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Vie de saint François de Sales , par D. S.

34 pages
A. Mame (Tours). 1853. Sales, François de. In-18. Pièce.
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BIBLIOTHÈQUE
DES
ENFANTS PIEUX
Approuvée par Mgr l'Évêque de Nevers
V I E
DE
SAINT FRANÇOIS DE SALES
PAR D. S.
TOURS
Ad MAME ET Cie, IMPRIMEURS-LIBRAIRES
1853
VIE
DE
SAINT FRANÇOIS DE SALES
François de Sales naquit le 21 août 1567,
au château de Sales,d'une des plus nobles
et des plus anciennes maisons de la Savoie.
Son père, le comte de Sales, et sa mère, Fran-
çoise de.Sionas, étaient plus distingués encore'
par leur piété que- par leur rang, et il put.
faire de bonne heure , à leur école , l'appren-
tissage des plus touchantes vertus Aussi se
montra-t-il, dès son enfance, digne d'être
proposé pour modèle, il était doux, soumis à
ses parents et à ses maîtres, et plein de cette
— 6 —
pudeur honnête si nécessaire pour garantir
une âme-des premières atteintes du "vice.
Sa pieuse mère, qui ne s'occupait que du
soin de son éducation, ne le perdait point de
vue, et ne laissait échapper aucune occasion
de le former de bonne heure à la pratique du
bien. Elle le menait elle-même à l'église, et
lui inspirait un profond respect pour ce saint
lieu, pour la prière, pour les instructions, et
pour tous les exercices religieux. Elle voulut
aussi qu'il l'accompagnât lorsqu'elle faisait la
visite des pauvres, qu'il leur rendit lui-même
les petits services dont il était capable, et
qu'il fût le distributeur des aumônes. Elle
lui lisait la Vie des Saints, et elle accompa-
gnait cette lecture de réflexions qui étaient
à sa portée.
Ce saint enfant ne répondait pas seule-
ment aux soins de sa vertueuse mère, il sur-
passait de beaucoup tout ce qu'elle en pouvait
attendre. Il entendait la messe, faisait ses
prières avec un recueillement et une dévo-
tion qui n'était point de son âge. Tous ses
plaisirs consistaient à orner de petits ora-
toires, et à représenter les cérémonies de
l'Église. La modestie et la sincérité régnaient
dans ses actions et dans tous ses discours, et
lorsqu'il commettait quelqu'une de ces petites
fautes qui sont si ordinaires aux enfants, il
aimait mieux en être châtié que d'éviter le
châtiment par un mensonge. Quant à sa cha-
rité envers les pauvres, elle était dès lors
admirable; il ne se contentait pas d'exécuter
fidèlement toutes les petites commissions que
sa mère lui donnait pour leur soulagement ;
quand il n'avait pas d'autre, moyen de les
assister, il retranchait quelque chose sur.sa
nourriture.
La comtesse s'attachait surtout à inspirer
à son fils un amour tendre et plein de con-
fiance pour Dieu ; elle l'accoutumait à le re-
garder comme son véritable père. « Mon fils,
lui disait-elle, c'est Dieu qui vous a fait ce
que vous êtes ; c'est lui qui vous conserve ;
c'est de lui que vous devez tout attendre. »
Souvent aussi elle lui répétait ces belles pa-
roles que la mère de saint Louis adressait à
son fils : Dieu m'est témoin, mon fils, com-
bien vous m'êtes cher ; mais j'aimerais mieux
vous voir mort devant mes yeux, que d'ap-
— 8 —
prendre que vous eussiez commis un seul
péché: mortel. »
Elle eût été heureuse de ne jamais le
perdre de vue ; mais elle se vit obligée de
s'en séparer lorsqu'il fallut le faire étudier.
Il n'alla d'abord qu'à quelques lieues de la
maison paternelle, à Rocheville, puis à An-
necy; ensuite le comte l'envoya à Paris-, où
il fut placé au collège des jésuites. Il acheva
là ses études d'une manière brillante ; après
quoi on lui fit apprendre l'équitation, les
armes , la danse, tous les exercices du corps
dont on jugeait qu'un jeune gentilhomme ne
pouvait se dispenser ; ce qui lui donna cet
air aisé qu'il eut toujours depuis, malgré la
modestie et la simplicité dont il ne cessa de
faire, profession.
Mais toutes ces occupations de l'esprit et du
corps n'avaient pour le jeune comte qu'un
intérêt secondaire ; sa grande, sa principale
affaire était la piété. Il savait que le temps
que nous donnons à Dieu n'est jamais perdu,
et que tout ce que nous faisons en vue de lui
plaire attire sur nous ses grâces et ses béné-
dictions. Il savait aussi que les prières que
— 9 —
nous adressons à notre Seigneur ne sont ja-
mais plus: agréables à ce divin Sauveur que
lorsque no us les lui présentons par les mains
de sa sainte mère. Il se mit donc sous la pro -
tection spéciale de la Vierge sans tache, de
la, consolatrice des affligés. Il ne tarda pas à
éprouver l'effet de sa bonté maternelle. Il se
persuada un jour, ou plutôt le démon lui per-
suada que tout ce qu'il faisait pour se rendre
agréable à Dieu lui était inutile ; .que sa perte
éternelle était résolue et qu'il l'avait mis au
nombre des réprouvés. Il fut dès lors saisi de
toute la frayeur que la pensée de la damna-
tion est-capable de. produire: dans une âme
qui craint Dieu . et qui s'est longtemps flattée
de l'espérance de le posséder. Comme il l'ai-
mait d'une tendresse toute filiale, celui était
une mortelle douleur dé penser qu'il était
destiné à le haïr et à blasphémer son nom
pendant toute l'éternité. Et cette idée le pour-
suivait tellement que son esprit ne pouvait
plus s'occuper d'autre chose, et qu'il tomba
dans unemélancolie profonde. Les traits de
son visage étaient altérés, tout son corps
languissait, et cet état faisait craindre pour
— 10 —
ses jours. Son précepteur, qui était pour lui
comme un père , cherchait en vain la cause
du changement subit qu'il voyait dans le
jeune comte; celui-ci s'obstinait à la lui
cacher, et rien ne lui paraissait plus terrible
que d'être contraint d'avouer qu'il était un
réprouvé. Sans cette mauvaise honte, qui
accompagne toujours les tentations pareilles
à celle-ci, la guérison n'en serait pas si diffi-
cile : un humble aveu fait à une personne
éclairée suffirait le plus souvent pour les dé-
truire : l'obstination à les cacher- fait leur
force et leur durée.
Mais Dieu, qui n'avait permis que François
fût tenté que pour l'éprouver, lui inspirer
la défiance de ses forces, et l'affermir dans
l'humilité si nécessaire pour la conservation,
de la sainteté éminente à laquelle il était
appelé, le délivra de cette funeste tentation
sans le ministère des hommes. Il lui inspira
le dessein d'aller dans l'église de Sainte-
Ëtienne-des-Grès. Le premier objet qui frappa
sesregards fut un tableau de la sainte Vierge.
Cette vue réveilla la confiance qu'il avait
toujours eue en sa puissante intercession au-
— 11 —
près de Dieu. Il se prosterna à terre, et se
reconnaissant indigne de s'adresser directe-
ment au Père des miséricordes, au Dieu de
toute consolation, il la pria d'être son avo-
cate auprès de lui, de lui procurer la déli-
vrance du mal dont il était accablé, et de lui
obtenir de sa bonté que, puisqu'il était assez
malheureux pour être destiné à le haïr éter-
nellement après sa mort, il pût au moins
l'aimer de tout son coeur pendant sa vie.
Cette prière, si éloignée des sentiments d'un
réprouvé, fut aussitôt exaucée. A l'instant
même il recouvra la tranquillité de l'esprit et
la paix du coeur, et l'état de son corps aussi
devint meilleur ; en sorte que le mal et la gué-
rison fussent demeurés également inexpli-
cables , si lui-même n'en eût révélé le secret.
Après avoir achevé les études, pour les-
quelles il était à Paris, François fut rappelé
par son père et envoyé àPadoue pour y faire
son droit. Il fut atteint dans cette ville d'une
maladie très-grave , et en peu de temps son
état parut sans ressource. Son précepteur, qui
désirait du moins avoir la consolation d'exé-
cuter ses dernières volontés, vint lui deman-
— 12 —
der, tout en larmes, ce qu'il voulait qu'on fît
de son corps quand il aurait cessé de vivre.
« Qu'on le donne, lui dit-il, aux étudiants en
médecine, pour être disséqué; je m'esti-
merai heureux si, après avoir été inutile
pendant ma vie, je puis être au moins de
quelque, utilité après ma mort.» Mais Dieu
avait des desseins sur son serviteur, et la
vie lui fut rendue contre tout espoir.
Son cours de droit achevé, François em-^
ploya quelque temps à visiter les principales
villes d'Italie; puis il rentra, dans sa famille.
Il ne tarda pas à se faire remarquer par Claude
de Granier, évêque de Genève ; et il n'était
encore que laïque, que déjà ce prélat le con-
sultait même sur des affaires ecclésiastiques.
Il n'eût tenu qu'à François de s'avancer dans
les honneurs du monde ; il aima mieux se
consacrer au service de Dieu en entrant dans
l'état ecclésiastique. Dès qu'il eutreçu le dia-
conat , son évêque lui permit ou plutôt l'obli-
gea de prêcher, la parole sainte. Le jeune
-orateur le fit avec tant de succès, qu'il parut
dès lors à tous que Dieu l'avait choisi pour
convertir les hérétiques dont le diocèse de
— 13 —
Genève se trouvait rempli. Et en effet il fut
presque aussitôt chargé d'aller évangéliser le
Chablais. Il s'y rendit accompagné de Louis
de Sales et d'un seul domestique dont il con-
naissait le zèle et la fidélité, il fut accablé,
dans cette mission, de toutes sortes d'outrages
et de mauvais traitements. On le décria
comme un perturbateur du repos public,
comme un séducteur, comme un magicien ;
on le menaça, on lui suscita mille dangers,
on aposta des gens pour attenter à sa vie. Il
n'opposa à ses ennemis que la douceur et la
patience., s'interdit dans tous ses discours
le moindre mot injurieux contre les protes-
tants ou même contre leur doctrine. Un trait
fera juger de toute sa conduite. Voyant un
jour que l'emportement du peuple avait
ébranlé la constance de Louis de Sales, il crut
à propos de retourner aux Allinges rendre
compte au gouverneur du Ghablais de ce qui
s'était passé à Thonon. « Mais, dit-il à son
frère ; vous m'en laisserez faire le récit ; car,
comme la peur grossit les objets, j e craindrais,
si vous le faisiez, que le mal ne parût beau-
coup plus grand qu'il n'est en effet. » Le gou-
— 14 —
verneur ayant appris d'eux-mêmes la manière
dont ils avaient été reçus a Thonon, leur of-
frit une bonne escorte de sa garnison. Fran-
çois de Sales répondit qu'il abandonnerait
plutôt la mission que de souffrir qu'on fît la
moindre violence aux habitants de Thonon,
ou qu'on leur donnât sujet de publier qu'on
avait voulu user de contrainte à leur égard.
C'est ainsi que sans s'effrayer, sans douter
un instant du succès, il continua l'oeuvre
difficile qu'il avait entreprise, et ramena au
bercail une foule de brebis égarées.
Devenu coadjuteur de l'évêque de Genève,
et souvent, obligé de remplir les fonctions
épiscopales, François de Sales continua néan-
moins de prêcher, et remporta sur l'héré-
sie , qui régnait également dans le pays de
Gex, le même triomphe que dans le Chablais.
Aussi le cardinal du Perron aimait-il à répéter
qu'il convaincrait bien les hérétiques, mais
que si l'on voulait qu'ils se convertissent, il
fallait les conduire à François de Sales.
Malgré le soin que notre Saint avait de ca-
cher ses vertus, elles ne laissaient pas d'être
connues partout. Henri IV, qui avait conçu
— 15 —
pour lui une estime toute particulière, forma
le dessein de l'attaches» 1 pour toujours à la
France. Il lui fit donc offrir le premier évêché
vacant, et, en attendant, une pension de
quatre mille livres. Le Saint répondit que ,
pour l'évèché, Dieu l'avait appelé malgré lui
à celui de Genève, et que, pour suivre sa
vocation, il se croyait obligé de le garder
toute sa vie. « Quant à la pension, ajoutâ-
t-il, le peu que j'ai suffit pour m'entretenir,
et ce que j'aurais au delà ne servirait qu'à
m'embarrasser. »
Ce fut le 8 décembre 1602 que François de
Sales fut sacré évêque de Genève. Il comprit
dès le premier jour toute l'étendue de ses
devoirs ; son zèle ne recula devant aucune
fatigue pour étendre le règne de Jésus-Christ
et exercer la charité envers le prochain. Un
jour, dans les environs de Six, deux som-
mets de montagnes se détachèrent, et plu-
sieurs villages en furent écrasés. Les chemins
pour se rendre aux lieux du désastre étaient
impraticables; mais, au péril de sa vie, le
saint évêque voulut y aller-. La pensée de tant
de malheureux manquant de tout était trop