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Voyage du roi dans les départements de l'Est et au camp de manoeuvres de Lunéville . Septembre 1828

218 pages
impr. royale (Paris). 1828. France -- 1824-1830 (Charles X). [213 p. et atlas] ; in-8.
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VOYAGE
DU ROI
DANS LES DEPARTEMENS DE L'EST.
VOYAGE
DU ROI
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST,
ET
AU CAMP DE MANOEUVRES
DE LUNÉVILLE.
SEPTEMBRE 1828.
PARIS,
DE L'IMPRIMERIE ROYALE.
1828.
AVERTISSEMENT.
LE vif intérêt qu'a excité la relation quoti-
dienne du Voyage du Roi dans les départe-
mens de l'est nous fait un devoir de réunir
les divers articles du Moniteur qui y sont
relatifs. Ces articles ont été écrits avec une
précipitation qui a souvent forcé d'omettre des
discours dignes d'être rapportés et des faits
dont le souvenir mérite d'être conservé. Nous
avons recueilli avec soin tous les documens
qui pouvaient compléter la relation de ce beau
voyage, dont nous avons été constamment les
heureux témoins ; nous nous sommes imposé
l'obligation de n'admettre dans notre récit que
des faits de la plus rigoureuse exactitude :
toute invention serait faible auprès de la vé-
rité. On pourra donc suivre la marche du Roi
dans tous les lieux qu'il a parcourus, on pourra
ij AVERTISSEMENT.
se représenter ces arcs de triomphe en feuil-
lage élevés à l'entrée de chaque commune et
entourés d'une population nombreuse, avide
de contempler les traits de son Roi, et de lui
payer son tribut d'amour et de fidélité. Aux
approches de chaque ville, on se figurera sans
peine des arcs de triomphe plus majestueux,
dressés par la main des arts ou de l'industrie,
et au sein des cités populeuses , cette foule qui
se presse sur les pas du monarque, et l'accom-
pague de ses acclamations continuelles. Mais
notre simple narration n'a pu peindre cet en-
thousiasme universel, ces élans des coeurs,
cette effusion de sentimens , ces transports
unanimes qui ont éclaté partout sur son pas-
sage. Nous avons essayé en vain de rendre
l'expression franche et naïve de ces bons habi-
tans des campagnes qui venaient, dans leurs
habits de fête, bénir celui dont la main pro-
tectrice s'étend jusque sur la chaumière du
laboureur ; nous pourrions moins encore re-
tracer ces scènes touchantes où l'ame du Roi
semblait se confondre avec celle de ses sujets.
Nous avons recueilli avec un soin scrupuleux
les paroles royales : mais comment leur donner
AVERTISSEMENT. iij
cet accent paternel, cette noble fermeté et cette
familiarité qui ajoute à l'amour des peuples
sans rien ôter à leur vénération ? Comment le
montrer, tantôt au milieu des exercices guer-
riers, embellis par la présence des dames, et
donnant à son armée l'exemple de la grâce
chevaleresque et de la courtoisie française;
tantôt dans l'asile de la douleur, auprès du lit
des malades, leur prodiguant des consolations
et des secours ; tantôt dans les ateliers de l'in-
dustrie , encourageant les ouvriers par des
paroles bienveillantes et par des bienfaits ; ou
bien aux pieds des autels, demandant à Dieu
le bonheur de son peuple? Le coeur des Fran-
çais supléera, sous ce rapport, à notre narra-
tion ; c'est dans l'amour pour leur Roi qu'ils
trouveront le secret de ces impressions vives
et profondes que nous n'avons pu décrire.
VOYAGE
DU ROI
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST.
Méaux, le 31 août, a dix heures du soir.
LE ROI est parti des Tuileries à trois heures, après
le conseil.
Sa Majesté, accompagnée de M. le Dauphin ,
avait dans sa voiture M. le duc de Polignac, premier
écuyer, et M. le duc de Mouchy, capitaine des
gardes (1).
Dans la seconde voiture étaient M. le duc Charles
de Damas, premier gentilhomme de la Chamhre, et
MM. les ducs de Maillé et de Fitz-James, premiers
aides-de-camp du Roi. M. le duc d'Escars, menin
de M. le Dauphin, était parti dans une voiture de
Son Altesse royale.
(1) M. le duc de Mouchy, dont le service près du Roi n'expi-
rait que le 1er septembre, a accompagné Sa Majesté jusqu'à
Meaux, où il a été remplacé par M. le prince de. Croï-Solre.
1
2 VOYAGE DU ROI
Le préfet de la Seine, le préfet de police et le
corps municipal ont eu l'honneur d'offrir leurs
hommages au Roi, au moment de son départ.
Dans les principaux endroits sur la route que
devait parcourir Sa Majesté , plusieurs arcs de
triomphe en feuiïlage avaient été élevés ; les maires
des différentes communes se trouvaient sur le pas-
sage du Roi, et les habitans des campagnes s'étaient
portés en foule aux lieux où on pouvait espérer que
Sa Majesté s'arrêterait un moment.
Arrivé à la limite du département de Seine-et-
Marne, à l'entrée de Ville-Parisis, où avait *été élevé
un arc de,triomphe, le Roi a été complimenté par
M. le comte de Goyon, préfet du département, qui
était accompagné de M. le général Ferrier, com-
mandant le département de Seine-et-Marne, et de
M. de Chantelou, sous-préfet de l'arrondissement de
Meaux. M. le préfet s'est exprimé en ces termes :
« SIRE,
» Je viens déposer aux pieds de Votre Majesté
les hommages d'amour et de respect de ses fidèles
sujets les habitans du département de Seine-et-
Marne.
» Un an s'est à peine écoulé, et votre peuple de,
ces contrées jouit du bonheur qu'il enviait aux com-
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 3
munes voisines, qui ont été favorisées du passage
de Votre Majesté.
« Votre Majesté, Sire , daigne s'arrêter et se
reposer dans la ville de Meaux ; votre présence y
rappellera de glorieux et honorables souvenirs; cette
cité s'enorgueillit d'avoir été la première à ouvrir
ses portes à votre auguste aïeul Henri IV, qui dai-
gna la nommer sa bonne ville de Meaux (l).
Puisse cette ville mériter également et obtenir un
jour des bontés de Votre Majesté un titre si pré-
cieux , qui serait tout-à-la-fois le prix de son éternel
dévouement et le gage de la haute satisfaction de
Votre Majesté! Vive le Roi! »
SA MAJESTÉ a répondu :
« Je me rappelle toujours avec plaisir l'accueil
" que j'ai reçu, en 1814, dans le département de
» Seine-et-Marne. J'ai été très-satisfait des senti-
» mens que les habitans m'ont manifestés alors, et
» il m'est doux d'en recevoir aujourd'hui de nou-
» veaux témoignages. »
(1) L'inscription suivante, qui existe encore sur la principale
porte de la ville, consacre cet acte mémorable de dévouement :
HENRICUM PRIMA AGNOVI, LEGEMQUE RECEPI,
EST MIHI NUNC EADEM QUAE FUIT ILLA FIDES.
1.
4 VOYAGE DU ROI
Le Roi, arrivé à Meaux à cinq heures trois
quarts, a été reçu à l'entrée de la ville par M. Veillet
de Vaux, maire, et le corps municipal, qui ont été
présentés à Sa Majesté par M. le ministre de l'inté-
rieur. La garde nationale était rangée des deux côtés
de l'arc de triomphe ; le 2e régiment des grenadiers
à cheval de la garde royale, qui était venu au-
devant, du Roi à une lieue de la ville, formait son
escorte.
M. le maire a adressé au Roi le discours suivant :
« SIRE,
» Heureux interprète du corps municipal et des
habitans de la ville de Meaux, je viens déposer aux
pieds de Votre Majesté les hommages respectueux
d'une population dévouée et impatiente de contem-
pler son monarque chéri.
« Nous rappelant avec orgueil que les portes de
cette ville s'ouvrirent spontanément à la vue du
panache blanc de votre aïeul, et que tous les coeurs
se confondirent avec le sien, nous venons, Sire,
exprimer humblement à Votre Majesté des senti-
mens qui n'ont éprouvé,aucune altération, en se
transmettant jusqu'à nous.
« Mon coeur est saisi de joie en votre présence,
» dit le bon Henri aux échevins de cette ville, en
» versant de douces larmes, lorsqu'il recevait leur
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 5
" soumission ; je veux nommer voire ville ma
" bonne ville de Meaux, et vos habitans mes bons
» sujets ; » ce qu'il daigna signer trois jours après;
le 4 janvier 1593.
» Votre Majesté daigna répondre au maire, à
Fontainebleau, qu'elle examinerait avec beaucoup
d'intérêt les prétentions d'une ville déjà fière de cette
célébrité, si importante par son commerce, et qui,
des premières, eut le bonheur de posséder et de
contempler, en 1814, le prince auguste qui devait
régner sur tous les coeurs.
» Daignez, Sire , dans votre bonté extrême,
rendre à cette ville le précieux titre dont elle a joui
plusieurs siècles, et dont elle est digne, plus encore
par le dévouement et la fidélité que par le nombre
de ses habitans.
» Amour, fidélité constante pour votre royale
personne et votre auguste famille ;
» Telle sera à jamais, Sire, la devise des bons
habitans de la ville de Meaux.
» Vive le Roi! vivent les Bourbons! »
Ce discours a été fréquemment interrompu par.
les acclamations d'une population immense, dont
une partie se pressait autour de la voiture du Roi,
et dont l'autre couvrait les hauteurs qui bordent le
canal de l'Ourcq.
6 VOYAGE DU ROI
Sa Majesté, après avoir répondu à M. le maire
qu'elle agréait l'expression de ses sentimens et qu'elle
examinerait sa demande avec intérêt, a continué sa
marche jusqu'à l'évêché en traversant plusieurs rues,
dont chaque maison était pavoisée et ornée de guir-
landes.
Arrivé à l'évêché, le Roi a reçu immédiatement
le préfet, le maréchal de camp commandant le dé-
partement, l'évêque et son clergé, le sous-préfet
les magistrats de l'ordre judiciaire, les diverses au-
torités civiles de l'arrondissement ; et les officiers du
2e régiment de grenadiers, à cheval de la garde
royale.
M. l'Hoste, président du tribunal de première
instance, a harangué le Roi en ces termes :
« SlRE,
» Le tribunal civil de l'arrondissement de Meaux
est heureux de mettre aux pieds de Votre Majesté
les sentimens de respect, de fidélité, de reconnais-
sance et d'amour dont il est pénétré pour son au-
guste personne.
» Nous connaissons tout le prix de la haute con-
fonce dont il a plu à Votre Majesté de nous hono-
rer, et nous nous efforcerons sans cesse de nous en
rendre dignes.
DANS CES DÉPARTEMENS DE L'EST. 7
» Sire, nous conjurons le ciel, de qui tout bien
procède, de vous accorder de très-longs jours et de
conserver la maison de S. Louis pendant une longue
suite de siècles, pour la tranquillité et le bonheur de
la France; tant il est doux de vivre sous l'empire de
vos vertus, et sous un gouvernement fort de la vé-
nération des siècles, essentiellement tutélaire et tou-
jours paternel quand les Bourbons en tiennent les
rênes. »
LE ROI a repondu :
" Je reçois avec grand plaisir l'expression de vos
» sentimens. Je sais avec quel zèle vous remplissez
» ici mes intentions. Continuez dans le même es-
» prit, et soyez sûrs qu'en rendant une bonne et
» exacte justice à mes sujets vous acquerrez des
» droits à ma confiance et à mon affection. "
M. Decan, président du tribunal de commerce, a,
prononcé le discours suivant ;
« SIRE,
» Le tribunal de commerce vient apporter à son
auguste souverain les expressions de la joie et du
bonheur que votre sollicitude généreuse et pater-
nelle daigne répandre aujourd'hui sur notre cité,
fière de posséder dans son sein les trésors de la
France,
8 VOYAGE DU ROI
« Dans cette journée pour nous à jamais glo-
rieuse et chère, le premier, le plus doux besoin
de nos coeurs, c'est l'expansion franche et naïve de.
nos sentimens personnels; mais votre grande ame,
toujours avide du bien-être de ses peuples, appren-
dra avec intérêt que le commerce de cet arron-
dissement, riche, actif et laborieux, grandit et
prospère de jour en jour ; car chaque jour voit des-
cendre du trône de nouveaux bienfaits et des gages,
assurés de cette constante progression pleine d'espé-
rance pour tout le royaume.
» Daignez, Sire, en recevoir ses bénédictions et
les nôtres ; daignez accueillir nos protestations d'une
reconnaissance, d'un dévoument et d'un amour im-
périssables. Puisse l'éclat d'un si beau jour en révé-
ler à notre Roi bien-aimé la sincérité et l'étendue !
Puissent sa mémoire et son coeur nous garder un
souvenir !
» Oui, Sire, être comptés par vous parmi vos plus,
loyaux et fidèles sujets, c'est la faveur insigne et méri-
tée que les membres du tribunal implorent de Votre
Majesté ; c'est le titre qu'ils ambitionnent pardessus,
tout et qu'ils sauront conserver. »
SA MAJESTÉ a répondu :
« Les sentimens que vous m'exprimez sont chers,
« à mon coeur. Continuez à donner vos soins au com-
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 9
» merce. J'y prends le plus vif intérêt. Il y va du
» bonheur, de mes sujets, et tous mes efforts ten-
» dront a le faire prospérer. »
M. Sabonardière, ministre du culte protestant,
s'est exprimé ainsi :
« Le 4 novembre, jour de la fête de Votre Ma-
jesté, j'ai consacré avec gratitude un nouveau temple
au Seigneur. C'est là, Sire, que vos sujets de l'église
protestante ne cesseront d'appeler sur la tête de
Votre Majesté les bénédictions du Très-Haut. II
m'est bien doux, Sire, d'avoir l'insigné honneur de
porter aujourd'hui à vos pieds l'expression de leurs
sentimens. Oui, vivez long-temps, Sire, pour con-
solider le bonheur de votre France, de notre glo-
rieuse patrie; oui, vivez long-temps pour jouir ou
respect, de l'amour, de la reconnaissance de tous vos
fidèles sujets. »
LE ROI a répondu :
« Je reçois avec grand plaisir l'expression de vos
» sentimens. Je compte sur toute la fidélité et le dé-
» vouement de mes sujets protestans : ils peuvent
» compter sur ma protection. »
La réception terminée, Sa Majesté a daigné ad-
mettre à sa table le préfet, le général commandant
10 VOYAGE DU ROI
Je département, l'évêque, le sous-préfet, les prési-
dens des tribunaux de première instance et de com-
merce, le procureur du Roi, M. le général Courtier,
et M, le colonel du régiment de grenadiers de la
garde royale.
Le public a été admis à circuler autour de la table,
La musique de la garde nationale et celle des gre-
nadiers à cheval, placées au bas de la terrasse du pa-
lais, ont exécuté des morceaux d'harmonie pendant
le diné.
Dans la soirée, le Roi a reçu les dames de la ville,
et les a invitées à assister à un feu d'artifice tiré sur
une terrasse en face des croisées de l'évêché. Toutes
les maisons de la ville et la tour de la cathédrale
étaient illuminées ; la foule qui remplissait les rues
manifestait par des cris de vive le Roi, mille fois
répétés, le bonheur qu'elle éprouvait de la présence
de son Roi bien aimé.
Des distributions aux indigens, des jeux publics,
des danses ont permis aux habitans de toutes les
classes de prendre part aux réjouissances de cette
heureuse journée.
DANS LES DÉPARTEMENS DE LEST. 11
Châlons-sur-Marne, le 1er septembre.
LE ROI, avant de quitter Meaux, s'est rendu à
sept heures à la cathédrale pour y entendre la messe.
M. l'évêque de Meaux a reçu Sa Majesté à l'entrée
de l'église et a eu l'honneur de la complimenter.
A huit heures, le Roi est monté en voiture, em-
portant les voeux et les regrets de tous les habitans
de Meaux, et laissant aux pauvres du département
et de la ville des témoignages de sa munificence.
Le trajet que Sa Majesté avait à parcourir était
de plus de trente lieues» : elle s'est arrêtée cepen-
dant un moment à chaque arc de triomphe élevé sur
la route, et a reçu les hommages des habitans des
campagnes, qui étaient venus de loin pour contem-
pler les traits de leur monarque, et qui, pour être
plus certains de le voir, avaient établi sur son pas-
sage des espèces de campemens, où des tables dres-
sées et des jeux divers annonçaient la joie et le
bonheur que leur inspirait sa présence.
Sa Majesté a traversé, au pas, les villes de La-
ferté-sous-Jouarre, Château-Thierry, Dormans et
Epernay, que décoraient des arcs de triomphe et
des guirlandes de verdure et de fleurs. A l'entrée
du pont de Château-Thierry, où se trouve placée
la statue, en marbre de Lafontaine, les habitans se
pressaient autour de ce monument élevé au génie,
12 VOYAGE DU ROI
et semblaient faire hommage au Roi de la gloire de
leur illustre compatriote.
Épernay était remarquable par le nombre d'arbres
transplantés qui bordaient ses rues, et formaient, au
moyen de guirlandes tombant en festons, un dôme
continuel de verdure. Le zèle et le devouement des
habitans de ces villes et des campagnes environ-
nantes ne se manifestaient pas moins par la vivacité
de leurs acclamations que par les soins, empressés
qui avaient présidé aux apprêts de cette fête.
Les préfets des départemens de l'Aisne et de la
Marne se sont trouvés à leurs limites respectives,
et ont eu l'honneur de haranguer Sa Majesté.
Le Roi est arrivé à Châlons, à cinq heures et de-
mie. M. Garinet, maire, et le corps municipal ont
été présentés au Roi par M. le ministre de l'intérieur,
et en lui offrant les clefs de la ville, M. le maires
prononcé le discours suivant :
« SIRE,
» Nous avons l'honneur de présenter à Votre
Majesté les clefs de la cité de Châlons.
» Le dévouement de ses habitans à leurs souve-
rains est héréditaire.
» Mes bons amis , ne m'oubliez mie, disait
Charles VII, en se séparant de ceux qui venaient de
le dégager au siége de Montereau.
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 13
» Henri IV confia la garde de son parlement à
nos pères dans des temps malheureux, et une mé-
daille frappée par les ordres, de ce grand prince
éternise la loyauté des Châlonnais et sa bienveillance
pour eux.
» Des cris de joie et de bonheur accueillirent le
lieutenant-général du royaume dans des circonstances
difficiles, des acclamations saluent aujourd'hui le
père de la patrie. Vive le Roi!
LE ROI a répondu :
« Je sais l'estime que mon, aïeul Henri IV. avait
» pour les habitans de votre ville, et je n'ai point
» oublié l'accueil que je reçus de vous il y a quel-
» ques années. J'ai du plaisir à vous revoir aujour-
» d'hui, et je reçois avec satisfaction l'expression de
» vos sentimens. »
Sa Majesté, cédant à la prière qui lui en a été
faite, a bien voulu quitter sa voiture et monter dans
un landau découvert. C'est ainsi qu'elle a fait son
entrée dans Châlons, précédée et escortée par la
garde nationale à cheval et à pied de la ville, et par
le 3 .e régiment de hussards, et qu'elle est arrivée à
l'hôtel de la préfecture, au milieu d'une foule in-
nombrable qui se pressait autour de sa voiture, et
qui marquait son passage par les cris mille fois ré-
pétés de vive le Roi!
14 VOYAGE DU ROI
Le Roi à reçu, immédiatement après son arrivée,
le lieutenant-général comte Lion, commandant la
division; M. le vicomte de Jessaint, préfet ; le maré-
chal-de-camp Delcambre, commandant le départe-
ment; l'évêque de Châlons et son clergé; les, diverses
autorités civiles et militaires, et un grand nombre
de magistrats et de maires des villes et communes
du département.
M. l'évêque s'est exprimé en ces termes :
« SIRE,
» J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté le
chapitre de l'église cathédrale de Châlons, et MM. les
curés de cette bonne ville qui vous aime.
». Tous, ainsi que le premier pasteur, sont pé-
nétrés pour Votre Majesté du plus profond respect,
de l'amour le plus tendre, si nous l'osons dire, et du
plus entier dévouement.
» Qu'il est heureux, pour moi d'être en ce jour
l'interprète de leurs sentimens, et de déposera vos
pieds l'hommage de leurs coeurs !
» C'est le plus doux que nous puissions offrir à
notre roi, à notre bienfaiteur, à notre père. »
Le Roi a répondu qu'il recevait avec plaisir l'ex-
pression des sentimens du clergé de Châlons, et de
son premier pasteur, et il s'est informé avec intérêt
de l'état du diocèse et de ses besoins.
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 15
M. Dozon, président du tribunal civil, a adressé
au Roi le discours suivant :
« SIRE,
" Le premier Bourbon que revit la France fut
accueilli dans cette ville par l'enthousiasme des sou-
venirs et de l'espérance ; le bien que nous promettait
son arrivée s'est réalisé, a dépassé notre attente, et
ce prince, aujourd'hui notre roi bien-aimé, entend
retentir les accens unanimes de la, reconnaissance.
» Le changement qui s'est opéré dans nos con-
trées , naguère dans la détresse et maintenant dans
l'état le plus prospère, ce changement qui tient
presque du prodige, nous le devons au retour de la
famille de nos rois, aux institutions qu'elle nous a
données et qu'elle nous conserve, au calme profond
dont nous jouissons à l'abri du trône légitime.
» Ce calme sera durable, et toute tentative que
l'on oserait faire pour le troubler serait impuissante.
» Sire, un des principaux élémèns du bonheur
de vos sujets c'est votre amour de la justice : vos
tribunaux le connaissent et y trouvent un encou-
ragement à remplir leurs devoirs souvent rigoureux ;
mais chaque jour Votre Majesté allége lgur tâche :
plus les peuples sont heureux, plus l'exécution des
lois est facile; elle ne rencontre aucun obstacle dans
16 VOYAGE DU ROI
cet arrondissement dont la population est si soumise
et si dévouée.
" Puisse le zèle que nous apportons à l'envi à
seconder les intentions de Votre Majesté la disposer
à recevoir avec bonté l'hommage de notre amour et
de notre fidélité!»
LE ROI a répondu :
« Je reçois avec un sensible plaisir l'expression
» de vos sentimens. Continuez de remplir avec le
» même zèle vos importantes fonctions. Je suis trop
» heureux, s'il est vrai, comme vous le dites, que la
" France me doit son bonheur et sa prospérité.
« Rendez toujours bonne justice à mes sujets ; c'est
» le moyen le plus sûr de conserver ma bienveil-
» lance. »
M. Jouglar, président du tribunal de commerce,
a dit au Roi :
« SIRE,
»Le tribunal de commerce de votre ville de
Châlons est aussi admis à l'honneur d'offrir à Votre
Majesté son amour et son dévouement. Qu'il lui soit
permis, Sire, de joindre à ce tribut le sentiment
de la reconnaissance.
» Commerçans, nous bénissons le ciel d'avoir
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 17
placé sur le trône le protecteur de toutes les indus-
tries, dont la sollicitude veille aux intérèts de tous.
» Magistrats, nous-révérons en votre auguste
personne, Sire, la source sacrée d'où émane toute
justice, et, avec la France entière, nous remercions
Votre Majesté de faire exécuter, d'une manière
ferme, les lois du royaume et les mesures que lui
dicte sa haute sagesse, pour le bonheur de ses
peuples.
» La volonté des rois, Sire, fait respecter les lois
qu'ils font aimèr par leur exemple et leurs vertus. »
SA MAJESTÉ a répondu :
« Régner par les lois, telle est en effet ma vo-
» lonté; c'est le seul moyen d'assurer le bonheur de
» la France. Le commerce est aussi un de ses plus
» grands moyens de prospérité. Conseillez toujours
» à ceux qui s'y livrent d'apporter dans leurs opé-
» rations de la prudence et de la sagesse. C'est ainsi
» qu'ils éviteront ces malheurs que je déplore d'au-
» tant plus qu'il n'est pas en mon pouvoir d'y porter
» remède. ».
M. Garinet, maire, a pris la parole et a dit :
« SIRE,
» Il y a quatorze ans que la population entière de
cette ville accourut à vos pieds saluer, avec des
2
18 VOYAGE DU ROI
larmes de joie, le précurseur de la restauration de la
France et du trône légitime.
» Le retour si désiré de nos Rois pouvait seul
mettre un terme à nos longs malheurs, et dès-lors
nous pressentions l'heureuse alliance de la puissance
souveraine avec les libertés publiques.
» L'événement a surpassé nos espérances.
» Au monarque de glorieuse mémoire qui s'est
à jamais illustré par le don de la Charte constitu-
tionnelle a succédé Votre Majesté, qui, pénétrée
des mêmes sentimens, met sa gloire à consolider
l'oeuvre de son auguste frère.
» Vous et lui, Sire, avez su faire de la France où
grondaient encore tant d'orages une France calme,
heureuse au-dedans, forte, respectée au-dehors, et
plus florissante qu'à aucune époque de la monarchie:
» Jouissez, Sire, du fruit de tant de sagesse;
jouissez des hauts faits du noble fils qui vous accom-
pagne ; jouissez des témoignages de respect, de re-
connaissance, d'amour dont tous vos sujets vous
environnent ! c'est la récompense la plus digne des
bons Rois. Quel monarque l'a jamais mieux acquise
que Votre Majesté? »
LE ROI a répondu :
« Je vous remercie des voeux que vous formez
» pour moi. Mon bonheur, celui auquel j'attache le
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 19
" plus de prix, est d'être aimé de mes sujets en les
» rendant heureux. Ce n'est point un bonheur
«passager., mais une prospérité durable que je veux
» leur assurer ; et pour cela, je dois consolider tout
» ce qui peut tendre à augmenter la sécurité inté-
» rieure, et à nous assurer au-dehors le rang et les
» égards qui nous sont dûs. »
M. le maire a ensuite offert au Roi, selon l'ancien
usage, une corbeille de vins du pays, que Sa Majesté
a acceptée avec bonté.
Le Roi a daigné admettre à sa table, indépen-
damment des premières autorités du département,
S. Em. M.gr le cardinal archevêque de Reims, le
duc de Doudeauville, pair de France, le lieutenant-
général comte Ornano, le comte de Dampierre,
MM. de Gueheneuc et Jobert-Lucas, députés.
Après le diner, Sa Majesté s'est rendue à l'Hôtel-
de-VilIe où avait lieu le bal qu'elle avait daigné
accepter. Le Roi a trouvé dans une salle décorée
avec goût un grand nombre de dames élégamment
parées, et après avoir successivement parlé à chacune
d'elles, Sa Majessé s'est placée sur un trône, ayant
M. le Dauphin assis à sa droite, et a permis que le
bal fut ouvert en sa présence.
Après avoir vu danser quelques quadrilles, Sa
Majesté s'est retirée et a traversé les salles et la
2.
20 VOYAGE DU ROI
place, à la clarté des illuminations et au milieu des
cris de vive le Roi! qui n'ont pas cessé un moment
de se faire entendre à lui pendant tout le, cours de
cette belle journée;
Verdun, le 2 septembre.
Ce matin, avant de quitter Châlons, le Roi,
accompagné de M. le Dauphin, s'est rendu en ca-
lèche découverte à la cathédrale, où Sa Majesté a été
reçue et complimentée par M. l'évêque de Châlons.
L'église était remplie d'une foule immense qui,
malgré la sainteté du lieu, a fait retentir à plusieurs
reprises ce vaste édifice des cris de vive le Roi!
Sa Majesté, après avoir entendu la messe, est
allée visiter le bel établissement de l'Ecole royale des
arts et métiers. Elle a été reçue à la porte extérieure
par M. le vicomte de Boisset, directeur de l'École;
et au moment où Sa Majesté est entrée dans la
grande cour, les élèves ont paru à toutes les fenêtres
en agitant des drapeaux blancs; au fond de la cour
était un buste du Roi, au-dessous duquel on lisait :
PRO REGE OMNES ET OMNIA.
Tout pour le Roi : nos travaux et nos coeurs.
Sa Majesté est d'abord entrée dans la chapelle de
l'établissement, puis elle a visité en détail les divers
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 21
ateliers, où les jeunes élèves se livraient à leurs tra-
vaux habituels. Elle a daigné, ainsi que M. le Dau-
phin , adresser à chaque maître et a plusieurs élèves
des questions bienveillantes, et qui prouvaient tout
l'intérêt que le Roi prend à une école destinée à
donner à la France des chefs habiles dans les diverses
branches d'industrie.
Les élèves de la fonderie ont coulé en présence
du Roi un buste fort ressemblant de Sa Majesté, et
ont eu l'honneur de le lui présenter peu d'instans
après.
Après avoir parcouru les salles de dessin, des
forges, de serrurerie, d'ajustage, de charronage, Sa
Majesté est entrée dans une vaste salle disposée pour
la distribution des prix , qui devait avoir lieu le
lendemain. Là étaient exposés les nombreux dessins
des élèves et les principaux travaux exécutés dans
chaque genre d'industrie, pendant le cours de l'année.
Sa Majesté a paru très-contente des succès dé cet
établissement, qui contient en ce moment deux
cent soixante élèves, dont le nombre doit être porté
à quatre cents. Elle a daigné témoigner plusieurs fois
sa satisfaction au directeur de l'Ecole, aux maîtres et
aux jeunes gens, qui trouveront un puissant encou-
ragement à leurs travaux dans les augustes suffrages
du Roi, dont les bienfaits leur ouvrent une carrière;
utile et honorable.
22 VOYAGE DU ROI
Les élèves, pénétrés de reconnaissance, ont ac-
compagné Sa Majesté de leurs acclamations jusqu'à la
porte de l'École, où cette visite laissera dans tous les
coeurs de longs et doux souvenirs.
Le Roi, en retournant à la préfecture, a traversé
plusieurs rues remplies d'une immense population,
dont l'enthousiasme ne peut se décrire.
Le Roi est parti à onze heures de Châlons.
Sa Majesté, en témoignant à M. le vicomte de
Jessaint toute la satisfaction de l'accueil qu'elle avait
reçu, a ajouté avec bonté : « Je sais que vous êtes
» souffrant; je vous défends expressément de m'ac-
» compagner jusqu'aux limites de votre département.
» J'ai besoin de vous pour mon service; je ne veux
» pas exposer votre santé. »
Le Roi est descendu de voiture à Notre-Dame-dè-
l'Épine, ancienne église très-remarquable par son
architecture gothique, qui se trouve sur la route à
deux lieues de Châlons, et y a fait une courte prière.
Sa Majesté a traversé au pas Sainte-Ménéhould.
Les maisons pavoisées de drapeaux fleurdelysés, les
guirlandes de verdure et de lys qui tombaient en
festons, formaient dans le prolongement de la longue
rue qui traverse la ville, un très-bel effet. Les
acclamations d'une nombreuse population n'ont pas.
cessé de se faire entendre pendant ce trajet.
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 23
Le Roi a été reçu à la limite du département de
la Meuse, au village des Islettes, par M. le comte
d'Arros, préfet, accompagné de M. le comte Lion,
commandant la division ; de M. le baron Wathier-,
commandant le département, et de M. deTessières,
sous-préfet de Verdun. Un grand nombre de légion-
naires et de chevaliers de Saint-Louis s'étaient réu-
nis sur ce point auprès de l'arc de triomphe.
M. le préfet a eu l'honneur de complimenter le
Roi en ces termes :
« SIRE ,
» Votre Majesté, en accordant le bienfait de sa
présence au département de la Meuse, a comblé les
voeux que formaient depuis long-temps des sujets
fidèles et dévoués.
» Vos fidèles Lorrains, Sire, se distinguent par
la soumission aux lois, l'amour de l'ordre, de la
paix et du travail; ils aiment tout ce qui est juste
et bon; ils admirent tout ce qui est grand et géné-
reux. Long-temps régis par le sceptre paternel de
Stanislas, ils connaissent, par une heureuse expé-
rience, tout ce que la vertu sur le trône peut donner
à un peuple de bonheur et de prospérité ; de tels
sujets devaient sentir mieux que d'autres, peut-être,
tout ce que la France doit au retour de ses Rois, et
24 VOYAGE DU ROI
au glorieux règne de Votre Majesté ; d'autres aussi
n'auraient pu les recevoir avec une plus profonde
gratitude et y répondre par un plus entier dévoue-
ment,
» Organe des sentimens des habitans de la Meuse,
je prie Votre Majesté de me permettre de déposer à
ses pieds l'hommage de leur profond respect, de leur
amour et de leur inaltérable fidélité. »
Le Roi, en agréant l'expression des sentimens des
habitans de la Meuse, a dit qu'il revoyait avec grand
plaisir un département qu'il avait traversé en 1792.
Le Roi est arrivé à cinq heures à l'arc de triomphe
élevé à l'entrée de la ville de Verdun, où M. Desgo-
dins, maire, accompagné du corps municipal, a eu
l'honneur de présenter à Sa Majesté les clefs de la
ville, en lui adressant la parole en ces termes :
« SIRE,
" Au nom des habitans de la ville de Verdun,
dont votre présence va combler les voeux, nous ve-
nons présenter à Votre Majesté l'hommage de notre
respect, de notre amour et de notre dévouement.
» Daignez, Sire, accueillir avec bonté l'expres-
sion sincère de nos sentimens, et recevoir les clefs
d'une ville qui n'a connu les douceurs de la paix que
sous les lois de votre auguste famille.
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 25
» Si l'honneur de votre couronne le demande ja-
mais, les fidèles Verdunois retrouveront toute leur
ardeur guerrière pour porter au loin la gloire de vos
armes, ou repousser l'ennemi qui s'avancerait vers
nos remparts. Heureux de consacrer notre existence
entière au meilleur des rois. »
Le Roi a répondu : « Qu'il se souvenait d'être
» passé à Verdun en 1792, et qu'il était charmé de
» retrouver en entrant dans ses murs les mêmes
» sentimens qu'à cette époque. «
A la première barrière, M. Choppin-d'Arnou-
ville, lieutenant de Roi, a présenté à Sa Majesté les
clefs de la place.
Le 50e régiment d'infanterie était rangé en bataille
sur les glacis.
Une foule innombrable, qui couvrait les remparts
et les bords de la route, a fait retentir l'air des cris
mille fois répétés de vive le Roi! vivent les Bour-
bons! vive le Dauphin!:
Sa Majesté a fait son entrée escortée par le 7e ré-
giment de dragons, au son des cloches de la cathé-
drale et au bruit du canon des remparts.
Elle a traversé la ville au pas, pour se rendre au
palais épiscopal, où elle est descendue.
Un instant après, Sa Majesté a reçu les diverses
autorités civiles et militaires.
26 VOYAGE DU ROI
M. le maire a présenté au Roi et à M. le Dau-
phin , au nom de la ville, quatre magnifiques cor-
beilles de dragées qui étaient portées par de jeunes
demoiselles de Verdun.
Le Roi et M. le Dauphin ont agréé cet hommage,
avec une gracieuse affabilité.
Une députation de la ville de Bar-le-Duc, chef-
lieu du département, a été admise à présenter ses
hommages au Roi. Le maire de la ville a dit à Sa
Majesté :
« SIRE ,
«Votre présence est un de vos bienfaits. Quel
charme indicible elle répand dans les coeurs !
» La ville de Bar-le-Duc, dont nous sommes les
heureux organes, ne le cédera jamais à aucune autre
en fidélité au monarque, en dévouement à votre
dynastie auguste, en obéissance à cette Charte
constitutionnelle qui a si admirablement placé les
libertés publiques sous la sauve-garde du trône.
Votre Majesté a accepté la gloire de développer les.
conséquences de cette union, parce que rien de ce
qui touche au bonheur de son peuple ne demeure
caché à sa vigilance paternelle.
» Un seul soupir échappe à notre cité laborieuse :
elle a la gêne de l'indigence au milieu des nombreux
produits que des bras infatigables obtiennent de nos
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 27
côteaux et de nos arts industriels. Mais il suffit que le
Roi l'apprenne de nos bouches respectueuses ; car
dans notre France ces paroles : le Roi le sait, sont
un trésor d'espérances. En retour de votre inépui-
sable sollicitude, Sire, quelles vives et unanimes
actions de graces ! quels tendres élancemens de
tous les coeurs ! Comme ils s'épanchent en doux
hommages de respect et d'amour ! Mais, fidèles à la
devise de nos pères, nous serons compris par l'in-
dulgente bonté de notre Roi, en lui rappelant ces,
mots encore écrits sur nos archives municipales :
Plus penser que dire; »
SA MAJESTÉ a répondu :
« Je me rappelle cette devise des Barisiens ; il
» m'est bien agréable de l'avoir entendue de la
» bouche de leurs députés. L'intérêt de leur ville
» me sera toujours cher. »
Le Roi a daigné admettre à sa table, indépen-
damment des autorités du département et de l'ar-
rondissement , M, le comte d'Imécourt , pair de
France; M. le baron de Cholet, député de la Meuse;
MM. les généraux comte Laurencez, Brousier,
baron Nicolas, Henrion ; MM. les colonels baron
Letermelier, vicomte de Nettencour, le chevalier
Olivet, colonel du 50e d'infanterie, et de Fournas,
colonel du 7e de dragons.
28 VOYAGE DU ROI
A neuf heures, le Roi s'est rendu au bal qui
avait été préparé à la,sous-préfecture.
Sa Majesté a parcouru le cercle des dames qui
y étaient réunies, et a permis que le bal commençât
en sa présence. Elle s'est retirée à dix heure?..
Metz, le 3 septembre.
Le Roi, avant de quitter Verdun, s'est rendu à
huit heures et demie à la cathédrale pour y entendre
la messe. Sa Majesté a été reçue avec le cérémonial
d'usage, par Mgr l'évêque, qui a eu l'honneur de la
complimenter en ces termes.
« SIRE,
" Votre présence dans cette cité fidèle ranime
tous les sentimens d'amour et de respect qu'elle sait
si bien inspirer à tous les coeurs français. Vous ve-
nez parcourir ces beaux pays de la Lorraine, pays
où le peuple se rappelle avec enthousiasme les ver-
tus de Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, votre
auguste aïeul. Il y vit encore dans tous les coeurs;
il y fut surnommé le Bienfaisant.
» Hé! ne trouveront-ils, pas en vous les mêmes
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 29
traits, la même bonté, la même sagesse, le même
amour pour son peuple ; en un mot, toutes les qua-
lités qui ont distingué ce monarque et l'ont rendu
l'idole de son peuple. Vous devenez la nôtre aujour-
d'hui, Sire; vous comblez notre bonheur. Voyez,
autour de vous et à vos pieds, ce peuple ivre de
joie, qui rie peut se rassasier de contempler vos
traits, et de les graver dans leurs coeurs. Ces bons
Lorrains n'envieront plus à leurs pères le bonheur
d'avoir vu Stanislas ; ils diront à leurs enfans : Nous
avons vu son image vivante dans les traits de notre
monarque chéri, et dans ceux de son fils, notre
auguste Dauphin.
» Quant à moi, Sire, accoutumé dès mon en-
fance à respecter, à aimer les Bourbons, il m'est
bien glorieux dans ma vieillesse de pouvoir, avant
de mourir, vous exprimer ces sentimens. La seule
récompense à laquelle j'aspire, c'est de vous voir
jeter un regard favorable sur les habitans de cette
ville, sur cette église, sur le clergé du diocèse, et
sur la construction de mon grand séminaire, objet
de tous mes voeux, et d'une urgente nécessité. »
La foule qui remplissait l'église a mêlé ses accla-
mations au bruit de la musique militaire et de l'or-
gue , pendant que le Roi se rendait au prie-dieu qui
lui avait été préparé sous un riche dais.
30 VOYAGE DU ROI
Après avoir entendu la messe , le Roi est allé à
pied sur une esplanade, où il a passé en revue les
deux régimens d'infanterie et de cavalerie en garni-
son à Verdun, et dont la belle tenue a plusieurs fois
mérité des témoignages de sa satisfaction. Après le
défilé, qui s'est fait dans le meilleur ordre, Sa Ma-
jesté est entrée dans la citadelle pour, en visiter les
travaux que l'on poursuit avec activité, et s'en est
fait rendre compté par le colonel directeur du génie,
qui en est chargé. Partout, sur son passage, elle a été
accueillie par les cris répétés de vive le Roi! Ils ont
pris un caractère plus touchant, quand on les a en-
tendus partir d'une cour de la citadelle où étaient
renfermés les malheureux condamnés au boulet, et
employés aux travaux de la place. Les cris de ces
infortunés étaient comme une prière qu'ils adres-
saient à celui dont la clémence pouvait seule adour
cir leur triste sort. Cette prière n'a pas été entendue
en vain.
Le Roi a quitté Verdun de dix à onze heures, et,
en traversant la ville au pas, a reçu de nouveaux
témoignages de l'amour et du dévouement des ha-
bitans.
M. le préfet de la Meuse, M. le sous-préfet et le
maire de Verdun, ont reçu des boîtes d'or, ornées
du chiffre du Roi en diamans, et les pauvres, que
jamais le coeur d'un Bourbon n'oublie, indépendam-
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 31
ment des secours semés sur la route, ont reçu d'a-
bondantes, aumônes laissées au préfet et à l'évêque,
pour leur être distribuées.
Arrivé à la limite du, département de la Moselle,
le Roi a trouvé, sous un magnifique arc de triomphe,
M. le vicomte de Suleau, préfet, M. le lieutenant-
général comte Villatte, commandant la 3e division
militaire, M. de Viville, secrétaire-général de la
préfecture, et M. Ternaux, sous-préfet de l'arron-
dissement de Briey. M. le préfet a adressé au Roi
le discours suivant :
« SlRE,
» Au moment où Votre Majesté entre pour la
première fois dans son département de la Moselle,
que ses regards s'arrêtent avec bienveillance, et sur
ce peuple fidèle dont le dévouement est calme,
parce qu'il ne s'interrompt jamais, et sur cette con-
trée belliqueuse et féconde qui prodigue, avec les
moissons qui nourrissent l'État, le fer et surtout
les bras qui le défendent.
» Cette contrée, Sire, s'enorgueillit d'une cité
qui fut un des boulevards de la monarchie, dès qu'elle
lui fut rendue ; d'une cité qui vit pâlir pour toujours
l'étoile de Charles-Quint devant la vaillance fran-
çaise, et dont les habitans donnèrent, les premiers,
32 VOYAGE DU ROI
le nom de Bien-Aimé à votre auguste aïeul, quand
ses jours furent en danger dans leurs murs.
» Sire, comment votre présence et celle de M.
le Dauphin ne feraient-elles pas naître une émotion
profonde dans le département de la Moselle ?
» A tous les souvenirs de grandeur et de bonté
que le génie de vos illustres aïeux a laissés dans cette
partie du royaume , viennent se rattacher naturel-
lement tous les bienfaits de notre heureuse restau-
ration! Sire, ces bienfaits, qui sont les vôtres comme
ils ont été ceux de votre auguste frère ; ces bienfaits,
qui assurent le bonheur de la France et la gloire de
deux règnes, commandent à tous vos sujets de la
Moselle l'amour, le respect et le dévouement sans
bornes dont je viens déposer l'hommage aux pieds
de Votre Majesté. »
LE ROI a répondu :
« J'entre avec une véritable satisfaction dans le
» département de la Moselle, que j'aime depuis
» long-temps, mais que je vois aujourd'hui pour
» la première fois. Je suis heureux des témoignages
» d'amour et de fidélité qu'excite ma présence ; ces
» témoignages me prouvent que mes sentimens pour
» mes peuples sont appréciés. J'ai d'autant plus de
» droit à leur affection, que je m'occupe sans cesse
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 33
" de ce qui peut les rendre heureux. Oui, le bon-
" heur de mes sujets est l'objet constant de mon
" ambition; c'est ma vie tout entière. »
Une foule innombrable qui entourait l'arc de
triomphe a accueilli ces paroles du Roi par de vives
acclamations.
Le Roi a continué sa route, et a trouvé à Mars-
Latour, Vionville, Rezonville et Gravelotes, des
arcs dé triomphes en feuillage, autour desquels étaient
groupées les populations des communes environ-
nantes avec les maires à leur tête. En arrivant sur
les hauteurs de Rozeriolles, où le Roi était attendu
par un grand concours d'habitans, Sa Majesté a
remarqué avec plaisir le spectacle magnifique que
présente le bassin de la Moselle. Après avoir tra-
versé la commune de Moulin, célèbre par le sou-
venir du maréchal Fabert, Sa Majesté est descendue
de voiture et est montée à cheval, ainsi que M. le
Dauphin et les grands-officiers de leur suite, à un
quart de lieue de Metz.
Le Roi, précédé et suivi par le 5e régiment de
hussards et par un escadron du 1er régiment de ca-
rabiniers, est arrivé à l'arc de triomphe élevé en
avant de la première enceinte de la ville. Les clefs
ont été présentées à Sa Majesté par M. de Turmel,
maire, accompagné du conseil municipal, et escorté
3
34 VOYAGE DU ROI
d'un détachement de la garde nationale. M. le maire
a dit au Roi :
« Sire, le corps municipal de. votre bonne ville
de Metz vient présenter respectueusement à Votre
Majesté les clefs de notre antique et fidèle cité.
» II est fier de les déposer vierges dans vos
mains royales : jamais elles ne furent touchées par
un vainqueur.
» Des Rois de France seuls les reçurent : les
Messins, heureux sous le sceptre de l'illustre dynastie
des Bourbons, sauraient, comme leurs pères, tout
sacrifier pour conserver intact l'honneur de leur cité,
et donner à leurs Rois légitimes de nouvelles preuves
de dévouement et de fidélité. »
Le Roi a répondu :
« Je suis heureux et même glorieux de faire mon
« entrée dans une ville dont les habitans se sont
» toujours montrés dévoués à leurs Rois. Je vous
» prie d'être auprès d'eux l'interprète de tous mes
» sentimens. »
A la première barrière, M. le maréchal-de-camp
baron Soye, lieutenant de Roi, a eu l'honneur de
présenter à Sa Majesté les clefs de la place.
Sur les glacis à droite et à gauche étaient rangés
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 35
en bataille les 13e et 19e régimens de ligne, et le
11e léger.
Le canon des remparts a aussitôt annoncé que
Sa Majesté entrait dans la ville. Une immense popu-
lation se pressait sur ses pas, et l'accompagnait en
faisant entendre des acclamations dont elle parais-
sait vivement émue. Sur le quai Sainte-Marie était
rangé le 3e régiment du génie, commandé par le
colonel Beaufort d'Hautpoul, auquel Sa Majesté a
témoigné sa satisfaction de la belle tenue de ce
corps.
Ce n'est qua cinq heures que le Roi est entré
dans l'hôtel de la préfecture. Sur le balcon de la
terrasse étaient groupées de jeunes demoiselles qui,
à la vue du Roi, agitaient leurs mouchoirs, et
mêlaient leurs voix aux acclamations de la foule
rassemblée sur la place. Le Roi, dont la figure
peignait les émotions de son coeur, les a saluées
à plusieurs reprises, avec la grâce qui lui est parti-
culière.
Peu de temps après, le Roi a reçu les différentes
autorités dans l'ordre suivant :
MM.
Le comte Villatte d'Outremont, Iieutenant-général, com-
mandant la division, et son état-major ;
Le baron d'Hanoncelles, premier président; le procu-
reur-général de la cour royale ;
3,
36 VOYAGE DU ROI
Le vicomte de Suleau, préfet, le secrétaire géneral, le
conseil de préfecture ; les sous-préfets et les membres
du conseil géneral ;
Le baron Bruno, marechal-de-camp, commandant le
département, et MM. les maréchaux-de-camp Pelle-
tier et Sabathier, commandant l'artillerie et l'école
d'application d'artillerie et du génie ;
M.gr l'évêque, le grand-vicaire, le chapitre et les curés ;
MM. Klié, président du tribunal civil de Metz, et les
membres de ce tribunal ;
Huart, président du tribunal de commerce, ,et les
membres de ce tribunal ;
De Turmel, maire de la ville de Metz, les adjoints, les
membres du conseil municipal et les commissaires de
police ;
Le corps de l'académie;
Le maréchal-de-camp baron Soyé, lieutenant de Roi,
et l'état-major de la placé ;
M. Cuvier, président du consistoire de l'église réformée,
et les membres du consistoire ;
MM. Sechehaye , Goujon et Renault, juges de paix des
cantons de Metz ;
La chambre de commerce;
Le conseil des prudhommes ;
MM. Chartener, colonel de la garde nationale, et son
corps d'officiers ;
Le baron d'André, colonel de la gendarmerie, et son
corps d'officiers;
Sabathier, maréchal-de-camp, commandant l'école d'ap-
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 37
plication d'artillerie et du génie, les officiers et les
élèves de l'école ;
MM. Evain, colonel, directeur de l'artillerie, et les
officiers de la direction ;
Prost, colonel, directeur du génie, et les officiers de la
direction ;
De Lacombe, colonel du 3e régiment d'artillerie à pied,
et son corps d'officiers ;
De Béroville, colonel du 2e régiment d'artillerie à che-
val , et son corps d'officiers ;
Le comte d'Eselaisbes, colonel du 4e régiment d'artillerie
à cheval, et soncorps d'officiers;
Le marquis de Beauffort d'HautpouI, colonel du génie,
son corps d'officiers et ceux de l'escadron du train ;
Le vicomte de Fayet, colonel du 13° de ligne, et son
corps d'officiers ;
Bouis, colonel du 19e de ligne, et son corps d'officiers ;
De Chalencey, colonel du 11e léger, et son corps-
d'officiers ;
Le vicomte de Quelen , lieutenant-colonel , comman-
dant le dépôt du 1er de carabiniers, et son corps d'of-
ficiers ;
De Muller, colonel du 5e régiment de hussards, et son-
corps d'officiers;
La commission administrative des hospices,
La commission des prisons;
Le bureau de bienfaisance ;
La Société des lettres, sciences, arts et d'agriculture;
La Société de médecine ;
38 VOYAGE DU ROI
MM. Michel de Saint- Albin , receveur - général des
finances;
Gorsse, ingénieur en chef, et les ingénieurs ordinaires
des ponts et chaussées et des mines ;
Robert, directeur des contributions indirectes;
CoIIasson, directeur, et l'inspecteur des douanes ;
Mennessier, directeur, et l'inspecteur des contributions
directes;
Berger, directeur, et les inspecteurs des domaines;
De Chambure, directeur des postes;
De Turmel, payeur du département;
Casin de Caumartin, conservateur, et les inspecteurs
des forêts ;
Le consistoire israélite;
Les députations des villes de Thionville et de Sierck.
Les discours suivans ont été adressés au Roi :
M. Gérard d'Hanoncelles , premier président
de la cour royale de Metz. ■
« SIRE,
» Nous apportons aux pieds de Votre Majesté le
tribut de notre respect, de notre obéissance et de
notre dévouement. Nous en sommes pénétrés, Sire,
et non pas seulement par devoir, mais encore par
le plus profond sentiment d'affection et d'amour;
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 39
heureux de servir un aussi bon Roi, un prince aussi
vertueux et aussi magnanime , aussi digne d'être
aimé et vénéré ! Daignez, Sire, nous, compter au
nombre de vos plus fidèles magistrats, et des plus
loyaux serviteurs de Votre Majesté. »
LE ROI a répondu :
« Je reçois avec grand plaisir l'expression de vos
» sentimens. Je sais apprécier le zèle des magistrats
«qui rendent la justice en mon nom, avec cette
» fermeté et cette impartialité qui conviennent à
» des juges. C'est ainsi que vous remplissez mes
» intentions et que vous acquérez des droits à mon
» estime et à mon affection. Je sais, en particulier,
» que j'ai à me louer de la conduite des magistrats
» de ma cour de Metz. »
M. Pinaud, procureur-général.
« SlRE,
» Ce sont vos gens. Ils se glorifient d'un titre qui
exprime toute la soumission du sujet fidèle, sans
rien ôter à l'indépendante intégrité du magistrat.
Oui, Sire, se vouer au service de Votre Majesté
c'est se consacrer à la patrie, qu'elle seule peut
maintenir heureuse et florissante ; à la religion ,
40 VOYAGE DU ROI
dont elle est la plus chère espérance; aux lois, par
lesquelles elle a toujours voulu régner ; enfin aux
libertés publiques, qu'une auguste, adoption a pour
jamais légitimées, mais dont le caractère encore
jeune réclame les hautes, directions de la sagesse
royale. Pénétrés des devoirs que leur imposent de
tels intérêts, les membres du parquet de votre cour
de Metz ne négligeront jamais rien pour s'en acquit-
ter. Heureux de déposer ce saint engagement aux
pieds de Votre Majesté avec l'hommage de leur
amour, de leur respect et de la plus inaltérable
fidélité. »
LE ROI a répondu :
" J'accepte l'engagement que vous. prenez. Conti-
» nuez comme vous le faites à maintenir l'exécution,
» des lois. Soyez sûr de mériter par là mon affection
» et mon estime. »
M. l'évêque de Metz, à la tête de son clergé.
" SIRE,
» Le devoir que j'ai l'honneur de remplir, en
exprimant à Votre Majesté les voeux du clergé du
diocèse de Metz, est d'autant plus doux et honorable
pour moi, que n'ayant tous qu'un coeur et qu'une
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 41
ame, c'est cette parfaite union dont je viens porter
l'hommage à vos pieds. Plusieurs d'entre nous ont
survécu à de longues et terribles épreuves ; mais
jamais, Sire, vous n'avez cessé de régner dans nos
coeurs. C'est par ces sentimens que se distinguent
ceux qui successivement viennent prendre rang
parmi nous. En chérissant votre autorité, Sire,
nous ne faisons qu'obéir à une loi suprême qui nous
enseigne, qui nous ordonne d'enseigner aux autres
qu'elle émane de l'autorité même de Dieu. Si je
rappelle cette doctrine sacrée, ce n'est point pour
m'en faire un titré de gloire, mais pour déclarer
que j'y serai toujours fidèle. Je supplie Votre Majesté
de daigner, avec cette bonté qui sait si bien gagner
les coeurs de ses sujets, agréer l'hommage de notre
amour et de notre vénération , heureux que nous
sommes d'offrir à Votre Majesté l'expression de nos
sentimens, en ce beau jour, au milieu de l'allégresse
et de l'empressement qu'excite son auguste pré-
sence. »
LE ROI a répondu :
« Je reçois avec grand plaisir l'expression de vos
» sentimens et de ceux du clergé de ce diocèse.
» L'union entre le trône et la religion doit tou-
« jours exister, afin de se prêter l'un à l'autre un
42 VOYAGE DU ROI
» mutuel appui. C'est ainsi que se perpétueront dés
» temps heureux. Nous avons eu à souffrir long-
" temps. Le clergé a aussi souffert, j'ai cherché,
» autant que je l'ai pu, à fermer ses anciennes plaies.
» Le Ciel, j'espère, m'en donnera de plus en plus
» les moyens. »
M. Klie, président du tribunal civil.
« SIRE,
» Vos fidèles sujets les membres du tribunal civil
de Metz, auxquels se sont réunis les membres du
tribunal de Sarreguemines, viennent déposer aux
pieds de Votre Majesté l'hommage de leur profond
respect, de leur amour et de leur dévouement
absolu à sa personne sacrée.
» Je suis heureux, Sire, d'être l'interprête de ces
sentimens et de pouvoir, la main appuyée sur le
coeur, renouveler le serment que je lui ai prêté. »
LE ROI a répondu :
" Ces sentimens vont droit à mon coeur. Je ne
» doute pas qu'ils ne soient dans ceux de tous les
« magistrats au nom desquels vous venez de parler.
» C'est en remplissant avec fidélité les importantes
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 43
» fonctions, que je leur ai confiées, qu'ils mériteront
« de plus en plus mon affection et mon estime. »
M. Huard, président du tribunal de commerce.
" SIRE,
« Le tribunal de commerce regarde comme un
jour heureux pour lui celui où il est admis à l'hon-
neur de vous présenter l'hommage de son amour et
de son profond respect.
» L'arrivée de Votre Majesté dans cette cité fidèle
y répand une allégresse que partagent tous ses
habitans; depuis long-temps, Sire, ils aspiraient
ardemment après ce bonheur, dont le plus doux
souvenir sera religieusement conservé.
» Si nous ne craignions, Sire, de contrister votre
coeur paternel, nous déposerions aux pieds du
trône nos douloureuses doléances sur le malaise
chaque jour croissant du commerce.
» Le département de la Moselle, par sa position
topographique, devient particulièrement l'objet de
votre sollicitude; ce ne sera pas vainement qu'il
l'aura invoquée, en cherchant à lui rendre avec les
états limitrophes des moyens d'échange dont il pro-
fitait précédemment, pour l'écoulement de ses vins
et des produits de son industrie.
» Nous osons également espérer de votre auguste
44 VOYAGE DU ROI
bienveillance un accueil favorable à la demande
plusieurs fois réitérée pour l'obtention d'un entrepôt
avec transit, lorsque, dans sa haute sagesse, Votre
Majesté jugera convenable d'ordonner la création de
ces établissemens sur divers points du royaume.
» Daignez, Sire, écouter avec bonté nos respec-
tueuses réclamations, qui ne sont dictées que par le
vif désir de voir le commerce, l'une des sources de
la fortune publique, renaître à un état plus, prospère
que lui garantira votre royale protection.
» Sire , puisse votre règne durer encore de
longues années pour le bonheur et la gloire de la
France ! Ce sont nos voeux les plus sincères, que
nous supplions Votre Majesté de vouloir bien agréer. »
LE ROI a répondu :
« Je reçois avec le plus vif intérêt les réclama-
» tions qui me sont faites au nom du commerce. Je
» les examinerai avec tout le soin qu'elles deman-
» dent. Je chercherai les moyens qui peuvent, en-
« core accroître sa prospérité. Heureux si mes efforts
» sont couronnés par le succès ! Je ne désiré rien
« tant que de faire prospérer le commerce dans
« mon royaume. Je sais combien il est important
» pour ce pays. Soyez sûrs que je ferai tout ce que
» dépendra de moi. »
DANS LES DÉPARTEMENS DE L'EST. 45
M. de Turmel, maire.
« SIRE ,
« Le corps municipal dépose respectueusement
aux pieds de Votre Majesté l'expression des senti-
mens d'amour et de fidélité dont les Messins sont
animés pour votre personne sacrée. Heureux de
contempler les traits d'un monarque chéri, sur tous
les visages se trouve l'expression du bonheur; et, en
ce grand jour, ils célèbrent une fête de famille.
« Trois fois votre auguste fils s'est trouvé au
milieu de nous, et sa présence y a chaque fois excité
la joie et l'enthousiasme.
« Son Altesse royale a daigné apprécier le dé-
vouement d'une population fidèle qui, dans tous
les temps, a donné des preuves de son dévouement
à ses rois.
« Vos aïeux, Louis XV et avant lui le bon
Henri, en furent si pénétrés, qu'ils en donnèrent
des marques publiques de satisfaction à cette, cité :
le premier, en faisant orner la cathédrale d'un
portail qui rappelle l'époque mémorable où ce mo-
narque séjourna dans nos murs, et le second, par
les lettres patentes octroyées en 1597, qui confir-