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Vie, vertus et miracles de sainte Germaine. Nouvelle éd. populaire

64 pages
Viguier (Toulouse). 1867. Cousin, Germaine. In-32.
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VIE
VERTUS ET MIRACLES
liE
SAINTE GERMAINE
NOUVELLE ÉDITION
TOULOUSE
IMPRIMERIE DE I. VIGUIER
ÉDITEUR
1867
VIE
V K R T U S ET MIR A C LES
DE
SAINTE GERMAINE
..L'} ,
PROPRIÉTÉ.
VIE
VERTUS ET MIRACLES
DE
SAINTE GERMAINE
TELLE ÉDITION
populaire.
TOULOUSE
IMPRIMERIE DE I. YIGUIER
ÉDITEUR
1867
Ire PARTIE.
YIE, VERTUS ET MIRACLES
DE
SAINTE GERMAINE
i
Germaine Cousin naquit en 1579, au village
de Pibrac, situé à quatorze kilomètres de Tou-
louse. Son église paroissiale relevait ancienne-
ment du grand-prieuré de l'Ordre de Malte. Le
père de Germaine se nommait Laurent Cousin ;
sa mère, Marie Laroche. Cétaient de bons et
honnêtes cultivateurs, d'une fortune bien mo-
deste , mais qui jouissaient dans le pays d'une
certaine considération à cause d'un tombeau de
familLe qu'ils avaient dans l'église. D'où venait
G
à la famille Cousin le droit de sépulture dans
la nef de l'église : c'est ce que l'histoire ne dit
pas.
La naissance de Germaine sembla réjouir un
instant les affections paternelles, mais ces joies
se dissipèrent bientôt quand on s'aperçut que
la pauvre enfant était vouée à la souffrance et
aux afflictions : non-seulement l'une de ses
mains était privée de mouvement, mais encore
Germaine était sujette à des humeurs scrofu-
leuses. Elle entra donc dans la vie de ce monde
par la voie douloureuse, et à peine sortie du
berceau, elle perdit sa mère. Ces commence-
ments de rudes épreuves étaient sans doute
dans les desseins de la Providence, qui voulait
faire passer au creuset des plus dures afflictions
l'or de cette âme séraphique qui devait enrichir
et la terre et le ciel.
Dans la même année de la naissance de Ger-
maine Cousin (en 1579) mourut à Toulouse Jean
de Monluc, évêque de Valence, ancien domini-
cain. Il fut enterré dans la métropole de Tou-
louse, au-dessous des orgues, où se trouve une
inscription tumulaire qui rappelle cet événement.
Cinq ans plus tard, en 1584, le 12 de mai,
7
mourut à Paris, entre les bras de son frère Ar-
naud, gouverneur de Montpellier, messire Gui
Dufaur seigneur de Pibrac, de qui la ferme de
Laurent Cousin était vassale et qui ne se trou-
vait éloignée du château seigneurial que d'une
demi-heure environ. Vers cette même époque
mourut aussi la mère de Germaine, la bonne
Marie Laroche, qui s'était doublement atta-
chée à son enfant, d'abord par le sentiment de
l'amour maternel et ensuite par l'intérêt que
faisaient éprouver ses infirmités endurées avec
une abnégation vraiment angélique. C'est elle
qui lui avait appris à connaître Dieu, à prononcer
son nom, à former le signe adorable du salut ;
elle lui montrait le ciel, la conduisait toute pe-
tite à l'église paroissiale, et lui faisait remarquer
l'autel, le tabernacle, les flambeaux, les images
des saints, et surtout celle de la Mère de Dieu
qui tient son fils entre ses bras. Il y a dans ces
premiers enseignements d'une mère à une en-
fant de cinq ans tout un système admirable d'é-
ducation religieuse. Il n'est pas nécessaire de
lui parler beaucoup, il suffit de lui montrer
quelques objets sensibles : les impressions sont
reçues avec facilité, et quand la nature les se-
8
conde, elles ne s'effacent jamais. Germaine, à
ce qu'il paraît, avait reçu du ciel un cœur natu-
rellement tourné vers les choses de Dieu, un
caractère calme et paisible, un esprit réfléchi:
la suite de sa vie le montre. Avec de telles dis-
positions, développées et cultivées par une mère
attentive, il n'est pas étonnant que le souvenir
du premier âge ait exercé sur le reste de son
existence une influence heureuse.
Après la mort de Marie Laroche, Laurent
Cousin prit une autre femme. Il devait espérer
que Germaine trouverait en elle une seconde
mère ; peut-être même était-ce dans l'intérêt de
son enfant qu'il avait consenti à ce nouveau ma-
riage. Ses espérances furent étrangement trom-
pées , et ni les prières, ni l'autorité d'époux et
de père, ni l'intérêt que devait inspirer une pau-
vre orpheline ne purent triompher de la répu-
gnance que conçut pour Germaine cette indiaÊ_
marâtre. La candeur et l'ingénuité de cette Qala-
fant l'irritaient, ses infirmités lui causaient du
dégoût : il y eut dès lors dans l'esprit de cette
méchante femme un système arrêté et longtemps
étudié de persécution contre cette chétive créa-
ture. Il fallait d'abord, sous quelque prâms"
9
l'éloigner de la maison paternelle, la flétrir en-
suite par d'injustes accusations aux yeux de son
père, la dégrader enfin en la traitant comme
une vile esclave. On verra dans la suite de cette
histoire comment ce plan fut réalisé. Mais Dieu
en formait un autre ! et cet abandon, ces calom-
nies, ces dégradations, devaient être pour Ger-
maine le principe de la plus haute sainteté. Au-
jourd'hui nous sommes forcés de bénir le Sei-
gneur d'avoir placé auprès d'elle cette cruelle
marâtre, comme Job le bénissait de lui avoir
donné une femme qui tous les jours exerçait sa
patience.
II
Dès que Germaine fut en âge, sa marâtre, qui
ne pouvait la souffrir dans l'intérieur de la mai-
son, trouva le moyen de l'éloigner du toit pa-
ternel en la préposant à la garde du troupeau.
Elle quittait donc la ferme dés l'aurore et n'y
rentrait qu'à la chute du jour. Cette tâche, elle
la remplit jusqu'à la fin de ses jours. On ne sait
trop de qui notre sainte reçut les premières no-
lo-
tions des grandes vérités du salut; quoi qu'il
en soit, cette voix amie n'eut pas beaucoup à
faire, puisque Dieu voulut achever lui-même
l'éducation de son humble-servante. Avec la
grâce d'en haut, la solitude qui lui était imposée
par sa profession lui devint une vie délicieuse,
non pas tant parce qu'elle était ainsi à l'abri des
mauvais traitements de sa marâtre, mais parce
qu'elle y pouvait jouir de la présence de son
Dieu. Sa piété, son innocente vie, son amour
sans mélange pour le divin créateur la rendaient
aussi savante dans la science de la vie que les
grands solitaires l'étaient devenus après une
longue expérience des choses de ce monde.
Avec un tel amour, Germaine marchait dans le
chemin des afflictions joyeuse d'esprit, ne comp-
tant pas ses peines, ne s'en plaignant même pas,
mais rendant continuellement grâces à Dieu de
ce qu'il paraissait l'aimer plus particulièrement
en lui accordant ce renoncement de tous Jgs_
plaisirs mondains. Ainsi elle accomplissait.
elle ce mystère de la Croix qui est le mysjgi^^
de Jésus-Christ, et toutes ces souffrances crue :
la Providence lui envoyait ne lui faisaient lMir
qu'elle-même et l'attachaient davantage à son
--::JI
Ai
Dieu. Ar l'exemple de Jésus-Christ et par amour
de Jésus-Christ, elle aimait ceux qui la haïs-
saient, et toutes ses souffrances envoyées de
Dieu lui paraissaient encore légères quand elle
les comparait à celles qu'avaient eu à endurer
le divin Sauveur.
III
Les divers témoignages de ses contemporains
et toutes les traditions nous apprennent que
Germaine eut toujours pour la mère de Dieu la
plus tendre dévotion. Elle devait être pour l'E-
glise catholique l'une de ces Vierges qui com-
posent la cour de l'immortelle Reine des Cieux.
Le culte de Marie fit toujours ses chères délices,
et après avoir assisté à la sainte Messe, à la-
quelle elle ne manqua jamais un seul jour de
sa vie, elle reportait tout son cœur à la divine
Mère de Dieu. Rien ne pouvait arrêter les élans
de sa foi : quand la cloche du village faisait en-
tendre ses tintements, un sentiment indéfinis-
sable de douce allégresse s'emparait de son âme ;
elle quittait alors sa quenouille, tombait à ge-
-12 -
noux, envoyait vers Dieu ses saintes aspirations,
et l'onction de sa piété n'en devenait que plus
vive, sa sainte flamme plus ardente. Le doigt
de Dieu se manifestait dans tous ses actes.
Abandonnait-elle son troupeau pour se rendre
à l'église, elle plantait sa quenouille ou sa hou-
lette au milieu de son troupeau, et à son retour
elle retrouvait toutes ses brebis rassemblées
autour de ce talisman béni de Dieu. Quoique les
champs où paissaient ses brebis bordassent la
forêt de Bouconne infectée de loups, jamais il
ne vint à la connaissance de personne qu'aucune
ait été ravie au bercail. Plus d'une fois, quand
la pauvre bergère revenait de l'église, sa marâtre
prenait occasion de l'accabler d'insultes et bien
souvent de coups, lui reprochant de laisser s'a-
maigrir le troupeau pour satisfaire sa bigoterie.
Germaine répondait avec la sereine candeur or-
dinaire : « Voyez! tous nos voisins disent qu'il
est le plus beau. Il l'était en effet, oe qui faisait
crier au prodige tous les villageois.
IV
A l'habitude d'assister tous les jours à la
-13 -
inesse, Germaine avait joint aussi celle de re-
courir au sacrement de la Pénitence et de rece-
voir souvent le corps et le sang de Notre-Sei-
gneur. Persuadée dèla nécessité de ces secours
pour quiconque veut persévérer dans la voie de
la perfection, on la voyait s'en approcher tous
les dimanches et tous les jours de fête. La fer-
veur avec laquelle sainte Germaine recevait la
divine Eucharistie offrait à tous ceux qui en
étaient témoins un spectacle si touchant, une im-
pression si profonde, que l'on ne pouvait que
se sentir édifié. 0 mon Dieu ! de ce coin de terre
où elle n'a vécu, pour ainsi dire, qu'avec vous
seul, de ces champs arides où près de ses bre-
bis elle faisait monter jusqu'à vous presque à
toute heure le doux parfum de ses divines priè-
res, combien les douces et suaves paroles de
cette bienheureuse enfant ont dû réjouir la Cour
céleste ! Quel modèle parfait de toutes les vertus
dans cette humble fille des champs !
Une des œuvres auxquelles son cœur l'appe-
lait le plus à s'adonner par amour de Jésus et
de Marie, était celle de réunir autour d'elle
quelques-uns des petits enfants du village.
Quand elle avait cette douce consolation, elle
14
s'appliquait à leur expliquer les mystères de
notre religion ; leur persuadait tout doucement
d'aimer toujours Jésus et sa divine Mère; de ne
faire jamais que les choses qui sont agréables
à Dieu et aux hommes, et de savoir supporter
les choses même injustes de la part des autres.
Quelle scène digne d'admiration que cette
petite école tenue à l'ombre d'un arbre ou d'un
buisson et par un maître qui peut-être ne savait
pas lire !
V i
Quelque obscure et cachée que fut la vie de
notre sainte, elle ne le fut pas au point qu'elle
passât inaperçue aux yeux de tous. Les habi-
tants de tout le hameau connaissaient bien la
portée de la haine de sa marâtre envers elle;
tous savaient aussi que sa seule nourriture pour
toute la journée consistait en un morceau de
pain noir et fort dur ; tous aussi pouvaient affir-
mer que, malgré l'abandon et le délaissement j
dans lesquels elle paraissait condamnée à vivre, j
jamais ils n'avaient entendu sortir de sa bouche 1
45
une seule parole qui parût faire comprendre
qu'elle était malheureuse; pas une imprécation !
pas une plainte sur la rigueur à laquelle elle
était en butte ! C'est ce qui la faisait regarder
généralement par tous les cœurs nobles et géné-
reux comme l'une de ces âmes d'élite que Dieu
suscite quelquefois sur la terre pour manifester
ses desseins éternels. En un mot, les vertus
rassemblées en cette humble bergère commen-
çaient à faire croire à beaucoup de gens de la
localité et des environs qu'elle était une mani-
festation de la gloire infinie que Dieu réserve
quand il lui plaît à la plus humble de ses créa-
tures.
Deux circonstances étranges (que de nos jours
on a reconnues surnaturelles) vinrent durant sa
vie commencer sa réputation de sainteté : nous
voulons parler du passage du Courbet et du
pain destiné aux pauvres changé en fleurs.
Nous parlerons de ce dernier fait un peu plus
loin quand nous rapporterons quelques-uns
des miracles opérés par l'intercession de. la
sainte.
16
VI
En 1601 Germaine mourut. Pendant quelques
années on ne cessa de s'entretenir à Pibrac de
l'apparence de sainteté de l'humble et chaste
fille ; on parlait des faits merveilleux qui avaient
marqué cette courte vie, si pleine cependant de
toutes les vertus qui font les saints. Mais comme
tout s'efface vite dans la mémoire des hommes
du siècle, la mémoire de Germaine s'éteignait
insensiblement parmi ses contemporains; elle
aurait été même entièrement effacée, comme
tout ce qui vient des hommes, si Dieu n'avait
étendu son bras pour manifester l'éclat et la
puissance qui étaient réservés à cette vierge si
pure.
La ferme de Laurent Cousin avait toujours
été régie par lui ou ses descendants jusqu'en
1644, quarante-trois ans après la mort de sa
fille Germaine. En cette même année, la femme
Endoualle mourut dans la ferme de Laurent.
Cette femme, qui par alliance était entrée dans
la famille Cousin, avait demandé d'être enter- 1
il
rée dans le tombeau de la famille de Laurent.
On se mit en devoir d'exécuter ses vœux. Le
fossoyeur et le carillonneur se rendent de suite
à l'église et procèdent à l'enlèvement des terres
qui touchaient à la dalle servant de couvercle.
Au premier coup de pioche, Nicolas Cassé re-
cule épouvanté : il vient de mettre à nu le
visage d'une jeune fille dans un état de conser-
vation parfait. Françoise Pérès, qui se trouvait
encore dans l'église parce qu'elle venait d'y en-
entendre la Messe, et le compagnon du caril-
lonneur sortent immédiatement tout effrayés
pour appeler du monde et venir constater cette
miraculeuse découverte. Monsieur le Curé de
Pibrac, accompagné de presque tous ses pa-
roissiens , se rend à l'église, et là devant tout
ce peuple ému, bouleversé, ne pouvant en
croire ses yeux, il procède à l'examen de ce
corps, dont toutes les chairs étaient fermes et
d'up«-"couieurT»Qsée, et dont toutes les parties
^fu ôerps ak actes, sauf une fracture au
/ne> que le Voup de pioche du carillon-
I neur avait oceâsicçmae en commençant de creu-
t - - - Î---
ser la fosse. .::",.
2
-18 -
Nous avons raconté brièvement la sainte vie
de Germaine, parlons aussi succinctement qu*
possible des principaux miracles opérés à son
tombeau et nous terminerons par le récit fidèlM
des splendides fêtes de toute la chrétienté à
Rome, le 29 juin 1867, à l'occasion du cente–
naire de saint Pierre et de la canonisation de -
sainte Germaine et de quelques autres Saints.
IIe PARTIE.
RÉCIT
Des quatre principaux miracles qui ont servi
à la béatification de sainte Germaine.
PREMIER MIRACLE.
Multiplication de la pâte et du pain.
Les religieuses du Bon Pasteur possèdent
dans la ville de Bourges un très vaste monas-
tère où, selon la règle-de leur institut, sont
admises toutes les jeunes filles égarées dans le
monde ou en danger de perdition; là, avec de
saints enseignements, on les amène à détester
leur vie passée et on les prépare à se tenir fer-
mes contre les attraits du vice. Le nombre en
est malheureusement toujours considérable; et,
malgré cela, toutes sont reçues dans ce port du
salut. Cette maison, privée de tous revenus,
ne se soutient que par les aumônes volontaires
20
des fidèles et par le produit des travaux ma-
nuels exécutés par les pensionnaires.
La table est préparée pour toutes, deux fois
par jour; plusieurs d'entre elles, et notamment
les plus jeunes, reçoivent, lorsque le cas l'exige,
une plus fréquente nourriture. Les légumes
sont leur aliment ordinaire , la maison ne pou-
vant , par économie , fournir de la viande plus
de trois fois par semaine. Le tout est copieux,
spécialement le pain, qui n'est point taxé.
Vers la fin de l'année 1845, cent seize per-
sonnes vivaient ensemble dans cette commu-
nauté : dix-sept religieuses, cinquante-neuf
filles converties et enlevées au vice, et quarante
autres dont la plus âgée ne dépassait pas dix-
sept ans, et qui avaient été, avant le naufrage,
retirées des dangers du monde pour être for- j
mées dans ce saint asile à la piété et aux bonnes
mœurs. Le manque de certains secours ordinai-
res et le nombre toujours croissant des pen- j
sionnaires réduisit cet établissement à une telle
gêne , qu'il n'avait même pas assez d'argent
pour parer-aux besoins présents, et que depuis
plusieurs mois la maison s'était endettée de plus
de douze mille fraIlcs.
21
Au milieu de ces afflictions, sœur Marie du
Cœur de Jésus, supérieure du monastère, ayant
entendu raconter des faits prodigieux que Dieu
opérait par l'intercession de la bienheureuse
Germaine Cousin, se sentit animée à reposer
en elle toute sa confiance et implora son secours
miraculeux pour les besoins de la Maison. La
Supérieure ordonna de faire une neuvaine et de
lire, dans toutes les classes des jeunes filles, la
Vie de la Bienheureuse; elle plaça dans le gre-
nier une médaille de la B. Germaine, et puis
elle en distribua à toutes les religieuses, en les
exhortant à prier avec ferveur et confiance.
Deux religieuses converses avaient le soin, cha-
que cinq jours, de faire le pain pour toute la
communauté , en employant pour chaque four-
née douze paniers de farine, laquelle, pétrie et
cuite, produisait vingt gros pains de 10 kilo-
grammes chacun. Or, la supérieure ordonna à
ces deux sœurs de n'employer pour les deux
prochaines fournées que seize paniers de farine
au lieu des vingt-quatre qui étaient nécessaires,
et de prier la B. -Germaine de suppléer à ce qui
manquait.
Ces deux sœurs obéirent avec exactitude ; mais
- 912 -
pendant qu'elles pétrissaient, elles s'aperçurent
que la quantité était bien insuffisante et que l'on
ne pouvait en former les quarante pains habi-
tuels ; elles prirent en cachette un peu plus de
farine et l'ajoutèrent au reste. Avec cela, elles
réussirent à former les quarante pains, mais
beaucoup plus petits et d'un poids bien infé-
rieur aux précédents, de manière qu'à peine ils
purent suffire pour trois jours. Après ces trois
jours , il fallut de nouveau du pain ; et puisque
la supérieure s'était fâchée que ses ordres
n'eussent pas été exécutés avec ponctualité,
cette fois les deux sœurs ne prirent que huit
paniers de farine pour chaque fournée , et on
obtint dès pains bien plus petits et deux ou
trois de moins que d'ordinaire.
Pendant quatre fois on renouvela l'essai, et
toujours aussi infructueux : de telle sorte que
sœur Marie de S.-Janvier, une des pétrisseuses,
commença à manquer de foi ; et elle ne pouvait
s'expliquer comment la Supérieure persistait
toujours, au détriment du monastère, dans le
même séntihïènt et à attendre une multipli-
cation miraculeuse. Elle aurait bien voulu en
parler, mais elle se retint pour ne pas être
23
de nouveau qualifiée de femme de peu de foi
et en recevoir des reproches. Puis sa mauvaise
humeur s'augmentait par les visites conti-
nuelles que les autres sœurs faisaient au four,
en demandant s'il n'y avait rien de nouveau
concernant le miracle. Mais il vaut mieux l'en-
tendre raconter elle-même ses altercations in-
térieures. « Voyant, dit-elle, que la Supérieure
n'était pas contente , nous décidâmes de n'em-
ployer que huit paniers de farine pour chaque
fournée : et nous n'avons obtenu que de pains
très-petits et encore dieux ou trois de moins que
d'ordinaire. La Mère Supérieure, étant venue
au four, s'écria pour quel motif nous n'avions
pas fait vingt pains comme d'habitude, et nous
reprocha notre peu de confiance. Pour lui
obéir, dans la seconde fournée, nous avons fait
vingt pains avec huit paniers de farine ; mais
ils étaient aussi petits que des biscuits. Je crois
que les pains produits par ces deux dernières
fournées n'ont duré que trois jours. J'étais
très ennuyée de tout ce que la Mère supérieure
me disait, ainsi que des continuelles visites que
les sœurs me faisaient au four, en me deman-
dant continuèllement s'il y avait miracle, et me
24 -
reprochant le peu de confiance que j'avais dans
la vénérable Germaine. Je voyais aussi que ces
petites fournées occasionnaient une plus forte
dépense de bois, puisqu'il en fallait autant que
précédemment, et cependant les pains duraient
bien moins. Toutes ces raisons m'empêchaient
d'en parler à la Supérieure, parce que je ne
voulais pas être la première. »
La consommation du bois fit réfléchir la
Supérieure, qui se voyait avec peine obligée de
révoquer son ordre. La bonne Mère s'était pro-
posé de changer cet ordre le dernier jour de
novembre ; mais l'heure étant trop avancée -et
les sœurs étant déjà au lit, elle ne put parler
à la sœur pétrisseuse. Avant de se coucher, elle
renouvela ses prières avec plus de ferveur, et
supplia la vénérable Germaine de ne plus per-
mettre que le jour suivant les pains fussent
aussi petits.
Le premier décembre, la Supérieure n'ayante
donné aucun autre ordre, les deux pétrisseuses
se mirent à l'ouvrage ; et pour s'en tenir stric- -
tement aux ordres si souvent répétés, elles ne
sortirent du grenier que huit paniers de farine
pour chaque fournée. Cette fois enfin, mitÉf
25 -
miracle de la multiplication. Ecoutons - en le
détail donné par la pétrisseuse elle-même, sœur
Marie de Saint-Janvier : « Le lundi 1er décem-
bre, nous descendîmes pour la première four-
née huit paniers de farine, remplis comme d'or-
dinaire. Ce jour-là, j'étais de bien mauvaise
humeur, ennuyée que j'étais de me voir forcée
de faire le pain avec seulement huit paniers de
farine, ayant déjà expérimenté plusieurs fois
que cela ne pouvait pas suffire. Après avoir pé-
tri , je m'aperçus que la pâte était bien propor-
tionnée à l'emploi de la farine , et je dis alors
à ma compagne qu'elle pouvait mettre beaucoup
plus de pâte dans les paniers, atin d'obtenir un
nombre plus petit de paniers, et faire remar-
quer à la Supérieure que la chose ne pouvait
nullement réussir; et tout en plaisantant, je lui
disais que, puisque la Vénérable ne nous avait
pas donné de la farine, il fallait lui demander
de la bonne pâte toute préparée. Mais à pro-
portion que l'autre sœur remplissait les pains,
je m'aperçus que la pâte ne diminuait pas dans
le pétrin ; il y en eut assez pour remplir tous
les vingt paniers, pour en joindre ensuite un
peu à chaque pain, et de plus, il y en eut deux