les flots de la mer,
consiste- à parcourir les murs qui forment son
enceinte, et du haut desquels tour-à-tour rœil
se pèrd sur l'immensité de l'Océan ou aperçoit
— 57 -
3
çà et là, dans la campagne, des clochers d'é-
glises presque toutes consacrées à des apôtres -
venus de la Grande-Bretagne. -
Tandis que son œil mesurait l'étendue des
mers, sa pensée, naturellement, se transportait
vers cette Grande-Bretagne d'où étaient venus
saint Aaron, saint Malo, saint Samson, saint
Magloire, saint Coulomb, saint Lunaire, saint
Briac, saint Cast, saint Énogat, toute cette colo-
uie de saints d'Irlande et d'Angleterre dont une
foule de paroisses, autour de Saint-Malo et sur
les côtes de Bretagne, portent encore le nom
et qu'elles honorent comme- leurs premiers
apôtres : et le souvenir des beaux jours de
l'Église- d'Angleterre, comparé à Frétât où elle
est réduite aujourd'hui, plongeait son âme dans
une pieuse mélancolie dont il ne sortait qu'en
priant Dieu de ramener au sein de la véritable'
Église l'île qui avait enfanté tant de saints, et -
qui nous avait nous-mêmes éclairés des lu-
mières de la foi*
— 38 —
CHAPITRE VIII.
Un coup inallendu vient troubler son -bonheur. -
Le collége de Saint-Malo passe aux mains de l'Uui-
versité.
Cependant un coup inattendu vint troubler le
bonheup de M. Bachelot à Saiht-Malô. L'établis-
sement fondé par M. l'abbé Engeran était une
institution libre. Sa prospérité excita des sus-
ceptibilités et devint la cause de sa perte. IJL
décret impérial, porté dès le mois de novem-
bre 4811 , mais qui ne reçut son exécution
qu'au mois de juillet 1812, confisqua l'établis-
sement au profit de l'Université. Ce fut ma.
coup de mort pour le collège de Spint-Malo,
qui, confié, à d'autres mains, perdit -toute son
importance (1).
(t) Le collège de Saint-Malo était presque réduit à
néant, lorsque la ville a eu le bon esprit d'en confier
de nouveau la direction à une Société d'ecclésiastiques
— 59 —
Obligé, par le nouvel ordre de choses, de-
se séparer de ses chers élèves et de dire adieu
qui l'ont remis sur l'excellent pied où nous le voyous
aujourd'hui.
Faute d'avoir suivi le même exemple, Je florissant
collège de Dol, blessé mortellement par le départ de
son principal, l'abbé Rouault, et des professeurs choi-
sis par lui, n'est plus depuis longtemps qu'un cadavre.
— L'institution de Vitré, anéantie par le licenciement
du Petit-Séminaire, n'a pu reprendre son rang parmi
les bons établissements du diocèse, que lorsque le collége
de cette ville a été remis sous la direction de Msr l'Ar-
chevêque. On connaît la prospérité et la belle réputation
"du collège Saint-Yincent-de-Paul, fondé à Rennes par
Mgr Saint-Marc, et- enfin l'état florissant des deux éta-
blissements dirigés ..par les Pères Eudistes, l'institution
de Redon et la pension Saint-Martin, à Rennes. Il est
évident que les collèges du déparlement d'ille-et-Vi-
laine, dirigés par l'Archevêque et les congrégations reli-
gieuses, sont incomparablement les plus renommés et
les plus prospères. Les familles ont la sagesse de com-
prendre qu'il ne sumt pas d'orner l'esprit des enfants
de connaissances utiles, mais qu'il faut principalement -
former leur cœur, et que c'est là' surtout la mission
du prêtre auquel le Christ a dit : « Allez, enseignez
toutes les nations : Euntes docete omnes gentes. p
— 40 -
à d'excellents confrères avec lesquels il avait,
pendant plus de dix ans, vécu dans une si douce
intimité au collège de Saint-Malo, l'abbé Bache-
lot ressentit en son âme une douleur amère, et
ce fut une des épreuves les plus pénibles de
sa vie.
Mais enfin, se souvenant que la Providence
dispose tout avec sagesse, et qu'elle fait servir
- jusqu'aux passions des hommes à l'accomplisse-
ment de ses desseins éternels, le jeune prêtre-
(il avait alors 51 ans) comprit qu'il- était appelé
à exercer son zèle hors de l'étroite enceinte d'un
collège. Consolé donc par le souvenir du bielL
qu'il avait fait, encouragé par la pensée de celui
que Dieu l'appelait à faire dans une carrière
nouvelle, il dit au Seigneur : « Me Toici, en-
voyez-moi là où il vous plaira ; ecce- ego, initie
me; » et il se mit à la disposition de l'évêque,
qui le nomma vicaire à Cherrueix, près Dol.
«
— 41 --
« CHAPITRE IX.
L'abbé Bachelot, après un court vicariat à Cherrùeix,
-est nommé recteur d'Ercé. — Son goût pour l'in-
struction lui fait accepter une: chaire de réthorique
au collége de Fougères. — Son retour à Ercé.
Cherruëix était un poste de confiance où
Mgr l'évèque plaça M. Bachclot comme auxi-
liaire d'un vieillard, qui ne connut son pré-
cieux coadjuteur que pour apprendre à le re-
gretter. Au bout de trois semaines, en effet, le
jeune vicaire tomba dangereusement malade et
fut obligé de se retirer dans sa famille. Après
une longue maladie, ayant enfin recouvré la
santé et les forces, il fut nommé recteur de la
paroisse d'Ercé, près de Saint-Aubin-d'Aubigné :
poste difficile où l'abbé BacheIot, eut besoin
tout à la fois et d'un grand zèle et d'bne
grande prudence dans l'exercice de son minis-
tère. - , *
Pour arriver plus sûrement à son but, le
nouveatf recteur s'entoura des enfants de la
- s
— 42 —
paroisse et se mit à donner des leçons à ceux
J qu'on voulut bien lui confier. Les parents s'at-
tachent aisément à ceux qui témoignent del*af=-
,fection à leurs enfants. Le recteur d'Ercé eut
bientôt conquis l'estime et la confiance de tou
les habitants de la paroisse. Les bons l'ado-
rèrent, les indifférents ne pouvaiént s'empêcher
de l'estimer, et les méchants eux-mêmes, con-
tenus par l'ascendant de sa vertu, n'osaient ou
vrir la bouche pour en médire. -
Cependant, le jeune recteur, trompé par son
attrait invincible pour l'instruction de la jeu-
nesse, ne sut-se préserver d'un piège bien sé-
duisant pour un ancien professeur. Il n'était à
Ercé que depuis deux ans et demi, lorsque
l'abbé Collet, dont il avait été à lieu de -con-
naître le zèle et l'intrépidité sous le règne de la
Terreur, vint en personne lui proposer une
chaire de rêthorique au collège, de Fougères,
qu'il dirigeait en qualité de principal. La tenta-
tioh était bien délicate pour l'abbé Bachelot,
qui n'avait renoncé à l'instruction que malgré
lui; et puis, pouvait-il rien refuser à un ancien
confesseur de la foi, qui, près de lui, presque
sur le même champ de bataille, avait défendu
-45-
la cause de l'Église durant les jours périlleux
de la Révolution? Il-acceplà l'offre qui lui était
faite. Mais il ne tarda- pas à s'apercevoir qu'il
venait de faire une fausse démarche, et qu'il
avait eu tort de quitter Ercé, d'autant plus que
son successeur ne sut y continuer le bien que
M. Bachelot y avait commencé. Le pieux abbé
souffrait horriblement de la position qu'il avait
faite à sa paroisse et de la position qu'il s'était
faite à lui-même; car sa conscience était loin
d'être tranquille. Mais comment sortir de là?
Ses anciens paroissiens firent si bien auprès de
l'évêque qu'ils obtinrent le renvoi du second
recteur, ancien prêtre assermenté, et le retour
de l'abbé Bachelot, qui, après une absence de
six mois seulement, rentra à Ercé, où il a fait
un bien immense pendant le peu d'années qu'il
a administré cette paroisse. Sa bonté, sa pa-
tience, son zèle éclairé, sa vie sainte et exem-
plaire dissipèrent bien des préjugés, rappelèrent
au respect de la religion et de ses ministres
bien des esprits prévenus; -en un mot, c'est
M. Bathelot qui, par son zèle et sa prudence, a
commencé à Ercé le bien si heureusement con-
tinué par ses successeurs. Sa mémoire est encore
— 44 —
i
bénie dans cette paroisse, et pour désigner un
prêtre pieux et zélé, on dit à Ercé : « C'est un
autre 1\'1. Bachelot. » /■ 1
autre M. Bachelot. »
CHAPITRE X.
Sortie définitive d'Eroé. — Il est nommé Jfcleur Je
Saint-Jouan.
Le saint prêtre eût volontiers consenti à pas,-
ser le reste de ses jours à Ercé, lorsque la voix
de son évèque, l'appelant à la garde d'un autre
,troupeau, le nomma recteur de Saint-Jouan-des-
Guérêts, près de Saint-Malo (1817).
M. Bachelot sortit d'Ercé, au grand regret de
toute la paroisse, et lui-même tout d'abord eut
besoin d'abnégation pour ne pas regretter ses
anciens paroissiens, -d)lUtant.plus qu'il éprouva,
en -arrivant à Saint-Jouan, la vérité de cette
parole du Sauveur, que nul n'est prophète en
son pays. Il arriva sous de mauvais auspices £ ii
cette paroisse, où les habitants avaient de-
- 4.5 -
3*
mandé un autre recteur. Universellement re-
gretté de là pqpulation d'Ercé, il fut, au con-
traire, mal accueilli à Saint-Jouan, où on l'avait
vu dans son enfance garder des - moutons. On
se prit à dire de lai comme de son divin
Maitre : « N'est-ce pas là le fils du père Bache-
lot? N'avons-nous pas au milieu de nous ses
frères et ses sœurs? » Mais cette mauvaise
.humeur fut de bien courte durée. Par le pres-
tige, de ses vertus, la puissance de sa parole, la
bonté touchante avec laquelle il accueillait ceux
qui avaient besoin de son ministère, le nou-
veau recteur sut tellement conquérir l'estime set
l'affection de ses paroissiens qu'il eut bientôt
sur eux toute l'autorité d'un père et toute la
puissance d'un maître.
Il faisait deux parts de son temps, l'une con-
sacrée aux devoirs de sa charge pastorale, l'autre
donnée à l'instruction des jeunes gens de Ja pa-
roisse, parmi lesquels plusieurs sont devenus
des sujets distingués, soit dans le sacerdoce,
soit dans d'autres positions sociales. C'est ainsi
que nous le verrons partout conserver un attrait
particulier pour l'instruction de la jeunesse et
donner des leçons de littérature à quelques
— ? —
élèves; même aux époques les plus laborieuses
de son ministère sacerdotal.
Pour obtenir une riche moisson, le laboureur
a soin d'abord de bien préparer lé sol, plis,
quand le temps est venu, il sème avec confiance,
i comptant sur le secours du ciel. Ainsi Et M. Ba-_
chelot à Saint-Jonan. Après avoir préparé les
esprits pendant l'espace de deux ans, il pensa à
donner à sa paroisse le bienfait d'une Mission,
qui produisit en effet les fruits les plus abon-
dants.
Pour cela, il appela auprès de lui un prédica-
teur de beaucoup de talent, et en même temps
plein de zèle et de piété, l'abbé Gilbert,, mis-
sionnaire apostolique. Il le chargea de présider
les exercices spirituels de cette Mission, qui
dura quatre semaines'. Dix ou douze prêtres
étrangers vinrent partager leurs travaux et re-
cueillir avec eux l'abondante moisson préparL
d'avance par les soins du pasteur. L'empresse-
ment des habitants de Saint-Jouan à profiter des
grâces, qui leur étaient offertes remplit de con-
solation le saint prêtre et les zélés coppérateurs
qu'il s'était adjoints. La parole de Dieu fut reliv
gieusement écoutée, les mœurs devinrent plus
— 47 —
, édifiantes, des abus cessèrent, des scandales dis-
parurent, des inimitiés furent éteintes, beaucoup
- de pécheurs endurcis ou de chrétiens négligents
se réconcilièrent avec Dieu. Les exercices de la
Mission furent couronnés par de magnifiques
communions générales, auxquelles participèrent
la plupart des habitants de Saint-Jouan.
Mais le zèle infatigable de l'abbé Bachelot ne
pouvait -s'arrêter aux limites de sa paroisse; il
était souvent appelé à évangéliser'les- paroisses
voisines, quelquefois des paroisses éloignées. Il
donnait des exercices spirituels dans les maisons
d'éducation, dans les petits séminaires et les
colléges. -Missions, jubilés, retraites d'enfants ou
de grandes personnes, quarante-heures, adora-
tions, il se multipliait pour ainsi dire et suffisait
à tout, ayant soin de cultiver toujours de préfé-
rence la vrgne qui lui avait été confiée, dévoué
- par-dessus tout à ses chers paroissiens.
Aussi les habitants de Saint-Jouan, dès qu'ils
eurent .appris à connaître le précieux trésor
qu'ils possédaient, ne se contentaient pas d'ai-
mec. leur pasteur, ils l'adoraient en quelque
sorte. Ce n'était pas assez de le voir à l'église,
sa présence dans leurs maisons leur paraissait
- 48 -
une bénédiction pour là famille. S'il n'avait ré-
sisté aux pressantes sollicitations de ses parois-
siens,. il n'eût jamais diné à son presbytère.
Grandes ou modestes fortunes, tous le voulaient
- voir assis à leur table. La peine qu'il avait eue
d'abord à se concilier l'affection des habitants
de Saint-Jouan, le désir d'entretenir de bonnes
relations avec eux, et par-dessus tout le motif
si louable et si saint de favoriser par là une
foule de bonnes œuvres auxquelles il les appe-
lait à participer, le firent en effet accepter assez
souvent les invitations qui lui étaient faites;
mais saintement avare de son temps, chaque
fois qu'il acceptait l'invitation d'un de ses pa-
roissiens, il n'arrivait qu'au moment de se
mettre à table et disparaissait aussitôt qu'on se
levait de table, quelquefois même sans prendre
congé de ses hôtes, de peur qu'on ne lui fit vio-
lence pour le retenir. Ainsi, ces. sorties fré-
quentes du presbytère ne lui faisaient pas -
perdte une minute de son temps; il profitait de
ces petites courses paroissiales pour visiter les
malades, pour porter (des secours aux'indigents,
pour aller dire le mot du salut à l'oreille du
péebeur, réconcilier des ennemis, prévenir on
— 49 —
faire cesser quelque scandale. Il prenait d'ail-
leurs toujours avec lui quelque livre de piété
-ou de littérature, avec lésquets il s'entretenait
■durant, la route. Je ne parle pas de son bré-
viaire- carvpourme servir de son expression,
il n'aimait pas à le semer par les chemins : il a
toujours eu la sainte coutume de le dire ou à
l'église, devant le Saint-Sacrement, ou dans son
oratoire, au pied d'un crucifix.
-
CHAPITRE XI.
Départ de Saint-Jouau. — Séjour, provisoire auprès
des congréganisles de Saiht-Méen. Nomination à
la cure de Pleine-Fougères.
Cependant Saint-Jouan, devenu par les soins
de son pasteur une paroisse modèle et un vrai
paradis pour M. Bachelot, ne devait pas toujours
posséder un trésor que le ciel avait destiné à
enrichir, à édifier, à sanctifier - tour-à-tour • di-
verses paroisses..
— So -
La Providence avait choisi le saint prêtre
pour évangéliser un peuple qui avait plus be-
soin d'un apôtre que Saint-Jouan, devenu désor-
mais la meilleure paroisse de la contrée. Elle le
destinait'à défricher une terre qui ne demandait
que de bons ouvriers pour fructifier au cen-
tuple. Pleine-Fougères avait besoin d'un homme,
d'un curé tel que M. Bachelot, pour s'inspirer
de ses lumières, pour réchauffer sa foi et sa
piété aux ardeurs de son zèle. Mais Pleine-Fou-
gères était un chef-lieu de canton, une cure
inamovible, un poste supérieur à Saint-Jouan.'
L'abbé Bachelot, désintéressé, sans ambition,
p'eût jamais quitté Saint-Jouan pour Pleine-
Fougères.
La Providence, cachée dans ses oeuvres, ar-
rive à son but par des moyens mystérieux et
qui semblent à la sagesse humaine y être diamé-
tralement opposés. Le serviteur de Dieu n'eût
pas sacrifié Saint-Jouan pour une position plus
élevée, mais il va le sacrifier pour une position
plus humble en apparence. 1
(1825.) — L'abbé J.-M. de La Mennais, son
ancien maître au collège de Saint-Malo, l'appelle
à entrer dans sa Congrégation de Saint-Méen et ■
— 51 -
à reprendre- dans cet établissement la vie de
-professeur, à laquelle il avait renoncé depuis
tant d'années. Dans la voix de son ancien
maître, l'humble et saint prêtre croit .recon-
naître la voix de Dieu. En s'éloignant de Saint-
Jouan, solidement affermi dans la foi et la piété,
il n'avait pas à craindre, comme à sa première
sortie d'Ercé, de laisser un peuple de néophytes
à la merci de loups ravissants. Bien plus, cette-
vie si heureuse qu'il goûtait au milieu des fidèles
de Saint-Jouan ne pouvait-elle point dégénérer
en pieuse sensualité? Le paradis de la terre ne
l'exposait-il point à perdre la félicité du Ciel?
Livré à ces réflexions, et croyant chercher la
plus grande gloire de Dieu, l'abbé Bachelot
donna sa démission de recteur de Saint-Jouan,
pour entrer dans la Congrégation de M. de La
Mennais. -
Mais il n'eut pas plutôt consommé sa dé-
marche, qu'il s'aperçut qu'il venait de faire
fausse route et qu'il avait été victime d'une illu-
sion. Il ne put s'empêcher de regarder derrière
lui en s'éloignant de Saint-Jouan. Le Seigneur
semblait lui reprocher d'abandonner le saint
ministère. Son cœur était triste, et les larmes
-- 52-
lui venaient aux yeux, comme il l'a confessé de-
puis : r Mon Dieu, mon Dieu, disait-il en sou-
« pirant, pourquoi m'avez-vous trompé! » Heu-
reuse erreur, qui devait donner à notre montrée
un prêtre plein de zèle, un apôtre, un saint! Les
voies de Dieu, qui ne sont point les nôtres, ne
conduisirent l'abbé Baehelot à Sâint-Méen que
pour l'arraeher aux délicês de Saint-Jouan. Il ne
lit point profession dans la Société, parce qu'on
vit qu'il ferait plus de bien à la tête d'une pa-
roisse. Il demeura néanmoins quelque temps à
Saint-Méen comme professeur de quatrième,
mais sa position n'y fut régardée que comme
provisoire. Enfin, au bout de quinze mois, par un
concours dé circonstances évidemment provi-
dentielles, Mgr l'évêque, qui l'avait d'abord
nommé recteur de Saint-M'hervé, obéissant à
une inspiration du Ciel, le nomma définitivement
curé de Pleine-FougèreS", en 1827, avant qu'il
- eût eu le temps de se rendre à Saint- M"bervé,
dont il n'a jamais été recteur de fait. -