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Vie de Saint Ignace de Loyola / par l' abbé ***

De
37 pages
1864. Ignace de Loyola (saint ; 1491-1556). 1 pièce ; in-18.
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y VIE
DESAtKT
IGNACE DE LOYOLV
PAR L'ABBE *-.
LIMOGES
MARTIAL ARDANT FRÈRES,
rue de la Terrasse.
1864
BIBLIOTHÈQUE
DES ENFANTS PIEUX.
Propriété des Editeurs.
VIE
DE SAINT
IGM DE LOYOLA
PAR L'ABBÉ ***.
LIMOGES
MARTIAL ARDANT FRERES, ÉDITEURS
Rue de la Terrasse.
186 »
VIE
DE SAINT
IGNACE DE LOYOLA.
Saiht IGNACE naquit en 1491, dans cette partie
de la Biscaye espagnole qui s'étend vers les
Pyrénées, et qui est présentement connue sous
le nom de Guipuscoa. Don Bertran son père,
seigneur d'Ognez et de Loyola, tenait un des
premiers rangs parmi la noblesse du pays. Sa
mère, Marie Saez de Balde, n'était pas d'une
naissance moins illustre. Il fut le dernier de
trois filles et de huit garçons; il était bien fait;
il donna dès son enfance des preuves d'une
grande vivacité d'esprit.
Quoiqu'il fût naturellement affable et offi-
cieux, on remarquait en lui beaucoup de pen-
chant à la colère, etsurtoutune passion ardente
pour la gloire.
Il fut élevé à la cour de Ferdinand V, au-
quel il s'attacha en qualité de page. Son père
l'avait mis sous la conduite d'Antoine Manri-
quez, duc de Najare, grand d'Espagne, qui
— 6 —
était son parent. Le duc voyant les dispositions
d'Ignace pour le métier de la guerre, lui fit
apprendre tous les exercices propres à former
un officier. Le jeune page s'ennuya bientôNu
séjour de la cour; il ne soupirait qu'après le
moment où il pourrait entrer au service. L'a-
mour de la gloire était encore augmenté en lui
par l'exemple de ses frères , qui s'étaient
sigDalés dans les guerres de Naples.
Lorsqu'il fut à l'armée, il ne le céda en
courage à aucun officier. Il se Et beaucoup
d'honneur par la conduite qu'il tint àla prise de
Najare, ville située sur la frontière de Biscaye.
Quoiqu'il eût eu le plus de part à la victoire,
il ne voulut point en avoir au butin, se con-
tentant d'avoir fait une belle action. Il haïssait
le jeu comme une source d'avarice, de querelles
et de plusieurs autres maux. Il ne manquait
point d'habileté pour les affaires, et, tou,t jeune
qu'il était, il avait un talent singulier pour
apaiser les disputes qui s'élevaient parmi les
soldats. Il se montrait fort généreux envers
ses ennemis. Il aimait la poésie, et sans aivoir
aucune teinture des lettres il faisait d'assez
bons vers espagnols ; l'on dit qu'il composa
nu petit poème à la louange de saint Pierre,
Mais sa conduite n'était guère édifiante :
il ne pensait qu'à la galanterie et au plaisir;
il ne suivait dans toutes ses actions que; les
fausses maximes du monde. Il vécut de la sorte
jusqu'à l'âge de viogt-neuf ans, que Dieu lui
ouvrit les yeux de la manière quenous l'allons
rapporter.
-7-
Charles-Quint, qui avait succédé à Ferdi-
nand, et qui venait (Têtre élu empereur, passa
en Allemagne pour prendre possession de la
couronne impériale. François Ier, roi de
Fiance, qui avait aussi prétendu à l'empire,
devint l'implacable ennemi de Charles, qui lui
avait été préféré. Il lui déclara la guerre
dans le dessein de reprendre la Navarre, dont
Ferdinand avait dépouillé Jean d,Albret> et
que Charles retenait toujours, quoique par le
traité de Noyon il se fût obligé à la rendre
dans les six mois. Il fit donc marcher, en 1521,
une armée nombreuse contre les Espagnols.
Elle était commandée par André de Foix, frère
du fameux de Lautrec. Le général ayant
passé les Pyrénées, entra dans la Navarre, et
vint mettre le siège devant Pampelune. Ignace
avait été laissé dans cette place par le vice-
coi, non pour commander, mais pour encou-
rager la garnison. Il fit tout ce qu'il put pour
engager les assiégés à se défendre, mais ses
efforts furent inutiles; il eut même la douleur
de leur voir ouvrir les portes de la villej alors,
pour sauver son honneur, il se retira dans la
citadelle avec un brave soldat qui eut seul le
courage de le suivre. La garnison de cette
forteresse délibérant si elle ne se rendrait
point, il l'exhorta à faire une vigoureuse
defense. Cependant les Français déchargèrent
toute leur artillerie, firent une large brèche à
la muraille, et montèrent à l'assaut. Ignace
parut sur la brèche, à la tête des plus braves,
- 8 -
et reçut les ennemis l'épée à la main; mais
dans la chaleur du combat un éclat de pierre
le frappa à la jambe gauche , et un boulet de
canon au même moment lui cassa la jambe
droite. Les Navarrois le voyant blessé perdi-
rent cœur, et se rendirent à discrétion. Les
Français traitèrent bieu les prisonniers, et sur-
tout Ignace, dont ils admiraient la valeur, ils
remportèrent au quartier de leur général,
puis l'envoyèrent dans une litière au cbâtçau
de Loyola qui n'est pas fort éloigné de Pam-
pelune.
A peine y fut-il arrivé qu'il sentit de graru
des douleurs. On trouva qu'il y avait des os
hors de leur place, ou parce qu'ils avaient été
mal rejoints, ou parce que le mouvement les
avait empêchés de se bien reprendre. Les
chirurgiens jugèrent donc qu'il fallait casser
la jambe de nouveau. Ignace se mit entre leurs
mains, et ne fit paraitreaucune faiblesse durant
une si cruelle opération; mais il lui vint une
fièvre violente, et accompagnée de symptômes
dangereux. Bientôt il tomba dans une extrême
langueur, et les médecins lui déclarèrent qu'il
ne lui restait plus que peu de jours à vivre. Il
reçut les sacrements la veille de la fêle de
saint Pierre et de saint Paul, et l'on crut
qu'il ne passerait pas la nuit. Il guérit cepen-
dant contre toute apparence; il regarda comme
miraculeux le rétablissement de sa santé, et
l'attribua à l'intercession de saint Pierre, pour
lequel il avait toujours eu beaucoup de dévo-
tion.
— 9 —
Mais cette guérison inespérée ne lui fil pas
perdre l'esprit du monde. Sa jambe, qui avait
été mal pansée la première fois, ne le fut pas
si bien la seconde qu'il n'y restât une diffor-
mité notable. C'était un os qui avançait trop
au-dessous du genou, et qui l'empêchait de
porter-la botte bien tirée. Comme il aimait la
bonne grâce, il résolut de se faire couper cet
os. Les chirurgiens lui représentèrent inutile-
ment que l'opération serait douloureuse. Il
ne voulut ni qu'on le liât, ni.qu'on le tînt. On
lui coupa l'os jusqu'au vif, sans qu'il changeât
de visage. Une de s?s cuisses s'étant aussi
retirée depuis sa blessure, il se miL comme
à la torture durant plusieurs jours, en se fai-
sant tirer violemment ta jambe avec une ma-
chine de fer; mais il fut impossible de l'éten-
dre à la longueur de l'autre; ainsi sa jambe
droite demeura toujours un peu plus courte.
Après l'opération faite à son genou, il fut
obligé de garder le lit, quoique jouissant
tirailleurs d'une bonne santé. Comm'e il s'en-
nuyait beaucoup, il demanda quelques romans
pour s'amuser. Il avait toujours été passionné
pour ces sortes de livres, ainsi que pour tous
ceux qui traitaient de la chevalerie errante.
Ceux qui étaient auprès de lui n'ayant point
trouvé de romans sous leurs mains, lui appor-
tèrent la vie de Jésus-Christ et celles dés
saints. Il les lut d'abord uniquement pour
passer le temps ; mais il y prit goût peu
a peu, et s'y attacha de telle sorte qu'il y
- 40 -
employait les journées entières. Il De pouvait
se lasser d'admirer dans les saints l'amour de
la solitude et de la croix. Il considérait avec
étonnement, parmi les anachorètes , des hom-
mes de qualité couverts de cilices, exténués
de jeûnes, ensevelis tout vivants dans des
cabanes et des grottes ; il se disait ensuite à
lui-même : «Ces hommes étaient de la même
» nature que moi ; pourquoi ne ferais-je pas
» ce qu'ils ont fait? » En même temps il for-
mait la résolution de les imiterj il se proposait
de visiter les lieux saints, et de s'enfermer dans
un ermitage ; mais ces bons mouvements s'é-
vanouissaient bientôt ; sa passion pour la
gloire revenait ; il était encore distrait par une
inclination secrète qu'il se sentait pour une
dame de la cour de Castille. Il s'occupait à ce
sujet de mille pensées ambitieuses. Lorsqu'il
était las de rêver, il se remettait à lire. Enfiji,
à force de réfléchir sur ce qu'il lisait , il com-
prit que rien n'était plus frivole que cette
gloire mondaine dont il était si épris , et qu'il
n'y avait que Dieu qui pût contenter le cœur
humain.
Il prit donc une dernière résolution de mar-
cher sur les traces des saints. Il commença
à traiter son corps avec la plus grande rigueur.
Il se levait toutes les nuits pour pleurer ses
péchés dans l'obscurité et dans le silence.
Etant une nuit prosterné devant une image
de la Vierge avec des sentiments extraor-
dinaires de ferveur, il s'offrit a Jésus-Christ
- il -
par la sainte Vierge même, se consacra au ser-
vice du fils et de la mère, et leur jura une
fidélité inviolable. Sa prière finie, il entendit
un grand brait : la maison trembla, toutes les
vitres de sa chambre cassèrent, et il se fit dans
la muraille une assez large ouverture, qu'on y
yoit encore, dit le dernier auteur de sa vie.
Dieu a pu marquer par là qu'il agréait le
sacrifice de son serviteur : peut-être était-ce
un effet de la rage du démon, qui se voyait
enlever sa proie. Une autre nuit, Ignace vit en
songe la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus
entre ses bras, et tout environnée de lumière.
Cette vision, qui le remplit de joie, purifia
son cœur, et effaça de son esprittoutes les ima-
ges des voluptés sensuelles.
Don Martin Garcias, son frère aîné, qui par
la mort de don Bertran était devenu seigneur
de Loyola, fit tous ses efforts pour le retenir
dans le monde, et pour lui persuader de ne
point renoncer aux avantages qu'il pouvait
s'y promettre : mais Ignace avait pris définiti-
vement son parti. Lorsqu'il fut guéri, il monta
à cheval, sans-autre dessein en apparence que
d'aller voir le duc de Najare, qui avait souvent
envoyé savoir des nouvelles de sa santé, et qui
demeurait à Navarret, petite ville voisine. Il
renvoya de là, sous quelque prétexte, deux
domestiques qui l'avaient accompagné, et, sa
visite faiie, il s'en alla seul à Monserrat. C'est
une célèbre abbaye de bénédictins, bâtie sur
une montagne escarpée , qui a environ qua-
— 19 -
tre lieues de circonférence sur deux lieues de
largeur, et éloignée d'environ une journée de
Barcelone. Elle avait été fondée, en 880, pour
des religieuses, par les comtes de Barcelone;
mais on y mit des moines en 990. Plusieurs
rois d'Espagne l'ont depuis considérablement
augmentée ; on y voit une image miraculeuse
de la sainte Vierge, qui y attire beaucoup de
pèlerins.
Il y avait dans ce monastère un religieux
d'une éminente sainteté, qui se nommait Jean
Chanones. Il était Français de nation, et avait
été grand-vicaire de Mirepoix avantsa retraite;
il vécut jusqu'à l'âge de quatre- vingt-huit ans
dans une rigoureuse mortincation. Jamais il ne
mangeait de viande; il donnait à la prière tine
grande partie des nuits, et partageait le reste
de son temps entre les exercices de la conlem-
plation et le service du prochain. Enfin l'Es-
pagne admirait en lui un modèle accompli de
toutes les vertus chrétiennes et monastiques.
Ce fut à ce docteur expérimenté qu'Ignace
s'adressa; il lui fit une confession générale de
ses péchés, qu'il interrompit souvent par ses
soupirs et par ses larmes. Il se consacra en-
suite spécialement au Seigneur par le vœu de
chasteté perpétuelle.
En arrivant au village qui est au pied de la
montagne de Monserrat, il avait adhetéun ha-
bit de grosse toile, une ceinture et des sandales
de corde, avec un bourdon et une calabasse.
Son dessein, après avoir satisfait sa dévotion,
- 13 -
2
était de faire un pèlerinage à Jérusalem. Il
parut'à l'abbaye déguisé sous l'habillement de
pèlerin. Son confesseur, auquel il communi-
qua le plan .d'austérités qu'il s'était formé,
l'approuva et le confirma dans ses saintes ré-
solutions. Ayant communié de grand matin,
le jour de l'Annonciation de l'année 1522, il
partit de Monserrat dans la crainte d'être re-
connu. Il pendit son épée à un pilier proche de
l'autel, pour marque qu'il renonçait à la mi-
lice séculière. Il laissa son cheval au monas-
tère, et n'emporta avec lui que les instruments
de pénitence qu'il avait demandés à son con-
fesseur.
Il marchait le bourdon à la main, la cale-
basse au côté, la tête découverte et un pied
nu; il avait chaussé son autre pied, qui se sen-
tait encore de la blessure dont nous avons
parlé. Il se réjouissait de ne plus porter les
livrées du monde, et d'être revêtu de celles de
Jésus-Christ. Il avait donné ses habits à un
pauvre : mais celui-ci fut arrêté et mis en
prison comme s'il les eût volés. Il fut obligé,
pour procurer l'élargissement de ce malheu-
reux, de confesser la vérité; mais il ne voulut
dire ni son nom, ni sa qualité.
À trois lieues de Monserrat est une petite
ville nommé Manrèze , où il y a un couvent de
dominicains, avec un hôpital pour les pèlerins
'et les malades. Ignace alla droit à cet hôpital;
il eut une grande joie de se voir au nombre
des pauvres, et de pouvoir faire pénitence
- 44 —
sans être connu. Il commença par jeûner toute
la semaine au pain et à l'eau excepté le di'
manche, qu'il mangeait un peu d'herbes cuites
auxquelles il mêlait de la cendre. Il peignit ses
reins d'une chaîne de fer, et prit un cilice sous
l'habillement de toile dont il était revêtu. Trois
fois par jour il se donnait la discipline ; il
dormait peu, et se couchait à terre. Chaque
jour il entendait le service divin, priait plus
de sept heures à genoux, et participait tous
les dimanches au sacrement de l'eucharistie.
L'amour de l'humiliation égalait en lui l'amour
des austérités. Il affectait dans sa conduite
toutes les manières d'un homme de la lie du
peuple; il mendiait son pain de porte en porte
avec un extérieur négligé et dégoûtant. Les
enfants le montraient au doigt, lui jetaient des
pierres, et le suivaient dans les rues avec de
grandes huées. Il souffrait les outrages et les
moqueries sans dire un seul mot, se réjouis-
sant en son cœur d'avoir part aux' opprobres
de la croix. Il triompha d'une tentation causée
par un dégoût étrange qui lui vint des ordures
de l'hôpital, et par la honte qu'il ressentit de
se voir en la compagnie des gueux. A la
longue, on prit d'autres sentiments pour cet
homme extraordinaire. La connaissance de ce
qui était arrivé à ce pauvre auquel il avait
donné ses habits, jointe à sa piété et à cette
patience avec laquelle il supportait les plus
indignes traitements, lui attirèrent l'admira-
tion et le respect de tous les habitants de Man-
rèze.