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Vocabulaire grammatical de la langue française... par B. Jullien,...

De
210 pages
L. Hachette (Paris). 1852. In-12, XXII-186 p..
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ARDOUIN 1069
t,<~ 1.::::
* COMS RAISONNÉ DE LANGUE FRANÇAISE S
OUVRAGES COMPLÉMENTAIRES
VOCABULAIRE GRAHIATICAL
DE LA
LANGUE FRANÇAISE
dans lequel
SONT DÉFINIS, MIS EN CONCORDANCE ET APPRÉCIÉS
LES DIVERS TERMES GRAMMATICAUX EMPLOYÉS OU PROPOSÉS
PAR LES PRINCIPAUX GRAMMAIRIENS FRANÇAIS
PAR
B. JULLIEN
délégué pour l'un des arrondissements de Paris •«(,
docteur ès lettres, licencié és sciences ," t
-ecrétaire de la Société des méthodes d'enseignemen:
PARIS
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET O
RUE riERKE-SARRAZIN, N° 14
(Près de l'École Je médecine)
1852
VOCABULAIRE GRAMMATICAL
DE LA
LANGUE FRANÇAISE
Paris, - Typographie l'anckoucke, rue des Poitevins, 8 et 14.
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VOCABULAIRE GIOTVTICIL
DE LA
LANGUE FRANÇAISE
dans lequel
SONT DÉFINIS, MIS EN CONCORDANCE ET APPRÉCIÉS
LES DIVERS TERMES GRAMMATICAUX EMPLOYÉS OU PROPOSÉS
PAR LES PRINCIPAUX GRAMMAIRIENS FRANÇAIS
PAK > \.,
B. JULLIEN -.1000'
délégué pour l'un des arrondissements de Paris, docteur ès lettres,
�—— secrétaire de la Société des méthodes d'enjeillnernêlll
PARIS
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
RUE PIE R R E - S A RRA Z 1 N, NO 14
(Près de l'École de médecine)
1852
PRÉFACE.
.11. QQpam
Je ne connais dans la langue française, en laissant de
côté ici la partie grammaire et littérature de l'Encyclopé-
die, dont je parlerai tout à l'heure, qu'un seul ouvrage
dont l'objet, avoué par l'auteur, soit sensiblement le même
que celui du dictionnaire que j'offre aujourd'hui aux insti-
tuteurs et à tous ceux qui s'occupent de grammaire : c'est
le Dictionnaire grammatical, critique et philosophique de
la langue française, par M. Vanier'.
L'abbé Féraud avait bien publié, en 1768, un ouvrage
à peu près du même titre : Dictionnaire grammatical de
la langue française; mais, comme il le dit ailleurs, ce n'é-
tait qu'une grammaire par ordre alphabétique, c'est-à-
dire qu'au lieu de s'attacher uniquement aux termes pro-
pres à la grammaire, il prenait successivement tous les
mots de la langue française, et donnait sur chacun d'eux
les détails de grammaire élémentaire qu'il regardait
comme indispensables. Ce travail utile a été plusieurs fois
imité et développé par Féraud lui-même, dans son Dic-
tionnaire critique de la langue française, imprimé vingt
ans plus tard ; par Laveaux, dans son Dictionnaire des dif-
ficultés de la langue française* ; et par d'autres.
Le dictionnaire de M. Vanier a un autre objet. On lit,
en effet, ces lignes à la fin de sa préface : « Certes, si
ln-8° île 700 pages. Paris, 1816.
1 t'ii vol. iii-81. Librairio ile L. Hictiette et
V) PRÉFACF.
chaque science a son dictionnaire spécial, il était instant
que la grammaire eût le sien. »
Ainsi c'est un dictionnaire spécial des termes de gram-
maire , avec toutes I efpJi<;atiops nécessaires ou conve-
nables , que l'auteur a prétendu nous donner. Malheureu-
sement, il appartenait à cette classe nombreuse d'écrivains
auxquels les études premières paraissent manquer abso-
lument; qui, dogmatisant sur les sciences sans avoir as-
sez comparé ni assez réfléchi, donnent à tout instant la
preuve de leur insuffisance.
Il suffit, pour reconnaître celle de M. Vanier, de citer
ici quelques-unes de ses assertions. J'en trouve immédia-
ment qui ne laisseront aucun doute. Il tire ablatif du latin
ablare. Où a-t-il rencontré ce mot-là? Arsis, substantif
grec féminin, qui signifie élévation, et a conservé son
genre dans la langue grammaticale, lui paraît un sub-
stantif masculin, qu'il fait venir d'arsi, prétérit tfardere,
brûler; et il l'explique par la chaleur avec laquelle tel
passage doit être prononcé. Il prend le préfixe vice de
vice-roi, vice-président, pour l'ablatif latin, non pas de
l'inusité vioc, vicis, mais de vis, force; et, en consé-
quence, un vice-roi, un vice-président, sont pour lui,
non pas les remplaçants3 les lieutenants d'un roi, d'un
président, mais ceux qui en ont la force.
Ces fautes monstrueuses, dont nous pourrions multi-
plier les exemples, montrent tout de suite combien un
grammairien érudit fera toujours peu de cas du livre où
elles se trouvent. ,-'
On pense bien que la philosophie grammaticale de l'au-
teur n'est pas au-dessus de sa science étymologique; et
son style est au niveau de l'une et de l'autre. Nous ne lui
ferons donc guère d'emprunts que pour combattre et re,.
dresser ses erreurs.
Mais si l'exécution de son livre est si défectueuse, l'idée
PRÉFACE. Vij
a.
première n'en était pas moins excellente ; et nous avons
cru rendre un service considérable aux professeurs de
grammaire, aux instituteurs, aux maîtres de tout ordre,
et même aux jeunes gens qui veulent devenir maîtres à
leur tour, en remplissant ce cadre aussi bien que nous le
pourrions, grâce à de nombreuses lectures et de longues
recherches faites dans les ouvrages des grammairiens les
plus autorisés.
Voici le plan que nous nous sommes trcé.
Il s'agit ici de grammaire française, et même de gram-
maire élémentaire, c'est-à-dire de celle qui est enseignée,
soit dans les écoles primaires, soit dans les classes infé-
rieures des collèges. La Jiste des mots recueillis ne doit
donc pas contenir les termes de la grammaire savante,
ni ceux de la grammaire ancienne, qu'on trouve en si
grande quantité dans la tab)e alphabétique des matières
du premier volume du Cours supérieur de grammaire. Ici
tout est pratique, t il n'y a pas un seul mot qu'un insti-
tuteur ne puisse avoir intérêt à y trouver avec son expli-
cation s'il lit quelque traité sur la science qu'il enseigne.
C'est là le premier objet de notre livre ; et, en ce sens,
c'est bien réellement un Vocabulaire grammatical de la
langue française, donnant avec précision la définition de
tous les mots techniques.
Ce caractère ne permet pas de l'assimiler à la partie
grammaire et littérature du Dictionnaire encyclopédique.
Ce grand et bel ouvrage', composé d'articles fort déve-
loppés sur la grammaire et la littérature, devant embras-
ser toutes les généralités de ces deux sciences, discutant
! les doctrines, cherchant même à les établir sur les points
importants, a donpé une libre carrière aux quatre princi-
paux rédacteurs : Yoltaire, MarmQntel, Dumarsais et
3 vol. in-4" à colonnes. Publié de 1782 à 1786.
viij PRÉFACE.
Beauzée. Mais, en même temps qu'il dépasse de beau-
coup les limites de la grammaire élémentaire, puisqu'on
s'y livre à des recherches très-étendues de critique ou
de philologie, il oublie ou néglige un grand nombre de
mots usuels qu'on trouvera, au contraire, ici; il dogma-
tise surtout et parait vouloir apprendre la grammaire
aux lecteurs; tandis qu'ici on la suppose déjà sue et l'on
se contente de résumer et d'exposer les raisons des
choses, comme si les choses elles-mêmes étaient connues.
Notre vocabulaire est aussi comparatif, c'est-à-dire qu'il
permet de comparer les mots divers employés par les
grammairiens pour exprimer des idées semblables. La no-
menclature grammaticale est presque infinie; mais il s'en
faut bien que les idées soient aussi nombreuses que les
mots. On trouvera quelquefois dix ou douze termes qui
tous expriment la même chose : il est donc essentiel d'a-
voir une sorte de concordance grammaticale, si l'on ne
veut perdre un temps considérable à chercher, sous une
expression plus ou moins nouvelle, une pensée nouvelle
qui n'y est pas du tout. Ce dictionnaire, renvoyant tou-
jours du terme le moins juste au plus exact, permettra de
comparer ensemble ces diverses expressions ; il simplifiera
l'étude en montrant à quoi se réduisent les différences.
Enfin, notre vocabulaire est critique, c'est-à-dire qu'on
ne se contente pas de donner les noms inventés ou em-
ployés par les auteurs, on tâche aussi de les faire ap-
précier. Plusieurs de ces noms sont excellents et ont mé-
rité d'être conservés, parce qu'ils exprimaient réellement
une vue nouvelle ; d'autres ont mis plus de netteté dans
l'expression, ils ont distingué des sens que l'on confon-
ait auparavant. Ce sont là de véritables richesses aux-
quelles on a raison de tenir, et que nous tâchons de faire
apprécier.
Mais, pour ces termes vraiment importants, combien
PRÉFACE. jx
d'autres inutiles ! combien de mots proposés uniquement
pour changer celui qui y était, sans modifier en aucune
manière le sens représenté ! Combien qui sont manifeste-
ment barbares, et qui n'expriment rien de plus que le
mot anciennement usité! De bonne foi, est-ce la peine
de changer? et ne vaut-il pas mieux garder ce qu'on a,
et à quoi on est habitué, que de courir après du nouveau
pour n'être entendu de personne ?
Tels sont les avantages que nous avons voulu absolu-
ment réunir, et qu'on reconnaîtra, sans aucun doute, dans
ce nouvel ouvrage.
En dehors du vocabulaire, nous avons aussi ajouté deux
parties qui n'y tiennent pas absolument, mais dont nous
espérons que personne ne contestera l'utilité. C'est d'a-
bord , à la fin du volume, une table qu'on peut regarder
comme en étant le complément nécessaire : cette table
reproduit tous les articles importants du vocabulaire dans
un ordre méthodique, de sorte qu'on peut avec elle re-
voir toutes les matières comme dans un traité, et se
rendre ainsi un compte exact de toutes les parties de la
science, de leurs définitions et de ce qu'elles comprennent.
L'autre addition, placée après cette préface, sous le
titre d'Aperçu chronologique sur la science grammaticale,
présente la suite des progrès que la grammaire a faits
depuis son origine, et.la succession des hommes qui ont le
plus contribué à la développer, à en marquer les limites,
ou à en approfondir le champ.
Personne n'ignore combien la précision des notions
historiques ajoute d'intérêt à l'étude des diverses sciences.
Mais l'histoire de la grammaire est, jusqu'ici, très-peu
répandue ; il n'y a pas d'ouvrage où on la trouve : nous
avons cru faire une chose utile en plaçant avant notre
dictionnaire grammatical la table chronologique des noms
et des faits principaux.
X PRÉFACE.
A
Nous pensons qu'ayec ces deux additions, notre Vo-
cabulaire grammatical sera, pour tous ceux que la science
intéresse, le manuel le plus commode qu'ils puissent
avoir; et nous serons heureux de leur avoir épargné par
notre travail quelqu'une des peines qu'ils auraient eues à
prendre pppr suppléer lHlx ypcJjçj^e§ qpp nous avons
fc$es. , y
i'i
n
~1"
APERÇU CHRONOLOGIQUE
SUR L A
SCIENCE GRAMMATICALE.
SIÈCLES ANTÉRIEURS A L'ÈRE CHRÉTIENNE.
XVIII' SIÈCLE1.
Les Assyriens, selon quelques auteurs, selon d'autres, les Syriens,
les Juifs, les Samaritains ou les Phéniciens sont donnés comme les
inventeurs des lettres de l'alphabet, et de l'écriture, par conséquent.
XVIe SIÈCLE.
Cadmus introduit en Grèce l'écriture alphabétique.
XV SIÈCLE.
SATURNE, ou plutôt l'Arcadien Évandre, apporte cette connais-
sance en Italie. "*
XIIIe SIÈCLE.
Palamède , guerrier grec, mis à mort par les artifices (l'Ulysse à
l'époque du siège de f roie, c'est-à-dire en 1280 avapt notre ère, est,
selon quelques-uns, l'inventeur des lettres grecques ; selon la plu-
part des auteurs, il a seulement ajouté quatre lettres à celles
qu'avait apportées Cadmus trois siècles avant lui.
Ainsi, la science grammaticale des siècles héroïques se borne,
dans les de'f pays de l'antiquité classique, à la connaissance des
lettres et de l'écriture.
1 Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que les premières dates, jusque vers
l'an 400 avant notre ère, n'ont aucune certitude. Elles sont établies sur des traditions plus
ou moins vraisemblables, mais ne peuvent, en aucune façon, constituer des Vérités histo-
riques.
xij APERÇU CHRONOLOGIQUE
Vie SIÈCLE.
Commencement des philosophes ou sages de la Grèce. Premières
réflexions sur l'art de parler.
ILÉUS et LAMPRus, grammairiens cités par Aristote. On ne sait ce
qu'ils ont pu faire.
V- SIÈCLE.
SOPHISTES (les). On appelle aujourd'hui de ce nom les faux phi-
losophes qui cherchent à tromper les hommes par des raisonnements
captieux. Le mot de sophiste n'avait pas, dans le principe, cette si-
gnification défavorable. Les sophistes parlaient sur les mêmes ma-
tières que les philosophes, mais ce que ceux-ci traitaient avec séche-
resse, les autres en faisaient le sujet de discours suivis, ornés des
grâces de l'élocution. Les sophistes cultivaient avec soin la gram-
maire. Protagore, né près de 500 ans avant Jésus-Christ et le chef
des sophistes, avait déjà tenté une classification des parties du
discours.
PLATON, un peu plus tard, souleva, dans quelques-uns de ses
dialogues, diverses questions qui touchent à la science étymologique,
et, par conséquent, se rattachent à la grammaire.
IV. SIÈCLE.
ARISTOTE et THÉODECTE divisent les mots en trois classes : les
noms, les verbes et les liaisons.
Les SToïcIENS, philosophes grecs qui s'étaient beaucoup occupés
de la grammaire, reconnaissaient cinq espèces de mots ou parties du
discours : 1° le nom propre; 2° le nom commun, qu'ils nommaient
appellation ; 3° le verbe ; 4° la liaison, qui comprenait sans doute
la préposition et la conjonction ; 50 enfin l'article. D'autres ajoutent
le participe et l'adverbe.
Bientôt viennent ces professeurs célèbres, ces savants conserva-
teurs de la bibliothèque d'Alexandrie sous les Ptolémées, qui passent
avec raison, chez les anciens, pour avoir le plus avancé l'étude de
la science, ZÉNODOTE d'Ephèse, CALLIMAQUE, l'oncle du poëte ;
ERATOSTHÈNE de Cyrène, et d'autres encore.
III- SIÈCLE.
ARISTOPHANE de Byzance, de l'école d'Alexandrie, invente les ac-
cents pour noter la prononciation des mots dans la langue grecque.
II* SIÈCLE.
CRATÈS de Mallus, grammairien grec, introduit l'étude de la
grammaire à Rome en 166 avant notre ère. Il avait été envoyé au
SUR LA SCIENCE GRAMMATICALE. xiij
sénat par le roi Attale, entre la seconde et la troisième guerre pu-
nique ; mais, étant tombé dans un égout et s'y étant cassé la jambe,
il donna, pendant le temps que dura sa maladie, des leçons de gram-
maire qui furent, depuis, imitées par les Romains.
DENYS de Thrace, disciple d'Aristarque, compose, vers le même
temps, le plus ancien manuel de grammaire grecque qui nous soit
parvenu.
1er SIÈCLE.
L'étude de la grammaire devient florissante à Rome. JELIUS STI-
LON, SERVIUS CLODIUS, le poëte LUCILIUS, VARRON, VERRIUS, les
hommes les plus considérables des Romains, comme CICERON et
CÈSAR, donnent leurs soins à l'étude de cette science.
SIÈCLES POSTÉRIEURS A L'ÈRE CHRÉTIENNE.
1ER SIÈCLE.
L'empire avait succédé à la république. Les études grammaticales
se continuent à Rome. Plusieurs traités de grammaire nous sont
t parvenus de ce temps et. des siècles suivants.
IIIE SIÈCLE.
DOUÂT (Ælius), célèbre grammairien latin, l'un des maîtres de
saint Jérôme. On a de lui un traité sur le barbarisme et les huit par-
hes du discours.
IV. SIÈCLE.
AUGUSTIN (Saint) de Tagaste en Numidie, né en 354, mort en 430,
étudia d'abord dans sa patrie, puis à Madaure et à Carthage ; il pro-
fessa successivement la rhétorique à Carthage, à Rome et à Milan.
Saint Ambroise était alors évêque de cette ville. Augustin, touché
de ses discours et des larmes de Monique, sa mère, pensa sérieuse-
ment à quitter le dérèglement et le manichéisme. Il fut baptisé à
Milan, à la Pâque de 387, à l'âge de trente-deux ans, et renonça
dès lors à la profession de rhéteur, pour se borner à celle d'observa-
teur exact de l'Evangile. Nous avons de lui une grammaire latine
intéressante, mais qui, si elle lui appartient bien réellement, doit
être un des ouvrages de sa jeunesse.
CHARISIUS SOSIPATER, et DIOMÈDE grammairien latin tout à fait
inconnu, mais que l'on a lieu de croire postérieur à Charisius, qu'il
XIV APERÇU CHRONOLOGIQUE
'opie souvent sans le citer, nous ont laissé des traités de grammaire
importants.
VIe SIÈCLE.
PRTSCIEN de Rome , élevé à Césarée, fut, sous Justinien (vers 525),
professeur de grammaire à Constantinople. Ses Commentaires sur la
grammaire, en dix-huit livres, sont l'ouvrage le plus ample que
les anciens nous aient laissé sur les principes de la langue, et ils
jouissent, dans leur genre, d'une réputation classique.
Vile SIÈCLE.
BÉDA (Le vénérable), religieux anglais, a laissé une grammaire
écrite en latin.
IXe SIÈCLE.
A la fin du VIlle siècle et au commencement du IX., CHARLEMAGNE
avait cherché à faire refleurir la littérature et les sciences; il avait
fondé une sorte d'académie dont il faisait partie, ainsi qu'ALCU IN,,
son précepteur. Nous avons de ce dernier une grammaire écrite en
latin.
Xe SIÈCLE.
SUIDAS, lexicographe grec, a composé, d'après les lexicographes
précédents, un dictionnaire extrêmement utile et précieux pour
nous.
XVe SIÈCLE.
Prise de Constantinople par les Turcs. — Cet événement chassa
de la Grèce et fit refluer dans nos contrées occidentales, et particu-
lièrement en Italie, un grand nombre de Grecs instruits qui rani-
mèrent l'étude de la langue grecque , et contribuèrent par là aux
progrès de la grammaire.
XVIe SIÈCLE.
Au XVIe siècle, la grammaire commença, comme tan ), d'autres ;
choses, à prendre une face nouvelle. On sortit d'abord des routes,
battues par l'antiquité , c'est-à-dire qu'on ne s'occupa plus seulement f
du grec et du latin ; beaucoup d'écrivains prirent leur propre langue,
particulièrement la langue française, pour objet de leurs études. Ils
s'évertuèrent à établir, dans tous les genres et sur tous les points..
ou la vérité absolue, ou l'opinion la plus probable. Il serait impos-
sible de faire connaître tous ceux qui, à cette époque, s'occupèrent j
de ces questions ; ils sont si nombreux, que déjà on doit les diviser M
SUR LA SCIENCE GRAMMATICALE. XV
en différentes classes, si l'on veut se faire une idée nette du travail
auquel ils se livrèrent.
En ne comptant ici que les grammairiens dogmatiques ou propre-
ment dits, nous avons à noter :
[ PALSGRAVE, Anglais de nation, publia, en 1530, la première
f grammaire française sous ce titre : fi sclarçis sèment de la langue
françoyse.
JACQUES DUBOIS, dit Sylvius, né près d'Amiens en 1478, mort
en 1555, fit paraître sa grammaire l'année suivante. Il est bien plus
célèbre que Palsgrave, car il est cité par presque tous ceux qui le
suivent.
MEIGRET (Louis), de Lyon, publia en 1545 un ouvrage : Traité
touchant le commun usage de l'escriture française, qui a pour objet
la réforme de notre orthographe selon un système particulier ; et
en 1550, le Tretté de la grammaire françoèse. Indépendamment du
style, qui a beaucoup vieilli, l'orthographe en rend la lecture pé-
nible; et c'est fâcheux, car on y trouve un grand nombre d'idées
saines, dont plusieurs ont été depuis adoptées par les grammairiens
les plus habiles.
ROBERT ESTIENNE, si célèbre comme imprimeur, si connu même
par le Trésor de la langue latine, publié pour la première fois
en 1531 , donna en français, en 1558, un Traité de la langue fran-
| çaise, qui fut tout d'abord, chose singulière, traduit en latin à
l'usage des étrangers qui voulaient apprendre le français, et, une
douzaine d'années après, en 1569, réimprimé par son fils Henri
Estienne.
, SANCHEZ (François) , de Las-Brocas en Espagne, plus connu sous
le nom latin de Sanctius, né en 1523, et mort en 1601 , seHt,
dans la grammaire , une réputation immense par sa Minerve, im-
, primée en 1587. Son mérite consiste principalement en ce que,
1 cherchant à se rendre raison de tout, il porta constamment dans
l'étude de la langue latine cette analyse philosophique qu'on a depuis
t transportée dans toutes les langues, et qui a produit la science toute
moderne qu'on nomme Grammaire générale.
XVIIe SIÈCLE.
Cette époque devait, dans la grammaire comme dans toutes les
autres branches de nos connaissances, nous donner des ouvrages
plus importants encore et plus beaux que les précédents.
Vossius (Gérard), né en 1577, plus érudit, sans doute, que Sanctiu,
mais moins original peut-être^etjnoinshardi, suivit cependant ses traces
dans son grand et bel ouvrage Sur la science de la grammaire, où
il semble avoir réuni et discuté tout ce qu'ont dit les grammairiens
x. vj APERÇU CHRONOLOGIQUE
anciens sur les lettres, les mots et les phrases dans la langue
latine.
L'ACADÉMIE FRANÇAISE fut instituée, en 1635, par Richelieu, pour
perfectionner la langue française; elle a pour objet toutes les ma-
tières de grammaire, de poésie et d'éloquence ; elle n'a pas fait de
grammaire proprement dite ; mais il. est remarquable que tous les
grammairiens de premier ordre en ont fait partie, excepté Lancelot
et Dumarsais. — L'Académie française publie un dictionnaire re-
gardé avec raison comme le régulateur le plus sûr, au moins dans la
pratique , de ceux qui parlent le français.
ARNAULT et LANCELOT, le premier, philosophe et grammairien,
le second, religieux de Port-Royal et célèbre grammairien aussi,
ont donné la Grammaire générale et raisonnée, rédigée par Lance-
lot , et plus connue sous le nom de Grammaire de Port-Royal.
La Grammaire générale et raisonnée était une brillante innovation
dans la science. C'était la première fois qu'on exprimait en français
ces vérités aujourd'hui communes , que le langage étant l'expression
de nos pensées, et les opérations de l'esprit étant partout les mêmes,
il y avait des principes généraux auxquels toutes les langues étaient
naturellement soumises, et dont on devait pouvoir reconnaître
l'empreinte sous l'infinie variété des idiomes.
Outre ces ouvrages tout à fait supérieurs , il y a eu aussi un cer-
tain nombre de grammaires élémentaires qui ne manquaient pas de
mérite, mais dont on se souvient à peine aujourd'hui. Citons
quelques-uns des auteurs qui ont été en vogue alors :
DUVAL (J.-B.), grammairien français du XVIIe siècle , publia
en 1604, in-12, l'Eschole françoise pour apprendre à bien parler
et escrire selon l'usage de ce temps et pratique des bons auteurs.
MASSET (Jean), grammairien français du XVIIe siècle, a publié
en 1606 une grammaire française sous le titre : Exact et très-facile
acheminement à la langue françoise. Cet ouvrage, oublié aujour-
d'hui, n'était, selon l'abbé Goujet, qu'une ébauche très-superficielle
et fort imparfaite.
MAUPAS (Ch.), grammairien français du commencement du
XVIIe siècle, faisait profession d'enseigner notre langue aux étran-
gers ; il eut pour disciple Georges de Villiers, duc de Buckingham.
à qui il dédia la seconde édition de sa Grammaire, imprimée
en 1625.
OUDIN (Antoine), secrétaire interprète du roi, donna en 1633,
puis en 1640, une grammaire intitulée : Grammaire françoise
rapportée au langage du temps. Il avait d'abord voulu seulement
compléter et corriger Maupas; mais, ayant trouvé son travail trop
défectueux, il en fit un original qui fut regardé pendant longtemps
comme ce que nous avions de mieux dans ce genre. Oudin a encore
SUR LA SCIENCE GRAMMATICALE. xvjj
donné, la même année que la seconde édition de sa Grammaire (1640),
I ! sous le titre de Curiositéz françoises pour supplément aux diction-
naires, un recueil bien curieux des gallicismes, des proverbes, des
quolibets et locutions à la mode dans son temps.
j~. IRSON (Claude), grammairien français du milieu du xvue siècle.
a grammaire n'offre rien de particulier.
! XVIIIe SIÈCLE.
RÉGNiER-DESMARAIS, secrétaire perpétuel de l'Académie française,
et l'un des grammairiens français les plus érudits de la fin du
XVIIe siècle et du commencement du XVIIIe, donna une grammaire
qu'on peut regarder comme la source de toutes les grammaires
françaises faites depuis lui. -,
F DANGEAU (l'abbé de), était membre, comme l'abbé Régnier, de
l'Académie française. Moins érudit que son confrère, mais plus hardi
dans ses idées, plus curieux surtout de trouver des routes ou des com-
binaisons nouvelles , il porta son attention sur les points les plus déli-
cats et souvent les plus obscurs de notre langue. Il détermina avec
un soin particulier les sons (voyelles ou consonnes) qui appartien-
nent au français, proposa un système d'orthographe inacceptable
sans doute, mais où il y avait des vues excellentes et qui ont été
^adoptées plus tard. Il distingua entre les verbes des différences très-
fines qui avaient échappé à tous ses devanciers, les classa sous di-
verses espèces et leur donna des noms particuliers dont plusieurs
se sont conservés.
BUFFIER (le Père), jésuite, né en Pologne, de parents français,
en 1661 , se fixa à Paris et y composa un grand nombre d'ouvrages,
* parmi lesquels il y en a deux qui lui ont mérité une réputation
durable : l'un est le Traité des premières vérités et de la source de
nos jugements; c'est un petit ouvrage de philosophie d'une clarté
admirable : l'autre est sa Grammaire française sur un nouveau
plan, publiée en 1709, où il résume en effet la grammaire sous une
forme particulière qui ne ressemble à rien de ce qu'on avait jus-
qu'alors.
K DOMARSAIS , né à Marseille en 1676 , se montra bientôt au public
comme un grammairien profond et philosophe. Voltaire a dit de lui :
« Personne n'a connu mieux que lui la métaphysique de la gram-
maire ; personne n'a plus approfondi les principes des langues. »
GIRARD (l'abbé Gabriel), né à Clermont, en Auvergne, en 1678,
avait publié en 1718, avec un succès peut-être exagéré, son Dic-
tionnaire des synonymes, que d'autres écrivains ont bien étendu
depuis. Ce ne fut que vingt-neuf ans après, en 1747, et lorsqu'il
1 était déjà membre de l'Académie française, qu'il publia deux vo-
lumes in-12, sous le titre : Les vrais principes de la langue fran-
xvjjj APERÇU CHRONOLOGIQUE
çaise, ou la Parole réduite en méthode conformément aux lois de
l'usage.
DUCLOS, né en 1704, mort en 1773, et qui fut à son tour, comme
Régnier-Desmarais, secrétaire perpétuel de l'Académie française,
n'a fait d'ouvrage grammatical que ses Remarques sur la grammaireA
générale de Port-Royal, publiées en 17o i. Quoique tous les grammai -1
riens qui l'avaient précédé eussent profité du travail de Lancelot, et en
eussent même quelquefois combattu les principes, il était le premier qui
le reprît avec l'intention formelle de l'examiner depuis le commence-
ment jusqu'à la fin. Ces Remarques sont devenues classiques, elle
accompagnent toujours la Grammaire de Port-Royal, et montrent
celui qui compare les deux textes combien les idées avaient avancc
dans l'espace d'un siècle, combien la pensée était plus nette et ex-
primée avec plus de précision.
CONDILLAC, né en 1715, mort en 1780, a porté dans la grammairq n
cet esprit de clarté et d'analyse qu'il avait mis dans les matière
philosophiques. Il l'a considérée comme une science pure men
philosophique qui réglerait l'expression analytique de nos pen
sées. Elle est cela, sans doute; mais elle est aussi autre chose
savoir, la science des langages tels qu'ils sont. Son objet n'est pas dd
dire seulement comment nos jugements doivent s'exprimer, maisj
comment' ils s'expriment réellement. Au point de vue de l'usage e,
de la pratique, Condillac, qui, comme philosophe, est bien au l
dessus de Dumarsais et de Beauzée, est au-dessous d'eux comm i
grammairien, parce que, laissant de côté les langues positives, i
n'a, pour ainsi dire, voulu y étudier que les actes de notre enten- l
dement. 1
BEAUZÉE (Nicolas), né à Verdun le 8 mai 1717, mort à Paris 1
25 janvier 1789, fut un des grammairiens les plus célèbres d
xvme siècle. Il avait déjà donné au public la Grammaire générale.
ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage, lorsj
que la mort de Dumarsais, qui avait fourni les articles de gramll
maire pour l'Encyclopédie, engagea les encyclopédistes à recouri
à Beauzée pour revoir et compléter les articles de son prédécesseur
Beauzée fit ce travail en conscience, laissant subsister les article
de Dumarsais, et y ajoutant ou y opposant ses idées quand l'occa-
sion se présentait, n'hésitant pas a sacrifier sa manière de voirj
quand, après un mûr examen, elle ne lui paraissait pas aussi justêj
qu'il l'avait cru d'abord, signalant lui-même tout le premier les va'"
riations que l'on pouvait observer dans ses théories. Beauzée n'
pas cette admirable clarté de Dumarsais dans l'exposition des idée
nouyelles, ni cette portée philosophique de Port-Royal, ni l'in.
épuisable érudition de Vossius ; ce qu'il a, ce qu'il possède à U"
degré éminent, c'est l'étroite liaison des principes et de leurs con-~
séquences, la déduction logique des définitions, en un mot, tout ce
SUR LA SCIENCE GRAMMATICALE. XÎX
rjui distingue un métaphysicien subtil, un logicien rigoureux. C'est
là ce qu'il a introduit dans la science, c'est là le progrès qu'il lui a
fait faire.
I A ces grammairiens originaux et tout à fait remarquables, il con-
Rent de joindre les suivants, qui n'ont pas, sans doute, créé de
théorie nouvelle, ni concouru aux progrès de la grammaire; du
moins ils ont contribué à en répandre et en faciliter l'étude.
D'OLIVET (l'abbé), né à Salins en 1682, a publié trois petits ou-
vrages , savoir : une Prosodie française, des Essais de grammaire
ît des Remarques grammaticales sur Ràcitie, ordinairement réunis
p un petit volume in-12.
RESTAUT.; né à Beauvais en 1696, mort en 1763 , avocat aux con-
jeils du roi en 1740, est surtout connu par ses Principes généralise
It raisonnés de la grammaire française. publiés d'abord en 1730,
augmentés depuis, et reproduits un grand nombre de fois dans le
JOurs du XVIIIe siecle. - La grammaire de Restaut, comme ouvrage
ilémen taire, a certainement une grande valeur. Toutefois, quand
jp réfléchit qu'elle contient plus de 500 pages et qu'elle est rédigée
Par demandes et par réponses, on ne peut guère douter qu'une autre
orme ne dût présenter de plus grands avantages ; aussi ses Principes
Généraux sont-ils absolument abandonnés aujourd'hui.
I FROMANT (l'abbé), principal du collége de Verdun, a publié,
lans le même temps que Duclos, des observations beaucoup pltis
pngues, mais moins philosophiques, sur la Grammaire générale.
Les trois ouvrages ont été depuis longtemps et sont encore aujOllr-
Phui réunis en un seul volume.
; FÉBAUD (l'abbé) a rédigé un Dictionnaire grammatical qui, au
oud, n'était, comme il le dit lui-même, qu'une grammaire al-
phabétique plus complète et mise dans un arrangement plus com-
node pour ceux qui veulent consulter ; et un Dictionnaire critique
lé la langue française, grand ouvrage en trois volumes in-4°, où.
I discute à propos de chaque mot et établit sa prononciation, sa.
jaleur et son légitime emploi.
1DE WAILLY (François), né en 1724, a publié, en 1754, sous le
Itre de Principes généraux de la langue française, une grammaire
lardée longtemps comme vraiment classique. Plus méthodique que
staut, il avait profité des observations publiées depuis 1730 par
livet et Duclos, ainsi que des recherches faites sur les synonymes.
1 est un des premiers qui aient renoncé, dans un livre élémentaire,
P1 habitude de décliner les noms français à la manière des noms
;recs ou latins. Il simplifia aussi la théorie de l'article et celle des
oronoms. Sans doute, la première idée de ces changements ne lui
.ppartient pas : il a, du moins, le mérite de les avoir popularisés,
t d'avoir par là rendu plus facile la tâche de ceux qui travaille.
Utient pour l'enseignement élémentaire.
1
XX APERÇU CHRONOLOGIQUE f»
, LaOMOND (C.-F., abbé), né à Chaulnes en 1727, mort en 1794
a, mieux que personne, su ce qu'il fallait enseigner aux petits en
fants. Ayant passé sa vie avec eux, il s'était fait un style qu'il
comprenaient parfaitement ; et de là vient, en grande partie, li
succès de son livre. Ajoutez-y la petitesse du volume ; car il a réun
dans une cinquantaine de pages ce qu'il y avait de plus utile dan
le gros volume de Restaut. Il a aussi beaucoup simplifié quelque
théories et a ainsi mérité que su grammaire fût souvent reproduiti
pour les basses classes des collèges et les petites écoles.
MARMONTEL, plus connu comme littérateur que comme grammai-
rien, a cependant fait une grammaire qui n'est pas à dédaigner. Oi
y trouve d'excellentes remarques, surtout pour ce qui touche à l'é-
légance du style. Cet ouvrage n'a été imprimé qu'en 1806 , c'est
à-dire sept ans après la mort de l'auteur.
XIxe SIÈCLE.
Notre siècle, quoiqu'il ne soit guère qu'à la moitié de son cours
compte un nombre considérable de grammairiens. On doit penseï
que, parmi eux, il y en a bien peu dont la postérité doive se sou-
venir. Je n'entends parler ici que de ceux qui sont morts ; et, entn
les morts, de ceux-là seulement qui ont mérité qu'on fit quelque
attention à eux, soit par leur rare mérite, comme de Tracy, soi
par l'utilité ou l'originalité des ouvrages qu'ils nous ont donnés
soit même, quelquefois, par la tournure singulière de leur esprit
DOMERGUE, né en 1745, mort en 1810, a écrit plusieurs ou-
vrages sur la grammaire. C'est un auteur bizarre plutôt qu'original
il n'a guère fait que pousser à l'extrême des principes contestables
Il n'y a presque rien à tirer aujourd'hui de ses livres.
SICARD (l'abbé), né en 1742, mort en 1822, s'est fait une cer.
taine réputation à la faveur, surtout, des exercices des sourds.
muets de Paris, auxquels il conviait le public. Ses ouvrages dt.
grammaire, entre lesquels on cite ses Eléments de grammaire gé-
nérale et sa Théorie des signes, n'ont qu'une valeur médiocre. Nou
ne croyons pas qu'ils aient été mis à profit par aucun de ceux qui si
sont occupés depuis lui de rédiger des traités de grammaire.
LAVEAUX (J.-Charles), né en 1749, est surtout connu par son
Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraire
de la langue française, ouvrage utile et consciencieusement fait
dont la dernière édition a été publiée par M. Charles Marty, petit
fils de l'auteur.
DE TRACY, né en 1754, mort en 1836, a fait de la grammairr
la seconde partie de ses Eléments d'idéologie. Disciple et continua
teur de Condillac, il a vu la grammaire comme l'avait vue soi i
maltre, c'est-à-dire que l'idéologie proprement dite étant pour lut
1
sen LA SCIENCE GHAMMÀTlCALE. xxj
, l.i science de la formation de nos idées, la grammaire est celle de
Meur expression, la logique celle de leur déduction. On comprend
qu'à ce point de vue, sa grammaire est avant tout une étude ab-
straite et philosophique. Les langues prises en elles-mêmes n'y sont
presque rien.
DE SACY, né en 1738, mort en 1838, a rédigé, sous le titre de
: Principes de grammaire générale mis à la portée des enfants, un
petit volume estimable, où il expose aussi clairement qu'on le peut
désirer, les principes de quelques-uns de nos habiles grammairiens.
Mais il n'y a rien de neuf dans son livre.
THUROT (Jean-François), né en 1769, philosophe distingué et
ancien professeur à la Faculté des lettres de Paris, mérite une
mention honorable dans cette liste, non pas qu'il se soit jamais
donné lui-même comme un grammairien de profession, mais il a
fait une traduction des recherches philosophiques sur la gram-
maire universelle, que l'Anglais Harris avait publiées sous le titre
d'Hermès. Cet ouvrage jouit depuis longtemps d'une réputation su-
périeure peut-être à son mérite. L'auteur était fort érudit ; il con-
naissait bien les grammairiens anciens et recueillait avec soin chez
eux les définitions et les règles qu'il croyait pouvoir appliquer à
son plan ; mais, en général, il approfondit peu les questions diffi-
ciles de la grammaire, et se perd fort souvent dans les rêveries mé-
taphysiques. C'est là justement que se montre le bon esprit et la
raison supérieure de Thurot, qui, dans des notes précises et sub-
stancielles, prémunit le lecteur contre les erreurs où l'entraînerait
la mauvaise théorie d'Harris. De plus, Thurot a ajouté au devant de
sa traduction un discours préliminaire considérable, contenant une
vue générale, mais un peu superficielle, et même fausse en plusieurs
points , sur l'histoire de la grammaire.
LEMERCIER (J.-B.) , instituteur au commencement de ce siècle,
et absolument inconnu d'ailleurs, a publié en 1806, en un vo-
lume in-8° de 400 pages, aujourd'hui presque introuvable, une
Lettre sur la possibilité de faire de la grammaire un art-science
aussi certain dans ses principes et aussi rigoureux dans ses dé-
monstrations que les arts-sciences physico-mathématiques, lettre
qu'il prétendait lui avoir été adressée huit ans auparavant (prairial,
an VI). Tous les termes de la grammaire y.étaient changés, et la
plupart du temps remplacés par des barbarismes. Mais, par cela
même, son nom figure souvent dans notre vocabulaire, et nous
avons dû mentionner ici l'auteur et indiquer l'ouvrage où il avait
consigné ses idées.
BESCHER, grammairien estimable, n'est connu que par sa Théorie
nouvelle et raisonnée du participe français, ouvrage considérable
où il a recueilli des exemples nombreux de tous les cas difficiles
qui peuvent se présenter dans l'application des règles de nos parti-
xxij APERÇU CHRONOLoGIQUE.
cipes. C'est, du reste, un livre à consulter; ce n'est pas un livre »
d'enseignement.
BUTET (de la Sarthe), grammairien estimable, directeur de l'école
polymatique, a laissé quelques ouvrages où il y a de bonnes idées
plutôt qu'une science bien approfondie.
LEMARE (P.-A.), né en 1766, a publié plusieurs ouvrages relatifs
à notre langue, qu'il a lui-même résumés dans la dernière édition de
son Cours de langue française (Paris, 1835, 2 vol. in-8°). C'était un
homme d'un esprit bizarre, et la forme qu'il a donnée à ses livres le
montre au premier coup d'œil. Toutefois, il y a dans ses ouvrages un
grand nombre de faits de langage recueillis avec soin, et dont un
maître habile peut profiter.
GIRAULT-Du VIVIER est connu par l'ouvrage intitulé Grammaire
des grammaires, vaste répertoire où il a réuni, souvent sans choix,
les opinions de tous les grammairiens qu'il connaissait, sur toutes
les questions de grammaire , et, plus souvent, les opinions des
grammairiens pratiques et inférieurs, que celles des hommes supé-
rieurs et vraiment originaux. Son ouvrage, surtout dans la dernière
édition, revue par M. Lemaire, a pourtant, comme livre de re-
cherches , une grande valeur ; mais il ne peut pas servir à l'ensei-
gnement.
VANIER (Victor-Augustin), mort il y a peu d'années. C'est surtout
comme auteur d'un Dictionnaire grammatical de la langue fran-
çaise qu'il est cité ici, et parce que l'idée de cet ouvrage était vrai-
ment bonne : car, comme on le verra dans divers articles de notre
Vocabulaire, il ne peut avoir, comme grammairien, aucune autorité.
1
VOCABULAIRE-GRADUWATICAL
8E - LA LANGUE FRANÇAISE.
A
A, s. m. Première voyelle et première lettre de notre alpha-
bet, représente tantôt le son ouvert, comme dans plat; tantôt
le son fermé, comme dans bas. C'est l'usage seul qui peut ap-
prendre exactement ces différences. A suivi d'un n ou d'un m
représente la nasale an : mander, Adam.
ABC ou ABÉCE, s. m. Nom populaire de l'alphabet.
ABÉCKDAIBE, s. m. Livre pour apprendre l'alphabet et
la lecture.
A.BLATIF, s. m. Mot mal à propos emprunté à la grammaire
latine pour signifier le complément d'un verbe, précédé de
h la préposition de. Dites tout simplement complément indirect.
AiïtAMW ABisoiLu. C'est le nom d'une forme particu-
lière de la langue latine, où un nom, accompagné d'un ad-
jectif ou d'un participe, se mettait à l'ablatif, sans être en
rapport avec aucun autre mot dans la phrase. Voy. PRIS ABSO-
LUMENT. — Le mot ablatif absolu doit être rejeté de notre
grammaire, puisque nous n'avons pas d'ablatif en français.
ABBÉGEBIUWT, s. m. L'acte d'abréger. Celui qui pronon-
cerait apôtre comme on prononce votre, ou tête comme
on prononce lettre, ferait une faute de prononciation par
abrègement de la syllabe. Voy. SYSTOLE.
R ABmzvzAttjF, adj. Qui tient à l'abréviation, qui l'indique.
„ Le point est un signe abréviatif, ou d'abréviation, après M.
voulant dire monsieur.
ABBETIATION, s. f. Action d'abréger, de raccourcir. On
fait une abréviation quand on dit mame pour madame,
2 ABS - ARS.
mari selle pour mademoiselle, quand on écrit S. V. P. pour
s'il vous plait.
ABSOLU, adj. Se dit, par opposition à relatif, de ce qui
n'a de rapport ou de ressemblance avec rien, et par opposi-
tion à accidentel, de ce qui est toujours le même. Voy. ES-
SENTIEL.
ABSOLU (NOM). Régnier des Marais a donné ce nom aux
substantifs qui ne sont pas corrélatifs. Voy. ce mot et Nml
RELATIF.
ABSOLU (PRONOM). Restaut donne ce nom à l'adjectif con-
jonctif pris sans antécédent, c'est-à-dire pris dans le sens in-
terrogatif ou dans le sens ordinaire par la suppression du
nom auquel ils se rapportent. Cette dénomination n'a pas
d'utilité et, de plus, elle n'est pas bonne. Ne l'employons
donc pas.
ABSOLU (SUBSTANTIF). Nom donné par Lemare aux sub-
stantifs , par opposition aux pronoms qu'il appelait substan-
tifs relatifs.
ABSOLU (SUPERLATIF). C'est le superlatif marqué par très,
très-sage, parce qu'il ne prend pas de complément, et n'in-
dique ainsi aucune relation.
ABSOLU (VERBE). C'est le verbe être, ou verbe abstrait.
Voy. ce mot.
ABSOLU (VERBE RÉFLÉCHI). Celui qui ne peut exister sans
un pronom complément devant lui, comme je me repens, parce
qu'on ne dit pas repentir, nous repentons, etc. ; au contraire,
se promener est un verbe réfléchi accidentel, parce qu'on peut
dire promener un malade, promener un cheval. Voy. ACCI-
DENTEL.
ABSOLUE (LEXIGRAPIIIE). Voy. ORTHOGRAPHE D'USAGE.
ABSOLUE (PROPOSITION). C'est celle qui est complète en
elle-même et n'est déterminée par aucune autre. Voy. COM-
PLÈTE. — C'est à tort que quelques grammairiens s'imaginent
que la proposition absolue est la première énoncée entre plu-
sieurs principales. Jamais absolu n'a eu ce sens; il signifie
toujours qui n'est pas relahf, qui n'a pas de relation. C'est
donc une proposition qui ne dépend d'aucune autre, et dont
aucune autre ne dépend.
ABSOLUMENT (PRIS). Un ou plusieurs mots sont pris ab-
solument lorsqu'ils ne sont pas construits dans la phrase,
c'est-à-dire lorsqu'ils n'y sont ni sujets, ni attributs, ni com-
pléments. Telles sont toutes les exclamations et les formules
ABS —ABS 3
exclamatives. Ex.: cc Mais, au nom du ciel, dites-moi.»
Les mots au nom du ciel sont pris absolument. Telles sont
| aussi certaines formules, comme : Cela fait, il s'en alla ; la
chose mise en délibération, il fut résolu; la garnison sortit
I tambour battant. Il est visible qu'on peut toujours rétablir la
relation des mots au moyen d'une préposition sous-entendue.
I AUSOLI8 (TEMPS). L'abbé Girard appelle ainsi les temps
principaux. Voy. ce mot. *
*| AaiSTRACTiF. Adjectif proposé par Beauzée, qui appelait
noms abstractifs les noms des êtres de raison, comme : la vertu,
la grandeur, etc.; par opposition aux êtres réels, comme une
table, un livre, un homme, qu'il appelait seuls des noms sub-
stantifs. Cette distinction n'a pas été admise; elle est tout à
fait inutile, puisque les prétendus abstractifs se comportent
toujours et partout comme les substantifs.
ABSTRAIT, adj. Ce mot signifie proprement séparé de, tiré
hors. Il s'oppose à concret, qui signifie uni ensemble (Voy. ce
mot), et se dit de tout ce qui est considéré séparément des
objets sensibles. Ainsi, nous voyons tous les jours un,rideau
blanc; il y a ici deux idées considérées ensemble : elles-sont
donc concrètes ou à l'état concret. Si, au contraire, nous dé-
tachons par la pensée la qualité de blanc des objets dans les-
quels nous la trouvons ordinairement, si nous disons : le
blanc est une belle couleur, le blanc est pris ici dans un sens
abstrait. On voit que tous les termes généraux sont nécessai"
rement abstraits.
ABSTSAIT (ADJECTIF). Ce mot est inusité. On dit pris
absolument ou pris substantivement.
t ABSTRAIT (NOM). Excepté les noms d'individus, tous les
substantifs sont abstraits, puisqu'ils désignent une nature com-
mune à plusieurs objets. Mais on réserve ordinairement ce
titre de noms abstraits pour quelques mots d'un sens général
et indéfini, comme on, quiconque, autrui, personne, qui sont
des noms abstraits de personnes ; ce, ceci, cela, rien, qui sont
des noms abstraits de choses; il y a aussi des noms abstraits
de temps, de lieu, de quantité, mais qui se construisent sou-
vent comme des adverbes, et sont dans ce cas regardes comme
tels.
ABSTRAIT (VERBE). C'est le verbe être, parce qu'il n'ex-
prime que l'idée d'existence, tandis que tout autre verbe
unit cette idée a celle d'une qualité exprimée par son parti-
cipe présent. Je lis, c'est-à-dire je suis lisant. Ces derniers
ont donc concrets; être est le verbe abstrait.
4 1 ACC-ACC
M
ACCENT, s. m. C'est proprement une modification de la
voix qui consiste en ce qu'il y a dans chaque mot prononce
séparément une syllabe sur laquelle on appuie plus que sur
les autres. Cette syllabe est dite accentuée, et l'accent n'est
autre chose que cette plus grande intensité de la voix sur une
syllabe. particulière. En français, l'accent tombe toujours et
sans exception sur la dernière syllabe sonore du mot. Dans
soutenir, effaroucher, etc., les syllabes nir, cher, sont évidem-
ment plus marquées que les autres ; elles sont donc accentuées.
J'ai dit la dernière syllabe sonore; car si l'e, terminant un
mot, ne formait qu'une syllabe muette, comme dans rade,
platane, ils avertissent, ces dernières syllabes, n'ayant pas de
son sensible, ne peuvent porler l'accent. Celui-ci recule donc
sur les syllabes précédentes, qui deviennent ainsi les dernières
sonores, quoiqu'elles soient, en réalité, les avant-dernières
du mot. -
ACCENT AIGU. Voy. AIGU.
ACCENT CIRCONFLEXE. Voy. CIRCONFLEXE.
ACCENT ÉCRIT. Chez les Grecs, l'accent écrit était réel-
lement le signe de l'accent prononcé, et c'est pour cela qu'on
lui avait donné son nom. Mais, chez nous, les accents écrits
ne sont que des traits diversement ligurés, et qui désignent
tout autre chose que l'accent prononcé. Voy. AIGU, GRAVE,
CIRCONFLEXE.
ACCENT «RAVE. Voy. GRAVE. T
ACCENTUATION, s. f. L'action d'accentuer. Voy. ce mot.
— S'il s'agit de la prononciation, l'accentuation doit s'entendre 1
de l'accent prononcé qui porte sur telle ou telle syllabe. S'il
s'agit d'orthographe, l'accentuation signifie le choix et le juste
emploi des traits que nous nommons accents.
ACCENTUATION (FAUTE D'). Cette faute consiste dans la
prononciation à déplacer l'accent réel, c'est-à-dire à prononcer
faiblement la syllabe accentuée, ou fortement une syllabe glis-
sante. Dans l'écriture, elle consiste à ne pas mettre l'accent
convenable sur une lettre.
ACCENTUE. Qui porte l'accent; un e est accentué lorsqu'il
a sur lui une des petites figures nommées accents. j
ACCENTUÉE (SYLLABE). C'est celle qui porte l'accent,
c'est-à-dire qui est prononcée plus fortement que les syllabes
environnantes. C'est toujours chez nous la dernière syllabe
sonore d'un mot. Voy. GLISSANTE. j
ACCENTUER, v. a. Faire sentir les accents s'il s'agit de
prononciation, et les marquer s'il s'agit d'orthographe. 1
ACC—ACC 5
ACCEPTION, s. f. Sens dans lequel un mot est pris. Le
mot feu est pris dans deux acceptions différentes, c'est-à-dire
dans deux sens différents, quand on dit le feu d'un fourneau,
et le feu de la colère. Discours se prend dans deux acceptions
très-distinctes, quand on dit un beau discours, et les parties
du discours ou espèces de mots.
ACCESSOIRE, adj. Qui s'ajoute, qui accompagne. Il est
opposé à principal.
ACCESSOIRE (COMPLÉMENT). Quelques grammairiens don-
nent ce nom au complément qu'on peut retrancher sans que
la pensée soit détruite. Dans : Dieu, qui est tout-puissant, a
créé le monde, si je retranche qui est tout-puissant, la pensée
reste complète; on dit donc que qui est tout-puissant est un
complément accessoire. C'est là une notion tout à fait inutile et
déplacée pour les enfants ; elle est même fausse en ce que ces
mots forment une proposition entière, et non un complément.
ACCESSOIRE (IDÉE). Nom donné par l'abbé de Dangeau
aux idées qui en déterminent d'autres. Ce mot n'est pas em-
ployé.
ACCESSOIRE (PROPOSITION). Nom donné par le même à
la proposition secondaire. Voy. ce mot.
ACCIDET, s. m. On appelle ainsi les propriétés caracté-
ristiques des mots variables. Les genres et les nombres sont les
accidents des substantifs; les temps, les personnes, les modes,
les voix, sont ceux des verbes. Dans l'analyse logique, accident
se dit de tout ce qui arrive aux divers objets étudiés, des diffé -
rences qui les caractérisent. Les accidents des sujets et des
attributs sont d'être simples, multiples ou complexes ; ceux
des compléments sont à peu près les mêmes; ceux de la pro-
position sont qu'elle est absolue ou relative, principale ou
secondaire; ceux de la construction, qu'elle est directe ou
inverse, pleine ou elliptique.
ACCIDENTEL, adj. Opposé à essentiel, qui n'arrive que
par accident. Le sujet, le verbe et l'attribut étant les termes
essentiels de la proposition, le complément en est un terme
accidentel, parce qu'il ne s'y trouve pas toujours. Ce mot, du
reste, a peu d'utilité, Voy. ESSENTIEL.
ACCIDENTEL (VERBE RÉFLÉCHI). Celui qui ne l'est pas
absolument. Voy. ABSOLU. — Tel est je m'ennuie, qui n'est
réfléchi qu'accidentellement, puisqu'on dit très-bien ennuyer
quelqu'un.
ACCIDENTELLES (FORMES). Ce sont les formes qui dis-
tinguent les divers accidents d'un mol. Les formes accidcn-
6 ACC -ACT
telles de l'adjectif vain sont vain, vainc, vains, vaines; celles
des verbes sont très-nombreuses. Il y a les personnes, les
nombres, les temps, les modes, les genres (aux participes) ,
et les voix. Voy. ce mot.
ACCLAMATIVES (PARTICULES). Ce sont, selon l'abbé Gi-
rard, bon 1 fi! bien! vivat! etc. j
ACCOR», s. m. Etat de deux mots qui sont modifiés sem-
blablement, parce qu'ils désignent un seul et même objet. Dans
le mensonge est honteux, honteux et mensonge s'appliquent l'un
à l'autre, de sorte que l'un étant au masculin et au singulier,
l'autre doit y être aussi : c'est là un accord.
ACCORDER (s'). Faire prendre à un mot des formes ana-
logues à celle d'un mot auquel il se rapporte. Dans l'exemple
le mensonge est honteux, honteux s'accorde avec mensonge,
parce qu'ils sont tous deux du masculin et du singulier ;
honteuse ne s'accorderait pas parce qu'il est du féminin, quand
mensonge est masculin.
ACCtjSATtf, s. m. Terme emprunté à la grammaire latine,
et mal à propos employé par Restaut et d'autres pour désigner
le complément direct d'un verbe. Dites complément direct. ,
ACROSTICHE, s. m. Petit poëme composé de vers tels
que leurs premières lettres forment un mot ou une phrase.
Les arguments de toutes les comédies de Plaute sont en acro-
stiches, et tournés avec assez de facilité; on les attribue à
Priscien. Voici des vers composés sous le règne de Louis XII,
pour le blason de la ville de Paris, qui donneront une idée de
l'acrostiche :
-c aisible domaine
Amoureux vergier
psepos sans danger
ustice certaine
science haultaine
, C'est Paris entier.
,
ACTIF (ADJECTIF). Nom donné par Lemare au participe et
au verbe actif, battant, je bats.
ACTIF (VERBE). Celui qui exprime une action. En ce sens,
marcher, courir, agir, sont des verbes actifs; mais ce n'est
pas toujours ce que l'on veut dire, quand on emploie cette
expression. On appelle souvent actif le verbe qui prend un
complément direct, comme frapper, percer, quand même il
n'indiquerait aucune action, comme aimer, sentir, recevoir.
Pour éviter toute équivoque, dites transitif dans ce dernier
sens, et actif s'il s'agit d'une action véritable.
ACT - ADJ
ACTION XEI. (NOM). L'abbé Girard appelle ainsi les sub-
stantifs qui expriment une action, comme approbation, coit-
ronnemcnt, badina g c, course, assistance, etc. Rien de plus
inutile que cette distinction.
ACTIVEMENT, adv. Dans le sens actif, à la façon d'un verbe
actif. Danser ne prend pas ordinairement de complément ; il
en prend un quand on dit danser un menuet ; il est alors pris
activement, et il vaudrait mieux dire transitivement. Voy.
ACTIF (VERBE).
ACTIVITÉ (EN). Barbarisme grammatical forgé par M. Va-
nier pour dire actif. Le berger qui tond une brebis, dit-il,
est en activité ; dites qu'il est actif ou qu'il fait une action. Au
reste, le mot n'a pas d'usage. * d
ACTUEL (PRÉSENT). Voy. PRÉSENT. (
ADAPTIFS (TEMPS). Ce sont ceux qui appartiennent aux
modes personnels ou à la manière adaptive. Voy. ce mot.—Ce
sont donc les temps personnels, excepté ceux de l'impératif,
que l'abbé Girard ne reconnaissait pas en français.
ADAPTIVE (MANIÈRE). L'abbé Girard désignait sous ce
nom les modes personnels des verbes.
ADDITIF (SIGNE) , mot nouveau, dit M. Vanier, qui dé-
signe tout ce qui s'ajoute à un primitif pour en faire des com-
posés, comme ac dans accourir ; dé dans dépendre. Ce mot est
aussi inutile que barbare et inusité. Voy. AFFIXE, PRÉFIXE et
SUFFIXE. - v
ADJECTIF, s. m. Ce mot doit s'entendre exclusivement dç
la seconde partie du discours, telle qu'elle est définie dans la
grammaire. Les adjectifs se divisent ensuite en adjectifs déter-
minatifs et adjectifs qualificatifs. Voy. ces mots.
ADJECTIF COMPOSÉ. On appelle ainsi quelques ad-
jectifs, comme clair-semé, demi-mort, etc. La grammaire les
indique, ainsi que les règles relatives à leur orthographe.
ADJECTIF INVARIABLE. Celui qui ne varie pas, comme
nu-pieds, nu-téte, habit barbeau, étoffe lilas, etc. Ces excep-
tions doivent être expliquées dans la grammaire.
ADJECTIF VEBD.L. Quelques grammairiens ont voulu
donner ce nom au participe. C'est une définition; ce n'eslpas
un nom. Tout participe est un adjectif dans le verbe, ou en
est le mode adjectif, comme l'infinitif en est le mode substantif.
D'autres ont voulu appeler adjectif verbal le participe présenj
variable, et réserver le nom de participe pour celui qui est
invariable. C'est une distinction de mots dangereuse plutôt
8 ADJ - ADM
qu'utile ; elle tend à faire croire que charmant dans une femme
charmante, et dans une femme charmant tout le monde, n'est
pas le même mot. C'est comme si l'on disait que danser forme
deux mots différents dans cet homme danse bien et il danse
un menuet. C'est toujours le même mot pris dans deux con-
structions différentes. Dites simplement participe variable et
participe invariable.
ADJECTIF (VERBE). N'employez jamais ce mot. C'est une
expression à la fois contradictoire et inintelligible, puisque
vous réunissez les noms de deux espèces de mots exclusives
l'une de l'autre. Yoy. VERBE SUBSTANTIF.— Dites verbe concret
ou verbe attributif. Voy. ces mots.
ADJECTIVEncivT, adv. A la façon d'un adjectif. Un sub-
stantif est pris adjectivement quand au lieu d'indiquer un être,
un objet, il exprime une qualification. Quand Ulysse dit dans
Iphigénie:
.Je suis père, et faible comme un autre,
père est pris adjectivement; car il signifie qu'Ulysse a les qua-
lités d'un père. L'analyse doit indiquer cette particularité.
ADJOIlWTS, s. m. Nom inutile aujourd'hui, donné par
Dumarsais aux mots qui entrent matériellement dans une pro-
position, mais n'en font pas partie, comme une interjection,
un substantif au vocatif.
ADJOlWUTIF, s. m. Nom donné par l'abbé Girard aux inter-
jections, aux parenthèses, aux mots pris par exclamation. C'est
un mauvais mot qu'il n'est jamais utile d'employer.
ADJONCTION, s. f. C'est une sorte d'ellipse plus souvent
nommée zeugme, qui consiste à supprimer, dans un membre
de phrase, un mot exprimé dans le voisinage, et qu'on sous-
entend facilement. M. Vanier croit que ce mot s'entend seu-
lement de ce qu'on donne à un verbe plusieurs sujets ou plu-
sieurs compléments, pour éviter la répétition de ce verbe. Ce
n'est là qu'un cas très-particulier de l'adjonction; c'est même
celui ou on n'emploie presque pas ce terme. On dit plutôt et
mieux des sujets ou des compléments multiples. Yoy. ces mots.
AD.DIBil.TIF (POINT). Voy. POINT D'EXCLAMATION.
ADMIRATION (POINT D'). Voy. POINT D'EXCLAMATION.
AunoDATir, s. m. Mot barbare et fort inutile, donné par
M. Vanier comme pouvant remplacer le mot adverbe. Conser-
vez l'ancien nom.
ADHONITIVCS (PARTICULES). Ce sont, selon l'abbé Gi-
ADV - ADV 9
1.
rard, courage alerte! holà! chut! etc. C'est un mot complè-
tement inutile.
ADVERBE , s. m. Mot qui se joint ordinairement au verbe
ou à l'adjectif pour en déterminer la signification. Quelques
grammairiens ont voulu changer ce nom en celui d'admodatif,
surattribut, attribut d'attribut. Cette dernière locution est une
définition, ce n'est pas un nom. Quant aux mots précédents,
comme ils apportent exactement la même idée que le mot ad-
verbe, c'est un changementde nomenclature entièrement inutile
et qu'il faut rejeter. - Il est bon, dans l'analyse, de distinguer
les adverbes de manière, d'affirmation, de négation, etc.
ADVERBE COMPOSÉ. Voy. Compose.-Il importe, dans
la grammaire et l'analyse grammaticale, de distinguer ces lo-
cutions adverbiales des adverbes proprement dits, parce que
le sens et l'orthographe ne sont pas toujours les mêmes. Dans
il répondit ensuite, il partit enfin, enfin et ensuite peuvent être
appelés adverbes, et ils s'écrivent en un seul mot; mais dans
en fin de compte, en suite de quoi, etc., les éléments doivent
être séparés; il faut dire que en est une préposition, et fin et
suite des noms suivis de leur complément.
ADVERBES DE QVJAMTXTE. Ce sont de certains mots,
comme assez, beaucoup, peu, combien, plus, moins, trop,
tant, qui se prennent en effet adverbialement dans quelques
constructions; mais, dans beaucoup d'autres, ils ne peuvent
être considérés comme adverbes, sans une de ces contradictions
qui détruisent toute connaissance utile. Voy. CONTRADICTION.
- Ainsi, l'adverbe est défini partout, même dans les gram- ,
maires les plus élémentaires, « un mot qui se joint au verbe
ou à l'adjectif pour en déterminer la signification. » On a pu
dire ainsi que ces mots étaient de vrais adverbes dans les phra-
ses je l'aime beaucoup, cet'enfant étudie peu, il joue trop, etc.;
mais ces phrases ne sont pas les seules : dans peu d'auteurs
disent, combien de sang a été répandu , le tort de beaucoup de
personnes, la différence du plus au moins, etc., où sont les
verbes ou les adjectifs dont ces mots déterminent la significa-
tion? Loin de là, les uns sont sujets de phrases, les autres
sont compléments de prépositions, ils ont un genre ou un
nombre, toutes choses essentielles au nom et contradictoires
avec la nature et la définition de l'adverbe ; ce sont donc alors
de vrais noms de quantité. Ce qui le prouve encore, c'est que,
quand ils déterminent un verbe ou un adjectif, ils peuvent se
| tourner par des adverbes ; exemple : Je l'aime beaucoup, c'est-
; à-dire je l'aime considérablement ; cet enfant étudie peu, il joue
10 Àhv ADV
trop, c'est-à-dire il étudie faiblement, il joue excessivement.
Cette interprétation, au contraire, est impossible dans les
phrases citées ensuite, où ces mots ont si bien une nature
substantive qu'ils ne peuvent être remplacés que par des
noms, comme leur construction ne peut s'expliquer que par
des substantifs; exemple : Peu d'auteurs disent, c'est-à-dire
un petit nombre d'auteurs; combien de sang a été répandu,
c'est-à-dire quelle quantité de sang, etc.
ADVERBES DE TEMPS et DE LIETU. Il faut en dire la
même chose que des adverbes de quantité. Dans je me suis
promené hier, je me promènerai demain, hier et demain déter-
minent la signification du verbe se promener, comme ici et là
déterminent celle de rester et aller dans reste ici, je vais là, etc.;
et, dans cet usage, on peut dire que ees mots sont adverbes ;
on ne le peut plus quand on les considère par leur signifi-
cation absolue, puisqu'ils signifient des temps ou des lieux;
puis par leur emploi dans les phrases où ils sont sujets de
verbes ou compléments de prépositions; exemples : Demain
sera un grand jour pour nous, la journée d'hier a été bien belle,
la distance d'ici à Rome, etc. L'analyse de ces dernières
phrases serait évidemment absurde avec le mot adverbe. Tout
s'explique très-correctement avec le mot nom de temps ou de
lieu.
ADVERBIAL, adj. Qui tient à l'adverbe, qui est de la
nature de l'adverbe. Il est toujours très-bien quand un mot n'est
pas adverbe de sa nature, et qu'il fait seulement fonction d'ad-
verbe dans une phrase, d'indiquer qu'il est pris adverbiale-
ment. Tel est le mot bien, qui est de sa nature un substantif,
mais qui est pris adverbialement dans cette phrase : Je me
porte bien.
ADVEUBIAL (CAS). Ce sont les formes me, te, se, lui,
leur, que Beauzée appelle ainsi (Voy. CAS), parce qu'elles
représentent à moi, à toi, à soi, à lui, à elle, etc., et que
plusieurs grammairiens très-célèbres ont dit que l'adverbe
était équivalent à une proposition suivie de son complément.
Si cette définition est juste, c'est quand le nom complément
exprime une qualité, et non pas quand il exprime un être
réel. Le mot de Beauzée ne saurait donc être maintenu quand
il s'agit de pronoms."
ADVERBIAL (COMPLÉMENT). C'est celui qu'on appelle
quelquefois circonstanciel. Voy. ce mot. — C'est une distinc-
tion inutile. 1
ADVERSATIVE (CONJONCTION). Régnier-Desmarais ap-
1
AFF-ALP H
pelle ainsi les conjonctions mais, cependant, néanmoins, tou-
tefois, pourtant, sinon, si ce n'est, hors que, etc.
AVVECTIVS (MOTS). Ce nom a été donné par Beauzée aux
interjections pour indiquer qu'elles expriment des affections
Ide l'âme, et non des pensées précises. Voy. ENONCIATIFS.
, A~MKMAMF, s. m. Quelques grammairiens ont proposé
de substituer ce nom à celui d'indicatif. Comme il n'appor-
tait aucune idée nouvelle, c'était un changement de nom sans
aucune utilité; il n'a pas été adopté.
I AFFIIUI."TII!, adj. Qui affirme. La rose est belle est une
proposition arfirmative. Cette notion est à peu près inutile.
AFCIKMATIF (ADJECTIF). Nom donné aux verbes par
Lemare.
âvriRnATios, Si f. Acte par lequel nous affirmons.
C'est à tort que quelques grammairiens donnent ce nom à la
forme affirmative d'une proposition.
AVHXE , s. m. Nom commun des préfixes et des suffixes.
Voy. ces mots. — Re dans redoubler, reprendre est un affixe;
de même que da dans oui-da.-M. Vanier dit que l'e muet,
signe du féminin, l's, signe du pluriel, sont des affixes. C'est
une erreur; jamais on n'a donné ce nom aux lettres qui font
partie du mot lui-même, mais seulement aux mots étrangers
qui viennent s'ajouter, se fixer, en quelque sorte, à d'autres
pour modifier leur sens, en formant des composés.
AIAV (ACCENT). Chez nous, c'est un petit signe qui ne se
met que sur l'e, et qui y indique le son fermé. Ce nom
d'aigu, bien insignifiant chez nous, vient de ce que chez les
Grecs, un signe semblable désignait la syllabe accentuée ,
qu'on appelait syllabe aiguë.
AiiisÉA, s. m. Section faite dans les pages manuscrites
ou imprimées, et séparée des sections voisines, parce que la
dernière ligne n'a pas besoin d'être complète, et que la pre-
mière commence par un petit blanc et une grande lettre. *�
AiiiiiTKïiATioni, s. f. Jeu de grammaire ou hasard par
lequel on répète ou on oppose plusieurs fois la ou les mêmes
lettres, comme dans le riz tenta le rat; le rat tenté tâta le riz.
ILLONGEMENT, s. m. L'acte .d'allonger. Celui qui pro-
noncerait une trompête, au lieu d'une trompette, ferait une
faute de prononciation par allongement d'une syllabe. Voy.
ECTASE.
ALPHABET, s. m. La réunion des lettres (voyelles et con-
sonnes) admises dans chaque langue, et placées dans l'ordre
- 12 ALP-ALP
voulu par l'usage, forme l'alphabet de cette langue. —L'alpha-
bet français se compose de vingt-cinq lettres, ainsi qu'il suit
ORDRE FIGURE DES LETTRES. NOM QUALITÉ
des lettres. romaine. italique. des lettres. des lettres.
- - - - -
1 A, a A, a â voyelle.
s 2 B, b B, b bé consonne.
3 C, c C, c cé id.
4 D, d D, d dé id.
5 E, e E, e é voyelle.
6 F, f F, f efle consonne.
7 G, g G, g gé id.
8 H, h H, h hache id.
9 l, il, i i voyelle.
10 J, j Ai ji consonne.
11 K, k K, k kâ id.
12 L, 1 L, l elle id. j
13 M, m M, m emme id. ?
14 N, n N, n enne id.
15 0, 0 0, 0 ô voyelle.
16 P, p P, p pé consonne.
17 Q, q Q, q eu id. 1
18 R, r R, r erre id. ;
19 S, s S, s esse id.
20 T, t T, t té id.
21 U, u U, u u voyelle.
22 Y, v V, v vé consonne. r
23 X, x X, x ikse id.
24 Y, y Y, y i grec voyelle. (
25 Z, z Z, z zède consonne.
Nous avons donc six voyelles, a, e, i, o, u, y; dix-huit
consonnes simples, b, c, d, f, g, h,j, k, l, m, n,p, q, r,
s, t, v, z, et une consonne double x, ainsi nommée parce
qu'elle représente à la fois ks ou gz.
ALPHABÉTIQUE, adj. Qui appartient à l'alphabet, qui
en dépend.
ALPHABÉTIQUE (ÉCRITURE). Celle qui emploie les lettres
de l'alphabet. Yoy. ÉCRITURE.
ALPHABÉTIQUE (ORDRE). C'est l'ordre des lettres dans
l'alphabet, et celui des mots rangés d'après l'ordre des lettres
qui y entrent, comme on le voit dans ce Dictionnaire. En
effet, les mots écrits étant composés de lettres, et les lettres
ayant toutes une place déterminée dans l'alphabet, on conçoit
ALT - AMP 13
que l'on peut ranger toutes leurs combinaisons dans l'ordre
alphabétique, c'est-à-dire, par exemple, placer d'abord les
mots qui commencent par a, puis ceux qui commencent par
b, puis ceux qui commencent par c, jusqu'à ceux enfin qui
commencent par z, lesquels viendront les derniers.
Ainsi se formeront vingt-cinq groupes ou séries de mots ,
selon les vingt-cinq lettres de l'alphabet français.
On établira ensuite dans chacune de ces séries un ordre
analogue, c'est-à-dire que dans chacune d'elles on placera
d'abord les mots qui n'ont qu'une lettre, s'il y en a; puis
ceux qui auront pour seconde lettre un a, puis ceux qui au-
ront un b, puis ceux qui auront un c, et ainsi de suite.
On rangera ensuite tous les mots qui auront deux lettres
communes d'après les troisièmes, ceux qui en auront trois
semblables d'après les quatrièmes, et ainsi consécutivement,
jusqu'à ce qu'on ait épuisé tous les mots de la langue.
C'est sur ce principe que sont faits tous ou presque tous les
dictionnaires. Pour s'en servir, il suffit donc de savoir lire et
de connaître l'ordre des lettres de l'alphabet. A l'aide de cette
connaissance, on peut trouver tous les mots dont on a besoin ;
le dictionnaire donne ensuite les détails relatifs au mot cher-
ché , selon la nature de la science dont il traite.
ALTERNATIVE (CONJONCTION). Ce sont les conjonctions
ou, ou bien, soit. Ce mot, usité dans le monde, est peu utile
en grammaire.
ALTERNATIVE (DÉPENDANCE). C'est celle de deux sec-
tions de phrase jointes par des conjonctions alternatives. C'est
une distinction absolument oiseuse.
AmBier, adj. Qui présente un double sens. Discours am-
bigu, celui que l'on peut entendre dans deux ou plusieurs sens
différents. La phrase suivante est ambiguë : « C'est le meurtrier
de cet homme que vous avez défendu vainement. » En effet,
on ne sait pas si vous avez défendu 1 homme ou le meurtrier ;
c'est probablement l'homme, s'il s'agit de l'instant du meurtre ;
c'est probablement le meurtrier, si l'on parle à un avocat qui
aurait plaidé pour lui.
AMBIGUÏTÉ, s. f. Caractère de ce qui est ambigu. L'am-
biguïté est un grand défaut dans le langage.
AMPHIBOLIE , s. f. Terme tiré du grec et qui signifie
ambiguïté.
AHPHIBOLIQIJE , adj. Terme tiré du grec, et qui signifie
ambigu.
AMPHIBOLOGIE, s. f. Barbarisme que l'usage nous fait
employer à la place du mot correct amphibolie.
U AMP-ANA
AMPiirooiiOciQuE , adj. Barbarisme que l'usage nous
fait employer au lieu du terme correct amphibolique.
AMPHIGOURI, s. m. Discours où l'on ne peut rien
comprendre; phrase enchevêtrée, et dont on ne peut saisir
les parties ni leurs rapports.
AMPHILOCIQUK (LANGUE). Selon l'abbé Girard, c'est une
langue moyenne entre l'analogue et la transpositive. Voy. ces
mots et LANGUE MIXTE. — Cette distinction est tout à fait
inutile.
AMPLÏATIF, s. m. Nom donné par Beauzée à ce que nous
appelons ordinairement superlatif absolu. Conservez ce dernier
mot.
ANAGRAMME, s. f. L'anagramme consiste à former un ou
plusieurs nouveaux mots en retournant les lettres d'un mot
ou d'une phrase donnée. Les mots écran, nacre, rance et
cràne sont des anagrammes les uns des autres. Il y a des ana-
grammes fort heureuses, et qui ont été justement remarquées.
Le nom de l'assassin de Henri III, frère Jacques Clément,
forme, en retournant les lettres : C'est Venfer qui m'a créé,
qui s'applique justement à ce fanatique.
Louis XIV naquit en 1638; on fit alors sur son nom et son
titre : Louis quatorzième, roi de France et de Navarre, cette
anagramme , qui a été regardée comme prophétique : Ya,
Dieu confondra l'armée qui osera te résister, et qui est tout à
fait exacte, si l'on consent à regarder le z comme équivalant
à deux s.
AMAiLOGiiB, s. f. Qualité de ce qui est analogue, c'est-à-
dire soumis aux mêmes règles, conforme aux mêmes prin-
cipes. L's étant la marque du pluriel, l'analogie voudrait que
les noms en al fissent leur pluriel en aus plutôt qu'en aux ;
l'accent circonflexe désignant presque toujours une lettre re-
tranchée, l'analogie veut qu'on écrive système, et non système;
atome, et non atome.
ANALOGIQUE, adj. Conforme à l'analogie.
ANALOGUE, adj. Semblable, proportionné, où on trouve
de l'analogie. M. Vanier dit, d'après l'abbé Girard, qu'on
appelle langues analogues celles dont la syntaxe prescrit l'ar-
rangement des mots d'après l'ordre naturel des idées. Je ne
crois pas que ce mot doive être employé dans ce sens sans
préparation. Il vaut mieux dire langues directes, ou à con-
struction directe, ou enfin langues analytiques.
ANAIÏSE, s. f. Mot tiré du grec, et qui signifie décompo-
sition. En grammaire, on applique ce nom aux exposés qu'on
ANA - ANA 15
fait faire aux jeunes gens de tous les accidents et des
propriétés des mots et des phrases. On distingue plusieurs
analyses différentes, selon les divers aspects dont on consi-
dère le sujet. Les principales sont l'analyse grammatologique
ou littérale, l'analyse spécifique et l'analyse syntaxique, qu'on
réunit sous le nom d'analyse grammaticale, enfin l'analyse
logique. Voy. ces mots.
ANALYSES. Les analyses ou décompositions sont des exer-
cices où l'on fait rendre compte aux enfants de tous les acci-
dents de grammaire ou d'orthographe dans les mots ou les
phrases d'un texte donné. Ces comptes rendus varient suivant
l'objet qu'on se propose.
ANALYSE GRAMMATICALE. Voy. GRAMMATICALE.
ANALYSE CTRAMMATOLOGIQUE. Voy. GRAMMVIOLO-
GIQUE. ,-
ANALYSE LITTÉBLE. Voy. GRAMlIIATOLOGIQUE.
ANALYSE LOGIQUE. Voy. LOGIQUE.
ANALYSE SPÉCIFIQUE. Voy. SPECIFIQUE. W *
ANALYSE SYNTAXIQUE. Voy. SYNTAXIQUE. "I
ANALYSER, v. Pratiquer l'analyse ou faire une analyse. Ce
mot ne doit pas prendre d'adverbe après lui pour indiquer l'es-
pèce de l'analyse. On ne dit pas analyser logiquement une fable
de La Fontaine, analyser grammaticalement un vers deBoilcau,
quoique le comité central de Paris ait toujours employé cette
forme barbare dans les sujets des devoirs qu'il donnait pour
le concours des prix d'apprentissage. Il faut dire : Faire
l'analyse logique, l'analyse, grammaticale.
ANALYTIQUE, adj. Qui dépend de l'analyse, qui y est
conforme : méthode analytique, grammaire analytique.
Toutes les langues, a dit Condillac, sont des méthodes
analytiques. En effet, nous ne pouvons pas parler et nous
faire comprendre aux autres sans décomposer sans cesse notre
pensée.
Analytique se prend en grammaire dans le sens particulier
de conforme à ce que demande l'exercice particulier nommé
analyse logique. Ainsi, la construction analytique est celle où
les termes de la proposition se présentent dans cet ordre :
sujet, verbe, attribut. Voy. CONSTRUCTION.
ANALYTIQUE (CONSTRUCTION). Voy. l'article précédent.
!; ANALYTIQUE (ORDRE). C'est la même chose que la con-
lL siruction analytique. * -
1
16 ANG-APO
ANCILAISE, s. f. C'est la même chose que la cursive.
Voy. CALLIGRAPHIE.
ANCMCisnE, s. m. Tournure particulière à la langue
anglaise. Voy. IDIOTISME.
ANOMAL, adj. Ce mot est tiré du grec et signifie dissem-
blable, irrégulier. i
AODALIE, s. f. Irrégularité. 1
AORM"'L, adj. Barbarisme maladroitement formé du mot
normal, par ceux qui n'en connaissent pas l'étymologie. Dites
anomal.
ANTÉCÉDENT, adj. Opposé à conséquent. Il signifie qui
précède, qui va devant.
ATÉCÉDEIWT, s. m. C'est le substantif auquel se rapporte
l'adjectif conjonctif qui, que, lequel. Dans l'homme que vous
attendez, l'homme est l'antécédent de que.
ANTÉPÉNULTIÈME, adj. et s. f. La syllabe qui précède
l'avant-dernière d'un mot. Bar est l'antépénultième dans em-
barrasser. I
ATÉRIOBITÉ, s. f. Le temps précédent, le temps d'au-
paravant. Il s'oppose à postériorité, et se dit en parlant du
passé qui exprime un rapport d'antériorité.
ATILOGIE. Discours contradictoire, contradiction dans
les termes. C'est une antilogie de dire qu'un participe s'accorde
avec son complément; le. complément est régi (Voy. ce mot),
il ne s'accorde pas.
APOCOPE, s. f. Figure par laquelle on retranche une ou
plusieurs lettres à la fin d'un mot, comme quand on met
dans les vers je voi pour je vois; je construi pour je construis ;
encor pour encore.
ANTIPHRASE, s. f. Phrase ou locution qui fait entendre
le contraire de ce que le sens littéral des mots semble signifier,
comme quand les Grecs ont appelé Pont-Euxin, c'est-à-dire
mer douce et hospitalière, la mer Noire, qui était au con-
traire regardée par eux comme féconde en naufrages.
AORISTE, s. m. (On prononce oriste.) Ce terme est em-
prunté à la grammaire grecque : c'est la même chose que le
prétérit simple chez nous. Préférez ce dernier mot.
APHÉRÈSE, s. f. Métaplasme ou figure par laquelle on
retranche une ou plusieurs lettres au commencement d'un
mot, comme quand de Stéphanie on a fait Phanie, d'Amélie,
Mélie. M
APOSTROPHE, s. f. Petit signe semblable à une virgule,
I
APO-APP 17
et placé à droite et en haut d'une lettre pour indiquer l'élision
d'une voyelle. Voy. ELISION. - Ce mot, d'après son étymolo-
gie, et pour se distinguer du suivant, devrait être du masculin.
1 APOSTROPHE, s. f. C'est le nom d'une figure de rhéto-
rique par laquelle on adresse tout à coup la parole à des gens
à qui on ne parlait pas auparavant. C'est dans ce sens que ce
mot est pris dans l'article suivant.
APOSTROPHE (NOM EN). C'est le nom de la personne ou
de la chose à qui l'on s'adresse. C'est ce qu'il vaut mieux
appeler vocatif ou formule vocative (Voy. ces mots), ou enfin
nom en appel, ou formule d'appel.
APPEL, s. m. On dit qu'un mot est en appel, ou que c'est
une formule d'appel, lorsqu'il est placé comme le nom d'une
personne à qui l'on adresse la parole. Par exemple, dans cette
phrase : « Grand Dieu! que. vos œuvres sont belles ! » grand
Dieu sont deux mots en appel; ont dit aussi qu'ils sont au
vocatif ou placés en apostrophe. Voy. ces mots. — Mais vocatif
est un mot pris dans la grammaire latine ; apostrophe est pris
dans la grammaire grecque. Il semble qu'il yaut mieux em-
ployer le mot français qui exprime le même sens.
APPEULATIF (SUBSTANTIF). C'est la même chose que le
nom commun; c'est celui dont on se sert pour appeler une
espèce entière, etf non pour nommer un seul individu. Ce
nom est donc plus philosophique que celui de nom commun ,
qui, d'ailleurs, prête à plusieurs sens. Voy. COMMUN. Toute-
fois, il est moins usité.
APPOSITION, s. f. On emploie ce mot pour désigner deux
substantifs accolés, et dont l'un détermine l'autre. Si je dis
Charlemagne, empereur, ces deux mots sont apposés l'un à
l'autre ou en apposition.
APPRORATIF, s. m. Le premier des cent cinquante mots
forgés par Butet pour représenter les différents sens des mots
français. Les approbatifs sont ceux qui commencent par une
syllabe signifiant bon, bien, comme bienfait, bonheur. On juge
par là que sa division n'a pour -nous aucun intérêt : aussi ne
citerons-nous pas les autres mots , qu'on trouvera, d'ailleurs,
rangés par ordre alphabétique à la fin de son Abrégé d'un
cours de lexicologie.
APPUI (CONSONNE D'). Nom donné par Dangeau à des con-
sonnes qu'il croyait favoriser la prononciation des autres.
| Quand il s'agit de rimes, on a détourné le sens de ce mot pour
! désigner la consonne qui précède la voyelle finale. On dit,
| par exemple, que les mots en é ou en er ne riment pas bien
18 ARC - AIIT
sans la consonne d'appui, c'est-à-dire que fermer ne rime pas
bien avec danser, mais rime bien avec aimer, à cause de la
consonne d'appui comme m. Cet emploi du mot n'est pas
légitime.
ARCHAÏSME, s. m. Façon de parler ancienne, inusitée
aujourd'hui. Pièça, pour dire depuis longtemps; d'ores en
avant, pour dorénavant, sont des archaïsmes.
ARGOT, s. m. L'argot est un langage particulier aux gens.
de certains états vils, comme les gueux et les filous de toute
espèce. Obligés de s'entendre entre eux sans être compris des
gens honnêtes qui les approchent, ils conviennent du sens de
certains mots qui reviennent fréquemment dans leur conver-
sation , et se font ainsi une langue inintelligible pour tout
autre, et qui est essentiellement mobile, puisque, les mots
généraux restant toujours ceux du langage commun, les mots
particuliers à la profession, et qui constituent proprement
l'argot, doivent varier à mesure que de nouvelles inventions
ou les progrès de l'industrie apportent de nouveaux appâts à
leur convoitise.
ABTHROPHOUIQIIE. Mot forgé par Butet pour désigner
le changement d'une consonne en voyelle, comme quand le
j s'est changé en i, ou le v en u. Voy. PHONARTRIQUE.
JRTICLE, s. m. C'est le, la, les, que l'on appelle ordinaire-
ment ainsi. On dit aussi quelquefois que ces mots sont l'article
simple; que l' pour le, la, est l'article élidé; que du, au, des,
aux, sont les articles contractés. Ces mots ne sont pas mauvais.
Du reste, on n'en a pas absolument besoin dans l'analyse
grammaticale : car on peut toujours dire du pour de le, au
pour à le, des pour de les, aux pour à les, et analyser suc-
cessivement la préposition et l'article redevenu simple. On
dit de même l' pour le, ou la, selon le cas; et on analyse
celui qu'il faut prendre, sans avoir recours aux distinctions
indiquées ici. Toutefois, ces distinctions peuvent être com-
modes pour abréger, et il convient alors de les employer.
ARTICLES. Beauzée a proposé de donner ce nom à tous
les adjectifs déterminatifs; dans ce cas, le, la, les est seule-
ment le principal mot de cette classe, et on l'appelle absolu-
ment article. Pour les autres, on ajoute le nom qui détermine
leur sens particulier. Ce, cet, ces est un article démonstratif;
un, une, un article numéral ; son, sa, un article possessif, etc.
Ceux qui ne veulent pas prendre le mot article dans ce sens
doivent mettre à la place les deux mots adjectif déterminatif,
ou mieux, les mots adjectif possessif, adjectif démonstratif,
j
ART - ASP 19
adjectif conjonctif, adjectif numéral, selon le mot qu'il faut
déterminer.
AUTICULATION, s. f. C'est, à proprement parler, l'ex-
plosion instantanée formée par le mouvement de la langue,
des dents, des lèvres, etc., devant une voix. C'est b dans ba,
p dans pa, d dans da, etc. Comme les articulations sont, en
général, représentées par les consonnes, on les appelle souvent,
mais fort inexactement, consonnes. La consonne est la lettre,
l'articulation est le son sensible à l'oreille. k
ARTICULATIONS FUANCANSES. Ce sont celles qu'on
peut distinguer dans les mots de la langue française, savoir :
les labiales, b, p, v, t, m; les dentales, d, t, z, s, n; les pa-
: latales, g, k, j, ch, gn; les linguales l, [ mouillé, r; et enfin
la gutturale h. Voy. ces mots. — C'est en tout dix-neuf arti-
culations simples ; encore faut-il remarquer que la dernière
n'a pas un son qui lui soit propre.
ARTICULATION DOUBLE. Voy. DOUBLE. t
ARTICULATION FAIBLE. Voy. FAIBLE.
ARTICULATION FORTE. V oy..FORTE. 1
ARTICULATION SIMPLE. Voy. SLMPLE.F
ARTICULÉE (TERMINAISON FÉMININE). Nom donné par
l'abbé Girard à l'e muet, signe du féminin précédé d'une
consonne, comme dans Pape, Rome, etc. Distinction inutile.
ARTIGR"PHE, s. m. Nom donné par les grammairiens
anciens à ceux qui recueillaient les règles de la grammaire.
Ce mot, composé du mot latin ars et du mot grec graphô ,
! signifie qui écrit sur l'art (grammatical). C'est donc un mot
hybride (voy. ce mot), et, par conséquent, mal composé.
ASPIRATION , s. f. Au propre, ce mot signifie le mou-
vement par lequel on chasse beaucoup d'air par le gosier, en
même temps qu'on prononce une voyelle. Cette aspiration,
commune dans les langues germaniques, n'existe pas chez
nous. Le mot aspiration signifie pour nous autre chose. Voy.
I ASPIRER.
ASPIRÉE (H). Signe de ce que nous appelons aspiration,
qui consiste à ne pas élider l'e muet devant une voyelle, et
à ne pas faire sonner une consonne sur la voyelle qui la
j. suit.
t ASPIRER, v. C'est prononcer avec aspiration dans les lan-
[ gues qui admettent cette modification du son ; chez nous, c'est
f, prononcer une voyelle, comme si elle avait une h aspirée
£ devant elle. Quand nous disons le onze, et non pas Vonze ;
20 ASS - ATT
nous aspirons l'o. Quand nous disons les héros, et non les
* zéros, nous aspirons l'e.
ASSERTIVES (PARTICULES). Selon l'abbé Girard, ce sont
certes, oui, non, ne pas, etc., c'est-à-dire nos adverbes d'af-
firmation et de négation.
ASSOUJNAMCE, s. f. Consonnance imparfaite, comme celle
de j'aime avec plaine, ou d'herbe avec conserve.
ASTÉRIsqIrE, s. m. Petite étoile placée près d'un mot, soit
pour attirer l'attention du lecteur sur quelque propriété de ce
mot, soit pour renvoyer à une note explicative marquée
d'une étoile semblable.
ATTBACTIOM , s. f. Métaplasme ou figure par laquelle on
change une consonne, dans l'écriture ou la prononciation
d'un mot, pour faciliter la prononciation de la consonne sui-
vante. Par exemple, attirer serait naturellement adtirer, al-
locution serait adlocution; le d a été changé en t et en 1 par
attraction. L'attraction se trouve aussi dans la prononciation :
nous écrivons absent; mais il est impossible de prononcer ce
mot comme il est écrit, et l'on dit toujours apsent. La lettre
forte s attire le b à sa nature et en fait un p. Voy. FAIBLES
et FORTES.
ATTRIBUT, s. m. C'est le terme de la proposition qui ex-
prime la qualité qu'on juge convenir ou ne pas convenir au
sujet. C'est belle dans la rose est belle. Ne dites pas, avec l'auteur
d'un traité d'analyse logique, que l'attribut représente l'idée
secondaire. Cette idée est tout aussi importante que celle du
sujet, puisque le jugement et la proposition ne consistent que
dans la comparaison de ces deux idées, et que, l'une ôtée ,
tout s'évanouit.
C'est par abus, et contrairement à toute bonne habitude, -
qu'on prend quelquefois le mot attribut pour synonyme d'ad-
jectif. Sans doute, un adjectif peut être attribut, et un attri-
but est le plus souvent adjectif; mais les deux idées n'en sont
pas moins différentes, et il importe de ne pas les confondre.
ATTRIBUT COMPLEXE. Voy. COMPLEXE.
ATTRIBUT COMPOSÉ. Voy. COMPOSE.
ATTRIBUT INCOUPIIEXK. Voy. INCOMPLEXE.
ATTRIBUT MULTIPLE. Voy. MULTIPLE.
ATTRIBUT PRÉPOSITIF. Voy. PRÉPOSITIF.
ATTRIBUT SIMPLE. Voy. SIMPLE.
ATTRIBUTIF, adj. Qui dépend de l'attribut ou s'y rat-
tache.
ATT-AUX 21
ATTRIBUTIF (VERBE). On donne avec raison ce nom à
tous les verbes concrets, c'est-à-dire autres que le verbe être.
En effet, tous renferment en eux-mêmes ou l'attribut, ou
une partie de l'attribut de la proposition. Voy. CONCRET.
I ATTBIUETIF, s. m. Mot employé par l'abbé Girard pour
désigner un verbe dans une phrase. Dites un verbe, tout
simplement.
� AUGMENTATIF, s. m. On donne ce nom, dans certaines
langues, à quelques substantifs qui expriment leur objet
comme grand, gros, gigantesque. Ainsi, en italien, cavallo
signifie un cheval, et cavallone un grand cheval. Nous n'avons
pas, en français, d'augmentatif bien caractérisé. Voy. DIMI-
L MJTIF.
R AUGMENTATIF. Nom donné par J.- B. Lemercier au
(Superlatif absolu. Voy. ce mot. — Préférez toujours le terme
ordinaire.
FC AIGMESTATIVES (CONJONCTIOINS). Ce sont les locutions
fjoint que, outre que, de plus, au surplus, et encore, que
Regnier Desmarais appelle ainsi. L'abbé Girard ne reconnaît
! sous ce nom que de plus et d'ailleurs. Dans tous les cas, c'est
i. un mauvais mot et fort inutile.
K AURICULAIRE (DIPHTliONGUE). Voy. DIPHTIIONGUE.
M AUXILIAIRE (VERBE). Les verbes auxiliaires sont ainsi
nommés parce qu'ils nous aident à exprimer, dans notre con-
jugaison, de nouvelles modifications de temps. Je suis tombé
dans le verbe tomber, j'avais fini dans le verbe finir, indiquent
tous deux des passés qui manqueraient dans notre conjugaison
L si nous n'avions pas les deux verbes être et avoir. Combien
avons-nous de verbes auxiliaires? Les grammaires élémen-
taires n'en comptent ordinairement que deux, parce qu'en
effet être et avoir sont, sans comparaison, plus usités et plus
nécessaires que les autres ; mais il est indubitable qu'aller,
devoir et venir de jouent tout à fait le rôle d'auxiliaires dans
ces phrases : Il va partir, vous devez chanter demain, je viens
d'arriver. Ils perdent dans ces phrases leur sens particulier
pour indiquer, l'un un futur prochain, l'autre un futur déter-
miné , le troisième un passé prochain. Si donc on ne les fait
pas apprendre aux enfants, cela ne doit pas nous empêcher de
reconnaître leur véritable caractère, et de dire qu'outre les
deux auxiliaires principaux, avoir et être, nous en avons trois
autres dont nous faisons aussi un grand usage. Voy. TEMPS
I COMPOSÉS.
Les verbes auxiliaires, qui nous sont si utiles pour com-
22 AUX-AVO
pléter nos conjugaisons , doivent-ils être mentionnés dans
l'analyse grammaticale, dans le compte rendu des mots? Gé-
néralement , non. Cette analyse n'a pas du tout à expliquer la
formation des temps; elle les prend tels que la langue les
donne: j'ai perdu est pour elle un parfait de l'indicatif, et je
vais lire un futur prochain. Elle n'a pas à décomposer ces
locutions, qui deviendraient peut-être impossibles à expliquer
sous une autre forme. Que si la phrase est composée de telle
sorte que la séparation soit nécessaire, comme dans la bague
que j'ai perdue; alors , j'ai n'est plus un auxiliaire, mais bien
un verbe transitif direct, ayant pour complément que (laquelle
bague), déterminé à son tour par l'adjectif perdue. Dans tous
les cas, on ne fait aucune mention de l'auxiliaire.
AVXIIIIAIRI: (PARTICIPE). Mot inutile proposé par Dan-
geau pour designer le participe passif. Dites participe passif
ou participe passé.
AUSIUABISTE , s. m. Partisan de l'auxiliarité. Voy. ce
terme.—C'est un mot nouveau, dit M. Vanier. Il faudrait
dire un barbarisme nouveau, et un barbarisme aussi inutile
que le mot suivant, auquel il se rapporte.
ACXILIARITÉ , s. f. Qualité des verbes auxiliaires et
système qui les admet. Ce mot est, ainsi que le précédent,
tiré du Dictionnaire de M. Vanier. Pour le comprendre, il
faut savoir que deux grammairiens plus bizarres qu'habiles,
Domergue et Sicard, ont prétendu que le verbe avoir conser-
vait, dans les temps composés de nos verbes, son sens de
possession, et qu'ainsi il n'était pas auxiliaire. De là une
division entre les grammairiens qui ge sont placés à leur suite
ou qui les ont combattus. Avoir ctait-il verbe auxiliaire, ne
l'élait-il pas? Cette question est tombée aujourd'hui, et à
bon droit, dans l'oubli le plus profond. Car, quand avoir
conserverait exactement son sens de possession, cela ne l'em-
pêcherait pas d'aider à conjuguer les verbes aux temps com-
posés. Il serait donc toujours auxiliaire, d'après la définition
du mot. Il n'y a à cela aucune difficulté. Quant à l'autre point
de la question, s'il conserve vraiment son sens, il n'appar-
tient qu'à la grammaire philosophique, et non à la grammaire
pratique, dont il s'agit ici.
AVOIB. Ce verbe ne se sépare pas, dans l'analyse gram-
maticale , des temps composés des verbes, à moins qu'il ne
soit suivi du participe variable. Dans ce dernier cas, avoir n'est
plus auxiliaire, mais verbe transitif direct tout simplement.
Yoy. AUXILIAIRE. 1
AVO-IHV 23
F A VOIRE, adj. Mot rapporté par Dangeau comme ayant
été appliqué aux verbes qui se conjuguent avec l'auxiliaire
foir. Yoy. ÊTRE. — Ce mot barbare n'a pas été admis.
B
B, s. m. Première consonne et deuxième lettre de notre
Iphabet; se prononce toujours de même.
~a BAiiiiiEsiEMT, s. m. Voy. HIATUS.
BABBABISUE, s. m. Mot ou tournure repoussé par la
inguc française. Il y a donc deux sortes de barbarismes : le
iarbarisme de mot, quand on emploie un mot qui n'est pas
ançais ; et le barbarisme de phrase, quand on emploie une
onstruction qui n'est pas française. Chival pour cheval est
m barbarisme de mot; je m'ai coupé pour je me suis coupé,
t un barbarisme dans la phrase. Ce dernier peut être aussi
onsidéré comme un solécisme (Voy. ce mot), parce qu'il
résente une construction contraire aux règles générales de
i grammaire. Mais il y a des barbarismes de phrase, et ce
ont ces barbarismes proprement dits , où aucune règle de
yntaxe n'est violée. On a seulement employé un mot fran-
çais dans une tournure où il ne l'est plus. Tel est le mot
presser un piège, on dit tendre un piège et dresser des embû-
ches. Intervertissez ces verbes et ces substantifs, et vous faites
Ses phrases barbares, quoique tous les mots en soient fran-
çais aussi bien que la syntaxe. Ce sont là, à proprement
parler, les barbarismes de phrases.
I B iRBABOLGXiE, s. f. Mot tiré du grec, qui signifie
Broprement un barbarisme de mot; il est inusité. Dites bar-
barisme.
| BATABDE, s. f. Sorte d'écriture. Voy. CALLIGRAPHIE.
| BÉCAiEtfEivT, s. m. Ce vice de prononciation consiste datîs
nterruption fréquente ou la répétition des syllabes, parce
ue l'on ne prononce pas facilement telle ou telle lettre. NOl
teurs comiques ont souvent mis sur la scène des bègues,
ont tout le monde reconnaît la mauvaise élocution.
DICOSOlWE, s. f. Terme technique pour dire une con-
onne double.
BtMTtRB, adjectif technique formé du latin, pour dire
le deux lettres; je, tu, sont des mots bilitères. Voy. DIGRAMME.
ni VOCALE, s. f. Terme technique composé du latin,
pour dire deux voyelles, ou voyelle double, comme eu, bu, oi.
e BUA - CAC
BBICHÏGBIPHIK , s. f. Mot formé du grec, pour dé-
signer l'art d'écrire en abrégé ou avec des abréviations.
Voy. TACHYGRAPHIE , STÉNOGRAPHIE.
BREF, BREVE, adj. Un son est bref quand il ne dure
qu'un instant. On appelle voyelles brèves celles sur lesquelles
on appuie moins longtemps que sur les autres en les pro-
nonçant.
BREVE, s. f. C'est une voyelle ou une syllabe brève: ce
terme était beaucoup plus usité chez les anciens que chez
nous. ,
BITSTROPHE (EN). Locution adverbiale des Grecs, pour
exprimer une manière d'écrire par laquelle, au lieu de tracer
toutes ses lignes parallèlement de gauche à droite, on retour-
nait son papier quand la main arrivait au bout, et l'on con-
tinuait la ligne en la recourbant, à la manière d'un bœuf
qui trace son sillon : c'est ce que signifie le mot bustrophe,
d'après son étymologie. 1
C i
c, S. m. C'est la troisième lettre et la deuxième consonne de
notre alphabet. Le son naturel de cette lettre est celui du k;
il prend le son de l's devant e, i, y : céder, cirque, Saint-Cyr.
Il prend le même son devant l'a, l'o et l'a, quand il a sous
lui une petite s qu'on nomme cédille (voy. ce mot), çà, fa-
çon, reçu. Suivi d'une h, il représente l'articulation chuin-
tante forte, char, cheval. 111
CACOÉPIE, s. f. L'opposé d'orthoépie; mauvaise pronon-
ciation.
CACOCBIPHIE, s. f. Mauvaise manière d'écrire , ortho-
graphe fautive. «
CACOGBAPHIES, s. f. pl. ou exercices cacographiques.
On appelle ainsi des textes fautifs, ou imprimés exprès avec
des fautes d'orthographe, que l'on met sous les yeux et entre
les mains des élèves pour qu'ils les corrigent, soit en les re-
copiant , soit en signalant en marge les fautes qu'on y avait
laissées. Les cacographies peuvent avoir de bons résultats;
mais on leur a fait un reproche sérieux : elles habituent,
a-t-on dit, l'œil de l'enfant à une écriture fautive; elles doi-
vent laisser dans son esprit de mauvaises empreintes. D'ail-
leurs, comment pourra-t-il, s'il a vu écrire chapeau, cha-
pau, chapo, chapot, distinguer entre ces modèles quel est le
1
CAC - CAC 25
2
véritable? Les cacographies sont donc essentiellement vicieuses,
ou du moins elles présentent un danger réel.
Quelques professeurs ont cherché à les faire disparaître en
conservant l'utilité que l'exercice lui-même peut avoir. L'un
a conseillé de faire copier le corrigé à l'élève, 041 de le lui
donner avant de lui remettre le texte fautif, afin qu'il puisse
corriger à coup sûr. Un autre a cru remarquer que c'est
moins l'absence des lettres nécessaires qui induit l'élève en er-
reur, et habitue son œil et son esprit à une orthographe in-
correcte. En conséquence, il s'est astreint, dans tous les exem-
; pies qu'il a recueillis, à ne donner que des mots où des lettres
I manquent, où il n'y en a pas de surabondantes. D'autres ont
pensé qu'il y avait avantage à faire porter la faute sur des
points dont les enfants dussent être syrs, comme des règles
! de grammaire : de donner, par exemple, ma sœur est labo-
! rieux, les enfants devant mettre laborieuse à la place du mas-
culin. Mais ce n'est pas là une cacographie proprement dite ;
ce sont des solécismes qu'il s'agit de corriger.
Lemare rejette tous ces moyens comme également dange-
reux. Il ne peut admettre, quelles que soient les précautions
dont on l'entoure, un travail dont la matière doit toujours
f laisser des traces funestes dans l'esprit des enfants. Aussi
| a-t-il recours à un procédé qui lui appartient en propre, au
moins dans l'application qu'il en fait, et qui, il faut en con-
I venir, n'a en aucune manière le défaut qu'il reproche aux ca-
t cographies en général. Il représente par, des chiffres les sons
j exacts de la voix humaine dans la langue française. On sait
que c'est le procédé employé par Walker dans son Diction-
naire de prononciation anglaise ; et écrivant avec ces chiffres
les mots ou parties de mots dont on veut faire trouver l'or-
thographe aux élèves, il les leur donne à transcrire en lettres
alphabétiques.
Ce moyen, repris après Lemare par d'autres grammairiens,
a un énorme inconvénient : c'est qu'il faut que la significa-
tion des chiffres soit bien connue des élèves. Mais cette con-
naissance une fois acquise, et sauf l'étrangeté de la notation
à laquelle les yeux ne s'habituent pas facilement, on peut
ainsi réunir un très-grand nombre d'exercices orthographi-
ques sans danger pour la suite.
f Un autre procédé qui présente les mêmes avantages que ce-
lui de Lemare, et qui paraît d'une application plus facile, est
celui-ci : on indique par des points les syllabes qu'il s'agit
d'écrire en orthographe; ce procédé est moins restreint qu'il ne
parait au premier coup d'oeil. On peut, en effet, représenter
26 CAC - CAL
avec des points, non-seulement une ou deux lettres, mais
souvent un mot tout entier, surtout s'il est susceptible de
recevoir plusieurs formes, et quelquefois même plusieurs
mots différents, s'ils font entendre le même sens à l'oreille.
Enfin, quel que soit l'inconvénient possible des cacogra-
phies, il est sûr qu'il est beaucoup moindre si l'exemple ne
reste qu'un instant sous les yeux des enfants. C'est ce qui ar-
rive quand un maître écrit, avec des fautes faites exprès, quel-
ques phrases sur un tableau noir, et que les élèves, rangés
en cercle autour de ce tableau, sont chargés tour à tour de
les corriger.
CACOdUAPHiQUE, adj. Qui appartient à la cacographie.
On appelle exercices cacographiques, des textes mal orthogra-
phiés qu'on donne aux enfants afin qu'ils les corrigent.
Voy. l'article précédent.
f'&(JOPIlOIE, s. f. Mauvais son. Ces phrases : Qu'at-
tend-on donc tant? que ne la tend-on donc tôt P donnent un
exemple de cacophonie.
c AxciJijATiF, adj. et s. m. Ce sont les adjectifs de nombres
cardinaux que l'abbé Girard appelle ainsi. Employez la déno-
mination ordinaire.
CALLIGRAPHIE , s. f. Ce mot tiré du grec; et qui si-
gnifie belle écriture, est l'art de tracer les lettres conformé-
ment aux règles qui en établissent les plus belles proportions.
Il faut savoir que les maîtres écrivains les plus habiles ont
rangé les diverses formes des mêmes lettres sous différentes
classes ; qu'ils ont déterminé le rapport entre la largeur et la
hauteur des lettres, celui des pleins et des déliés, la manière
de les joindre, et surtout la pente ou l'inclinaison du corps
de la lettre : car c'est là ce qui fait la différence fondamen-
tale des diverses écritures. Dans la ronde et dans la gothique,
le corps de la lettre est perpendiculaire à la ligne horizontale
que suit la main; dans la cursive, ou anglaise, il est incliné
de près de 45 degrés sur cette même ligne. Dans la bâtarde et
la coulée, la pente est de moitié moindre; la différence vient
ensuite de la manière dont les liaisons sont faites, dont quel-
: ques ornements sont ajoutés..
De ces cinq espèces d'écritures, la plus lisible est certaine-
ment la bâtarde, c'est-à-dire que c'est là que les précautions
ont été le mieux prises pour qu'on ne confonde pas deux let-
j tres semblables , tandis que dans la rende et dans la coulée,
; s'il y a, par exemple, de suite une m et une n, l'œil ne dis-
< tingue pas quelle est la première, quelle est la dernière de
S fi'
; î
CAR-CAU 27
ces lettres. Il en est un peu de même dans la cursive, quoi-
que cette écriture ait emprunté à la bâtarde la plus grande
partie de ses rondeurs et des liaisons.
Toutefois, le besoin d'écrire vite. et, d'un autre côté, *
l'emploi des plumes métalliques, moins souples que les plu-
mes d'oie, et que l'écrivain ne peut pas tailler à sa fantaisie,
ont rendu à peu près impraticable toute autre écriture que
la cursive; c'est donc celle-ci qu'on doit s'attendre à trouver
plus ou moins perfectionnée dans toutes les écoles. Voyez, au
reste, sur ce point, l'excellent traité de M. Werdet.
CABACTKBE , s. m. Signe tracé ou écrit. Les lettres de
l'alphabet, les signes de ponctuation, les chiffres sont des ca-
ractères.
On appelle aussi caractère un signe distinctif, même quand
il n'est pas tracé ou qu'il est seulement dans la pensée.
Ainsi, l'on dit que la clarté est le caractère de la langue fran-
çaise. On dit de même en grammaire que certaines propriétés
sont des caractères spécifiques (voy. ce mot) de telle ou telle
espèce de mot.
CABDIIVÂI (ADJECTIF). Celui qui indique le nombre ab-
solu, comme un, deux, cent, etc.
CAS, s. m. Chez les Grecs et les Romains, la terminaison des
noms variait, non pas seulement, comme chez nous, selon
qu'ils étaient au singulier ou au pluriel, au masculin ou au
féminin, mais selon leur situation dans la phrase. Ces ter-
minaisons s'appelaient alors des cas. Par exemple j ces mots :
pater rediit, signifient le père est revenu ; timet iram patris,
il craint la colère du père ; ut dicerem patri, afin que je disse
au père ; fallere patrem, tromper le père ; cum patre, avec
le père. On voit qu'ici le mot pater est devenu patris, patri,
patrem, patre, parce qu'étant d'abord sujet de la phrase, il
i est ensuite complément d'un nom, puis d'un verbe, puis d'un
i autre verbe, enfin d'une préposition ; ces'formes sont les dif-
férents cas du mot pater.
JT cAs DIRECT. Voy. DIRECT.
CAS OBLIgEE. Voy. OBLIQUE.
I CAUSALE (CONJONCTION). Voy. CAUSATIVE.
F CAVSATIVES (CONJONCTIONS). Ce sont, d'après Régnier-
Desmarais, car, parce que, comme, d'autant que, à cause que,
attendu que, vu que, puisque et afin que. Cette distinction est
tout à fait inutile.
I CAUSATIVE (voix). On donne ce nom à la voix formée

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