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Vie de sainte Germaine de Pibrac ; par M. l'abbé H... B...

65 pages
Regnault (Toulouse). 1867. Cousin, Germaine. In-32.
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VIE
DE L.V MKXHIÏliEtW
GERMAITVE
DE PIBHAC
AU DIOCÈSE DE TOULOUSE
TOULOUSE
ADftfcPHE REGAlLT, libraire-éditeur,
pue des Balances, 28.
1867
VIE
DE
SAINTE GERMAINE
DE PIBRAC
Par M. l'abbé H. B.
TOULOUSE
ADOLPHE REGNÀULT, libraire-éditeur,
Rue des Balances, 28.
1867
Imprimerie J. PUDEL el nLAC, rue des Gestes, G.
VIE
DE
SAINTE GERMAINE
Germaine Cousin, dont la mémoire
est en si grande vénération dans Ja
France entière, naquit à Pibrac, petit
village du diocèse de Toulouss, vers
l'année 1579. Ses parents étaient pau-
vres et d'une condition très obscure. Dès
sa première enfance, elle fut atteinte
d'infirmités qui servirent plus tard à sa
sanctifieation ; car ayant eu le malheur
de perdre sa mère, et son père s'étant
remarié, l'état maladif de la pauvre en-
fant provoqua les colères de sa marâtre
qui, plus d'une fois, lui fit souffrir les
plus indignes traitements. Mais Ger-
maine, victime de l'aversion de sa belle-
mère, ne se plaignit pas; elle supporta
tout avec patience et humilité.
La solitude à laquelle elle fut condam-
née, vivant tout le jour loin de la mai-
son paternelle, à la suite de quelques
animaux du logis, détacha son cœur de
la terre et l'éleva vers Dieu, dont elle
avait entendu la voix. Aussi, lorsque le
moment fut venu pour Germaine de faire
-&-
sa première communion, le divin Maître,
qui venait reposer dans son âme, la
trouTO dès longtemps préparée à le reee-
voir. La pieuse Bergère avait eu soin
d'orner son cœur de toutes les vertus,
et son impatience de s'unir à Jésus
n'avait pas connu d'obstaeles.
Nous savons que la méchanceté de la
femme de son père retenait Germaine
dans les champs auprès d'un petit trou-
peau, et la privait ainsi du bonheur d'as-
sister aux catéchismes et aux offiœs de
la paroisse; mais l'enfant, docile aux
inspirations d'en haut, plantail en terre
sa quenouille, remettait à Dieu la garde
de ses brebis et venait à l'église s'ins-
truire et faire ses dévotions. Jamais,
pendant son absence, les loups ne vin-
rent attaquer le troupeau; jamais le
troupeau ne quitta la houlette pour cau-
ser quelque dommage aux prairies voi-
sines.
Un jour, c'était pendant l'hiver,, le
Courbet, grossi par les eaux subitement
descendues des montagnes, avait ar-
rêté la marche des villageois que leurs
occupations appelaient au hameau. Pour
Germaine, ce ne fut pas un obstacle;
elle traversa le torrent, gagna l'autre
rive, et se rendit à l'église.
— 5 —
En même temps qu'elle ouvrait son
imte aux douceurs de la grâce, Germaine
acceptait avec constance et résignation
ks peines qu'elle avait à souffrir au sein
de sa famille. Le toit paternel. qui pour
les misérables est une ressource dans leurs
aflictitns, l'offrait à la pauvre enfant
1i.un-séjour de douleur! Le soir, quand
elle revenait des champs accablée par la
fatigue de la journée, il ne lui était pas
permis de s'asseoir à la table de famille.
Releg uée dans un coin de la maison, elle
avait une espèce de gîte, sous un escalier,
à l'extrémité d'une galerie ouverte à
tous les vents. Quand elle quittait la
ferme, au lever du jour, sa marâtre lui
tWnaah la laine et le lin qu'elle avait à
filer pendant la journée, en veillant à la
garde du troupeau ; puis, avec de dures
parales, elle lui jetait un morceau de
pain noir ; et la pauvre infirme partait
le sourire sur les lèvres et une bonne
pensée dans le cœur.
Ellesavaitque non loin de la demeure
de son père vivaient aussi des malheu-
reux, et déjà elle se réjouissait à la pen-
sée de partager avec eux le pain qu'elle
venait de recevoir, et aussi les restes des
aliments qu'elle avait le soin de recueil-
lir après le repas de la famille.
— 6 —
Tous les jours, des pauvres, des mala-
des, des vieillards , se trouvaient sur le
passage de notre Bergère, et recevaient
d'elle une portion de son pain noir et ce
qu'elle avait ramassé à la ferme. A la
fin, la marâtre soupçonna les saintes
industries de la pieuse enfant, et un jour
que la jeune fille était sortie de la mai-
son portant du pain dans son tahlier
pour la distribution de ses aumônes,
cette méchante femme, n'écoutant que
-sa colère prend un énorme bâton, et
se précipitant sur Germaine, la frappe
avec fureur. Des passants veulent ar-
rêter la violence; on ouvre le tablier
de la jeune Bergère et l'on n'y trouve
que des fleurs, dans une saison où il
n'y en avait pas de cette espèce. Cet
évènement rendit Germaine un objet de
vénération pour ceux qui en avaient été
les témoins ou qui le connurent.
Cette vertueuse fille mourut à l'âge
de vingt-deux ans, vers l'an 1G01. Sa
mort fut subite mais non pas imprévue.
Un jour, son père, Laurent Cousin, ne
l'entendant pas, selon sa coutume, se di-
riger vers l'étable où se trouvait le trou-
peau, courut vers la pauvre couche de
Germaine et trouva son corps sans mou-
vement et sans vie.
— 7 —
La nouvelle de cette mort se répandit
promptement dans le village. Partout on
disait : La Sainte n'est plus ! et sur son
lit de mort elle était béatifiée par la voix
du peuple.
Le corps de la pieuse Germaine fut
inhumé dans l'église de la paroisse.
Une tradition popqlaire a conservé le
souvenir d'un évènement merveilleux
arrivé la nuit même de la mort de la
Bergère.
Deux religieux d'un monastère voisin
de Pibrac étaient arrivés dans la forêt
de Bouconne. La nuit, qui survint, ne
leur permettant pas de discerner exac-
tement le chemin, ils résolurent d'atten-
dre dans une clairière le retour de
l'aube. Ils s'étaient agenouillés pour
faire leur prière, lorsqu'élevant leurs
yeux au ciel, ils aperçurent comme une
trace lumineuse au-dessus de leurs têtes.
Bientôt leurs oreilles, charmées par'une
mélodie merveilleuse, entendirent des
chants d'allégresse, tandis que l'odeur
des plus suaves parfums embaumait l'air
qu'ifs respiraient. Us étaient attentifs et
émerveillés, lorsqu'un spectacle prodi-
gieux s'offrit à leurs regards. Ils virent,
suivant le sentier étincelant, une troupe
de vierges magnifiquement belles, re-
- 9 —
vêtues d'habits blancs et tenant des
fleurs dans leurs mains ; la céleste pro-
cession se dirigeait vers une habitation
inconnue qu'ils distinguaient à peine
sur le côteau voisin. Tout-à-coup la vi-
sion disparut; mais -pendant que les
deux religieux pèlerins cherchaient dans
l'espace la trace des pas des anges dis-
parus , voilà que le ciel s'illumine de
nouveau; ils entendent en&ore de mélo-
dieuses harmonies, et les airs embau-
més les avertissent du passage de la
procession au-dessus de leurs têtes.
Ils lèvent leurs bras au ciel comme
pour arrêter la marche de la troupe an-
gélique. Mais la procession défile devant
eux, et cette fois ils voient au milieu du
cortége une jeune fille qu'ils n'avaient
pas aperçue tout à l'heure, et cette jeune
fille joyeuse et couronnée de fleurs, mê-
lait sa voix au chant des anges, et ce
chant était suave, et ils ne compre-
naient pas les paroles qu'ils entendaient.
Enfin tout disparut. Longtemps les reli-
gieux demeurèrent en prières, et lors-
que le jour vint, ils continuèrent leur
route et arrivèrent au village.
Et voilà qu'on disait : La Sainte
n'est plus; et ils comprirent alors que
les auges de leur vision étaient de jeu-
— 9 —
nés vierges venues du ciel pour accom-
pagner Germaine dans son triomphe.
Le récit de cet événement produisit
une imprenion profonde dans les esprits
qui déjà proclamaient la sainteté de
l'humble Bergère.
Le jour de ses funérailles, tous les
habitants de Pibrac, même ceux qui de
son vivant avaient méconnu Germaine,
voulurent accompagner la précieuse dé-
pouille et arroser de leurs larmes cette
tombe que le Seigneur allait rendre
glorieuse.
En l'année 1644, il mourut à la ferme
de Laurent Cousin une femme dont la
tradition nous a conservé le nom, elle
s'appelait Endoualle. Deux hommes
furent chargés d'ouvrir une fosse pour
ensevelir le corps. Ils se rendirent de
grand matin dans l'église, et munis de
leurs instruments, ils se mirent en de-
voir d'enlever la dalle qui formait le pavé
de l'église, un peu à gauche, vis-à-vis
de la chaire. Au premier coup de pio-
che, l'un des travailleurs met à nu un
cadavre. Epouvanté, il sort, et appelle
ceux des villageois qui allaient aux
champs. Tous ensemble ils enlèvent la
bière, fort surpris de la trouver si près
du dallage de l'église. Mais leur étonne-
— o-
ment fut bien plus grand, lorsqu'après
avoir ouvert le cercueil, quelques vieil-
lards qui étaient présents reconnurent,
aux fleurs à peine fanées et aux épis de
seigle encore conservés, le corps d'une
jeune fille qu'ils déclarèrent être morte
quarante- trois ans auparavant en odeur
de sainteté.
On examina le corps de Germaine,
qui fut trouvé entier et préservé de cor-
ruption; les membres étaient attachés
les uns aux autres par leurs jointures
naturelles et couverts de l'épiderme. La
chair paraissait sensiblement molle en
plusieurs parties. Les ongles des pieds
et des mains étaient parfaitement adhé-
rents à leur situation ordinaire. La lan-
gue même et les oreilles, uniquement
desséchées, s'étaient conservées dans leur
ertier. Ce corps précieux était revêtu
de son suaire, qui n'avait pas encore
reçu la moindre atteinte de la plus lègère
pourriture.
Bientôt tous les habitants de la pa-
roisse eurent vu la sainte dépouille, et
les anciens affirmaient de nouveau que
ce corps était bien celui de Germaine
Cousin, qu'ils avaient reconnu à la diffor-
mité de sa main et aux cicatrices des
écrouelles qui paraissaient à son cou.
— 14 —
On le plaça debout près de la chaire de
l'église. Il y fut laissé dans la même si-
tuation , exposé à la vue de tout le
monde, jusqu'à ce que le miracle sui-
vant donna lieu de le placer d'une ma-
nière plus décente.
A une faible distance de Pibrac, dans
un vieux manoir situé à Bélesta, le sire
François de Beauregard vivait avec sa
femme, noble dame Marie de Clémence-
Gras. Le ciel avait béni leur union, et
un tout jeune enfant était le gage de
leur bonheur et le sujet de leurs espé-
rances. "Un jour l'enfant, que la com-
tesse nourrissait elle-même, refusa le
sein maternel, et Mme de Beauregard, à
la douleur qu'elle ressentait, comprit
bientôt qu'un ulcère dévorait sa poi-
trine. En peu de temps l'eufant fut ré-
duit à la dernière extrémité, et les dou-
leurs de la mère étant devenues intolé-
rables , on fit venir de Toulouse des
médecins et des chirurgiens qui décla-
rèrent ne pouvoir arrêter le mal. Désolé,
le comte, ne sachant plus à qui parler
de sa douleur, se tourna vers Dieu, et
pendant qu'il priait, une pensée pénible
et subite traversa son esprit. — Pour-
quoi, se disait-il, la comtesse a-t-elle
fait enlever le corps de cette jeune fille
— <12 —
que tout le monde regarde comme une
bienheureuse? N'eut-elle pas mieux fait
de laisser la dépouille de Germaine en
son lieu, auprès delà chaire, que de
déclarer qu'il ne lui était pas possible
de soutenir la présence de ce cadavre
pendant son séjour à l'église? — Cette
réflexion qu'il venait de faire ainsi seul
devant Dieu, il voulutla communiquer à
sa femme. Les paroles du comte firent
rentrer la dame en elle-même et la dé-
terminèrent à se mettre en prière. La
nuit suivante, la comtesse fut profon-
dément agitée. Il lui sembla voir sa
chambre subitement illuminée par une
clarté toute céleste, et quelques ins-
tants après, elle aperçut la jeune Ber-
gère qui venait à elle environnée de la
splendeur des saints. Germaine l'aver-
tit que sa prière était exaucée, que son
ulcère disparaîtrait et que son enfant
reprendrait toutes ses forces. Aussitôt
elle appelle ses domestiques, auxquels
elle annonce elle-même le prodige. Dès
ce moment, l'ulcère disparut, la plaie
fut cicatrisée, et l'enfant reprit sans dif-
ficulté le sein qu'il refusait depuis plu-
sieurs jours.
Dès le lendemain, cette dame vint à
l'église accompagnée du comte de Beau-
— 43 —
regard, suivie de toute sa maison et por-
tant dans ses bras l'enfant miraculeuse-
ment rendu à la santé. Une messe d'ac-
tion de grâces fut solennellement célé-
brée; puis la comtesse vint se prosterner
devant le corps de la Bergèr eetlui offrit
publiquement son enfant.-
Elle raconta à tous ceux qui étaient
présents les faveurs dont elle avait été
honorée, et pour preuve de sa recon-
naissance , elle fit faire un cercueil de
plomb, dans lequel on déposa le corps
de Germaine qui alors fut placé dans la
sacristie.
Il resta dans cet état environ seize ans,
c'est-à-dire jusqu'à l'année 1661, et pen-
dant ce temps, des miracles en grand
nombre attestèrent la sainteté de notre
Bergère.
L'autorité ecclésiastique, justement
préoccupée du concours pieux qui com-
mençait à s'établir auprès du tombeau
de Germaine, résolut de procéder à une
enquête juridique. M. Jean Dufour,
prêtre, chanoine-archidiacre de l'église
métropolitaine de Saint-Etienne, et vi-
caire-général de. Monseigneur Pierre de
Marca, archevêque de Toulouse, vint à
Pibrac pour y faire la visite pastorale.
On lui présenta le corps; il en reconnut
- il, -
l'authenticité, et constata plusieurs gué-
risons opérées au tombeau de Germaine.
Trois années après la vérification des
saintes reliques par M. Dufour, une
guérison miraculeuse vint augmenter la
réputation de sainteté de la Bergère de
Pibrac.
Une femme, nommée Anne Frégaud,
vivant dans la paroisse, était -atteinte
d'humeurs scrofuleuses qui résistaient à
tous les remèdes employés pour les gué-
rir. Elle eut la pensée de recourir à la
pieuse Germaine qu'elle savait avoir été
affligée de la même maladie. Un jour
donc elle se rendit à la sacristie où l'on
avait déposé le cercueil de la pauvre
Bergère, et pendant qu'elle priait, une
démangeaison extraordinaire lui fit por-
ter ses mains à ses plaies; mais elle n'y
trouva plus que des cicatrices qu'elle se
hâta de montrer à ceux qui l'entou-
raient, heureuse et reconnaissante de se
voir guérie. Depuis cet instant, Anne
Frégaud n'éprouva plus aucune espèce
de douleur, car ses humeurs scrofuleu-
ses étaient à tout jamais disparues.
Ces guérisons subites et miraculeuses
frappaient d'admiration ceux qui en
étaient les témoins et attiraient auprès
des reliques les infirmes et les malades,
— 15 —
qui bien souvent s'en retournaient en
publiant les louanges et les bienfaits de
la Sainte de Pibrac.
La confiance en la puissante interces-
sion de Germaine allait croissant, lors-
que un nouveau miracle vient l'augmen-
ter encore.
Un vicaire de la paroisse de Pibrac,
M. l'abbé Romenguère, fut subitement
arrêté au milieu de ses œuvres de zèle;
en l'année 1670, une attaque de para-
lysie générale le mit dans l'impossibilité
absolue de continuer ses fonctions sacer-
dotales. Ses membres, complètement
immobiles, se refusaient à tout mouve-
ment. Dans cet état désolant, le bon
prêtre pensait à la dépouille précieuse
que tant de fois il avait vue dans la sa-
cristie de son église. Témoin lui-même
de quelques miracles opérés devant le
cercueil. de Germaine, il résolut de se
faire porter à l'église. Les habitants du
village, ayant connu la résolution du
vicaire, vinrent en grand nombre devant
le corps de la Bergère. M. l'abbé Romen-
guère pria quelques instants avec ses
paroissiens. Tout-à-coup, et comme mal-
gré lui, il lève ses bras au ciel, quitte le
fauteuil sur lequel on l'avait porté, se
jette à genoux, en s'écriant : ,- Je suis
— «—
guéri. — Il était guéri, en effet, et ftt
pouvant contenir les transports de sa
joie, il se revêtit de ses ornmnfents sacer-
dotaux et célébra les saints mystères en
action de grâces.
Le peuple émerveillé poussait des cris
d'admiration et allait répétant dans les
villages voisins les prodiges qui s'accom-
plissaient dans l'église de Pibrac. Or,
en 1677, une enfant de douze ans,
nommée Bernarde Roques, de Corne-
barrieu, fut atteinte d'une paralysie gé-
nérale. Ses parents, bons chrétiens, en-
tendirent raconter le miracle opéré en
faveur du vicaire de la paroisse. Ils ré-
solurent de porter leur enfant à Pibrac
au cercueil de Germaine. Ils franchirent
donc la petite distance qui sépare les
deux villages , et vinrent avec leur en-
fant paralysée depuis quatre ans au tom-
beau de la Sainte. Dès qu'ils furent
arrivés à l'église, ils entendirent dévote-
ment la messe qui se disait en ce moment,
ensuite ils se dirigèrent vers la sacris-
tie. A peine furent-ils en présence du
saint corps, que la jeune Bernarde
s'échappa des bras de jceux qui la por-
taient et vint seule s'agenouiller devant
le cercueil, montrant bien à tous qu'elle
était guérie et rempliede reconnaissance.
- 17 —
Bernarde et ses parents retournèrent à
pied à Corncbarrieu, annonçant partout
sur leur chemin la faveur que leur avait
accordée la Bienheureuse.
Tous ces prodiges provoquèrent une
nouvelle enquête de la part de l'autorité
ecclésiastique. Monseigneur de Montpé-
zat rendit une ordonnance mémorablepar
laquelle il enjoignit au curéde Pibrac de
prendre tous les renseignements possibles
sur la vie, les vertus, la mort et les mira-
cles de la Bergère.
En conséquence de ces ordres, on
tint désormais dans la paroisse un re-
gistre, dans lequel furent consignés tous
les faits extraordinaires qui s'accomplis-
saient auprès du corps de Germaine Cou-
sin et par son intercession.
Ainsi, nous lisons qu'en 1688, un
habitant d'un petit village situé sur la
route qui conduit de Toulouse à Pibrac,
le sieur Delapart, de Colomiers, se voua
à la vertueuse Germaine avec trois de
ses enfants, atteints des écrouelles de-
puis deux ans et déjà tout couverts d'ul-
cères. Pour accomplir leur vœu. ils se
reprirent au tombeau de la Sainte. A
p/éjûe eurent-Hs posé leurs mains sur le
qejpcaeil, qu'ils furent soudainement gué-
ris^en sorte qu'il ne parut plus sur eux
2
— 48 -
que les sfiuks oieatricçs de leurs plaies.
Une observation trouve ici naturelle-
ment sa place. Il semble que l'innocente
fille se soit plus particulièrement inté-
ressée aux malheureux atteints du mal
dont elle avait en à souffrir toute sa vie,
les scrofuleux éprouvant presque tou-
jours les miraculeux effets des prières de
Germaine en leur faveur.
Nous ne devons pas oublier de men-
tionner Forage épouvantable qui, en
1692, ravagea tout le pays autour de
Pibrae. On évalua à 200,X)00 francs,
somme énorme pour ce temps-là, le
dommage causé par la tempête, et on
compta plus de 400 maisons renversées
par l'ouragan. Pendant que le vent souf-
flait avec furie, les habitants de Pibrac
s'étaient précipités en fouleauprès du tom-
beau de la Bergère; ils la priaient d'épar-
gner leurs familles, leurs habitations,
leurs champs et leurs moissons. lieurs
supplications furent entendues. Une
main invisible semblait pousser les nua-
ges au loin, et pendant que tout autour
du village l'horizon était sombre et me-
naçant, une clarté bienfaisante inondait
la commune de Pibrac qui fut tout-à-fait
préservée. Cette protection si visible de
la pieuse Bergère porta la dévotion du
— 19 —
peuple envers elle jusqu'à un saint en-
thousiasme: il fut résolu d'un.commun
accord qu'on prendrait tous les moyens
possibles pour obtenir sa béatification.
L'archevêque de Toulouse était alors
Mgr Michel de Colbert. Informé des mi-
racles éclatants qui s'opéraient dans-son
diocèse par l'intercession d'une pauvre
Bergère, le prélat résolut de se rendre à
Pibrac. Il y vint en effet en 1698, et
après avoir examiné le corps de la Bien-
heureuse, il rendit une ordonannce pour
presser l'exécution de celle de son pré-
décesseur.
Conformément aux ordres de Monsei-
gneur, le R. P. Joseph de Morel, prêtre
de l'Oratoire, curé de la paroisse de la
ÍJade et vicaire-général, commença
les informations, d'après lesquelles fu-
rent authentiquement établies plusieurs
guérisons extraordinaires opérées en fa-
veur des fidèles qui avaient réclamé la
protection de la pieuse Bergère.
La dévotion et la confiance des peu-
ples pour Germaine allaient toujours
croissant, et malgré les attaques et les
folies du XYIlle siècle, on venait toujours
en foule au tombeau vénéré.
Personne n'ignore les actes étranges
de vandalisme et d'impiété commis par
— 20 -
les patriotes, à l'époque de la Révolu-
tion de ^3. Les images et les reliques
des saints furent surtout l'objet de
leur haine et de leurs spoliations sa-
crilèges. La municipalité de Toulouse,
après avoir dépouillé les châsses des
saints conservées dans la Basilique de
Saint-Sernin, tourna ses regards vers
la petite église de Pibrac. Le concours
des fidèles en ce lieuirritaitle patriotisme
des magistrats citoyens. En conséquence,
une décision des municipaux de Tou-
louse ordonna de détruire les supers-
titions, en livrant aux flammes les restes
précieux de la Vierge de Pibrac.
A cette nouvelle, tous les habitants
furent frappés de stupeur; mais l'ordre
de la commune était formel, et il n'était
pas possible de s'y soustraire. Quatre
hommes furent pris dans le village pour
opérer l'enlèvement du corps. 11 fut dé-
cidé qu'on creuserait une fosse, dans
laquelle les saints ossements seraient
enfouis avec de la chaux vive. Un des
quatre ouvriers désignés, nommé Azéma,
ne put se résoudre à servir d'instrument
à ces suppôts de l'enfer; il s'enfuit dans
la campagne, et se déroba à toutes les re-
cherches. Les trois autres individus,
J'ailleurs assez mal famés, prêtèrent
- 21 -
leur concours à cette horrible profana-
tion, et exécutèrent leur odieux man-
dat.
Mais le ciel exerça une terrible ven-
geance sur ces indignes et lâches profa.
nateurs : le premier fut atteint d'un mal
aux reins si violent, que son corps fut
plié en deux : il mourut avec cette dif-
formité; le second fut paralysé d'un bras;
le troisième éprouva un châtiment plus
terrible encore que celui des deux autres :
il fut pris à la tête d'une douleur si vio-
lente, que son cou se roidit et que sa
tête resta tournée vers l'une des épaules.
Pendant vingt ans les deux derniers de-
meurèrent sous le coup de la justice di-
vine. Enfin, après avoir eu inutilement
recours aux remèdes et aux médecins,
touchés de la grâce, ils vinrent au tom-
beau de la Bienheureuse, et tous les deux
furent guéris miraculeusement par l'in-
tercession de la douce Bergère.
Après la Révolution, le corps de
Germaine Cousin fut extrait de la
fosse, et quand on eut enlevé la chaux
on trouva les ossements parfaitement
conservés et liés entr'eux; les chairs
seules avaient été consumées; la peau
s'était étendue sur les os. On replaça les
saintes reliques dans le lieu qu'elles
- t2 -
avaient occupé avant la tourmente révo-
lutionnaire, et depuis ce temps ou put
constater le crédit croissant de Germaine
auprès de Dieu.
Tel fut le motif qui porta l'autorité
ecclésiastique à demander au Saint-Siège
l'autorisation nécessaire pour rendre à
cette servante de Dieu un culte légiti-
me et public. Grégoire XVI accueillit
favorablement la demande du saint pré-
lat qui gouvernait alors l'Eglise de Tou-
louse. 11 répétait même avec un aima-
ble abandon en parlant de Monseigneur
d'Astros : « Qu'il vienne, nous ferons
ensemble la béatification de cette sainte
Bergère. Il Le 20 juin 184S, Sa Sainteté
fit publier un décret par lequel il per-
mettait l'introduction de cette cause à
la Congrégation des Rites.
Ce décret était comme le prélude
des honneurs que devait bientôt rece-
voir la servante de Dieu. Le 1er juillet
1853, le Pape Pie IX publia le bref de
sa béatification, dont la cérémonie eut
lieu à Rome,avec une solennité extraor-
dinaire, le 8 mai 1854, dans l'église de
Saint-Pierre du Vatican, en présence
d'un grand nombrede Français. L'Eglise
de Toulouse voulut ensuite rendre des
honneurs solennels à une Bienheureuse
— 23 -
qui appartenait à ce diocèse. Un triduo
eut lieu dans l'église métropolitaine, et
l'allégresse publique se manifesta surtout
par des illuminations qui eurent lieu
pendant trois jours dans toute la ville.
Après les fêtes de Toulouse vinrent
les fêtes de Pibrac. Les journées des 25,
26 et 27 juillet avaient été fixées, par
Mgr Mioland , pour le triduo solen-
nel. L'Archevêque de Toulouse se
rendit auprès de la châsse de la Bien-
heureuse. Nosseigneurs d'Albi, de Li-
moges et de Poitiers y vinrent aussi ; et
on porte à soixante-quinze mille envi-
ron le nombre des pèlerins et visiteurs
qui se sont successivement rendus à
Pibrac, à l'occasion de cette pieuse so-
lennité.
Les précieuses dépouilles de l'humble
Bergère, toujours puissante à opérer des
prodiges, reposent dans l'église de Pi-
brac. Elles attendent, pour recevoir les
honneurs de nos autels, le décret de
canonisation qui sera bientôt promulgué.
Mgr Desprez, actuellement arche-
vêque de Toulouse, a annoncé aux fi-
dèles de son diocèse que le Souverain
Pontife, dans le consistoire tenu le 28
mars dernier, a déclaré avoir pris la ré-
solution de canoniser la Bienheureuse
Germaine, le 29 juin 1867.
PROCÈS DE LA BÉATIFICATION
DE
GERMAINE COUSIN
L'Eglise catholique, toujours prudente
dans ses décisions, procède avec une
lenteur pleine de sagesse, et attend que
la lumière soit faite avant de porter ses
sentences. Cette prudence et cette sa-
gesse apparaissent surtout dans les pro-
cès de béatification et de canonisation de
ses enfants, qu'elle place sur les autels.
Nous n'avons pas le dessein de racon-
ter ici en détail les diverses phases de
ces procès toujours solennels; mais nous
dirons simplement que la troisième as-
semblée générale de la Congrégation des
Rites, pour l'examen des miracles attri-
bués au serviteur de Dieu dont on de-
mande la béatification, est présidée par
le Pape, et composée de vingt cardinaux
auxquels sont ad j oints trente consulteurs.
Voici les quatre miracles que la Cour
romaine décida de soumettre à un exa-
men canonique. Ils furent choisis sur
un nombre considérable de prodiges opé-

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