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Zumalacarreguy et l'Espagne, ou Précis des événemens militaires qui se sont passés dans les provinces basques depuis 1831 / par M. Vocaltha...

De
120 pages
Hinzelin (Nancy). 1835. 1 vol. (115-4 p.) : portr. ; in-8.
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MJMÂJLÂtOÂI&EIECTlf
E- t l'C^pagne.
ZUMALACARREGUY
il 1 t el 1. 1 1 a,, lal~ ,~> a u - kil, a~l, i îe
OU *
PRÉCIS DES ÉVENEMENS MILITAIRES QUI SE
SONT PASSÉS DANS LES PROVINCES BASQUES
DEPUIS 1831,
cçljiar §§2'
ORNÉ DU PORTRAIT DE ZUMALACARREGUY.
@~
HINZELIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
HUE SAINT-DIZIER, N° 67, EN FACE DE LA PLACE DU MARCHÉ.
1855.
AVIS DE L'ÉDITEUR.
La publication de l'ouvrage ci-après a été retardée par
des causes indépendantes de ma volonté : d'une part l'ab-
sence de l'auteur; de l'autre la mort de Zumalacarreguy.
Des modifications à l'ouvrage sont devenues indispen-
sables en présence d'un fait aussi grave et j'ai du attendre
les ordres et les corrections de M. Vocaltha.
- Je crois devoir faire connaître ici, par quel heureux
hasard je me suis trouvé possesseur du manuscrit que je
publie. L'auteur de Zumalacarreguy et l'Espagne , que
je compte au nombre de mes amis, et chez qui j'ai
passé tant de soirées agréables lors de mon séjour à Paris,
pendant l'hiver de 1827 , fut informé par moi, il y a déjà
quelque temps, de l'acquisition que j'avais faite d'une
maison favorablement située pour mon commerce; de
mon intention de donner à ma librairie toute l'extension
dont elle peut être susceptible; et, particulièrement,
de mon projet de publier, soit pour mon compte^
soit pour celui de leurs auteurs, les ouvrages qui me
seraient adressés. Je lui mandais « J'espère au moins que
» tu voudras bien favoriser mon entreprise en me
» chargeant de 1 édition de quelque manuscrit ?» Je m'y
engage , répondit-il J et l'homme d'honneur à tenu sa
parole. Je l'en remercie, car j'éprouve, en publiant son
travail, la double satisfaction qui naît, et d'un précieux
souvenir, et d'un devoir aussi habilement que religieuse-
ment observé.
Je devais ces éclaircissemens au public, autant dans
notre intérêt que par reconnaissance. Maintenant il ne
lui reste plus qu'à connaître l'ouvrage.
Je dois dire aussi deux mots de l'exécution typo-
graphique.
J'aurais pu, tout aussi bien que mes confrères de la
icapitale, grossir cette publication au moyen des inter-
lignes, des pages courtes, des pages blanches, et des titres
multipliés; avec ces auxiliaires, aujourd'hui de mode, l'ou-
vrage se serait trouvé quatre fois plus volumineux , sans
que pour cela il y eût un seul mot de plus : je ne l'ai point
fait et je crois que le lecteur n'en sera pas fâché ; cela lui
évitera la peine de tourner trois ou quatre feuillets de
suite, avant de rencontrer une phrase à lire. L'intérêt seul
de l'ouvrage doit en faire le mérite : c'est une pauvre bro-
chure politique que celle qui ne se recommande que par
le luxe de l'impression. D'ailleurs une seconde édition
de cet ouvrage sera sans doute .nécessaire après la pacifi-
cation de l'Espagne. De nombreux incidens pourront
peut-être encore y trouver place, et, alors, je compte
bien le publier de nouveau : cette fois, je ne négligerai
rien pour que l'exécution matérielle de l'ouvrage réponde
au mérite de l'historien.
Cfjapitr* JJrmtflr,
SERVANT D'INTRODUCTION.
» Au moment où la guerre civile déchire les flancs ae
l'Espagne, et tient en haleine tous les rois de l'Europe,
une sorte d'enthousiasme et d'admiration viennent * se
glisser dans les masses et les arracher tout-à-coup à
ïeur indinerence politique.
leur indifférence l uo mme a parlé auss i haut qu- snti
Le génie d'un homme a parlé aussi haut que son
épéè; il n'en a pas fallu davantage pour lui donner
un bruyant écho.
Ainsi s'accomplissent les destinées des individus et
des peuples.
Dici, delà*, torpeurs, souffrances, croupissemens,
malaise presque général à la surface du corps social:
plus loin, cris de gloire et de liberté en un coin de
notre vieille Europe.
- Commé si, à ces heures de lente agonie, il était donné
à un seul homme de fouiller dans le cadavre des nations,
pour y boire à longs traits ses principes de force et de
vie; comme s'il était donné à la puissance d'uu homme,
d'être tout un peuple à lui tout seul.
Ce spectacle imposant d'une lutte inégale où les con-
victions du droit mordent, étreignent et terrassent les
aveugles fureurs du despotisme, est bien fait pour
nous intéresser.
L'Espagne est devant nous. — Regardons.
Que' sont devenues ces belles théories du fait social
écrites à la lueur des torches incendiaires ? que sont
devenus ces brillans sophismes de la jurisprudence po-
litique esquissés hâtivement entre deux craintes ou entre
deux révolutions?
Zumalacarreguy est devant nous.— Jugeons,
&—► 6 <—
On n'a cessé de nous dire: Nulle "révolution n'est
possible dans l'ordre matériel, si elle n'est préalable-
ment accomplie dans l'ordre des idées. Avec cet apho-
risme de circonstances, on a su gagner du temps
on a su timorer les esprits faibles et incertains.
J'ouvre l'histoire au hasard, et je vois que toutes
les révolutions sont le résultat d'un fait brusque
spontané, imprévu. Une cause, sans doute, leur a donné
naissance; niais cette cause est moins dans le déve-
loppement, que dans la coercition des principes.
L'effet du développement est d'améliorer à la longue;
ce qui constitue les phases politiques des sociétés.
L'effet de la coërcition est d'engendrer la réaction;
ce qui constitue les révolutions proprement dites.
Il est plus vrai de dire :
Que toute révolution est la conséquence inévitable
de droits méconnus, de principes oubliés. Personne ne
peut s'en attribuer exclusivement la gloire; c'est un
fait accompli par l'audace de plusieurs; c'est la vo-
lonté de tous résumée dans la force, ou le génie du
petit nombre.
Et avisons, que si l'astuce, l'hypocrisie, une secrète
combinaison d'enlacemens perfides et dangereux for-
ment le nœud gordien qui garolte les nations, c'est
toujours, ou du moins presque toujours, le tranchant
du fer qui le brise au même instant.
Les révolutions s'opèrent à ce juste milieu de dé-
tresse, où l'avenir effraie autant que le passé fut ac-
cablant. On se trouve alors entre deux écueils insur-
montables, qui ne permettent ni d'avancer, ni de ré-
trograder i le corps social n'a plus de vie, plus de
mouvement: Il est dans un état stationnaire, dans un
repos de mort, d'où l'intincelle électrique échappée
d'un volcan en fermentation pourra seule le retirer.
Aussi les révolutions n'appartiennent qu'aux masses;
et les hommes qui, par leur position influente, sem-
blent en avoir été les auteurs , n'ont fait uniquement
que sonner l' heure fetale, déjà marquée par la souf-
france et le. murmure des peuples.
- 7 «—s
D'où je conclus, que toute charte, pour être en
harmonie avec les conditions normales de notre dou-
ble existence, doit embrasser le développement de ce
que j'appelle le fait social et le fait politique.
Le lait social, tel que le catholicisme la créé, se
Compose évidemment de l'être organique, qui n'est
autre chose que l'homme et la femme, c'est-à-dire la
force et l'amour.
Le fait politique, tel que nos institutions le deman-
dent, se compose de l'être ratione I , qui n'est autre
chose que le pouvoir et l'obéissance, c'est-à-dire la
force et la liberté. -
Tout ce que les hommes tentent et pourront tenter
au-delà, constitue l'usurpation.
Le sujet est esclave ; il se soumet à la tyrannie que
le pouvoir lui impose.
Le citoyen est libre, il obéit aux lois qu'il défend.
La loi, c'est la force morale, la force constitutive
du peuple: la tyrannie en est la force brutale, la force
occulte; la force dissol vante.
Et pourtant la tyrannie a ses lois.
Mais, je le repète, la tyrannie ne peut constituer un
fait politique rationnel , parce que, à la violence de ses
lois, il manque l'élément de la liberté.
Force et liberté sont deux élemens primordiaux
d'un seul et même principe; l'identité séparée de deux
tendances législatives; la monade humanitaire qui, par
l'acte d'un im incible attraction , a seule auiourd'hu
puissance d'organisation et de durée.
Voilà pourquoi des peuples se tournent et se retour-
nent sur leur gril de douleur; voilà pourquoi l'Espagne
s'est émue quand le pacte fondamental a été déchiré
par Ferdinand; voilà pourquoi les provinces de la
Navarre ont pris les armes; voilà pourquoi il s'est
trouvé un homme du nom de Zumalacarreguy pour les
conduire à la victoire.
Tant d'événemens se sont succédés avec tant de
rapidité depuis peu d'années, que j'emploierai dans
ce récit toute la concisiou du style et tout le mou-
s?—* 8 --
vement des idées, sans omettre aucun des Faits impor-
tans, aucune des notions générales qui se rattachent
à la guerre péninsulaire.
Et dabord, je vais tracer le figuré des divers pou-
voirs qui ont occupé ou occupent encore le premier
plan de la scène.
Cljapitr* Xeturiftn?.
Louis X., surnommé le Hutin, publia le 3 juillet
1305 des lettres d'affranchissement des comnununes
ainsi conçues :
«
* Nous considérant que notre royaume est dit et nommé
» le royaume de France et voulant que la chose en
» vérité soit accordant au nom, et que les condi-
» tions des gens amende de nous en la venue de
» notre nouvel gouvernement; par délibération de
> notre grand conseil, avons ordené et ordenons que
» généralement par tout notre royaume de tant comme
» il peut appartenir à nous et à nos successeurs.,
» telles servitudes soient ramenées à franchises ; et
a à tous ceux qui de ourine ou ancienneté, ou de
* nouvel par mariage, ou par résidence de lieux de
» serve condition, sont cnchenés ou pouroicnt es-
» choir en lieux de servitude, franchises soit données
» o bonnes et convenables conditions.»
Eh bien ! la plupart des communes préférèrent leur
état de servitude, où elles s'étaient fait une sorte de
tempérament, de nature fortement et intimement liée
à la paresse du corps, à l'insouciance de la pensée
et à la constante dégradation de l'esprit.
Sans liens sociaux sur la terre, la servitude, pour
le peuple devient son indépendance; il vit de la seule
vie qu'il ait connue et qu'il consente à vivre. Quelle
liberté lui manque donc ? Ce qui arriva aux com-
munes de France est arrivé plus de cinq cents ans
après, aux provinces espagnoles.
»-* 9 ~«
Ferrlin and VII, prince accessible à toutes les impresi
sions et à tous les partis, Ferdinand VII, prince
faible et sans énergie, dont les phases maritales échan*
craient l'autorité; Ferdinand VII, roi dépossédé par
rignorance et par la trahison, qui, tour à tour vic-
time de l'ambition des autres et de sa propre in-
différence, fut moins livré pieds et poings liés à la
France par l'intrigue de sa cour, que par le flux
immodéré de ses irrésolutions; Ferdinand VII, crut
devoir apporter une nouvelle charte à son pays, lors-
qu'il sorlit de Valençay. Dès que le bruit de son
retour se fut répandu à la frontière, on vit les popu-
lations accourir, insulter au patriotisme des Cortès,
qui, seules, avaient sauvé l'Espagne, déchirer leur
constitution et applaudir frénétiquement au décret de
const i tut i on et aabp r iss,,i i t l'inq~ uisitio-n.
leur roi qui rétablissait l'inquisition.
En récompense de ce service , ou pour mieux dire,
de ce zèle fanatique, Ferdinand permit à la capitale,
d'ajouter à ses précédens titres de Loyale et d'Im-
périale, celui d'Héroïque, et à son corps municipal,
celui d'Excellence.
Il est des époques fatales pour les peuples comme
pour les rois. Les uns e: les autres, après des mo"
mens de lucidité intellectuelle, tombent tout-à-coup
dans la plus aveugle ignorance, et se laissent aller au
cours d'une impulsion irrésistible. Les masses agissent
par intérêt; les individus par raison ou vanité. Mais
toujours, en politique, cette raison n'est que le des-
potisme habile; alors qu'une grande vérité sociale,
un pressant besoin d'avenir, germent au fond de tout
instinct populaire.
Comment faire entendre à l'Espagne, qu'un système
de gouvernement représentatif convenait à son exis-
tence et à son repos, quand, au nom de ce même
système, la liberté avait été étouffée, et l'Europe
ébranlée jusque dans ses entrailles : certes pour la
honte de l'humanité, l'absolutisme est souvent pré-
férable à la licence d'une constitution républicaine;
Ik ifc «-«
tt, mieux que toute autre nation, l'Espagne debout
sur ses ruines fumantes, pouvait s'écrier : Une géné-
ration moins malheureuse que nous sortira de notre
sang (*) !!!
Car si le privilège avait été jusqu'alors le principe,
constitutif de-tout gouvernement absolu; la république
française, plus émancipatrice dans son action, nous
avait donné le uiveau de la guillotine.
Donc il fallait choisir, et les Espagnols choisirent,
Plus tard, Ferdinand VII, jaloux de l'ascendant
que prenait son frère- dans les diverses corporations
de l'état ; de plus, excité par les conseils d'une ca-
marilla stupide, contre les élans de la popularité qui
décelaient les intentions pures et généreuses d'un prince
loyal ; plus tard, Ferdinand VII exila Don Carlos,
èomme si en l'éloignant de sa personne, il l'eût ar-
raché à la ferveur de ses sympathies acquises. Mesure
imprudente dont l'effet immédiat fut de resserep des
liens que consacraient l'injustice et le malheur.
La terrible leçon de 1823 ne put dessiller ses yeux.;
et, chose incompréhensible, on vit quelques années,
après, un ministère français commettre la même faute;
renverser la royauté en flattant, par caprice, par
bouderie, aine opposition désespérée, comme Ferdinand,
par transport haineux contre son frère, se frappa au
cœur en flattant un moment les Cortès de 1812.
L'esclave ne pardonne jamais au maître, il brise
ses chaînes sur son front. »
Le danger de la couronne réunit les deux frères,
cependant on chercha à insinuer dans l'esprit dé Fer-
dinand que Don Carlos était l'instigateur du mouve-
ment révolutionnaire. Long-temps le malheureux roi
(*) on a prétendu que certaines factions, à Madrid et dans quel-
ques autres provinces du sud de l'Espagne, tenaient pouf la constitution
de 1812, assurément rien ne peut être plus avantageux à la cause royale,
qu'une folle proclamation des principes des anciennes Cortès. Ce serait
l'anachie dans l'anarchie; et du moment que l'hydre révolutionnaire
montrera sa tête, Don Carlos verra toute l'Espagne monarchique mixte
ou monarchique a bsolue, e, jeter dans son camp, comme dans le sanc-
tuaire de l'honneur, du garanties sociales de l'ordre et 'd'une accep-
table légitimité. -
»..* 11 Ml
hésita entre le doute du crime et la nécessité d"un
coup-d'état. Ce fut au milieu de ces perplexités, de
cette funeste inaction, qu'il sentit sur ses épaules la
main puissante de l'ennemi.
Alors seulement il voulut reconnaître son égarement,
alors seulement il innocenta son frère, alors seule-
ment il invoqua l'appui de la France. La France vola
à son secours, la France le replaça sur le trône de
ses pères.
Mais bientôt les mêmes jalousie, les mêmes tirail-
lemens recommencèrent. Don Carlos devint le Paria
royal de la cour. Et pourtant l'Escurial revêtait ses
pompes de fête; et pourtant Aranjuez retentissait des
chants de plaisir; et pourtant sur les cendres de trois
princesses, à peine refroidies, une quatrième princesse
accourait déchaîner le volcan de ses passions napoli-
taines.
Isabelle II reçut le jour.
Pauvre Ferdinand !
Au lieu de crever dans sa coque nuptiale. l'épouse
que lui envoyait la Sicile, ainsi qu'il avait fait pour
toutes les autres, ce fut la reine qui tua le roi; et
comme si ce n'était pas assez de ce triomphe conjuv
gai, Christine y ajouta la vengeance.
Par ses ordres, par ses avis perfides, par ses atroces
calomnies, par ses baisers impurs qu'elle déposait
sur les lèvres d'un mourant; la charte royale, la vieille
constitution nationale fut déchirée, anéantie. Aux droits
sacrés de Don Carlos, succédèrent les droits menteurs
d'Isabelle. L'Espagne s'en émut; les provinces du nord
firent entendre le mâle cri de guerre. -
x Don Carlos protesta contre l'usurpation; trop fai-
ble pour conjurer l'orage, il chercha asyle dans le
camp d'un prince allié qui combattait bravemeut pour
l'héritage de ses ayeux; il attendit, au bruit du canon
portugais, que le canon espagnol l'appelât dans son
royaume. Son attente ne fut pas longue, car chez les
Bourbons, mêmes les plus dégénérés, il y a de ce sang
d'Henri IV, qui fermente et bouillonne aux seuls
mots de patrie et d'honneur.
➵ 12
Les Pasques, nalion firre, intrépide, robuste et in-
domptable, fuient les premiers à prendre les armes.
Le cabinet de Madrid n'y fit pas attention ; les
procuradorès se constituèrent en chambre délibérative
et débutèrent par une de ces lois spoliatrices qui in-
digna l'Europe entière et alarma tous les capitalistes.
La dette nationale était restreinte, l'emprunt (Guéb-
hard et toute les créances publiques et particulières
déclarées hors de cours.
En vain les nuages s?amoncelaient à l'horison, en vain
de sourds murmures retentissaient dans les provinces ;
les fêtes se succédaient à la cour de la régente.
Zéa Berumdez , ministre du choix de Ferdinand, ac-
cusé dabard de modérantisme, puis de trahison, s'était
rétiré devant l'outrage et l'exaspération publique.
Martinez de la Rosa, appelé à le remplacer, fit des
lois en poète, comme Torreno, ministre des finances, lit
des budgets en agent de banque.
Llander seul montra quelque énergie, quelque ap-
titude au département de la guerre; mais Llauder re-
venait vaincu de l'armée de Navarre.
Qu'importe Y la régente se souciait peu de trophées
d'armes. Qu'importe Y la régente s'en reposait sur les
soins de la quadruple alliance. Pourvu que par un
beau soleil couchant, elle put voir ses huit mules
andalouses promener tranquillement par les routes déli-
cieuses d'Aranj uez, ou les allées parfumées del Retiro
et du Prado, pourvu qu'elle put sourire à cet autre
Godoï, Munez', le garde du corps; pourvu qu'elle put
presser en Ute-à-tète ses genoux de ses genoux, pourvu
qu'elle put passer sa main caressante dans les boucles
de ses noirs cheveux, Christine ne demandait rien au
peu ple, Christine laissait faire le peuple, Christine s'en-
dormait dans une béatitude complète, sous les grlifes
menaçantes du peuple.
Et cela devait être pour qu'il ne manquât aucune
Taison auguste et légitime à la cause de l'infant Don
Cmi'IOO»
f S
Chapitre Cmtftfnt*.
L'Espagne, toujours vierge au milieu de la démo-
ralisation sociale a su garder dans son sein vigou-
reux, le germe des qualités qui font l'homme; ce vers
d'un poète latin :
- Cantaber io hello dicitur esse ferox!
n'a point changé de valeur., Le Basque ou Cantabre,
est de nos jours ce qu'il fut du temps des Cartha-
ginois, ce qu'il fut du temps des Romains, ce qu'il a
été à toutes les époques de secousses violentes : plus ami
de la liberté que de son existence.
C'est dans les montagnes de la Biscaye que se re-
, tira infortuné Pelage, après la sanglante bataille de
Xérès , qui renversa l'empire des Goths, fondé depuis
près de trois siècles. Là, ce rejeton de tant de rois
reçut les sermens d'une noblesse dévouée; là, il fut
élevé sur le pavois militaire, n'ayant d'autre couronne
qu'une branche de chêne, d'autre sceptre qu'une épée;
d'autre tente que l'ombre d'un feuillage. Là, il fut plus
roi que les rois sur leurs trônes, parce que la nation
n'était plus qu'un camp, que ce camp le proclamait
son chef, et que ce chef, les mains levées sur la bannière
mutilée de Castille, jurait de mourir pour Dieu, là
liberté et la religion : Fuéros y la religion.
, Les conquêtes du farouçhe Murzza étaient bien ca-
pables de désespérer une cause si sainte; mais Pelage
comptait sur son droit et plus encore sur le courage
de la noblesse. Il réussit. Qu'on juge de sa faiblesse,
4c ses modiques ressources, de ses efforts et de sa per-
sévérance , par l'extension qu'il donna, en moins de deux
ans, à un royaume beaucoup plus petit que le plus
petit. de nos départemens; et qui embrassa bientôt un
territoire de cent milles de longueur sur trente milles de
largeur, où s< n autorité était reconnue, son nom adoré
Ot ses lois exécutées (712).
Nul doute que la Navarre seule sauva l'Espagne; nul
»-» U <_■«;
doute qu'Alphonse ne fut roi que par la Navarre, et
puis par l'épée du Cid.
Un autre Pelage, un autre prince, victime d'une
autre révolution, est venu se ieler dans les bras de la
Navarre. Sa voix a été entendue, et du haut de leurs
montagnes, les peuples ont tressailli d'amour et de
fidélité.
On se trompe généralement sur le caractère de ce
que ion est convenu d'appeler des chefs de parti ; on
se trompe encore davantage sur l'esprit des gens du
midi. Aucun peuple ne peut être assimilé au peuple
espagnol, ce sont les Arabes de l'Europe: mais les
Arabes moins la civilisation, les Arabes moins le ma-
h métisme. Relégués dans un coin de notre vieille terre,
comme un ours dans sa tanière, ils ont vu succes-
sivement chaque flot de révolution s'amonceler aux
pieds des Pyrénées, et venir se briser sur leurs rochers.
Ri la guerre civile, ni la guerre étrangère ne leur
a point manqué : ils ont tout enduré, tout souffert, tout
vaincu, tout extirpé; comme si les bornes d'Hercule qui
jadis, chez eux, avaient fait rebrousser le monde, avaient
fait aussi rebrousser l'esclavage. En aucun lieu de l'uni-
vers, la liberté n'a parlé plus haut que dans les mon-
tagnes de la Biscaye et de la Navarre ; en aucun lieu
de l'univers, il ne s'est rencontré une race d'hommes
plus misérable et plus fidèle, ayant sang aux veines
pour ses princes et haine au cœur pour l'oppression.
Aussi ne devons-nous pas être étonnés de l'accrois-
sement prodigieux que vient de prendre l'armée de
Don Carlos. C'est dans la terre classique des guerilleros
qu'il a placé son étendard, et c'est sous son étendard
que des milliers de guérilleros se sont rangés.
Une observation importante ressort de ce fait. C'est
que pour commander à des soldats déterminés qui
offrent avantureusement leur vie à rencontre des
balles et des baïonnettes, il faut être soi-même plus
qu'un soldat déterminé; joindre à une connaissance
exacte du terrain, une prudence de tous les momens,
Une activité infatigable; se montrer supérieur à la
~is~
mauvaise fortune, veiller le jour, veiller la nuit, tendra
des embûches, payer @ des espions., être le premier à
l'attaque, le dernier a la retraite ; ne négliger aucun
moyen d'en imposer à la foule, se créer mille res-
sources dans ies revers eu les privations; ne jamais
occuper deux jours de suite le même lieu, mettre un
secret impénétrable et un décousu apparent dans ses
operations; fondre comme l'aigle sur de petites por-
tions de corps, harceler., miner, ruiner son ennemi,
sans lui donner les facilités d'un combat général; en
un mot à beaucoup de force d'àme, joindre beaucoup
de force physique.
Telles sont les qualités qui doivent distinguer tout
chef de guerilleros, telles sont les qualités qui distin-
guaient Zumalacarrçguy qui, en outre, s'est improvisé le
plus grand capitaine de l'Espagne et l'un des plus habiles
généraux de notre temps.
Chapitre €htatricm<\
Le bassin de l'Ebre, composé de quatre provinces,
la Biscaye, la Navarre, l'Aragon et la Catalogne, for-
me, au nord de l'Espagne, un trapèze dont les deux
grandes parallèles sont TEbre et les Pyrénées, et les
deux autres côtés, la mer et 1 extrémité du Guipuscoa.
Ce bassin se subdivise en plusieurs autres bassins se-
condaires qu'engorgent des montagnes arides, impra-
ticables, où le pied du bandoléro peut seul trouver
appui ; de là il domine tous ces afluens qui coulent
des versans Pyrénéens et viennent s'osculer sur la
grande pente de l'Ebre.
Je n ai dû m'occuper que de la configuration stra-
tégique du pays où l'émeute a commencé, où elle s'est
soutenue et oi. elle a acceléré ses développemens.
La réunion de ces quatre provinces, forme la grande
Vendée espagnole, contre laquelle viendront se briser
les eiiorts de tomes les autres provinces.
s»—v <—s
Moins - avantageusement situés pour la guerre, no&
départemens de l'ouest environnés de toutes parts,
sans fleuves encaissés, sans précipices, sans montagnes
inaccessibles, engagèrent une lutte terrible avec la ré-
publique qu'ils épouvantèrent jusque dans son bouge
de sang. Quelles n'eussent point été les destinées de
la France et de toute l'Europe, si l'insurrection , au lieu
d'être circonscrite dans des limites étroites, eut envahi
le Maine, l'Anjou, la Bretagne et la Normandie ? »
Après les d'Elbée, les Lescure, les Gathelineau, les
Bonchamps, les Stofflet et les Larochejacquelin, deux
grandes figures politiques dominaient la scène révolu-
tionnaire pour le maintien du principe légitime.
Burk en Angleterre (*).—Charrette en France,
Comme de nos jours, après les Zavala, les Castor,
les Mérino, les Carnicer et les. Eraso, deux grands
bustes se decoupent admirablement au milieu des pâles
silhouettes qui les environnent.
Berryer en France. — Zumalacarreguy en Espagne.
Cet accord, j'ose dire providentiel entre la tribune
tt le champ de bataille', comme pour sanctionner la
force de l'épée par l'éloquence de la raison, s'est re-
produit dans les phases libérales des peuples, avec 4a
même énergie, de caractère et la même sublimité
diction. , '-
Les paroles de Canning arrivaient brûlantes dans
le camp de Bolivar, jet les nobles élans du. général
Foy électrisaient par delà les monts, tout ce qu'il y avait
de cœurs patriotiques.,
(*) Malgré l'opinion de quelques légitimistes éclairés, je préfère Burk
à Pitt, et comme publiciste eL comme homme d'état ; mais surtout comme
orateur. Pitt, dans sa longue carrière administrative, ne chercha qu'à
ruiner la France par la France. Il est certain qu'il fomeûta et encouragea
toutes les jalousies des chefs vendéens ..ainsi que. toutes tes cupidités de
l'intrigue émigrée, pour donner, sous la condition expi esse de l'hommage-
lige, l'investiture du duché de Bretagne, à quelque âme damnée qui aurait
relevé parla, dn trône d'Angleterre. Le comte de Puisaye, chouan, vendu
au ministre anglais, se chargea de défaire l'œuvre de Duguesclin. C'est la
connaissance de ce traitre infâme , qui porta Louis XVIII a le proscrire et
Napoléon à vouloir l'arracher de l'asyle que lui avait ofiért le gouverne-
ment britannique ; pour le traduire devant une commission militaire.
<■ i? -i—«
Toutefois ne nous méprenons pas sur l'esprit des
populations. Voyons ce qur se passe en Lspagne.
Les provinces méridionales où les milices urbaines
s'organisent difficilement et dans un sens équivoque,
assistent ca^m s, indifférentes au drame
joue chaque jour devant eues. Pas de sacrifices, pas
de dévouement, pas de levée en masse, pas d'exalta-
tation; rien, absolument rien de ce qui réveille un
peuple, Parme pour sa gloire et le fait courir au-de-
vant de la liberté ou de la mort.
Qu'espérer donc d'un pays qui ne s'émeut point aux
chants de triomphe de l'ennemi ; d' un pays qui n'a
point d'entrailles pour les cris de ses iils expirans;
d'un pays qui regarde, œil sec, bras inertes, son gou-
vernement se disloquer, se détraquer et tomber en ruines
et en pourriture !
Comparez cette conduite avec celles qu'ont tenue jus-
qu'à présent, les nations qui ont voulu franchement,
énergiquement leur révolution.
Et puis voilà qu'au milieu de toutes ces apathies, de
toutes ces incertitudes, un événement grave qui eut pu
être facilement surmonté ou prévu, se jette en travers
des affaires publiques; à tel point, qu'après les pre-
miers momens de surprise, le ministère inquiet n'eut
d'oreilles que pour les conseils ineptes de la peur.
Ces choses trouveront leur place en leur temps; n'anti-
cipons pas sur l'ordre chronologique des faits.
La révolution de 1830, mamelle féconde de; autres
insurrections européennes, vit les Torys au p :u',oir
en Angleterre. Lord Wellington et le duc d: London-
derry, son âme damnée, dont la chancellerie acti ve était
un vaste foyer d intrigues absolutistes, acceptèrent re-
connurent, sourdement, bassement et en grimaçant,
une royauté nouvelle, une royauté en dehors de leurs cal-
culs, une royauté citoyenne; la royauté de Louis-
Philippe.
Ils crurent par cet acte d'adhésion équivoque, ras-
surer les Vighs, dissiper leurs craintes, faire voie large
à leur système de contre-mine, an milieu des embarras
ti-+ i 8
d'une opposition radicale ; ils crurent surtout que le
moment propice de s'enraciner au pouvoir était arrivé,
en exigeant de la France, l'abandon d'Alger, pour
prix de la reconnaissance de son principe popu-
laire. Mais en ceci, come en tant d'autres, choses, ils
péchèrent par orgueil,, ils péchèrent par ignorance, ils
péchèrent par ambition.
Un ministère Wigh devint bientôt nécessaire. Lord
Grey fut appelé à la présidence du conseil, et le duc
de Wellington à recommencer ses attaques contre la
liberté.
Sur ces entrefaites, Don Pédro, chassé du Brésil,
Don Pédro, exilé du Portugal, et à qui pourtant il faut
un royaume, même celui de son frère; Don Ptdro
vint mendier les secours du cabinet anglais, non pas
pour lui, car son abdication forcée le lie, mais
pour une femme, mais pour la jeune princesse Dona
Maria.
En quelques mois une expédition maritime est prête,
elle cingle de Piymouth vers les côtes de Terceire, où
elle est tenue quelques jours en panne; trois semaines
après elle arrive en face d'Opo.rto.
On sait quelles ont été les conséquences de cet
acte d'intervention armée, on sait comment les légions
étrangères ont comprimé l'élan de la nation portu-
gaise, on sait avec quel courage Don Miguel, dont
les derniers momens rachettent dix années de crime,
a défendu pied à pied le sol de sa patrie, d'où l'ar-
rachait, au mépris des traités, la volonté de l'An-
gleterre.
Déjà la Pologne était devenue une province russe;
déià Anvers s'était écroulé sous le feu des batteries
françaises ; déjà le 66e régiment de ligne avait enfoncé
les portes d'Ancône, lorsque la mort de Ferdinand
bouleversa l'Espagne de fond en comble. L'infant Don
Carlos venait d'être mis hors la loi.
Et qu'une réflexion me toit permise à cet égard.
Parmi tous les peuples dont la révolution a suivi
immédiatement la nôtre, un seul avait des droits sa-
➵ 19
crés, des droits incontestables à la sympathie de nos
cœurs, à l'aide de nos bayoruiettes. C'est ce peuple
là précisément que nous avons méconnu, abandonné
en invoquant le principe de non intervention, alors
qu'au dédain de ce même principe, nous sommes
entrés tambour battant chez les uns et voile aux vents
chez les autres.
C'est qu'il est plus facile de chasser aux roitelets
qu'au sanglier. D'ailleurs les gouvernmens ressemblent
aux individus: - La force leur en impose, la faiblesse
les rend audacieux.
Don Miguel, que trois jours de combat obsjiné
aux portes de Lisbonne avaient beaucoup afiaibli, se
relira dans les murs de Santarem, place iorte de
l'Estramadure.
Son espoir était, qu'en cas de nouvel échec; il pourrait
gagner l'Espagne, soit par la grande route d'Abrantès,
qu'il commandait encore, soit en se frayant un pas-
sage à travers le mont Camisso.
Loin de là, ce fut Don Carlos qui, sous petite es-
corte, se rendit à son camp retranché près Santarem.
Alors se croisèrent en tous sens ces négociations,
ces intrigues, ces menaces, ces promesses de cabinet,
pour désarmer deux rois malheureux et les contraindre
lâchement à l'exil.
Alors le parti Tory reprit lui aussi son beau rôle
de généreuse opposition, de loyale assistance qu'il
n'aurait jamais dû quitter; alors il fut évident aux.
yeux de l'Europe, qu'à côté du ministère anglais, mar-
chait parallèlement un autre pouvoir concentrant eu
lui-même plus d'élémens de force et de vitalité.
Je ne doute pas que la chute de Lord Melbourne
ne soit due à l'influence supérieure exercée par les
Torys, dans toutes les questions de politique extérieure
Ils savaient, avant et mieux que le ministère, les
détails secrets et avérés de toutes les entreprises, de
toutes les opérations; Il les exploitaient avec une ha-
bilité merveilleuse; et par dessus tout cela, ils avaient
les moyens de leur imprimer sur le champ, telle ac-
a-* !O +-8
■\ tion qui convenait à leurs intérêts communs et -mle
dividuels.
Aussi, tandis que les' journaux accusaient l'insou-
ciance, ou la, lâcheté de Don Carlos, lui seul, en
n'agissant point, avait le secret de sa conduite. Séparé
des provinces Basques, où l'insurrection faisait peu de
progrès encore, par plus de deux cent lieues de pays;
il devait attendre que l'Estramadure, l'Andalousie ou
quelque autre partie de l'Espagne se soulevât en sa
faveur. Le gouvernement de Madrid comptant sur l'ap-
pui de la France, put disposer de toutes ses troupes
; contre le prétendant, et le mouvement qu'il espérait
n'eut point lieu. -'
Cependant l'infant ne cessait de roder sur la fron-
tière , guètant le moindre signal, le moindre à-propos.
Plusieurs fois il mit le pied sur le sol espagnol ;
plusieurs fois il dut se retirer devant les embûches dont
P, était sans cesse environné. Sa présence sur les confins
des deux royaume, inquiétait vivement le ministère,
qui se décida à envoyer le général Rodil avec plein
pouvoir de violer le territoire portugais et de ramener,
mort ou vif,-le rebelle Don Carlos.
- Rodil se met en marc he, arrive bravement à la tête
de 6,000 hommes devant une poignée de fidèles ser-
viteurs, les pousse Tépée dans les reins et ramène triom-
phant une vingtaine de chevaux abandonnas.
L'ordre de départ était donné à Don Carlos, non
par le haut fait d'armes de Rodil, mais par un capi-
taine de corvette anglaise, qui le recevait à bord et le
transportait à Londres, c'est-à-dire dans la Navarre.
Cljapitr* Cinquième*
Ainsi que nous l'avons dit, lorsque la loi fondamen-
tale eut été indignement lacérée, les provinces du nord
de l'Espagne. refusèrent de se soumettre à la nouvelle
constitution. -
L'étendard de la révolte fut arboré, les montagnards
»—» 21 <—®
2;.
coururent aux armes. De tous côtés les villages se dé-
peuplaient, les jeunes gens s'organisaient en guérillas
aux cris de : Viva don Carlos ! viva el Rey ! La Biscaye
prenait une attitude menaçante.
La chambre des procuradorès confiante dans les
traités de la quadruple alliance qui assuraient vie et
secours au gouvernement de Marie-Christine, ne s'oc-
cupa que de réduction d'emprunts, d'annullation de
dettes; plus tard, à mesure que Les bulletins du théâtre
de la guerre prouvaient sinon les victoires de Rodil,
du moins l'énergique résistance des factieux, elle déclara,
par une loi qui passa à une faible majorité , Don
« Carlos, exclu de tous ses droits au trône; lui et tous
> ses descendans bannis à jamais du territoire espa-
* gnol. »
Quelques jours après la promulgation de cette loi,
Don Carlos était au milieu de ses braves compagnons
de ISavarre.
Son départ de Londres, sa fuite à travers la France,
où la police avait redoublé de sévérité, son séjour à
Paris, son bonheur à traverser la frontière hérissée d'es-
pions, de soldats, de douaniers, de mouchards; et,
par-dessus ces difficultés, la difficulté plus insurmon-
table de trom per, de déjouer la vieille astuce du vieux
diplomate Talleyrand; tout cela a de quoi exciter vrai-
ment notre surprise et noire admiration.— Il y a pres-
que de la fatalité.
Santos Ladron, officier plein de courage et de mé-
rite, qui l'un des premiers avait fait entendre le cri de
fidélité au roi , le brave Santos Ladron périssait le pre-
mier, assassiné par Quesada.
Zumalacarreguy indigné de ce trait de lâcheté , jura
de venger son ami. — Il tint parole.
Retiré à Pampelune où il vivait modeste, ignoré de-
puis plusieurs années, avec sa femme et ses enfans, il
remplaça le Brigadier Ituralde, qui prit le commande-
ment des troupes de Santos Ladron (*).
(*) Eraso , obligé de venir chercher en France , un remède a des maux
qui le faisaient violemment souffrir, ne put s'evader , malgré la surveillance
s=—* ê 2 .■<—H
-' Si la nature traite certains hommes en favoris, on
Î)eut dire qu'elle a été prodigue de. ses dons envers Zuma-
lacarreguy. Né en 1790, à Ormaïsteguy, petit village du
Guipuscoa, c'était le Basque dans tout le développement
de ses forces physiques et de ses facultés intellectuelles:
, Homme de fer, homme de détermination , homme
de toutes les fatigues , il avait, pour seconder ses projets
illie imagination de feu , un œif d'aigle et une volonté
despotique.
La science administrative., quand tout était à orga-
niser dans un pays traqué et dépourvu de tout élément
d'organisation,, n'a peut-être jamais été poussée aussi
loin que par.lui; comme par enchantement, ses efforts,
ses prévoyances., son. génie, ont fait jaillir d'un sol
stérile et pauvre des moyens de victoire ; chaque jour
affermissait davantage son existence militaire, chaque
jour rendait son autorité plus sainte, son nom plus
glorieux : avec lui tout se régularisait, tout prenait corps,
tout se granifiait. — Après Napoléon, Zuinalacarreguy
est,sans contredit, la plus grande figure guerrière du sièclc.
-La régente, sous l'influence de Martinez de la Rosa ,
président du conseil, convoquait les Cortès générale&
du royaume: dans sa ville héroïque de Madrid , pour
le 24 juillet 1834. Ce decret daté d'Aranjuez, efface les-
exceptions d'amnistie qui étaient exprimées au premier
decret royal du 20 octobre 1832.
': Lé. générai Mina et le général Vigo pouvaient ren-
trer dans leur patrie. Dans le même temps, le colonel
français marquis de Lespinasse organisait, avec un zèle
, et - un succès incroyable, la cavalerie carliste ; dans le.
même temps, la junte de Navarre prenait plus de
consistance, soit par la haute moralité des membres
qui la composaient, soit par les avantages partiels que
, les chefs de bandes Zumalacarreguy, Segastibelza ,
Eraso , Ituralde et Guiberalde ne cessaient d'obtenir.—
Elle trouva à contracter un emprunt de 500,000 francs.;
de la police , qu'après'un long et dur internement. L'autorité lui revenait
de droit; mais par une de ces abnégations si communes , dans ces sortes de
guerre, il refusa; et Zumalacarreguy fut définitivement investi du com-
mandement suprême. - 1
s#—■* 2j ♦—es
Les ayuntamientos ou conseils municipaux de pro-
vince , ne répondaient pas par leur zèle à la lettre
royale de Marie-Christine. Les élections se faisaient par-
tout lentement, au milieu du trouble et de l'exaltation
des esprits; il semblait que la nation eut le pressen-
timent des nouveaux malheurs qu'elle allait trouver
et dans les formes abusives de la loi, et dans l'inca-
pacité de ses représentais.
Le vieux député Arguellos surnommé el divino orator,
ne pavant pas le cens voulu , intéressa les riches fon-
ciers de sa province qui lui vinrent en aide et firent
sortiv son nom victorieux de l'urne électorale.
Sur 188 procuradorès qui devaient être réunis le
24 juillet, à Madrid, plus de la moitié manquèrent.
Il était facile de voir que les élections, faites sous le coup
dune double panique,— la guerre de Navarre et le
déficit du trésor , — substitueraient la violence à l'en-
thousiasme , les passions au calme et les moyens de
terreur aux sages inspirations de la liberté. — Les cortez
ne surent être ni dignes, ni prudentes, ni à la hau-
teur de leur mission.
Tandis que les ministres attendaient, dans leur
retraite paisible d'Aranjuez, les résultats de la grande
convocation nationale, Don Carlos mouillait à Spi-
theafl, à bord du Donegal, commandé par le capi-
taine Fanskawe*. Le prince était accompagné de sa
femme Dona-Maria-Francisca, de sa sœur Dona-Maria-
Thérésa , princesse de Beira, veuve, toutes deux , sœurs
de Don Miguel; de ses trois fils, Don Carlos, John
et Ferdinand; de l'évéque de Léon, du comte Villa-
vicencia, de son confesseur racaille, des généraux
Moreno, Marota et Romagoza, dont la destinée fut si
triste; des maréchaux de camp Marlinoz et Abren; des
colonels Martinez , Balmaseda, Servadelha, et du lieute-
nant-colonel français Saint-Sylvain, plutôt connu sous
le nom de Los Vallès, son confident et ami.
Les journaux ministériels ne tardèrent pas à embou-
cher la trompette de la victoire et à s'écrier :
« La fuite de Don Carlos est pour la cause cons-
» 24 *-n»
9 titutionnelle, en Espagne, le plus grand triomphe
» et l'encouragement le plus puissant; désormais sa
11 devise doit être : Sans peur et sans reproche. »
On voit que le Moniteur n'oublie pas ses anciennes
habitudes de style, on voit que de fortes velleités de
chevalerie lui montent souvent au cœur.
Ce qui n'empéchait pas le ministère de rappeler le
général Quesada; de dépouiller Saarsfield du beau titre
de vice-roi de Navarre, et d'expédier comme une
dépêche sûre, le général Rodil, sur le théâtre de la
guerre (23 juin).
Le 18, Zumalacarreguy à la tète de 4 bataillons.
guipuscoans et alavais attaquait, près du, iliage d'Eche-
varri, une colonne Christino forte de 4,000 hommes
d'infanterie, 3oo chevaux et deux pièces de canon, la
battait complètement , lui enlevait ses bagages, ses
munitions, cinquante chariots, plusieurs caissons de
fusils et lui tuait un de ses plus braves officiers, le
colonel Laplace, si connu par ses hauts faits pendant
la guerre de l'indépendance.
Le 20, Rodil portait son quartier-général à Salva-
Tierra, sur les confins de la Navarre et de la Castille,
Et comme si la mystification eut été, pour le gouver-
nement d'Isabelle, à r ordre du jour aussi bien que
les défaites, le prétendant franchissait les Pyrenées le
14, jaloux de s'associer aux travaux et à la gloire de
ses intrépides soldats. — Le 12, il était à Elisondo.
La nouvelle d'une fuite aussi extraordinaire que mys-
térieuse, frappa d'étonnement et de stupeur tous les
cabinets de l'Europe. En vain le Journal de Paris cher-
cha-t-il à la démentir, envain de prétendues corres-
pondances de la frontière, eurent-elles l'impudence
de signaler tantôt le général Moréno, tantôt M. Auguet
de Saint-Sylvain pour le soi-disant roi de Navarre ;
envain cria-t-on , dans les journaux, au mensonge !.*
à la forfanterie !. à la stupide crédulité !. Eu vain
le télégraphe redoubla-t-il de mouveniens et de con-
torsions; il fallut bien se rendre à l'évidence des faits:,
il fallut bien reconnaître l'insuffisance des petites Ira-
sh* 23 «
-easseries devant l'audace de certains nobles caractères;
il fallut bien s'humilier, comme Basile, et avouer dou-
loureusement l'indentité du personnage fugitif avec
l'infant Don Carlos, proscrit de ses états.
M. de Talleyrand, malgré la spirituelle ambiguité
de sa conduite, malgré sa longue expérience d'impos-
turc el. de rouerie poliiiqu , M. de Talleyrand n'eut
pas une excuse à son service, n'eut pas un expédient
à mettre entre l'accomplissement du fait et la sou-
daineté de sa complète mystification. — Il n'attendit
plus que l'occasion de quitter une ambassade discréditée
par tant de mécomptes; -- car, joué par la Russie
dans la question d'Orient; joué par l'Angleterre au
sujet des prétentions du duc de Némours au trône
de Belgique; joué par la Hollande dans cette inter-
minable série de protocoles qui n'ont rien classé, rien
aplani, rien délimité; joué par DonaMaria dans l'espoir
secret que lui fit concevoir la jeune princesse, de placer
la couronne de Portugal sur le front d'un fils de Louis-
Philippe; joué par un exilé espagnol qui s'échappait
roi de ses mains impuissantes; l'ancien évêque d'Autun
n'était plus que la pâle copie de lui même, qu'un
homme octogénaire, qu'une ambition incapable, qu'un
nouveau travestissement usé de la pensée, qu'un rado-
tage d'action, qu'une machine détraquée à sermens9
qu'un pouvoir moralement vicié et physiquement ver-
moulu,
Alors encore, la ville de Londres retentissait de
chants d'acclamation en faveur de Mina. Des toasts
flatteurs lui étaient adressés dans un banquet nom-
breux à la taverne d'Albion, où il était appelé le grand
Mina! l'invincible général !. Alors encore., le droit de
l'hospitalité était yiolé dans la personne de Don Miguel
et de Moréno, comme si l'aspect d'une double infor-
tune ne devait pas désarmer toute haine; alors encore,
il se trouvait un homme du nom de Palmerston qui
envoyait une escadre de douze bàtimens croiser, sur
les côtes d'Espagne, pendant que la France hérissait
les Pyrénées d'une triple ligne de soldats, de douaniers,
➵ 26 -ci
et d'agens de police; tandis que Jaureguy enrégimen-
tait de gré ou de force, sous le nom de Chapelgorris,
une partie de la jeunesse des villes qu'il rançonnait.
Eh bien! qu'ont produit toutes ces mesures, tous ces
frais, toutes ces duperies, toutes ces violations de
principes r les droits de Don Carlos en ont-ils été res-
treints ? la fidélité de ses soldats en a-t-elle été compromise?
le dogme souverain de la légitimité en a-t-il été détruit P-
Non. — Au contraire, il n'est sorti que plus brillant
des cendres sous lesquelles avait cru l'étoufier le volcan
révolutionnaire; phœnix rajeuni, il a pris son vigou-
reux essor, et, après une traversée aussi longue que
périlleuse, il a été s'abattre triomphant sur les mon-
tagnes de la Biscaye.
Une dépèche télégraphique à la date du 26 juillet,
l'annonçait ainsi :
« Don Carlos est à Elisondo. »
Enfin on se décidait à dire la chose.
La junte ayant à sa tète le comte de Villemur, le
marquis de Valdespina et Juan-Martino-Echevaria, se
porta à la rencontre du prince.
Zavala demeura dans le bas Guipuscoa, où ses
armes étaient respectées.
Quant à Zumalacarreguy, il préluda à l'éntrée de
l'infant en Espagne , par une victoire importante dont
nous parlerons dans le chapitre suivant.
Chapitre 0irièm<r.
Rodil muni de pleins pouvoirs, arriva le 22 à Pampe-
lune; le 23 il se hâla de frapper une contribution de
25,000 piastres sur le chapitre de cette ville; et le 27
il occupa Puente de la Reyna, Estella et ses environs;
c'est-à-dire qu'il développa sa ligne de bataille adossée
à la rivière d'Arga, sur un périmètre de plus de huit
lieues ; faute impardonnable pour un chef d'armée qui
avait présentes aux yeux , les défaites successives des gé-
➵ 27 <—<K
néraux Quésada et Saarsfield. Quelle que fut sa force
numérique , quelle que fut l'élan de ses troupes, quelle
que lut sa confiance dans le succès d'une entreprise qui'
dnait faire pendant à la conquête de Portugal, Uodil
avait un impérieux besoin de se concentrer, de se masser,
d'autant plus (lUII voulait en finir d'un seul coup avec
la faction; d'autant plus que les grands chocs amènent
les grands résultais , et que lui seul avait à gagner dans -
le hasard d'une collision générale. ; ce
Zumalacarreguy, qui n'avait combattu dabord qu'avec
des Basques armés de bâtons et de fusiis de chasse, Zuma-
lacarreguy que l'on n'avait regardé jusqu'alors, avec rai-
son, que comme un habile chef de bandes, s'était évertué
à mettre la tactique à la place de la force. Inexpu-
gnable dans ses montagnes , il en descendait comme
la foudre, quand l'ennemi se morcellait autour de lui ;
vainqueur dans une foule de rencontres, il se contenu
tait d'entamer, de déchiqueter, de dépécer les colonnes de
la reine contre lesquelles son courage, son genie et son'
activité se mullipliaientmerveilleusement; servi d'ailleurs
par la fidélité inébranlable d'un grand nombre d'espions.
Et, en bonne stratégie, le chef carliste ne devait, ne pou-
vait pas agir autrement. Mais une de ses habitudes de
guerre consistait à simuler la division de ses troupes,
pour forcer l'ennemi à opposer fraction à fraction ; à les
réunir tout aussitôt comme les troncs sépares d'un ser-
pent; à dérober un jour, quelquefois deux jours de
marche à son adversaire ; à tomber à l'improviste sur
ses aîles et à le battre en détail, sans lui donner le
temps de se reconnaître, sans lui faciliter les moyens de
développer toutes ses combinaisons de plan. Le générât
qui attend , est toujours à demi vaincu, si la bataille
n'est pas acceptée dans les proportions et les limites
qu'il lui a assignées d'avance. C'est ce qui est arrivé à
tous les grands capitaines. — Il n'est donc pas étonnant
que Rodil et Mina s'y soient laissé prendre.
Mais de leur côté; rien n'excuse leurs défaites. Trop
de jactance, trop d'orgueil, trop de vanité les empor-
.taient au-delà des notions militaires.
»—* 28 .-«
Ils ignoraient, OlT du moins feignaient d'ignorer,
que derrière un homme intrépide, se mouvait toute
une population fanatisée, dont le cri de guerre était:
El rey Carlos! b la muerte.
Et en effet, dès le moment que Don Carlos avait
toiché le sol de la patrie, ce n'était plus l'infant,
c'était le roi d'Espagne; roi que consacrait le malheur,
roi que consacrait le courage, roi que consacrait le
plus sublime dévoue nen!
Il ne demandait pas, lui, à l'Angleterre, un palais
fastueux pour y dorn.ir nonchalamment sa vie; il ne
demandait pas à l'Angleterre de l'or et des femmes pour
nager dans ces deux voluptés royales. — La conspira-
tion et la débauche. — Il ne demandait pas à l'Angle-
- terre, un air tranquille contre les atteintes d'un fléau
terrible; non, non; ce qu'il demandait, c'était une
épée; ce qu'il demandait, c'était une vie de soldat
ce qu'il demandait surtout, c'était une mort héroïque
au milieu d'une armée de héros.
Voilà ce que Charles V a voulu; voilà ce qu'il tient
aujourd'hui.
Comparez de tels actes, comparez de telles inspirations
avec la pusillanimité et le dévergondage de la reyna
gubernadora ! Retirée dans le palais de Saint-
lldephonse, comme dans un autre Plessis - les - Tours,
elle s'entoure d'un cordon sanitaire qui doit la dé-
fendre contre le choléra - morbus; un double rempart
de poitrines et de bayonnettes assurent le repos de ses
nuits; elle n'a qu'à se livrer aux embrassemens de Mu-
nos (*); la consigne sévère est donnée aux soldats : ne
laissez entrer ici que le plaisir
Le ministère s'endormira dans la même torpeur; la
même honte entachera le conseil de régence; et dans
leurs heures de molle oisiveté, de coupable somno-
lence, Madrid, Madrid la ville héroïque sera livrée
au horreurs du fléau, aux angoisses de la mort, aux
(*) C'est on privilège accordé aux gardes de pourvoir d'amans presque
toutes les princesses et dames de la cour. Le fameux Godoï, surnomme
le prince de la Paix n'était , dans l'origine qu'un simple officier aux gardes
du malheureux roi Charles IV. -
- 29 «
poignards des sicaires et à toutes les convulsions du
désespoir.
Marie-Christine, régente d'Espagne! Mariinez de la
Rosa, président du conseil! et vous tous ministres
d'Isabelle ! vous répondrez devant Dieu du sang qui
a été versé ; car. ce sang est retombé sur vos tètes!
L'épidémie avait pris un tel caractère d'intensité à
Madrid, que la populace ignorante s'abandonna aux
croyances les plus terribles et les plus absurdes. Des
esprits mécontens s'emparèrent de cette disposition aigrie
des masses, et n'eurent pas de peine à leur persuader
que les fontaines publiques avaient été empoisonnées
par les moines.
Tout-à-coup une fièvre de destruction et de meurtre
s'empare du peuple. — Aux couvens !.. aux couvens !
hurle-t-il, et n'écoutant que son instinct féroce, que
ses appétits de carnage, il se porte à l'instant au col-
lège des jésuites. — Quatorze d'entre eux sont égorgés
sans défense. — Le dernier priait DieU dans une cellule
retirée, au moment où il fut averti du danger qui le
menaçait; la prière est puissante repondit-il, ils n'ose.
ront ! — Quand vinrent les assassins, le malheureux
priait, mais le couteau tuait (*). De là, Sans que la
force armée se présentât nulle part, les séditieut
se portèrent sur trois autres couvens. Même sup-
plice reservé aux moines : coups de hache ou de
poignard. — Après cette course de tigres à travers les
demeures du faible; après cette vaste orgie de sang où
toute soif fut repue ; le ministère se hasarda à publier
une lettre officielle qui contenait ces deux ineptes et
injurieuses déclarations :
« Le conseil de régence, assisté de celui des ministres,
7> va publier une allocution au peuple de Madrid. Sa
» Majesté a donné immédiatement les ordres pour que
i> les auteurs de ces crimes fussent punis d'uhe ma-
» nière prompte et exemplaire, et elle a pris aujourd'hui
(*) Nous aùrons occasion de parler de scènes pareilles , quand il s'agira
de Saragosse et de quelques antres villes de l'Espagne.
s»—>■ 50 *—>es.
» les mesures que peut dicter la prudence humaine,
» pour empêcher le renouvellement de pareils excès. »
Mérino profitait de la consternation publique pour se
répandre dans la vieille Gastille. Ses bandes illiaii-
gables harcelaient continuellement les convois qui
partaient de la capitale, et jetèrent plus d'une lois
J'alarme dans le parc-aux-cerfs de t. lidephonse.
- Au mois de mai, le curé Merino , el cura eériti.0,
comme le nomment les nv-nlagnauL-», avait porté l'ef-
fectif de ses bandes à plus de 10,000 hommes. Avec
elles, il commandait en maître dms toute la vieille
Castille , liant ses mouvemens a ceux de Franco dans
la Manche et de Villalobos dans la Galice,,
Il n'était pas un couvent, un une venta,
una posada, où son nom ne fut en respect, où il ne
fut assuré de trouver asyle et protection. On se rap-
pelait avec quelle énergie, avec quel patriotisme il avait
combattu pour l'indépendance nationale; on se rappe-
lait son zèle fana.ique pour la liberté ; son ardeur des
périls; ses menaces toujours réalisées; ses victimes tou-
jours frappées; et il faut le dire, parce que tout his-
torien doit être vrai, on se rappelait en frémissant,
le despotisme ctuel qui l'avait souillé du sang de son
frère, de sa belle-sœur et de son neveu.
Mais, dans un peuple que ravageait une guerre d'ex-
termination, quel est celui dont les mains se trou-
vaient pures, quel est celui dont la tète exaltée n'eut
pas obéi aux profonds ressenti mens du cœur !
Brutus égorgea son his lâchement, inutilement,
par odieuse ostentation, au milieu du calme de la
république; Mérino frappait sans espoir de célébrité,
des païens irrésolus, des traitres , à la voix de sa pairie
expirante qui ne pouvait être sauvée que par. des moyens
extraordinaires 1 par des sacrifices surhumains.
Le 16 avril 1812, Mérino avait mis le sceau à sa
gloire de chef de guérillas, en attaquant un convoi
français, auquel il tua 3,000 hommes et fit 600 pri-
sonniers à la vue d'Aranda. Les représailles qu'il exerça
sont tristes.
»—> 51 «—«
Vengeant l'exécution de huit membres de la Junte de
Badagoz et de quelques uns de ses soldats, il con-
damna à mort vingt prisonniers pour chacun des pre-
miers et dix pour chacun des derniers. Sa sentence eut
son plein effet.
En 1823, il insurgea presque toute la vieille Castille.
Sous le nom de Miquelets et de Bandoleros, ses sol-
dats eurent plusieurs rencontres heureuses avec les
troupes de Riego. Ce qui donna lieu au refrein suivant :
De los bigoles de Riego ,
De la cabosa de Quiroga.
Ha)emoscept!!o,
Par limpiar cavallo
Del cuia Mérino.
Fidèle à ses VŒUX de sujet et de soldat, Mérino, à
la mort de Ferdinand, s'écria : muerto Fernando, viva
el rey Carlos! puis il s 'arma pour sa défense.
1 Quelles terreurs n'inspirait-il point! quels efforts n'em-
ploya pas le gouvernement pour anéantir ses bandes!
combien de lois ne l'annonça-t-on pas vaincu, pris,
tué, alors qu'il reparaissait le lendemain pour vaincre,
prendre et tuer à son tour. A la faveur des landes
et des bois qui couvrent la vieille Castille, il trouvait
les moyens d'échapper aux poursuites de l'ennemi
et de réparer ses perles.
Lorsque ses bandes pliaient, qu'il n'y avait plus
d'espoir de rétablir la fortune du combat et que des
cavaliers choisis s'acharnaient sur ses traces; Mérino
partait, rapide comme l'éclair, monté sur un cheval
nndalou que suivait un jeune cheval en laisse; et sans
interrompre la célérité de sa course, il sautait d'une
monture à l'autre, se ménageant ainsi des secours
faciles et jamais épuisés pour la fuite.
Le premier couvent, la première venta lui était
bonne. On eut plutôt injurié la Madona del Pilar, ou
brisé la statue de Saint-Jacques de Compostelle, que
de déceler le lieu de sa retraite.
Non seulement Mérino était craint, mais il était aimé.
Vieillard âgé de 76 ans, il a un cœur de jeune homme
dans sa poitrine.
te—> 32 «—«
J'ai cru tous ces datais intéressans et toutes ces
explications utiles pour démontrer, d" un côté, cequH
y a de vivace dans le caractère des chefs légitimistes
et, de l'autre, ce qu'il y a de sympathies ardentes
pour Charles V, dans un pays où il ne s'est pas ren-
contré un traitre. — Car rien ne prouve plus la popu-
larisé d'une cause que cette dificulté de lui nuire,
que cette impossibilité de trouver un espion ou d'acheter
un Judas, même à prix d'or.
Maintenant, reprenons le fil des opérations mili-
taires dans la Navarre.
Le 23 , Zumalacarreguy pousse ses avant-postes jus-
qu'à Piédra, Millera et Liedralba, menaçant de tourner
la gauche de Hodil par Yiana ou Les Arcos; le soir
même, il lève le camp et porte son quartier-général
à lîlate. Ce mouvement de retraite vers Lamescoa, au
moment où Ton s'attendait à voir le général carliste
tenter le passage de l'Ebre, fit croire à la désertion et
puis à la iuiie des bandes révoltées. Trois colonnes
commandées par Lopez, Oraa et Lorenzo se mettent à
sa poursuite. Le 3 , Lorenzo atteignit Zumalacarreguy
qui l'attendait en bonne position avec quatre batail-
lons navarrais et avalais. Un feu de tirailleurs préluda
à l'attaque des colonnes. La première compagnie de
carabiniers royaux souffrit beaucoup et ne fut déli-
vrée que par une charge de lanciers. Dans l'impuis-
sance de heurter de front Zumalacarreguy, Lorenzo
chercha à l'envelopper dans les plis de ses nombreux
bataillons; mais il avait mal jugé les ressources ou le
génie de son antagoniste. Sept bataillons échelonnés et
masqués sur la route d'Aranaroche s'ébranlèrent aux
premiers signaux du combat, débouchèrent au pas de
charge, dans la plaine d l late, prirent à revers les
colonnes de Lorenzo et en firent un horrible carnage.
Le désordre se mit bientôt dans les rangs ; les soldats
épouvantés jetèrent leurs armes, s'enfuirent dans les
bois , laissant 1,5oo hommes sur le champ de bataille,
dont la moitié tués.
Lorenzo blessé grièvement dans la melée, eut peine
à se sauver.
»—» 33 a
il serait difficile de décrire l'enthousiasme des troupes
carlistes; Elles avaient demandé le combat contre le fan-
faron Rodil et le combat tournait à leur avantage. Le
lendemain , Zumalacarreguy franchit les Amescoas,
reprit le chemin d'Estella et tomba sur une forte colonne
de Christinos qu'il hacha en pièces, ofiiciers et soldats.
Le nombre des morts, parmi les premiers, fut évalué
par les bulletins libéraux à 32. Zumalacarreguy fit fusiller
seulement deux ofuciers convaincus d'espionnage.
Jaurreguy surnommé e!Pastor( ou le berger), récemment
parvenu au grade de général, ne révélait son existence
militaire qu'en poursuivant, à de longs intervalles, le
roi Charles V. Ji arriva même souvent qu'il poursui-
vit très-mal ; — Son plan fut en défaut. — Cependant
Jaurreguy n'alléguera pas son ignorance des lieux qu'il
connaissait parfaitement; il n'alléguera pas non plus la
tiédeur d'un zèle qu'il porlait jusqu'à la barbarie.
De fait, cette campagne de Rodil, tant prônée, tant
célébrée, tant exaltée, cette campagne qui allait faire
rentrer le dernier des carlistes dans sa coque, a été, pour
rex-général du Pérou, le cachet le plus flétrissant im-
primé à sa mémoire.
Rançonnant les villes, pillant les bourgs, incendiant
les chaumières , rasant les palais et les cousens; il ne
sut, au mileu de tant de turpitudes commises bisse-
ment, et de tant de sang versé lâchement, que donner
la chasse à une jeune femme, que s'emparer de son
enfant encore au bcrçeau.
La femme se réfugia en France; l'enfant, il l'aurait
immolé , si des considérations personnelles ne l'eussent
retenu. Car la femme était l'épouse de Zumalacarrtguy;
car l'enfant était la fille de Zumalacarreguy.
Tant de défaites essuyées coup sur coup, jetèrent
l'alarme et la consternation dans le conseil de régence.
Marie-Christine, qui avait délaissé les rocs agrestes de
Saint-lldephonse, pour les ombres délicieuses et les
bois parfumés d'ci Pardo, érivit lettres sur lettres au
général Mina.
&b—? j < —■ £ ;
Rodil était rappelé à Madrid, accusé de trahison ou
d'incapacité.
„ Llander prenait le portefeuille de la guerre.
Mina se décidait enfin à quitter la bicoque de Cambo, ,
Les 24,000 soldats de Rodil furent mis à sa dispo-
sition, plus quatre régimens provenant de la Castille,
plus 6,000 recrues , formant en tout une armée de
32,000 hommes.
Une scission déplorable s'opéra presque en même
temps dans la junte et le commandement des armées
de Charles V.
Zavala, quoique dévoué à son légitime souverain
voulait agir pour son propre compte et sans contrôle:
La junte manifestait quelque tendance à la jalouse ambi-
tion de l'autorité.
Charles V consulta son grand capitaine, celui en qui
reposaient ses destinées; et Zumalacarreguy lui déclara
franchement: « qu'il ne fallait qu'un seul pouvoir admi-
» nlstratif : qu'un seul pouvoir militaire, que la concen-
» tration de toutes les forces en une seule était un besoin
» impérieux, une nécessité fatale, devant laquelle il
» était près de se démettre s'il l'ordonnait, du comman-
» menl suprême. »
Le Roi écouta Zumalacarreguy. Les circonstances
étaient critiques:, la division qui n'avait atteint que
trois membres de la junte, pouvait se communiquer,
comme un levain dangereux, chez tous les autres,
en outre, Zavala, par un courage non utilisé à propos,
pouvait nuire à l'ensemble des opérations stratégique,
il y avait donc urgence à comprimer, de suite, les dis-
positions haineuses des uns et la rebelle indépendance
de l'autre.
Charles V écrivit a Zavala de se rendre à son quar-
tier général. Un semblable message fut expédié aux
trois membres de la junte royale : Valdespina, Villemur
et Juan Etchevaria.
Zavala entendit la voix de son maître; chevalier sans
peur et sans reproche, il vint rendre son épée au prince
qu'elle avait si bien servi. — Ensuite il sollicita l'honneur
0—* o 5 <—<&
de combattre dans les corps de l'armée, en qualité de
simple militaire. - Conduite admirable dont les annales
des peuples ofrent peu d'exemples.
Dès lors, une harmonie parfaite, une activité pro-
digieuse régnèrent dans le camp de Charles V. Fêté
par toutes les populations, salué par tous les \illages
dont les jeunes gens s'enrôlaient sous ses drapeaux,
il. se rendit à Garnica , ancienne ville de la Biscaye,
où se tenaient les états de la province.
Là, en présence de tous ses officiers, de ses soldats,
de la junte et d'un immense concours du peuple, il
jura de maintenir les fors (fueros) et couiumes de la
Navarre il jura comme autrefois jurèrent le roi Pélage
CI), Henry de Transiamare (2), Ferdinand et Isabelle
(3), de mourir pour la défense des lois et l'inviolabi-
lité des privilèges des provinces belliqueuses du nord.
De Lequetio, on entendait des houras d'acclamation;
le soir, on vit les crètes des montagnes resplendir de
mille feux; et le lendemain, à la pointe du jour,
sept cents recrues pleines de fureur et d'enthousiasme ,
se rendaient à Garnica escortées de jeunes biscayennes,
toutes radieuses de patriotisme et de beauté (4).
(1)717. ('-» 1 - 1 (3) 1476.
(4). Pour qui n'a pas voyage dans la Biscaye, il serait assez difficile de
comprendre 1 influence des mŒurs domestiques sur les plus nobles qualités
de l'homme , le courage et la liberté ! à la veillée, a la promenade, aux,
champs, sur la montagne, aux marches, les jeunes gens et les filles
marchent par groupes serres, animés. L'amour est dans toutes les paroles,
la joie dans tous les yeux , la force dans tous les corps. chaque seka-giiei
(mari futur) presse la taille de son EMASTECIFI, (femme future) ; leu'r
existence n'en fait déjà plus qu'une ; et comme i'un et l'autre n'ont apparié
dans cette union , que le désintéressement, d'une âme naïve et toute la
fierté d'un cœur véhémentement passionné , il eu résulte entre les deux
amans, une sympathie, une identité de principes, d'idées et de volonté
qu'on chercherait eu vain dans un autre pays. C'est mieux que le
Kild-Kang de la Suisse et de l'Allemagne, parce qu'il s'exerce au gland
jour, qu'il n'a rien de furtif dans sou allure et qu'il conduit souvent
aux inspirations les plus généreuses.
»—> 36 g
Chapitre
L'espoir d'une nouvelle campagne plus heureuse, le
besoin de victoires, frappèrent de vertige toutes ie;
tètes de la régence , tous les ministres et toutes les
cortès.
Mina l'ex-roi de Navarre, Mina l'ex-conspirateur,
Mina l'ex-sujet rebelle aux ordres de Ferdinand, Mina
l'ex-républicain exilé de son pays pour crime de lèse
état, Mina à la solde de tous les gouvernemens qui
avaient accueilli ses revers mérités, Mina le guerillero,
le général, l'aventurier, le félon, le rénégat, le traître,
Mina était nommé capitaine-général, vice-roi de la
Navarre.
Les esprits judicieux ne manquèrent pas d'assigner
un terme prompt et funeste a son commandement
militaire.
En vain ses partisans insinuaient-ils que la Navarrey
son pays natal, le recevrait au milieu des cris de fer-
veur; envain les journaux publiaient-ils que sa seule
présence avait communiqué un élan électrique au peuple
et à l'armée, le peuple resta froid à son approche,
et l'armée abattue, démoralisée, ne le reçut qu'avec
indifférence.
En attendant, l'autorité restait dans les mains de
Rodil.
Charles V. que Jaurreguy cherchait aux environs de
Plascencia, arrivait le 8 septembre en vue de Bergara.
Zumalacarreguy franchissant, piétinant, enjambant
les montagnes, avait ainsi gagné deux jours de marche
sur les colonnes ennemies. La garnison se défendit
avec courage. Le 5.e et 6.c bataillons de Navarre animés
par l'exemple de leurs chefs et la présence du roi qui
se tenait à peu de distance du danger, escorté par deux
compagnies de guides, montèrent à l'assaut aux cris
forcenés de Viva el Rey Carlos ! sautèrent par dessus
les palissades, poursuivirent les Christinos dans les
➳ 37 ➳
3
rues , dans les maisons, et décidèrent l'affaire qui eut les
résultats les plus avantageux : 150 morts, 200 prison-
niers, 1,ooo fu ils, 80 chevaux, des rations de vivres en
quantité, des objets d'armement et d'équipement, et 2
pièces de canon.
Quelques jours après, Zumalacarreguy proposa au gé-
néralissime de la reine l'échange de plusieurs prison-
niers importans. Mina lui répondit qu'il n'avait point
de prisonniers à échanger, les ayant tous fusillés. Cette
nouvelle affligea, exaspéra les carlistes qui demandèrent
tout aussitôt la mort des Christinos. Zumalacarreguy se
vit dans la cruelle nécessité de faire passer par les armes
le jeune brigadier Odonnel.
Au lieu de se porter en avant, ainsi que les généraux
de la reine le crurent, Zumalacarreguy revint sur ses
pas se dirigeant vers Elisondo par la vallée d'Ulzama.
Rodil indigné, désappointé, désespéré, se vengea de
l'échec de Bergara sur le palais du duc de Grenade qu'il
fit incendier ainsi que le couvent des jésuites.
Le 9, il ralliait les colonnes Oraa, Lorenzo et Jaureguy
à EIgbar.
Le 10, Zumalacarreguy coupait ces différentes co-
lonnes et remportait sur elles une victoire éclatante.
Ici brille dans tout son éclat le génie du général de
Charles V.
Pressentant que Rodil se lancerait aveuglément sur
ses traces pour lui fermer la rouie des Amescoas, il feignit
de battre en retraite et de gagner Elisondo.
Rodil donne dans le piege. Vite il expédie un aide-de-
camp au général Carrondelet qui se trouvait à quatre
lieues de Viana avec toute sa cavalerie , il presse la
marche d'Auléo, de Cordova; envoie courrier sur cour-
rier à Madrid annonçant sa victoire, avertit le général
Harispe de se préparer au désarmement de toute la fac-
tion qu'il accule à la frontière et se met lui-même à la tète
des divisions Oraa et Jaureguy, harcelant, talonnant
le chef des rebelles.
Sur ses entrefaites, Zumalacarreguy interrompt sa
pointe simulée vers les Amescoas, rebrousse chemin ha-
a ) 38 <—«
rangue ses soldats, excite leur courage et leur fait faire,
dans la même journée, près de 13 lieues par des sentiers
impraticables et des rochers escarpés.
Sans plus tarder, il attaque à la baïonnette, brusque-
ment, impétueusement, le corps de Lorenxo , qui s'obs-
tine à voir dans les troupes carlistes une colonne de
Rodil. - L'illusion ne dura pas. - Refoulé sur Viana, le
général de la Reine appelle à son secours les Urbanos
dont les rangs sont bientôt décimés. Carrondelet essaye,
à plusieurs reprises, de percer, avec sa cavalerie, les lignes
de Zumalacarreguy; il est constamment repoussé et
obligé de se retrancher dans une église. Là un combat
plus acharné recommence; les habitans de Viana témoins
de tant de valeur, ne peuvent plus comprimer l'élan de
leurs coeurs; ils font entendre les cris de viva el Rey, et
se joignent à Zumalacarreguy pour achever l'entière des-
truction du corps commandé par le général Carrondelet.
Plus de 900 hommes restèrent morts snr le champ de
bataille. Zumalacarreguy s'empara d'un butin immense,
de 300 chevaux, de 1,500 fusils et de plusieurs chariots
de transport.
Le soir même, il donnait le signal du départ, tournait
le dos à l'Ebre et s'enfonçait rapidement, mystérieuse-
ment, dans les gorges d'Ulzama, Aguilar et Cerbera, ga-
gnant à pas précipités, à marches forcées , le haut Gui-
puscoa.
On savait que Zumalacarreguy avait passé l'Ebre à
Lodoza ; la nouvelle en était arrivée depuis deux jours au
quartier-général de Rodil, entre Mondragon et Ochan-
diano ; et voilà que tout-à-coup les avant-postes du chef
carliste sont poussés jusqu'à Segura, Villa-Franca et
Onate.
Il y avait de la sorcellerie, du prestige dans un trajet
de trente-cinq lieues exécuté en aussi peu de temps.
Le combat devint inévitable. Les troupes de Zumala-
carreguy attaquèrent la division Cordova qu'ils firent re-
plier sur Auléo. Bientôt des renforts amenés par Jaure-
guy dégagèrent cette colonne qui reprit l'offensive et
rentra daas ses premières positions. Les bataillons
a ) 39<—®!
Navarrais attaquèrent de nouveau par la droite, tandis
que le premier Guipuscoan, les quatrième et cinquième
Alavais firent un effort en masse sur le centre. La plaine
était déjà encombrée de morts et de blessés : la fureur
rendait les chances du succès égales de part et d'autre,
lorsque Zumalacarreguy s'aperçut d'un vide qui s'était fait
entre Cordova et Auléo. Il jeta dans cet intervalle les deux
seuls bataillons qu'il eut encore en réserve, et parvint de
cette manière à couper en deux l'armée de Rodil. Ce géné-
ral isolé, percé, culbuté sur tous les points, ne sut que
prendre la fuite; réunissant avec peine les débris de
ses colonnes, il rentra dans Saint-Sébastien où expira son
commandement.
D'un autre côté, Ségastibalza continuait à bloquer étroi.
tement Elisondo; 6,000 rations de vivres prêtes pour les
troupes de la garnison furent enlevées dans les communes
d'Eschalar d'Urdach et de Zugarramurdi; les armes de
Charles V acquirent un dégré de puissance qui désormais
prévalut dans tous les champs de bataille.
Le gouvernement de Madrid tourna les yeux sur Mina,
son sauveur, son dieu tutélaire.
Voici la proclamation que l' ancien guerillero adresse
aux paysans de la Navarre :
« Paysans ! je viens de prendre possession du comman-
» dement de l'armée destinée à pacifier notre province.
» Bien qu'éloigné de vous, j'ai versé bien des larmes en
» voyant l'état d'anarchie dans lequel vous vous trouvez
» depuis un an, et les maux qu'éprouve le pays qui m'a
» donné naissance, ce pays si renommé dans l'histoire
» pour la loyauté qu il a témoignée en tous temps pour
» ses rois légitimes. Et comment n'aurais-je pas gémi sur
» la désolation de toutes les familles des compagnons de
» ma jeunesse, qui, en d'autres temps, me donnèrent
» tant de preuves d'amitié et de déférence, sur le triste
» sort des amis et du pays qui, dans la guerre de l'indé-
» pendance , m'ont appelé à les commander pour soute-
» nir le droit de notre monarque légitime et les libertés
» de ma patrie?
» Au milieu de mes souffrances qui n'ont eu d'autres
➳ 40 ➳~
» causes que ma sensibilité pour vos malheurs, j'ai rendu
> grâce au ciel qui m'a mis en état de renouveler nos
» anciennes relations et de coopérer avec l'armée vail-
» lante que j'ai l'honneur de commander à votre entière
» pacification, en bannissant la discorde et en vous déli-
» vrant ainsi de la guerre civile qui vous dévore.
» Au nom de notre Reine légitime Isabelle Il, et par
» ordre de S. M. la Reine régente (Reyna Gubernadora)
» j'offre à tous la paix d'ui e main; mais, de l'autre, je
» prendrai l'épée et je ferai une guerre d'extermination
» à tous ceux qui persisteraient à déchirer les entrailles
» de leur mère-patrie, par leur conduite criminelle. Sa-
» chez que je suis autorisé à accorder la paix ou à faire
» la guerre. — Vous tous à qui cet avis s'adresse, choi-
» sissez.
» Vous me connaissez, paysans! Sachez que je ne
» parle jamais en vain. Demeurez en paix, vous hommes
» égarés, et vous surtout qui menez la vie misérable des
» vagabonds : déposez vos armes et retournez dans vos
» foyers. Je vous garantis votre sûreté personnelle et le
» libre exercice de vos droits. Ceux qui veulent continuer
» la carrière des armes, serviront sous mes ordres, jus-
» qu'à la pacificalion, dans des corps que je formerai
» dans le pays, et ils pourront ensuite se retirer chez
» eux et jouir de la récom pense qu'ils auront méritée!
» si vous n'agissez pas ainsi, et si vous m'obligez à effi-
» ployer contre vous la force de l'armée et les autres
» moyens qui sont à ma disposition , je vous déclare
» que je n'admettrai aucune supplication, et que mes
» ordres seront rigoureusement exécutés. En attendant,
» je vous préviens que tout individu qui sera trouvé hors
» la route roya le, entre le lever et le coucher du soleil,
» sans raison plausible, sera fusillé !
» Quartier-général de Pampelune, 4 novembre 1834.
'- » Espos Y MINA. »
C'est pitié qu'une telle proclamation. Mina rêvait ou
délirait en l'écrivant. Cette importation exotique ne put
prendre racine dans un climat comme l'Espagne, dans
la ieire classique de l'honneur ci de la fidélité.
»-> M
Il appartenait bien à Mina de parler de la légitimité
de Ferdinand , lui qui conspira trois fois, les armes à
la main, contre cette légitimité ; il appartenait bien à
Mina de traiter de vagabonds ces mêmes soldats intrépi-
des qui ne vagabondèrent pas autrement sous ses ordres
quand le sol de la patrie se couvrit de partisans et de
guérillas; il appartena it bien à Mina de parler de la
guerre civile, lui qui n'avait cessé de la fomenter depuis
1814; ii appartenait bien à Mina de prendre de beaux
airs de torysme envers le peuple navarrais, lui qui avait
été un ci-devant gardeur de pourceaux; il appartenait
bien a Mina, en un mot, de traiter les provinces du nord
comme un pays conquis, lui qui allait bientôt n'y es-
suyer que des défaites et y laisser misérablement, lam-
beaux par lambeaux, la réputation outrée de son mérite
militaire.
D'ailleurs la trop grossière menace était jointe à la
trop hypocrite douleur. Ce patelinnge n'abusa personne,
et le grand réformateur de l'ordre public ignorait sans
doute que la raison, toujours calme, toujours bonne
conseillère, n'admet point les mots d'extermination, les
idées de sang. et moins encore la conclusion atroce qu'il
donne à des prémisses mêlées de fiel et de douceur :
« En attendant, je vous préviens que tout individu
» qui sera trouvé hors la route royale, entre le lever et
» le coucher du soleil, sans raison plausible, SERA
» FUSILLÉ. »
Plusieurs osèrent agiter la question si Zumalacarreguy
ne déposerait pas les armes devant son général, devant
celui dont il avait été l'aide-de-camp,
Et, pour mieux égarer l'opinion publique, on se hâta
d'annoncer que Mina venait de battre les factieux sur tous
les points, que l'enthousiasme de la Navarre pour leur
ancien héros était porté à son comble, qu'il ne restait plus
une seule bande en état de nuire, tant dans la Biscaye
que dans la vallée du Bastan.
La chambre des procuradorès n'en continuait pas
moins à faire de la politique de Vandale. Ainsi, tandii
que le rapporteur de la commission des finances annu-
»-- 42 <-«s
lait toutes les créances autres que les emprunts des cor-
tès, on mettait en conteste l'existence d'une foule d'hon-
nêtes citoyens qui avaient obtenu des emplois civils et
militaires, depuis le mois de mars I820 jusqu'au mois
de septembre 1823, c'est-à-dire pendant toute l'époque
constitutionnelle dont on demandait la révalidation.
Le ministre de la guerre, M. Zarco del Valle, déclarait
que les généraux battus seraient jugés à Madrid par un.
conseil supérieur'; que les 40,000 hommes envoyés en
Navarre, pour combattre la faction, excédaient les res-
sources de létat, qu'il y avait impossibilité d'organiser
la milice urbaine , et que les coffres du trésor se trou-
vant vides, la guerre irait son train contre un ennemi dif-
ficile à vaincre et se présentant partout comme par en-
chantement.
M. Ruffmo Carasco prétendait, au contraire , que si la
guerre continuait, dans la Navarre, c'était à la chambre
qu'il fallait l'attribuer, attendu qu'elle refusait aux géné-
raux les subsides nécessaires.
Puis M. Serrano propose une taxe sur le clergé, pour
l'empêcher d'être en aide à la cause de don Carlos; puis
le furibond comte de Las Navas rejette tous les emprunts
en masse; puis la chambre, en désespoir de cause, ful-
mine contre le prétendant, rend décret sur décret, et se
persuade qu'à coups de lois et de plumes, elle chassera
Charles V du territoire et arrachera l'épée victorieuse des
mains de Zumalacarreguy.
Le gouvernement français soutenait le gouvernement
espagnol en défendant l'exportation des armes, munitions
de guerre, objets d'équipement et chevaux destinés pour -
l'armée insurgée. Il favorisait l'emprunt Hardouin, em-
prisonnait M. Jauge, banquier de don Carlos, et en-
voyait aux Pyrénées M. Joly, chef de police, avec de nom-
breuses escouades d'agens, de mouchards et de sauterelles
galonnées.
Malgré tous les élémens de succès dont Mina pouvait
disposer, il resta inactif pendant six semaines , ne quit-
tant pas les murs de Pampelune.
Que faisait-il ? que préparail-il '? que méditait-il ?
B-4 43 <—«
La Gazette de Madrid et l' Abeille ne cessaient de
remplir leurs colonnes des exploits en gerbe de Pimmor-
tel général. Zumalacarreguy allait fondre comme de la
cire molle devant ce grand soleil de l'Espagne.
Toutefois, les enrôlemens volontaires donnaient à
Charles V plus de soldats qu'il n'en pouvait équiper;
il est vrai que l'audacieuse expédition de Zumalâcarreguy
au-delà de l'Ebre, la prise de Viana et d'Alégria surtout
avaient pro.curé aux carlistes beaucoup d'armes, de muni-
tions, d'objets de campement, d'équipement et d'effets
d'habillement; mais telle était l'ardeur de la jeunesse à
soutenir la cause du prétendant, dans toute la Navarre,
que les vingt-cinquième , vingt-sixième et vingt-septième
bataillons s'organisaient avec les quintos (conscrits) des
bourgades. Il y avait honte et opprobre pour celui qui ne
marchait pas; regrets pour celui qui ne le pouvait pas;
malédiction pour celui qui ne le voulait pas,
D'un bout à l'autre des quatre provinces de la Navarre,
Charles V était roi, Zumalacarreguy général, et chaque
habitant soldat,
Cljapitrf ~mtt<hur.
Le ministre Zarco del Valle venait d'être remplacé par
le général Llander qui, avec Quesada, Saarsfield et Ro-
dil complettait le cadre des généraux en chef de la Reine
battus par les troupes de Charles V.
Mina ne fit usage de son commandement et de son
pouvoir dictatorial que pour protéger les convois qui lui
arrivaient de France; que pour s'emparer des femmes et
des enfans de ceux qu'on lui désignait comme suspects,
ou enrégimentés sous les drapeaux de Zumalacarreguy.
Des caravanes de jeunes filles et de vieillards traver-
saient continuellement la frontière , poussées en avant,
ainsi que des bêtes de somme, par le bâton des arrieros,
44 <—«
dû la baguette des peseteros, nouvelle milice indiscipli-
née et indisciplinable dont le nom indiquait assez le biit
êt le métier.
- Les villes se dépeuplaient à vue d'oeil : la tyrannie de
Mina plus redoutée que l'épidémie qui continuait ses ta-
vages à Vittoria, Bilbao, Pampelune, Saint-Sébastien et
quelques autres points de la Biscaye et de la Navarre,
semblait une seconde fois jeter l'Espagne au-delà des
Pyrénées.
Bayonne regorgeait de familles proscrites ou exilées ;
la ville de Pau en renfermait six cents; Toulouse cinq
taille et Bordeaux une quantité prodigieuse. Depuis Per-
pignan jusqu'à Oléron, les voiiures, les diligences, les
charrettes étaient pleines d'Espagnols que le choléra
mais surtout la guerre civile, chassaient dans notre pays.
Toulouse, dont j'ai parlé naguère, n'était plus une ville
française, Toulouse avait repris son costume, ses mœurs,
et son premier air de famille. - C'était la cour d'un Roi
de Navarre, moins le Roi. -— Le coup-d'oeil qu'offrait ta
salle de spectacle étai. admirable. - On ne voyait que
mantilles, que têtes brunes, que prunelles ardentes,
, que rubis moins éiincelans peut-être que les prunelles.
On n'entendait quele dialecte énergique du Basque ôu
du Catalan; que la parole majestueuse et gutturale du
Navarrais et de l'Aragonais que coupaient par-ci, par-là,
les éclats bruyans du patois gascon ; les rencontrés les
plus inattendues, les bonnes fortunes les plus inespérées
s'y succédaient avec ce mystère d'intrigue charmante
qu'on ne retrouve que la ; Toulouse était devenu, pour un
momént, l'Eldorado de la France.
Cent cinquante hommes de troupes christinos qui
n'avaient pu rejoindre le gros de l'armée battue au Socoa
par le général Eraso, se dirigèrent vers les Aldudes, où
un détachement du 18e léger protégea leur marche jus-
qu'au Val-Carlos. Le soir même, ces pelotons rebrous-
saient chemin, traînant avec eux la femme et la sœur du
brave Eraso. Mères chacune de cinq enfans en bas âge,
elles étaient souffrantes et abattues par la tristesse la plus
profonde. — Mourir du poignard, ou languir dans
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quelque noire prison d'état, tel était le sort que leur ré-
servait le vainqueur. Heureusemement que l'autorité
française les mit sous sa sauve-garde. — Elles ne furent
qu'exilées.
L'épouse de Zumalacarreguy s'était réfugiée également
à Rayonne.
Le 11 décembre, Eraso, instruit que Mina attendait
un convoi d'argent, partit avec les 2e, 7C et 9e bataillons,
pour l'intercepter : neuf cents hommes d'infanterie et
cinq cents lanciers , commandés par le brigadier Ocana ,
se dirigeaient par le Roncal, lorsque le 12 , à la pointe
du jour, les tirailleurs d'Eraso attaquèrent, l'avant-garde
du convoi et la repoussèrent vigoureusement. Ocana, sur-
pris dans sa marche et précédé de vitesse par l'ennemi,
chercha à s'ouvrir un passage en ordonnant une charge
de cavalerie; mais les bataillons du général Eraso re-
çurent les lanciers à la bayonnette, les mirent en déroute,
et obligèrent le convoi à rentrer en France. Ocana , es-
corté d'un bataillon français, se mit de nouveau en route
par les Aldudes ; le i4, Segastilbaza, retire deux bataillons
du blocus d'Elisondo , se' porte à la rencontre d Ocana et
lui livre un combat terrible, où plus de la moitié des
christinos sont pris ou tués. Ocana, avec les débris de sa
colonne, n'a que le temps de se sauver. Débordé par des
tirailleurs carlistes, il s'arrête dans un village dont il
occupe deux vastes couvens, abandonnés depuis quelques
jours par tous leurs moines. Là, il se cramponne, se
fortifie, met tout en usage pour se placer à l'abri d'un
coup-de main, résolu de combattre jusqu'à la dernière
extrémité plutôt que d'abandonner au pouvoir de l'en-
nemi trois millions en argent, quatre cents cheveaux
sellés, équipés, et un magasin considérable de souliers,
de draps, de vestes , et de capotes militaires.
Cerné, pressé, vivement attaqué dans ses retranche-
mens, le colonel Christino était à la veille de se rendre, il
allait déposer les armes, lorsque Mina, à la tête de six
mille hommes, courut le dégager. — Néanmoins ils jugè-
rent prudent d'entrer dans Elisondo. — Après quelques
jours de délassement le convoi repartit pour Pampelune.
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Zumalacarreguy, qui certes n'ignorait pas tous ces
événemens, au lieu de déployer ses forces contre Eli-
sondo, dévarice l'ennemi sur la route de Pampelune, et
tandis qu'on s'étonnait de l'inaction qu'il avait montrée
dans une circonstance aussi grave, tandis que les parti-
sans de Mina et Mina lui-même attribuaient à la crainte
une conduite suivant eux inexplicable, Zumalacarreguy
he postait avantageusement à Arquijas, entre Pampelune
et Salvatierra.'ll a\ait avec lui quatorze bataillons deux
cents quatre-vingts chevaux et trois pièces de canon.
En général habile, il dispersa ses troupes sur un affluent
de l'Arga, de manière à n'isoler aucun de ses actes et à
n'être point enveloppé par les forces supérieures de l'en"
nemi. De plus, comme il avait à redouter les charges
d'une cava l erie nombreuse, il se hâta de faire construire
une tète de pont, qui, en même temps qu'elle flanquait sa
droite et sa gauche, mettait son centre à couvert.
Cinq colonnes commandées par Lorenzo, Cordova,
Lopez., Espartero et Iriarte, eurent ordre d'entamer, sur
cinq points différens, les bataillons de Zumalacarreguy.
Lorenzo commença le mouvement par ia droite. Ses
soldats, voulant traverser la rivière, en cet endroit là pro-
fondément encaissée, essuyèrent les décharges des 1er et
*>e bataillon qui les firent rétrograder. Cordova menaçait
la gauche où toutes ses attaques réitérées n'eurent au-
cun succès. Le centre de Zumalacarreguy défendu par
un revêtement, n'avait pas encore été inquiété, lorsque
trois colonnes se portèrent contre lui au pas de charge.
Le général carliste les laisse tranquillement approcher : à
peine les vît-il à demi portée de fusil, qu'il les accueillit
par un violent feu de sa réserve qui jetta du désordre
dans les rangs Christinos. Cependant Lorenzo et Lopez
réunissaient leurs efforts et parvenaient à forcer le passage
de la rivière. Zumalacarreguy détache deux bataillons.
A l'instant un nouveau combat s'engage dans les lignes
carlistes. Lorenzo est culbuté, il laisse une partie de son
monde dans la rivière. Plus malheureuse encore, la ca-
valerie engagée au centre était écrasée sous la mitraille
des trois pièces de canon, servies par d'adroits artilleurs,
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qu'avait créés et formés, comme par enchantement, le
brave colonel Vincente Reyna.
L'arrivée de Mina à la tète de deux bataillons étran-
gers et de deux compagnies de carabiniers royaux ranime
l'élan des troupes: elles se massent une dernière fois,
elles tentent une charge générale» Zumalacarreguy se tient
immobile; il s'est renforcé de quatre bataillons:, bien lui
en a valu; car dans leur ardeur, les Chris linos ont abordé
le pont et repoussé quatre compagnies alavaises. Mais alors
deux décharges consécutives à bout portant, échancrent,
crévassent et mettent en déroute les colonnes de Mina.
Elles fuyeni. sur la grande route de Pampelune, dans un
pèle-mele épouvantable, sans que la cavalerie puisse les
arrêter, emportée elle-même par le torrent des fuyards.
Zumalacarreguy les pousuivit jusqu'à deux lieues de
Pampelune.
La bataille d'Arquijas ruina entièrement les espérances
de Mina. Outre la démoralisation qui en résulta pour ses
troupes, il fut convaincu dès ce jour que son ex-lieute-
nant avait l'audace de lui resister et, qui plus est, de le
batire. Ce n'est pas tout, les Christinos reçurent dès lors
de l'armée de Navarre l'épithèle injurieuse de Nineros,
mot qui n'a pas d'équivalent en français, mais veut dire
gamins. Et de fait, c'dait pitié de voir ces guerriers
imberbes d'une fille de deux ans venir se heurter contre
les montagnards Pyrénéens, race d'hommes musclée, en-
durcie, bronzée, noircie au soleil et à la fatigue et n'ayant
pas même le sentiment d'une peine ou d'un danger.
Les Torys réapparaissaient au pouvoir. Lord Welling-
ton, chargé de composer un ministère, écrivit à Robert
PéeL qui se trouvait en Italie, et pressa son retour à
Londres. N'osant pas soutonir le fardeau d'une adminis-
tration qui mettait toute l'Angleterre en fermentation, il
se démit du'titre de président du conseil en faveur de
l'honorable baronnet, qui ne recruta le nouveau cabinet
que d hommes éprouvés par un torysme pur.
L Irlande, dont les entrailles étaient retournées par la
main puissante d'O'Connel , fit entendre les murmures
précurseurs de la révolte; le club des Amis de la liberté,

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