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Vie de St Vincent de Paule,... Par H. Le Maire

229 pages
P. Blanchard (Paris). 1825. Vincent de Paul, Saint. In-18.
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LIBRAIRIE D'ÉDUCATION
DE PIERRE BLANCHARD,
GALERIE MONTESQUIEU; N.° 1, AU PREMIER.
COMME je suis en relation avec presque
tous les Libraires de France et un grand
nombre de ceux des pays étrangers, on peut
se procurer partout, et avec facilité, les
Ouvrages qui composent le fonds de ma
Librairie, dont je donne ici le Catalogue.
Beautés de l'Histoire de France, par Pierre
t V Blanchard , ONZIÈME ÉDITION, i vol. iu-12,
avec 8 fig. Prix, 3 fr.
Tableaux de la Nature et des Bienfaits de la
l'rovïdençe, 1 vol. in-12, fig. Prix, 3 fr.
( 2 )
Les Animaux industrieux, 1 vol. in-12. Prix,
3 fr.
Les Végétaux curieux, i roi. in-12, fig. Prix,
2 fr. 50 c.
Contes d'une Mère à sa Fille;par madame Mal-
lès de Beaulieu, 2 vol. in-12 ornés de 12 jo-
lies gravures, avec une couverture imprimée ;
seconde édition. Prix, 6 fr.
L'Ami des jeunes Demoiselles, ou Conseils aux
jeunes Personnes qui entrent dans le monde ,
2 vol. in-12 ornés de 9 jolies fig., avec une
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Conversations amusantes sur l'Histoire de Fran-
ce, par madame Mctllès de Beaulieu, 2 vol.
in-12, fig. Prix, 6 fr.
Aventures de Robinson Crusùi, jolie édition
ornée de 19 belles gravures, 2 vol. UI-12. Prix,
6 fr.
Le Retour des Fées, contes, par madame la
comtesse de Choiseul, 2 vol. in-12 ornés de
10 grav. Prix, 5 fr.
Lettres de deux jeunes Amies, ou Conseils de
l'amitié, par mad. Mallès de Beaulieu, 2 vol.
in-12, fig. Prix, 5 fr. 5o c.
Le Robinson de douze ans, histoire curieuse
d'un jeune Mousse abandonné dans une ile dé-
serte, i vol. in-12, fig.; quatrième édit. Prix,
2 fr. 5o c.
Eugénie, ou le Calendrier de la Jeunesse" par
madame de Flamanville, ( vol. in- ra orné
de 6 jolies fig.; seconde édit. Prix, 2 fr. 5o c.
Les jeunes Pensionnaires, 1 vol. in-12, fig.
Prix, 2 fr. 50 c.
Petit Théâtre de Famille, 1 vol. in-ia, fig. Prix,
2 fr.
( 3 )
Petit Tableau des Arts et Métierso ou les
Questions de l'Enfance , i vol. in-12, fig.;
- seconde édit. Prix, 2 fr.
Petit Voyage autour du Monde, par P. Blan.
chard, 1 vol. in-12, fig.; seconde éd. Prix, 2 fr.
Les jeunes Enfans, contes, par Pierre Blan-
chard, 1 vol. in-12 imprimé en gros carac-
tère, orné de 6 jolies fig.; 4,e édit. Prix, 2 fr.
Contes à ma jeune Famille, par madame Mal-
lés de Beaulieu, 1 vol. iti-ia, fig.; seconde
-édit. Prix, 2 fr.
Les Sœurs jumelles, 1 vol. in-12, fig. Prix, 2 fr.
Joseph le Manteau-Noir, par Salzman, 1 vol.
in-12, fig. Prix, 2 fr.
Annette, oui.'Enfant de la Charité, 1 vol. in-12,
fig. Prix, 2 fr.
Jeu Alphabétique, Historique et Géographi-
que, 1 vol. in-i2, fig. Prix, 1 fr. 5o c.
Les Délassemens de l'Enfance, par Pierre
Blanchard; troisième édit., 6 vol. in-18 orné
de 24 jolies figïprix, 9 fr.
Les jeunes Voyageurs en France, par madame
de Fies selles, î vol. in-18, fig. Prix, 6 fr.
Petit Dictionnaire des Inventions, i fort vol.
în-i8, fig. Prix, 1 fr. 5o c.
Zie Petit Ùénacharsis, 2 vol. in-18, fig.; seconde
édit. Prix, 2 fr. 5o c.
L'Ami des petits Enfans, ou les Contes les
plus simples de Berquin, Campe et Pierre
Blanchard, 2 vol. in-18 ornés de jolies fig.
Prix , 2 fr. 5o c.
Modèles des Enfans, 1 vol. in-18, fig.; dixième
édit. Prix, 1 fr. 25 c.
Modèles des jeunes Personnes, 1 vol. in-18,
fig. Pra., 1 fr. 25 C.
t
(4)
Modèles de la Jeunesse chrétienne, 1 vol. in-18,
fig.; troisième édit. Prix, 1 fr. 25 c.
L'Enfant aveugle, histoire, 1 vol. in-18, fig.;
seconde édit. lJrix, i fr. 25 c.
Les Accidens de l'Enfance, par Pierre Blan-
chard, 1 vol. iu-i8, fig., neuvième édit. Prix,
1 fr. 25 c.
Les Enfans studieux, 1 vol. in-18, fig- ; qua-
trième édition. Prix , 1 fr. 25 c.
Premières Connaissances, à l'usage des enfans
qui commencent à lire , 1 vol. in-18, fig. j sep-
tième édition. Prix, 1 fr. 25 c.
L'Abeille chrétienne, poésies religieuses, 1 vol.
in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Modèles de prose, 1 vol. in-18, fig. Prix, 1 fr.
25 c.
Modèles de poésies, i vol. in-18, fig. Prix, 1 fr.
25 c.
Présent d'une Sœur à son Frère, et d'un. Frère
à sa Sceur, petits contes, i vol. in-i8, fig. ; qua-
trième édition. Prix, 1 fr. 25 c.
Le La Fontaine des Enfans , ou Choix des Fa-
bles de La Fontaine les plus simples et les plus
morales; quatrième édition, 1 vol. in-18, fig.
Prix, 1 fr. 25 c.
Les petits Peureux corrigés, 1 vol. in-18, fig.
Pnx, i fr. 25 c.
Geneviève dans les Bois, 1 vol. in-18, fig. Prix,
1 fr. 25 c.
Tom Pouce, 1 vol. in-18, fig. Prix, i fr. 25 c..
Leçons pour les Enfans de trois à cinq alu, 1 v.
in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Contes pour les Enfans de cinq à six ans, 1 vol.
* in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
( 5 )
1*
Çontes à Henriette, par Abel Dufresne, 1 vol.
in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Contes à Henri, 1 vol. in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Comment le jeune Henri apprit à connaître
Dieu, 1 vol. in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Les Embarras d'une petite Fille curieuse, 1 vol.
in-18, fig. Prix , 1 fr. 25 c.
Contes et Historiettes, par Berquin, 1 vol. in-i8
avec 6 jolies fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Dictionnaire des Locutions vicieuses les plus
communes, et des Mots dénaturés ou mal em-
ployés, 1 vol. in-18. Prix, 1 fr. 25 c.
Le Secrétaire des En fans, 1 vol. in-18. Prix,
1 fr. 25 c.
Petit Télèmaque, ou Précis des Aventures de
Télémaque, 1 vol. in-18, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
Vie du jeune Louis XVII, écrite en faveur de
la Jeunesse; deuxième édition, 1 vol. in-i8, fig.
Prix, 1 fr. 25 c.
Vie de sainte Genelliève, patronne de Paris,
1 vol. in-18, jolie édition ornée de 4 figures.
Prix, 1 fr. 25 c.
Vie de saint Vincent de Paule, 1 vol. in-18, fig.
Prix, 1 fr. aS c.
La Grammaire en Dialogues, par Le Vallois,
1 vol. in-12. Prix, 1 fr.
La Géographie en Estampes, ou les Mœurs et
les Costumes des Peuples, 1 vol. in-8° oblong
avec couverture cartonnée, et imprimée, et or-
née de 3o. planches. Prix, 8 fr.
L'Histoire de France en Estampes, 1 vol. in-8°
oblong orné de 32 jolies gravures, et carton-
né. Prix, 10 fr.
Le Miroir des Enfans, estampes morales, cahier
in-16 oblong cartonné, avec une couverture
imprimée; seconde édition. Prix, 1 fr. 5o c.
( 6 )
Le Petit Enfant prodigue, i cahier oblong orné
de 16 jolies grav. ; seconde édit. Prix, 1 fr. 80 c;
Joseph et ses Frères , 1 cahier in-16 oblong, Sg.
et couverture cart. et imprimée. Prix, 1 fr. 5o c.
Le Petit Conteur, cahier in - 8° oblong orné de
12 jolies gravures, couverture cartonnée et im-
primée. Prix, 1 fr. 80 c.
Histoire surprenante de Jacques le vainqueur
des Géans, conte d'enfant, 1 cahier in-16 •
oblong, fig. Prix, 1 fr. 25 c.
La Journée des Enfans, 1 vol. in-32 cartonnée,
et orné de 10 jolies figures. Prix, 1 fr. 5o c.
La Petite Ménagerie, histoire des animaux, 1 v.
in-32 oblong orné de 24 jolies figures, couver-
ture cartonnée et imprimée; seconde édition.
Prix, 1 fr. 50 c.
La Civilité en Estampes, in-8« oblong cartonnée
Prix, 2 fr.
Les bons Exemples, gravures morales et amu-
santes, in-8" oblong cartonné. Prix, 2 fr.
Promenades amusantes d'une jeune Famille
dans les environs de Paris, 1 cahier obivng,
jolies gravures, couverture imprimée et car-
tonnée. Prix, 2 fr. 5o c. ,
Le jeune Dessinateur, ou Etudes de JMysages.,
fleurs et animaux, cahier oblong orné de 23
gravures, couverture cartonnée et imprimée.
Prix, 3 fr.
La Poupée bien élevée, cahier in-80 oblong
orné de 12 jolies gravures, couverture carton-
née et imprimée. Prix, 3 fr.
La Maison que Pierre a bâtie, cahier in-L'
orné de 10 gravures. Prix, 60 cent.
Abécédaire des petites Demoiselles, in-12 orné
de jolies fig. Prix, 75 c.; et color. 1 fr.
( 7 )
Abécédaire des petits Garç»iis, in-12, âg. Prix,
75 cemt. ; et celor. 1 fr.
Le Livre des petits Enfans, abécédaire in-12,
fig. Prix, 75 cent. ; color. 1 fr.
Petit Quadrille des Enfans, abécédaire in-12,
fig. Prix, 76 cent. ; color. i fr.
Abécédaire Géographique, 1x1-12, fig. Prix, 75 c.;
coler. 1 fr.
Petit Abécédaire amusant, in-32 oblong, 1 vol.
fig. color. Prix, 60cent.
L'abécédaire des Campagnes, in-i8 orné de
4 planches color. Prix, 40 cent.
L'Abécédaire des Ecoles chrétiennes , in-i8ayec
4 planches color. Prix, 40 cent.
Félix et FéUcie, ou les Pasteurs du Jura, par
Pierre Blanchard, i vol. grand in-i8, ng.
Prix, 3 fr.
Guide des Locataires et des Propriétaires dans
leurs intérêts réciproques, i vol. in-12; se-
conde édit. Prix, 2 fr.
Histoire des Batailles, Sièges et Combats des
Français, depuis 1792 jusqu'en 1815, 4 vol.
in-I.- Prix, 24 fr.
Cours de littérature dramatique, oa Recueil par
ordre de matières des feuilletons de Geoffroy,
6 vol. im-8.° Prix, 36 fr.
Le Mwtionnaire des Ménages, ou Recettes di-
verses, un fort vol. in-8.o Prix, 6 fr.
- Moniteur médical, 1 vol. in-12. Prix, 2 fr.
Le Secrétaire du Commerce, 1 vol. in-12. Prix,
2 fr. 5o c.
Formulaire des Maires et Adjoints des Com-
munes, 1 fort yol. in-12. Prix, 4 fr.
Je ne reconnaîtrai pour authentiques,
exemplaires qui porteront ma signature.
-
7IE
de
"-- '---' 1 ----
S.VI NCF..NT J)E LE _g
(;/'rk (II fl'f'fl), s/< ,
, ;yl"7 1 1
PARIS,
Lwrairte le /'Enfance t/ </? III 1
(Lez PTEIt^E BLANCHARD,
) y//, Prr",,;r
1
- VIE
pE SAINT VINCENT
DE PAULE,
f ÉCRITE
EN FAVEUR DE LA JEUNESSE;
PAR H. LE MAIRE.
lORRIS,
A. Là. IXERAUUE DE L'ENFANCE ET DE LA JELTNESSE:
CHEZ PIERRE BLANCHARD,
GALERIE MONTESQUIEU, 5.° 1, AU PREMIER.
l825.
PRÉFACE.
ECRIRE la vie des gran d s roisj
c'est avertir à la fois les souverains
et les sujets ; les uns, qu'il n'y a
de véritable gloire que dans la vertu,
et que les belles et les bonnes ac-
tions peuvent seules conduire à une
immortalité desirable ; et les autres,
que la monarchie est un bienfait
inappréciable de la Divinité, sur la
sagesse de laquelle tous ses actes
doivent se régler ; qu'il n'est rien
d'utile et d'avantageux que les peu-
ples ne doivent attendre d'un bon
roi, qualité que les mœurs louables
et la noble soumission des sujets
( xij )
obligent en quelque sorte le MM~~t
rain à contracter. j
L'exemple des ministres h~N
et des magistrats intègres, en le
suscitant des imitateurs, peut e
core contribuer au bonheur de 1
masse des hommes; et l'on a sa
doute aussi dû aux justes éloges do
nés par les historiens aux Turenn
et aux Catinat, quelqu'un de ce
grands capitaines, amis de l'huma
nité, qui s'étudient à épargner 1
sang des hommes, là où une fureu
brutale peut le faire couler à grandsa
- flôts, et qui, sous d'autres rapportæ
encore, s'attachent à dépouiller 1M
plus terrible des fléaux de tout M
qu'on peut lui enlever de ses rav
et de ses horreurs. -M
( xiij )
2
_^fcis, du côté de la morale, l'his-
tMEe des bienfaiteurs de l'humanité
-a sur celle des autres mortels célè-
bres cet avantage, qu'à chaque page
elle offre à tous les hommes, de
quelque classe qu'ils soient, des le-
çoms salutaires qui peuvent trouver
leur application dans chaque mo-
memt de la vie la plus commune. Il
n'est pas donné à tout être créé de
se voir dans une situation où il puisse
léployer, même en petit, la magna-
nimité et les soins éclairés et atten-
ds d'un grand roi; le désintéresse-
K ;enl et les talens d'un habile minis-
tre; le dévouement au bon droit d'un
magistrat intègre; le caractère pru-
I dent et conservateur d'un grand capi-
( xiv )
taine ; mais tout homme, pourvu.
ne soit pas réduit à l'indigei:
peut reconnaître un service, ]
donner une injure, supporter
iniquité, secourir son semblablJ
danger, aumôner un pauvre, as
à un établissement utile. C'est!
de ces bienfaiteurs de l'humac
que nous croyons présenter en t
instant à nos lecteurs : par ne
récit, qu'ils jugent eux-mêmes si m
nous sommes trompés; qu'ils dJ
dent si nous n'offrons pas ré.
ment à leurs méditations l'ouvir
le plus utile qui puisse leur i
offert.
VIE
M SAINT VINCENT
DE PAULE.
LIV RE ter
Situation de la France à l'époque de la naissance de
saint Vincent de Paule. Premières années du saint.
Son éducation. Il entre dans l'état ecclésiastique, et
s'y fait aussitôt remarquer par ses vertus. Sa captivité
à Tunis. Il y rappelle à la religion un renégat, et fuit
avec lui. Son voyage à Rome. Il y est chargé d'une
mission auprès du roi Henri-le-Grand.
A l'époque de la naissance de saint Vincent
de Paule, qui eut lieu le 24 avril 1576, dans
un petit hameau de la paroisse de Poy, au
diocèsed'Acqs , vers les Pyrénées, la France
était dans un état tout-à-fait déplorable. La
guerre çivile, ayant la religion pour cause
( 16 )
et pour prétexte, exerçait d'horribles rava-
ges , et y préparait des maux peut-être plus
grands encore. Cette guerre civile avait
cessé à l'époque où notre personnage put
commencer à être compté au nombre des
hommes ; mais elle avait laissé les traces les
plus funestes, effets nécessaires de sa longue
durée et de ses différentes chances. Les liens
de la fraternité étaient détruits entre pres-
que tous les hommes, et beaucoup n'avaient
plus aucune religion , à force d'en avoir
changé pour leur sûreté suivant celle des
partis qui tour-à-tour dominaient dans les
lieux de leur résidence. Prononçons d'après
le témoignage d'un auteur plus voisin que
nous de ces temps désastreux : cc Comme
l'étroite liaison qui est entre le sacerdoce et
l'empire , dit cet auteur, fait que les coups
qui toînbent sur l'un ne peuvent être que
funestes à l'autre, on peut juger de l'état où
étaient les peuples par rapport à la religion
et au salut. Aux uns on prêchait la sédition,
au lieu de leur prêcher l'Evangile; les autres
n'avaient ni églises ni pasteurs : la plupart
(i7).
2*
de ceux de ces derniers qui restaient, étaient
si corrompus ou si peu éclairés , qu'ils ne
pouvaient que faire tomber dans la fosse les
personnes qui marchaient sur leurs pas. Il
est vrai que les grands mouvemena de l'état
s'étant appaisés sous le règne de Henri-le-
Grand, les évêques', appuyés de son autori-
té, prirent les mesures les plus propres pour
arrêter le mal, et rendre à l'église son an-
cienne splendeur. On assembla des conciles
provinciaux ; on tint des synodes; on fit des
statuts et des réglemens pleins de sagesse
et de lumière. Mais ces remèdes , si sou-
vent employés avec succès, ne produisirent
alors que très-peu d'effet, soit parce que le
mal avait jeté des racines trop profondes ,
soit parce que ceux que l'on voulait guérir
péchaient par les principes , et que des
hbqxmes qui, sans épreuve et sans .examen
de leur vocation, passaient, dans l'espace de
peu de mois, du tumulte et de la licence
des collèges, à l'éminent degré du sacerdoce,
n'étaient guère capables de réfléchir sérieu-
sement sur la grandeur de leur état, et de
( 18 )
se bien convaincre que ce qui n'est qu une
faute légère dans un séculier, est quelque
chose de très-considérable dans un ecclé-
siastique. Ainsi, malgré les tentatives et les
efforts d'un grand nombre de prélats, le
sacerdoce était sans honneur ; les prêtres
étaient très-méprisables et très-méprisés ;
et ce ministère glorieux, qui est le chef-
d'œuvre de l'amour et de la puissance de
Dieu, était tombé dans un décri si général,
que de traiter de prêtre un homme de
condition, c'était lui faire une insulte. Ce
nom si grand, si respectable emportait avec
lui une espèce de flétrissure. Mais comme
la famine qui ravage les provinces se fait
toujours mieux sentir aux pauvres et aux
habitans des campagnes, détaient eux aussi
qui avaient le plus de part à l'humiliante
stérilité dont l'Eglise de France se trouvait
affligée dans ce malheureux temps. Leurs.
besoins étaient extrêmes, et personne ne
pensait à les soulager. Ils manquaient ab-
solument d'instruction. Partout d'ailleurs le
christianisme. n'était, chez la plupart de
(i9)
ceux qui en faisaient profession, qu un titre
sans réalité. La foi s'éteignait de jour en
jour; et quoiqu'elle fût plus éclairée dans
les villes , qui d'ordinaire trouvent dans la
multitude et les lumières des ministres de
l'Evangile, des ressources plus abondantes,
elle y était si stérile , qu'on n'y voyait pres-
que aucune marque de cette charité tendre
et gé éreuse qui se fait connaître par les
- _;, ~s. Les devoirs des riches à l'égard des
pauvres étaient ignorés dans la pratique.
L'aumône de la veuve de l'Evangile tenait
lieu de toute aumône à ceux même des.
séculiers dont la fortune était la plus com-
mode. Si de temps en temps quelqu'un
allait au-delà, son action passait pour extra-
ordinaire. M
Par les événemens d'un intérêt général
joints aux circonstances particulières rap-
portées dans ce récit, on verra que la nais-
sance de Vincent de Paule, vu les grands
résultats qu'elle eut sous tous ces rapports
pour le triomphe de la religion, de la mo-
rale et de l'humanité , fut un de ces bien-
( 20 )
faits signalés que Dieu accorde de temps en
temps aux hommes, pour les secourir dans
leurs besoins les plus pressans.
Son père se nommait Guillaume de Paule,
et sa mère Bertrande de Mora$. Leur fortune
était dans cet état mitoyen qui n'est ni une
extrême nécessité, ni une médiocrité com-
mode. Ils avaient pour tout bien une mai-
son , et quelques pièces de terre qu'ils
faisaient valoir par leurs mains. La piété,
la candeur et l'innocence des mœurs rem-
plaçaient chez eux devant Dieu ce qui
manquait du côté de la fortune devant les
hommes. Un travail assidu , joint à une
vie très-frugale , leur tenait lieu d'un patri-
moine plus abondant, et les mettait en état
de n'être à charge à personne, et même de
soulager ceux qui étaient plus pauvres qu'ils
ne l'étaient eux-mêmes.
Dans son enfance, Vincent fut, comme
ses frères, employé aux travaux de la vie
champêtre : ses père et mère lui confièrent
la garde de leur troupeau. Dès qu'il fut ca-
pable de montrer des inclinations, il fit voir
( 21 )
que la main de Dieu les tournait du bon
côté. Celle qui se Et remarquer la première
en lui, fut, comme chez les auteurs de ses
jours, un grand amour pour les pauvres ,
et une extrême facilité à s'attendrir sur les
misères du prochain. Il rendait à ceux qui
souffraient tous les petits services qu'il pou-
vait leur rendre. On eut dit que la miséri-
corde était née avec lui. Il donnait très-
peu, parce qu'il n'avait presque rien ; mais
il donnait tout, et c'est beaucoup. Quand
il rapportait du moulin la farine destinée
à la subsistance de la petite famille , s'il
trouvait des pauvres sur sa route, il ouvrait
le sac, et leur en donnait quelques poignées,
lorsqu'il n'avait aucun autre moyen de les
secourir. Son pain , ses habits même n'é-
taient plus ài lui quand quelque malheu-
reux en avait besoin ; il les partageait, ou
les donnait sans délibérer. On raconte
qu'ayant une fois amassé peu-à-peu jusqu'à
trente sous, somme considérable relative-
ment à lui, surtout dans un temps et dans
un pays où l'argent était fort rare , il donna
tout à un pauvre.
( 22 )
Le bon cœur ne fut pas la seule qualité
qu'on remarqua en Vincent dans ses pre-r
mières années. La pénétration et la vivacité
de son esprit percèrent bientôt les ténèbres
de son éducation. Guillaume de Paule re-
connut qu'avec des dispositions si favorables.
son fils pouvait faire quelque chose de mieux
que de paître les bestiaux. Il résolut de le
faire étudier, calculant que son savoir pour-
rait un jour le rendre utile à sa famille.
Quand il prit cette résolution, Vincent
de Paule avait environ douze ans. OnJe mit
en pension chez les PP. cordeliers d'Acqs,
qui s'étaient chargés dé l'éducation d'un
certain nombre de jeunes gens qu'ils for- �
maient à la science et à la piété. Ses maîtres;
furent surpris, et de l'ardeur avec laquelle j
il dévora les premières difficultés de la gram-
maire , et du succès que Dieu donna à son
travail ; mais ils admirèrent encore plus sa
piété, sa sagesse, la pureté de ses mœurs;
ils le proposaient pour modèle à tous ses;
condisciples ; et dans toutes les occasions
ils parlaient de lui avec cette complai-
sance si naturelle aux maîtres, quand ils ;
( 23 )
voient fructifier les peines qu'ils se donnent
pour avancer leurs élèves. En quatre ans de
temps le jeune homme se rendit capable
d'instruire les autres. M. de Commet, cé-
lèbre avocat de la ville d'Acqs, et juge de
Poy, fut si touché du témoignage avanta-
geux que le gardien des Cordeliers lui en
rendit, qu'il le pria de devenir le précep-
teur de ses deux enfans. Vincent accepta
avec empressement ce petit poste. Par lui
il entrait dans une maison de piété, sou-
lageait ses parens en ne leur coûtant plus
rien , et se mettait en état de continuer ses
études. Il les continua en effet pendant cinq
ans. Sa modestie , sa prudence, sa matu-
rité, bien au-dessus de son âge, firent juger
à ceux qui étaient le plus à p ortée d'examiner
sa conduite, qu'une lampe dont la lumière
était déjà si vive ne devait pas rester plus
long-temps cachée sous le boisseau, et qu'elle
pourrait très-utilement servir dans la mai-
son du Seigneur. On détermina donc Vin-
cent à se consacrer plus particulièrement
à Dieu, en embrassant l'état ecclésiastique.
X )
Il reçut, le 20 décembre 1596, la tonsures
et les ordres mineurs des mains de Tévêque s
de Tarbes : il était alors âgé de près de vingt- -J
un ans.
L'engagement qu'il prit alors avec Dieu;tIJ
en s'obligeant à le regarder désurmaiszii
comme son unique héritage , ne fut pa^E
chez lui , comme chez tant d'autres, unac
vaine cérémonie, où les expressions de Ici
bouche sont démenties par le langage deh
cœur. Il ne regarda les progrès qu'il aviiii;
faits jusques là dans la science et dans 1:1
vertu, que comme un essai de ceux qu'i'r
devait faire par la suite. Pour y réussir, ï
commença par quitter son pays ; et avea^
l'agrément de son père , qui fit un nouvav
effort pour seconder les intentions d'un fila
qui lui était si cher, il s'en alla à Toulouse
afin d'y faire son cours de théologie. Nouio
ne pouvons décider si le voyage qu'il fit e.5
Arragon précéda le commencement de s«g
études à Toulouse ; ce qui est certain, c'ea
qu'il, étudia quelque temps à Sarragossag;
mais il n'y fit pas un long séjour. La divûy
C 25 )
3
siDn qui existait entre les professeurs de
cette célèbre université au sujet de la science
moyenne et des décrets prédéterminans,
après avoir partagé les esprits , aigrissait
les cœurs, comme il n'arrive que trop sou-
vent Vincent, qui avait une horreur na-
turelle pour ces sortes de disputes, où la
charité perd beaucoup plus que la vérité ne
gagne , revint en France , et commença ou
continuases études théologiques à Toulouse.
Il ne négligea rien pour réussir ; mais s'il
eut de grands succès , il faut avouer qu'il
.ne les eut pas sans peine. Comme il n'était
pas ciche , il fut obligé, au lieu de se dé-
lasser un peu pendant les vacances, de se
retirer dans la ville de Buset, et de s'y
charger de l'éducation d'un nombre consi-
dérable d'enfans de condition. Les parens
les confiaient avec plaisir à un homme dont
la vertu et la capacité étaient publiquement
reconnues: on lui en envoya de Toulouse
même; et la nouvelle pension devint si flo-
rissante , qu'elle fut en peu de temps com-
( 26 )
posée de tout ce que. la province avait de
meilleur et de plus distingué.
Cependant Vincent ne perdait pas de
vue son principal dessein; il voulait, à quel-
que prix que ce fût, achever son cours, et
faire une étude solide de la théologie; dans
ces vues, il retourna à Toulouse avec ses
pensionnaires. Maître et disciple à-la-fois,
il ne devait pas avoir beaucoup de temps
pour lui-même, après celui qu'il donnait à
ses élèves ; mais on en trouve toujours
quand on veut sérieusement en trouver.
Vincent se couchait tard, et se levait de
grand matin ; il ne connaissait ni l'oisiveté,
ni ces divertissemens que l'indolence re-
garde comme un soulagement nécessaire.
Avec ce sage ménagement iHit face à tout,
et il instruisit les autres sans -cesser de
s'instruire lui-même. Il fit sept années de
théologie , après lesquelles il fut reçu ba-
chelier : il prit ensuite, dans l'église èathé-
drale de Tarhes, les deux premiers ordres
sacrés. Il reçut le sous-diaconat le 19 sep-
tembre i5g8 , et le diaconat trois mois
( 27 )
après. Le sacerdoce 1 effrayait ; et quoique
Jean-J aeques du Sault, son évêque, lui eut,
dès le i3 septembre de l'année suivante,
accordé un dimissoire pour la prêtrise , il
ne la reçut qu'une année après , c'est-à-
dire le 23 septembre 1600 : ce fut François
de Bordeils, évêque de Périgueux, qui la
lui conféra dans la chapelle de son château
de Saint-Julien. Guillaume de Paule, qui
fondait sur son fils de si grandes espérances,
n'eut pas même la consolation de le voir
prêtre; Dieu disposa du père plus d'un an -
avant l'ordination du fils.
On ne sait bien sûrement ni le jour ni
le lieu où Vincent offrit pour la première
fois Fauguste sacrifice de la messe. Une
ancienne tradition de la ville de Buset porte
que ce fut dans une chapelle de la sainte
Vierge qui est de l'autre côté du Tarn ,
sur le haut d'une montagne, et dans les
bois. Ce lieu isolé et solitaire devait au
moins être fort da goût de notre jeune
prêtre ; car on lui a quelquefois entendu
dire qu'il fut si effrayé de la grandeur et
( 28 )
de la majesté de cette action toute divine,
que, n'ayant pas le courage de célébrer en
public, il choisit, pour le faire avec moins
de trouble, une chapelle écartée, où il se
trouva seulement avec un prêtre pour l'as-
sister selon la coutume, et un clerc pour
le servir.
A peine Vincent fut-il élevé au sacer-
doce , que les personnes les plus éclairées
le jugèrent capable d'être pasteur; et quoi-
qu'absent, il fut nommé à la cure de Thill,
qui était une des meilleures du diocèse
d'Acqs. M. de Commet, devenu son ami,
la sollicita pour lui, mais son mérite la sol-
licita beaucoup mieux encore. Les grands-
vicaires , qui étaient, plus que personne,
informés de son zèle, de sa piété et de ses
talens, se firent un plaisir de la lui pro-
curer ; mais elle lui fut disputée par un
compétiteur qui l'avait obtenue en cour de
Rome. Vincent, qui savait déjà qu'un ser-
viteur de Dieu ne doit jffisaimer les procès,
Sacrifia volontiers son droit et ses préten-
tions. Il n'eût d'ailleurs quitté ses études !
( 29 )
3*
qu'avec beaucoup de peine : son désiste-
ment lui laissa la liberté de les continuer,
et il les continua en effet avec tout le suc-
cès dont nous avons déjà parlé.
Quélques mois après avoir fini son cours
de théologie, il partit pour Bordeaux. Le
motif de ce voyage fut, comme il l'écrivit
.dans la suite, une affaire qui demandait de
grandes avances, et qu'il ne pouvait déclarer
sans témérité : C'est tout ce que nous en
avons pu savoir de certain. On peut cepen-
dant croire, comme l'auteur de l'abrégé ita-
lien de sa vie, qu'il eut une entrevue avec le
duc d'Espernon, qui, aînsi que bien d'autres,
le jugeait capable des premiers emplois ,
et qui, pour les lui procurer, n'avait pres-
que besoin que de son consentement. Quoi
qu'il en soit , car nous n'avons ici que des
conjectures à présenter, Vincent ne fut pas
plutôt de retour à Toulouse, qu'il se vit
obligé de faire un nouveau voyage qui dura
assurément plus long-temps qu'il n'avait cru,
et qui aurait été pour lui le comble du mal-
heur , si les serviteurs de Dieu ne savaient
( 30 )
pas se rendre supérieurs aux plus fâcheuses
révolutions, et trouver leur joie et leur
consolation dans l'accomplissement des or-
dres les plus rigoureux de la Providence.
Voici comme la chose se passa.
Une personne de condition , qui admi-
rait depuis long-temps la vertu de Vincent
de Paule , l'inslitua son héritier. Ce fut la
première nouvelle qu'il apprit en arrivant
à Toulouse ; èt, dans rétat où il était, elle
ne dut pas lui être indifférente. Comme il
eut reconnu qu'en conséquence de cette
succession il lui devait revenir douze on
quinze cents livres d'un homme qui, pour
ne pas les payer, s'était retiré à Mar-
seille , il s'y transporta; et parce qu'il no-
tait pas de ces cœurs inflexibles qui ne
connaissent point la miséricorde , il se con-
tenta de trois cents écus. il y a bien de l'ap- :
parence qu'il ne s'était jamais vu si riche. ]
Sa bonne fortune ne dura pas long-temps;
çt il connut bientôt ce que l'expérience (
d'un million d'autres ne nous fait point ■]
assez connaître, c'est qu'il n' y a souvent
( 31 )
qu'un pas entre l'état le plus heureux et
la plus accablante disgrâce.
Comme il était sur son départ, et tout
prêt à retourner par terre à Toulouse, un
gentilhomme de Languedoc avec lequel il
était logé l'invita à prendre avec lui la
voie de la mer jusqu'à Narbonne. On était
au mois de juillet : la saison ne pouvait
être plus belle ; le temps était propre à la
navigation, et dès le jour même on comp-
tait arriver au terme. Vincent se rendit à
ces raisons ; et partie par complaisance,
partie pour abréger son voyage et en di-
minuer la dépense, il s'embarqua. Un vent
frais eut bientôt fait perdre de vue les côtes
de Marseille, et il continua d'être si favo-
rable , que tout l'équipage déclara ne s'être
jamais mis en route plus heureusement.
Dieu avait cependant réglé les choses d'une
toute autre manière , et l'événement prouva
qu'il n'est ni conseil ni prudence qui puisse
tenir contre ses desseins. Le mal vint du
côté contre lequel on était le moins en
garde. La. foire de Beaucaire , qui alors
( 32 )
était une des plus renommées du monde ,
ne faisait que commencer. Les richesses de
l'Orient, que les marchands de l'Afrique
et de l'Asie venaient y échanger contrecelles
de l'Europe, étaient un appât pour les cor-
saires , et, très-communs alors , ils croi-
saient en ce temps plus qu'en aucun autre
devant le golfe de Lyon , pour se saisir de
tout ce qui pouvait être à leur bienséance.
Ce fut par eux que Dieu voulut éprouver
la fidélité de son serviteur. Trois brigantins
turcs attaquèrent le petit bâtiment sur le-
quel il était monté. Quoique la partie fût
fort inégale , les Français ne jugèrent pas î
à propos de se rendre , et ils combattirent
avec leur valeur accoutumée : mais la jus-
tice et le courage finirent par succomber
sous le nombre; et les turcs , après avoir
tué quelques-uns des vaincus, et blessé tout
le reste, se rendirent maîtres de la barque
qui les portait. Vincent, qui avait reçu un Â
coup de flèche dont il se sentait encore
plusieurs années après, eut la douleur de 9
voir mettre en pièces son pilote. Ce fut le 1
[
(33)
premier acte d'autorité qu'exercèrent les
pirates :. ils enchaînèrent ensuite leurs pri-
sonniers ; et après avoir pansé très-légère-
ment leurs plaies , ils continuèrent leur
croisière et leur brigandage pendant sept
ou huit jours, se contentant de dépouiller
de leurs biens ceux qui se livraient à eux
sans rendre de combat /mais ôtant les biens
et la liberté à ceux qui s'efforçaient de leur
résister. Enfin, chargés de butin, ils prirent
la route de Tunis ; ce fut là qu'ils transpor-
tèrent leur prise. Pour empêcher qu'elle
ne fut revendiquée par le consul que le roi
Be France a coutume d'entretenir dans ce
pays barbare , ils présentèrent un procès-
verbal de leur capture, qui portait qu'ils l'a-
vaient faite sur un navire espagnol. Nos
pirates en furent crus sur leur parole, et
ils ne pensèrent qu'à se défaire de leur mar-
chandise : sous ce nom les hommes vont
de pair avec les bêtes. La manière dont ils
procédèrent à la vente de leurs eSclaves
riit quelque chose qui n'annonça pas mal à
( 34 )
ceux-ci Ja rigueur de leur condition. Ils
commencèrent, selon les termes de notre a
Saint que nous allons copier, ils commèn- -
cèreni par nous dépouiller de nos habits ; ils ri\
donnèrent ensuite à chacun une paire de cale- -i
çons, un hoqueton de lin, avec une bonnette, �
et nous promenèrent par la ville de Tunis..1
Nous en ayant fait fairé cinq ou six fois le
tour la chaîne au col, ils nous ramenèrent
au bateau, afin que les marchands vinssent %%,
voir qid pouvait bien manger, et qui non , q
et pour montrer que nos plaies n'étaient pas as
mortelles. Cela fait, ils nous ramenèrent à la W
place çù les marchands vinrent nous visiter, K
tout de même qu'on fait à l'achat d'un cheval
ou d'un bœuf, nous faisant ouvrir la bouche, a:
pour voir nos dents, palpant nos côtes, son- -
dant nos plaies, et nous faisant cheminer le :!I\
pas, trotter et courir, puis lever des fardeauz, K
et puis lutter, pour voir la force d'un chaClm, i
et mille autres sortes de brutalités. Voilà ce que -51
souffrSit et ce que souffre encore l'univer-'- -
salité des chrétiens de la part des barbares^?
( 35 )
qu'ils anéantiraient en un moment s'ils vou-
aient, pour leur gloire et leur intérêt, en
Irendre la peine.
rincent fut d'abord acheté par un pê-
heur ; mais celui-ci ayant reconnu que l'air
le la mer était fort contraire à son esclave,
en délit, et le revendit un mois après à
ln vieux médecin chimiste. Le Saint passa
hez ce nouveau maître d'une extrémité à
autre; et au lieu qu'il était tous les jours
iir la mer avec son pêcheur, il se trouva
hez son médecin, obligé d'entretenir le feu
,e dix ou douze fourneaux. Il y avait cin-
tlIante ans que ce vieillard travaillait à la
derre philosophale ; et selon la méthode
le ceux qui sont fortement occupés d'un
ibjet, la chimie et la conversion des mé-
aux revenaient dans tous ses entretiens.
rincent en parle comme d'un homme qui
avait des choses surprenantes en tout
;enre, et était entre autres pour ce pays-là
m habile médecin. Il traita toujours son
aptif avec beaucoup d'humanité : il lui
ffrit même cent fois de partager avec lui
( 36 )
ses biens et ses plus bellès connaissances, à 9
cette seule condition, qu'il renoncerait à é
l'Evangile et embrasserait la loi de Mahomet; ;j
mais le digne prêtre de Jésus-Christ, qui ii.
devait partout servir d'exemple à tous lese;
chrétiens, aima mieux garder ses chaînesg £
que d'en être déchargé à ce prix. Il mit eOH:
Dieu sa confiance , il redoubla ses prières ;; (
et plein d'espérance dans celui qui retire,,,
quand il lui plaît, des portes de la morh
ceux qu'il y a conduits, il ne se crut pas des-a:
tiné à mourir sur une terre étrangère.
Il y avait déjà près d'un an que ce se—3
cond maître avait acheté Vincent de Paule.al
lorsque Achmet I.er, empereur des Turcs. t
informé de ses talens, lui envoya l'ordre
de se rendre à Constantinople, afin d'y iréRy
yailler pour lui. L'infortuné médecin , aC-J
cablé sous le poids de sa propre rëputa- £
tion, qui l'obligeait de quitter sa pâtriedanaj
un âge avancé, mourut de chagrin dans soio
voyage. Il laissait un neveu à Tunis ; a
comme les esclaves font partie du bien dà
celui qui les possède, Vincent l'eut pouu<
(?7 )
4
troisième maître; mais ils ne demeurérént
pas long-temps ensemble. Le bruit se ré-
ipandit que M. de Brèves, ambassadeur du
roi très-chrétien, avait démandé au nom de
ce prince , et obtenu du Grand-Seigneur;
la liberté de tous les esclaves français. Ce
bruit mit l'alarme chez tous les tunisiens ;
et ceux d'entre eux qui en eurent les pre-
mières nouvelles, se hâtèrent de se défaire
de leurs esclaves. Vincent changea donc en-
core une fois de patron; et la Providence
seinbla le traiter avec plus de rigueur qu'elle
n'avait fait jusqu'alors : il tomba entre les
mains d'un renégat originaire de Nice en
Savoie; c'est dire en deux mots qu'il tomba
dans l'excès de l'infortune. En général ,
les mahomélans n'aiment pas les chrétiens ;
mais les apostats les détestent, et ils sont
leurs ennemis les plus cruels, parce qu'ils
trouvent dans la fidélité à Dieu de ces ser-
viteurs de Jésus-Christ, une censure per-
pétuelle de leur propre désertion,
Ce nouveau maître l'amena en son témal ;
oTest ainsi que l'on nomme le Lien qu'on
( 38 )
fait valoir comme fermier du prince. Ce
témat était situé sur la montagne , dans .un
lieu extrêmement chaud et désert. Vincent
y travaillait à la terre, et devait naturelle-
ment se croire plus que jamais éloigné de
sa liberté : elle était cependant prochaine ;
et la route qui semblait l'en écarter pour
toujours, fut celle-là même dont Dieu se
servit pour l'y conduire peu-a-peu. Le re-
, négat avait trois femmes : l'une d'entre elles
était grecque chrétienne, mais schismatique ;
l'autre était turque de naissance et de reli-
gion; Vincent ne qualifie pointla troisième.
Ce fut la seconde qui devint J'instrument
de la miséricorde divine ; elle aperçut dans
la modestie et la patience de son esclave
quelque chose de grand à quoi elle n'était
pas accoutumée. Elle allait assez souvent le
voir dans la campagne où il travaillait, et
lui faisait mille questions sur la loi cfçs
chrétiens, sur leurs usages et leurs céré-
monies. Un jour elle lui commanda de
chanter les louanges du Dieu qu'il adorait.
Un homme plein de l'esprit des psaumes ,
( 39 )
et à qui les plus belles applications se pré-
sentaient d'abord, se souvint sans peine de
ces touchantes paroles que dictait la douleur
aux enfans d'Israël, lorsqu'ils étaient cap-
tifs à Babylone, comme il l'était lui-même
en Barbarie: Comment, dans Vabattement où
nous sotnmes, pourrions-nous rappeler ici les
cantiques que nous chantions à Jérusalem !
comment chanterions-nous les louanges du
Seigneur dans une région étrangère et barbare !
Après quelques autres chants semblables ,
dont la mahométane fut extrêmement frap-
pée, notre Saint lui parla de la grandeur
et de l'excellence de la religion chrétienne.
Cette femme s'en retourna chez elle
charmée et surprise de ce qu'elle venait
d'entendre. Elle épancha son cœur dans le
sein de son mari; elle lui dit sans détour
qu'il avait eu grand tort de quitter sa reli-
gion; que, sur le récit que Vincent lui en avait
fait, elle lui paraissait extrêmement bonne;
que le Dieu des chrétiens méritait bien de
ne pas être abandonné. « Votre esclave ,
ajouta-t-elle , m'a- chanté aujourd'hui les
C 4o )
louanges de ce Dieu, et j'ai pris tant de
plaisir à l'entendre, que je ne crois pas
que le paradis de nos pères leur offre une,
joie plus sensible que celle dont j'ai été
pénétrée en l'écoutant. » Ce discours n'a-
vait rien de flatteur pour un apostat, et un
début de cette nature ne pouvait que l'aigrir.
Mais si l'on est maître d'abandonner sa
première vocation , on ne l'est pas d'étouf-
fer les cris de sa conscience ; et le pécheur
le plus corrompu entend, quoi qu'il en ait,
au-dedans de lui-même , une voie impor-
tune qui parle, plus haut que celle qui frappe
ses oreilles. Le savoyard confus ne répli-
qua rien ; mais dès le lendemain il s'ouvrit
à Vincent : il l'assura qu'il était prêt à se
sauver avec lui ; qu'il saisirait sans hésiter
la première occasion de s'embarquer, et
qu'il arrangerait si bien les choses, qu'il
espérait la trouver eil peu de jours. Ce peu
de jOllrs dura dix mois entiers ; mais enfin les
momens de la Providence arrivèrent. Le
maître et l'esclave montèrent tous deux sur
un petit esquif : l'entreprise était des plus
( 41 )
4*
hasardeuses; il fallait traverser une partie
considérable de la Méditerranée. Ils avaient
tout à craindre sur une faible barque, éga-
lement incapable ou de résister aux coups
de la mer, ou de se défendre contre les
corsaires ; pour peu qu'ils eussent été pour-
suivis ou découverts, ils ne pouvaient éviter
la mort : le procès de deux hommes dont
l'un fait abjurer le mahométisme à l'autre ,
est bientôt fait, ou plutôt on les empale
tous deux sans autre forme de procès. Tous
ces dangers n'arrêtèrent pas nos voyageurs;
ils mirent leur sort entre les mains de Dieu ;
ils invoquèrent celle à qui l'Eglise donne le
nom d'étoile de la mer ; ils comptèrent sur
sa protection; leur espérance ne fut pas
confondue; tout leur réussit; et le 28 juin
1606 ils arrivèrent à Aigues-Mortes, d'où
ils se rendirent à Avignon.
Le renégat y donna toutes les marques
de la plus sincère conversion, et fut récon-
cilié publiquement par le vice-légat Pierre
Montorio. Ce prélat, qui n'attendait que
les ordres de sa sainteté pour retourner à
C 4* )
Rome , retint auprès de lui jusqu'à Son dé-
■ part Vincent et son ancien patron : celui-
ci, parce qu'il voulait le faire recevoir dans
l'hôpital de Saint-Jean-de-Dieu, où il avait
résolu d'entrer pour faire pénitence.; et
Vincent, parce qu'il avait conçu pour lui
une estime singulière , et qu'il était bien
aise de lui en donner des marques. Mais
avant de les suivre l'un et l'autre dans lenr
voyage pour la capitale du monde chré-
tien , nous ne pouvons nous dispenser de
dire comment a été connue la captivité à
Tunis. Si l'histoire de cette captivité a quel-
que chose qui pique la curiosité, l'histoire,
si je puis m'exprimer ainsi, de la manière
dont on a découvert ce triste et glorieux es-
clavage, est bien capable de nourrir la piété;
et nous ne pourrions supprimer cet im-
portant morceau sans dérober à notre Saint
une partie de sa gloire, et nous ôter à nous-
mêmes la consolation de faire connaître
jusqu'où il a poussé l'humilité.
Avant que Vincent de Paule partît d'A-
vignon pour Rome, il écrivit au frère de
( 43 )
M. de Commet dont nous avons déjà parlé,
de lai envoyer ses lettres d'ordre et de de-
grés qu'il avait laissées chez son frère, alors
décédé; et comme une absence aussi longue
que la sienne avait mis l'alarme chez tous
ses amis, il lui fit le détail de ses aventures
et de son esclavage , tel que nous l'avons
rapporté. Sa lettre fut, plus de cinquante
ans après, trouvée, entre plusieurs autres
papiers, par un gentilhomme d'Acqs, qui
était neveu de M. de Saint-Martin. Ce
gentilhomme, qui était instruit de l'étroite
liaison de son oncle avec Vincent, la lui
mit entre les mains. M. de Saint-Martin en
envoya une copie à son ancien ami, bien
persaadé que, selon la méihode de ceux qui
sent dans un âge extrêmement avancé, il
rajeunirait en lisant ses anciennes aven-
tures.
Quoique M. de Saint-Martin eût une
ksMte idée de la vertu de Vincent, il n'en
cumaissait pas toute l'étendue. Il y avait
plus 4e quarante ans que ce grand serviteur
de Dieu ne trouvait de consolation que dans
( 44 )
le mépris de lui-même > et l'observance
rigoureuse de la plus profonde humilité.
.Exact presque jusqu'à l'importunité à pu-
blier et à exagérer ses plus petits défauts, il
ne voyait que ses propres misères; il dé-
couvrait des taches dans les actions où les
autres n'apercevaient que des vertus. Tout
ce qui lai rappelait le souvenir de ses travaux
pour procurer la gloire de Dieu lui était in-
supportable ; aussi dès qu'il eut reçu la co"
pie de son ancienne lettre, il la jeta dans
le feu , et bientôt après il écrivit à M. de
Saint-Martin, pour le supplier de lui en-
voyer l'original. M. de Saint-Martin ne se
pressa pas d'accéder aux desirs de son ami.
Vincent réitéra ses instances, et six mois
avant sa mort il fit une nouvelle tentative,
mais si vive et si pressante, qu'il eut été dif-
ficile de tenir contre , si Dieu, qui cherche
la gloire de ses saints à mesure qu'ils tra-
vaillent à se faire oublier du monde, n'eût
dérangé ses mesures. Je vous oonjllre, par
foutes les grâces qu'il a plu à Dieu de vous
accorder, disait le Saint dans sa lettre, de
( 45 )
me faire celle de m'enpoyer cette misérable
lettre qui fait mention de la Turquie : je parle
de celle que M. Dages a trouvée parmi les pa-
piers de M, son père. Je vous prie derechef,
par les entrailles de J.-C. Noire-Seigneur, de
me faire au plus tôt la grâce que je POliS de-
mande.
Celui qui écrivait sous la dictée de Virir-
cent, et qui connaissait parfaitement son ca-
ractère , sentit d'abord qu'une lettre que ce
saint homme redemandait avec tant d'ar-
deur ne pouvait lui être désavantageuse; il
savait qu'en ce cas, bien loin de la suppri-
mer, il eût plutôt travaillé à la répandre. Il
jugea donc avec beaucoup de raison qu'elle
renfermait quelque chose qui tournait à sa
gloire , et qu'il ne demandait l'original que
pour le brûler, comme il avait déjà brûlé la
copie, afin que personne n'en eût connais-
sance. Il glissa donc un billet dans la lettre
de notre Saint, pour avertir M. de Saint-
Martin d'adresser cette première lettre que
Vincent lui redemandait, à quelqu'autre
qu'à lui, s'il ne voulait pas qu'elle fât per-
( 46 )
due. M. de Saint-Martin, qui savait qu'on
désobéit innocemment à ses amis, quand
on ne leur désobéit que pour manifester les
graces et les miséricordes de Dieu sur eax,
suivit exactement ce conseil: il envoya cette
lettre si souhaitée au supérieur du collége
des Bons-Enfans. Celui-ci se donna bien de
garde d'en avertir Vincent, qui en effet
n'en a jamais rien su. Sans ce -pieux artifice,
ou nous ignorerions absolument, ou nous
ne saurions que d'une manière très-vague
et très-confuse l'esclavage de Vincent de
Paule, lu constance invincible qu'il fit pa-
raître , et Ja manière dont il fut délivré.
Mais il est temps de reprendre le fil de
notre histoire. Arrivé à Rome, Vincent
s'efforça de sanctifier tous les momens qu'il
devait passer dans cette ville célèbre. Quel-
que douces que fussent cependant ces saintes
occupations pour un cœur dont la piété était
si tendre, il ne s'y borna pas ; sa passion
pour l'étude, que son esclavage n'avait que
suspendue, se réveilla ; et comme, après
avoir rempli ce qu'il devait à la religion
( 47 )
et à la bienséance , il lui restait assez de
temps libre, il recommença à cultiver son
esprit et à étendre ses connaissances; ce
qui ne tarda point à lui valoir une marque
de distinction des plus honorables.
Il y avait alors à Rome plusieurs minis-
tres français chargés auprès du pape des
affaires du roi; les principaux étaient le
marquis de Brèves, celui-là même qui,
deux ans auparavant, avait failli, sans le
savoir , terminer l'esclavage de Vincent de
Paule ; Denis de Marquemont, auditeur de
Rote, et Charles de Gonzague, duc de Ne-
vers. Quelques-uns d'entre eux , et peut-
être tous ensemble, voulurent voir un
homme dont le vice-légat disait tant de
bien. Il parut ; on l'entretint plusieurs
fois ; on le sonda ; il fut goûté : on crut
pouvoir s'ouvrir à lui, et il fut chargé d'une
expédition importante qui demandait du
secret, de la sagesse , et un homme qui ,
étant parfaitement instruit, pùL conférer
avec le roi toutes les fois que ce prince le
jugerait à propos. -
( )
Vincent se retrouva en France vers le
commçncement de l'année 1609 ; il eut
llhonneur d'y entretenir le roi Henri-le-
Crand autant de temps qu'en demandait
l'affaire pour laquelle on l'avait envoyé. Ce
prince illustre, qui savait très-bien juger
des qualités de l'esprit et du cœur, fut fort
content de celles qu'il découvrit en lui; et
personne ne douta que, pour peu qu'il en
montrât le désir, il ne fut bientôt récom-
pensé: mais nous avons déjà vu que Vincent
ne cherchait pas les honneurs; il se retira
aussitôt qu'il eut accompli sa mission. Il
commença néanmoins à cette époque à rem-
plir cette vocation commune à tous les chré-
tiens, qui consiste en partie à rendre au
prochain tous les services qu'on peut lui
rendre. Il prit un logement au faubourg
Saint-Germain, assez près de l'hôpital de
la Charité, qui y avait été établi huit ans
auparavant. Il y allait exactement visiter les
malades; il lcurfaisait des exhortations tou-
chantes; il les servait comme ses frères avec
tout le ménagement possible.
( 49 )
«3
, LIVRE II.
Vincent de Paule se lie d'amitié avec M. de Bérulle. Il
est un modèle de patience dans une affaire où il se
trouve compromis avec un juge de Sore. Il est nommé
aumônier ordinaire de la reine Marguerite. Il devient
curé de Clichy, précepteur dé MM. de Gondi, curé
de Châtillon, et se fait chérir et admirer dans ces
différens postes. Marques d'estime qui lui sont pro-
diguées par saint François de Sales. Nommé aumô-
nier-général des galères, il prend les fers d'un forfit.
UNE des premières connaissances que Vin-
cent de Paule fil à Paris , fut celle de M.
de Bétulle. Il y avait déjà long-temps que
ce digne ministre du Seigneur passait pour
un modèle de la perfection sacerdotale.
Vincent comprit que le commerce d'un tel
Tiomiite ne pouvait que lui être très-avan-
tageux; il le visita , il l'estima autant qu'il
méritait de l'être , et il se conduisit par ses
conseils. M. de Bérulle connut bientôt tout
le prix de ce nouvel ami : la charité forma