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La stèle trilingue récemment découverte au Létôon de Xanthos : le texte lycien - article ; n°1 ; vol.118, pg 115-125

De
12 pages
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1974 - Volume 118 - Numéro 1 - Pages 115-125
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Monsieur Emmanuel Laroche
La stèle trilingue récemment découverte au Létôon de Xanthos :
le texte lycien
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 118e année, N. 1, 1974. pp. 115-
125.
Citer ce document / Cite this document :
Laroche Emmanuel. La stèle trilingue récemment découverte au Létôon de Xanthos : le texte lycien. In: Comptes-rendus des
séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 118e année, N. 1, 1974. pp. 115-125.
doi : 10.3406/crai.1974.12971
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1974_num_118_1_12971LA STÈLE TRILINGUE DE XANTHOS 115
COMMUNICATION
LA STÈLE TRILINGUE RÉCEMMENT DÉCOUVERTE
AU LÊTÔON DE XANTHOS : LE TEXTE LYCIEN,
PAR M. EMMANUEL LAROCHE, MEMBRE DE L'ACADÉMIE.
Avant d'aborder la version lycienne de la trilingue que M. Henri
Metzger vous a présentée le 8 février, je voudrais dédier ces lignes à
la mémoire du linguiste danois Wilhelm Thomsen. Ce grand savant
est surtout connu pour avoir déchiffré les inscriptions en vieux turc
de l'Altay. Mais il avait aussi publié en 1899 un mémoire intitulé
Études lyciennes, qui regroupait les résultats acquis par lui-même et
par trois érudits de la fin du siècle, le Norvégien Torp, l'Anglais
Arkwright et le Français Imbert. Son travail, qui a paru dans le
Bulletin de l'Académie Royale de Copenhague, est demeuré pendant
plus de quarante ans le dernier mot de la linguistique en matière de
langue et de grammaire lyciennes.
Antoine Meillet écrivait à ce propos en 1922 : « On lit complète
ment les inscriptions lyciennes trouvées en Asie Mineure, les inscrip
tions étrusques que le sol italien a livrées en grand nombre. Mais,
comme l'étrusque et le lycien ne ressemblent à rien de connu, on
n'est parvenu jusqu'ici à interpréter ces inscriptions que dans une
mesure très restreinte. M. V. Thomsen lui-même s'est essayé sur
ces textes, et, si intéressants que soient les résultats obtenus par son
ingéniosité, par la pénétration de son esprit et par la sûreté de son
jugement, ils sont bien minces, quand on les compare à ce que le
même auteur a obtenu en matière de turc. »x
Meillet rappelait, par l'exemple de l'étrusque et du lycien, que le
déchiffrement d'une langue inconnue notée dans une écriture lisible
est une tâche infiniment plus ardue que de décrypter une écriture
illisible notant une langue connue. Le déchiffrement d'une
est total d'un seul coup, celui d'une langue morte progresse pas à pas,
s'étend sur des générations, et n'est jamais absolument achevé. Le
cas du lycien est clair : comme, en effet, il ne ressemblait à rien de
connu avant 1900, on n'a pu progresser qu'au moment où son étroite
parenté avec les anciennes langues d'Asie Mineure, hittite et louvite,
a été d'abord pressentie, puis démontrée et vérifiée par l'expérience.
C'est un autre Danois, Holger Pedersen, qui l'a compris, en 19452.
Tout ce qui a été écrit d'utile sur le lycien depuis cette date découle
1. Revue des Deux Mondes, févr. 1922, reproduit dans Linguistique historique
et linguistique générale, II (1938), p. 192.
2. Lykisch und Hethitisch, Copenhague (1945). COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 116
des prémisses posées par Pedersen, qui se fondait lui-même sur
le travail de son compatriote1.
A l'heure où la nouvelle trilingue prononce, sur la nature et la
parenté de la langue lycienne, un verdict définitif et sans appel, j'ai
repris les Études de Thomsen, et j'ai constaté que, sauf quelques
menus détails lexicaux, il n'y a pratiquement rien à réviser ou à cor
riger dans ce texte d'une précision et d'une lucidité admirables. Il
restera l'un des plus beaux succès de la méthode combinatoire appli
quée au déchiffrement des langues mortes.
La version lycienne consiste en 41 lignes de 26 lettres chacune,
très régulièrement disposées de gauche à droite et alignées de haut
en bas. La conservation est parfaite2. Les signes sont gravés avec
soin ; ils ne diffèrent en rien des lettres de la grande stèle xanthienne,
qui précède notre trilingue de deux ou trois générations. Par sa pré
sentation, la stèle du Lêtôon rejoint le petit groupe des inscriptions
en lycien de caractère officiel ; ce sont : la célèbre stèle de Xanthos,
connue depuis 1840 et restaurée en dernier lieu par notre confrère
Pierre Demargne (n° 44 du Corpus) ; la bilingue très fragmentaire
du même Pixodaros, n° 45, conservée à Londres ; et le long texte de
Tlos, n° 26, remployé dans un mur du théâtre, qui se révèle mainte
nant comme une autre loi sacrée, d'un style très proche de la nôtre.
Tous ces documents ont une facture élégante qui les distingue de la
plupart des épitaphes, généralement négligées, souvent fautives,
d'une gravure maladroite.
L'alphabet lycien de 28 lettres ayant été déchiffré depuis long
temps à l'aide de bilingues et de noms propres, grecs ou perses, la
transcription ne faisait point difficulté :
Transcription3
1 èke : Trmmisn : %ssaBrapawate : Pig-
2 esere : Katamlah : tideimi : sënnen-
3 tepddèhadë : Trmmile : pddënehmm-
4 is : Iyeru : seNatrbbiyëmi : seyArn-
5 na : asa%lazu : Erttimeli : mehntit-
1. Une bibliographie des travaux postérieurs au mémoire de Pedersen se
trouve dans le volume sous presse Xanthos, V, p. 126 sq. ; voir aussi O. Carruba,
dans Studi micenei ed egeo-anatolici, XI (1970), p. 27.
2. La 22 e lettre de la ligne 2, un ë dans le mot senne-, est à moitié cassée, mais
on la restaure à l'aide de la ligne 9 : sênn-.
3. Je reproduis la ponctuation de l'original, correcte et constante ; mais je
n'ai pas voulu décomposer dans la transcription les complexes ou groupes syn
taxiques en leurs éléments grammaticaux, parce que cette analyse engage déjà
l'interprétation. — Les majuscules initiales des noms propres sont destinées à en
faciliter le repérage. LA STÈLE TRILINGUE DE XANTHOS 117
6 ubedë : arus : seyepewëtlmmëi : Arn-
7 nâi : mmaitë : kumeziyè : 66ë : Xntawa-
8 ti : xbidënni : seyAr??azuma : #nta-
9 M;a£i : sënnaitë : kumazu : mahâna : eb-
10 e#e : Eseimiyu : Qnturahahn : fide-
11 imi : sede : Eseimiyaye : xUU)atiti : s-
12 eipiyëtë : arawà : ehbiyë : esiïi : se-
13 delintàtë : teteri : seyepewëtlm-
14 m£i : hrmmada : ttaraha : me%baitë : z-
15 à : eseXesntedi : çntafi : sePigrëi :
16 sëntentekmmë : sei/^i : 00<? : stfa*-
17 lïe/ï : setahntâi : Xntawatahi : #6-
18 idënnehi : seyAr??azumahi : seip-
19 iftiïi : uhazata : ada : I AIOO : M : /Wa-
20 #n/a : Arnna : sesmmati : xddazas : ep-
21 ïete : arawa : hàtikmmëtis : meipibi-
22 fi : si/Zas : sewayaitë : kumaha : M
23 stfa/i : ppuweti : kmmë : eôe/iï : Xnta-
24 wataha : xbidënnaha : seR??azuma-
25 Aa : meiyesitëniti : hlmmipiyata
26 medetewë : kumezidi : nuredi : nure-
27 di : ara : kumehedi : seuhazata : uwad-
28 i : Xntawati : xbidënni : seyEr??az-
29 uma : mekumezidi : Seimiya : sede : Sc-
30 imiyaye : xuwatiti : seiyehbiyai-
31 të : fasa : mère : eôe#e : /e/eri : Arn/i-
32 as : seyepewëtlmmëi : Arnnâi : me/e-
33 pituwëti : mara : ebeiya : n/i : stfa/-
34 i : ppuwetimë : ebehi : sewene : ^tfad-
35 i : /ï'/ce : ebinentewë : mahàna : ebett-
36 e : eôine : nfeu><? : kumazi : eôe/u : #tfa-
37 demeyë : tike : mepddë : mahâna : smma-
38 /i : e&etfe : seyËni : ç/a/ii : ebiyehi
39 pntrënni : setideime : ehbiye : sey-
40 Eliyàna : Pigesereye : meiyeseri-
41 A/iaff : mehriqla : asnne : pzzititi
Toutes les lectures, sauf une, en sont une fois de plus confirmées.
La lettre dont la valeur est contredite par la trilingue est un signe
rare, ressemblant à un mu grec à cinq branches ; on le transcrivait
par un 6é7a, sans motif sérieux. Il figure ici (lignes 8, 18, 24, 28)
dans le nom du second dieu, que le grec écrit Arkesima(s). La lettre
lycienne, normalement redoublée après R, y tient la place du kappa ;
elle devrait noter une consonne vélaire ou palatale, Comme ce nom COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 118
divin est un hapax, et qu'aucune explication par le lycien ne peut
encore être proposée, nous le lirons provisoirement Arkazuma.
Dès la première lecture, il apparut que le texte fait, avec la face
grecque, une bilingue authentique, puisque les mêmes noms propres,
ou leur équivalent, se retrouvent aux places correspondantes.
A cela s'ajoutent deux mots étrangers, déjà bien connus en lycien,
que l'on rencontre à la place attendue : le verbe %ssaBrapawa-
« être satrape », emprunté à l'iranien, et le nom de la « stèle », sttala,
emprunté à un dialecte grec.
Sachant, en outre, que la phrase lycienne est encadrée entre la
conjonction se « et » (= gr. xoù) et le verbe au présent ou au prétérit,
la décomposition du texte en proposition était immédiate, et per
mettait une analyse comparative des deux versions. D'où il résulte
que :
1. les lignes lyciennes 1-12 sont identiques au grec 1-10 ;
2. les 13-18 sont parallèles, mais abrégées dans
le grec 11-16 ;
3. le lycien 19-29 est parfois identique, parfois seulement analogue
au grec 17-26 ;
4. aux lignes 30-36 du lycien et 26-32 du grec, les deux versions
divergent sensiblement, tout en développant le même thème : inter
diction de violer ou d'altérer la loi édictée plus haut ; mais le lycien
reçoit alors le secours du texte araméen, très proche dans le détail ;
5. la menace de punition, lignes 36-40 du lycien, n'est pas iden
tique à celle du grec, mais toutes deux contiennent les mêmes
éléments ;
6. enfin, les neufs derniers mots du lycien, après le nom de Pixo-
daros, n'ont apparemment rien de commun avec le Iïi£<oTapoç
xàpioç è'tJTCù du grec. Je renonce à comprendre cette dernière ligne
dont presque tous les termes sont des hapax de sens inconnu.
Cela posé, m'appuyant sur le bon guide qu'est le grec et sur la
grammaire lycienne déjà établie, utilisant aussi, à l'occasion, les
ressources du vocabulaire hittito-louvite, j'obtiens la traduction
suivante :
« (1) Lorsque fut satrape de Termisa (= Lycie) (2) Pigesere, fils
de Katamla, et qu'il (3-4) eut commis Hiéro et Natrpiyemi commiss
aires pour les Termiles (= Lyciens), et pour Arna (5) comme gou
verneur Ertimeli, (6-7) les citoyens et les voisins (?) d'Arna déci
dèrent d'établir un culte pour Seigneur (8) khbidenni et pour Arka
zuma le seigneur. (9) Et ils ont fait prêtre pour ces dieux-là1
(10) Simias, fils de Kondurahi, (11) et ceux qui suivront Simias2.
1. Les mots « pour ces dieux-là » manquent en grec.
2. Le grec ajoute t&v àiwcvxa xp^vov « à jamais ». LA STÈLE TRILINGUE DE XANTHOS 119
(12) Et ils lui ont donné libre ce qui est sien1. (13) Et, d'autre part,
la ville et ses environs (?) ont réservé (?) (14) des champs de la ville
— (15) or Khesentedi les a irrigués avec Pigrès — (16-17) et tout ce
qui s'y trouve et qui y est bâti, comme propriété de Seigneur
(18) khbidenni et d'Arkazuma. Et (19-20) Arna lui donne chaque
année comme paiement 12 1/2 (?)2 adas. Et (20-21) tous ceux qui
plus tard seront affranchis 3, ils lui (22) donneront des sicles.
Et ils ont fait (23) tout ce qui est gravé sur cette stèle (24) choses
sacrées de Seigneur khbidenni et d'Arkazuma. (25) Et ce qui s'y
ajoutera en profit, (26) on le sacrifiera, de mois en mois (?), (27)
comme un dû, avec une victime, et, annuellement, avec un (28)
bœuf à Seigneur khbidenni et à Arkazuma. (29) Et c'est Simias qui
sacrifiera, et ceux (30) qui suivront Simias4. Et ont fait (31) serment
pour ces règlements la ville d'Arna (32) et les voisins (?) d'Arna.
Ils (33) établissent cette loi — sur cette stèle (34) toute gravée5 —
que personne n'ôtera (35) ni ceci à ces dieux-ci (36) ni non plus cela
à ce prêtre-ci. Qui (37) l'ôtera, il en répondra devant (38) ces dieux-ci,
et la Mère de la présente enceinte (39), celle de Pantra, et ses enfants
et (40) les Eliyana (= Nymphes). — A Pigesere.... (40-41 :
inintelligible). »
Notre traduction devra, naturellement, être justifiée mot à mot,
et je renvoie à une publication ultérieure l'étude détaillée de la
grammaire et du lexique. Deux passages, en particulier, subiront
des retouches : celui qui précise la concession de champs au prêtre
et au sanctuaire, celui qui prévoit la contribution imposée aux
affranchis ; l'un et l'autre manquent à la version araméenne, et la
rédaction grecque, très concise, ne suffit pas à déterminer le sens de
certains mots difficiles, qui sont ici devinés et paraphrasés plutôt
qu'analysés et traduits.
Pour mesurer à quel degré le nouveau texte confirme, corrige ou
complète nos connaissances antérieures, considérons seulement les
deux premières propositions :
L. ëke : Trmmisn : xssadrapawate : Pigesere : Katamlah : tideimï :
G. susl Auxiaç £a8pa7nr)ç èyévsTO Tli^coSapoç 'Exoctojavco ûôç
L. së-nne-nte-pddëhatë : Trmmile : pddënehmmis : Iyeru : se-Natr-
bbiyëmi
G. xaTé<mr)<7s Auxiaç àp^ovraç 'Iéptova xai 'AuoXXôSorov
1. En grec : « l'atélie de ses biens ».
2. La lecture du nombre est incertaine. Le grec et l'araméen disent : « trois
demi-mines » ou « une mine et demie ».
3. Traduction incomplète et conjecturale.
4. La phrase entière manque en grec.
5. Je corrige ppuwetimë en ppuweti : krhmë, d'après la ligne 23. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 120
Étaient déjà reconnus la plupart des morphèmes : la conjonction
ëke « lorsque », comprise par Thomsen, qui traduisait « postquam ». —
l'accusatif en -n de Trmmis-n. — le prétérit, 3e singulier, de %ssaBra-
pawate. — le génitif en -h de Katamla-h. — le mot tideimi « fils ». —
le pronom enclitique -fine « il ». — la préposition/adverbe nte « dans,
sur ». — le datif pluriel en -e de Trmmil-e. — l'accusatif pluriel
en -is de pddènehmmis. — l'accusatif singulier en -u de Iyeru.
En revanche, nous est donné le sens de Trmmis-, mot connu mais
mal défini ; et, par suite, la possibilité de comprendre le rapport
entre le nom de pays Trmmis- et le nom de peuple Trmmili, appella
tion indigène des Lyciens, comme on savait. — Un fait intéressant
est le verbe « être satrape », dérivé lycien en -wa- du nom du satrape,
comme le grec accxpoazeûoi. Ce suffixe est en effet caractéristique de
la langue louvite ; comparer le verbe « régner », dérivé du nom
du « roi m1.
Les deux mots pddëhatê et pddënehmmis donneront un bon
exemple de la manière dont on peut utiliser la trilingue. Grâce au
grec, qui révèle le sens « a établi archontes », la figure étymologique
du lycien se résout en un verbe au prétérit et son participe passif à
l'accusatif pluriel ; d'où mon essai de traduction « a commis commiss
aires ». La restauration du prototype anatolien est à chercher
sûrement dans un vieux dérivé du mot pedan « lieu, place », qui, en
hittite, signifie « mettre en place, caser, établir dans son autorité »2.
Pour simplifier, disons que la grammaire était correctement
décrite, et que c'est le vocabulaire qui s'enrichit au contact de la
version grecque ; la formule s'applique au texte entier.
Ce passage nous amène à quelques observations rapides d'ordre
onomastique :
1. Pixodaros — Pigesere3. La profonde divergence qui sépare le
lycien du grec doit provenir, à mon sens, de l'origine carienne,
encore inconnue, du nom de ce dynaste4. Les Lyciens entendaient
fort mal les noms étrangers, comme on l'a observé depuis longtemps
dans leurs transcriptions des noms grecs. Ainsi Iyeru, accusatif de
Iyera, n'est qu'une mauvaise adaptation de Hiérôn, comme Parmena
l'est de Parménôn dans l'épitaphe bilingue n° 117.
2. Katamla pour Ekatomnos illustre des processus phonétiques
propres aux langues indigènes d'Anatolie : alternance de N et L,
aphérèse de A- initial, comme Pillënni pour Pinareus, et Pulenida
pour Apollônidês.
1. En louvite hiéroglyphique ; cf. Hier. HitL, I, n° 17, b.
2. pedassah-, Heth. Wtb., 2. Erg., p. 20.
3. Corriger le faux Pi%e\d\ere du Corpus, n° 45, et, à sa suite, Friedrich,-
Kleinas. Sprachd., p. 69 ; Zgusta, Kleinas. Pers., § 12363-4.
4. Même opinion chez ibid. LA STÈLE TRILINGUE DE XANTHOS 121
3. Natrbbiyëmi et Apollodotos. — On sait que -bbiyèmi, à lire
-piyëmi, est le participe passif de piye- « donner », et vaut par consé
quent le grec -dotos. On est conduit à supposer que le nom grec est la
traduction du nom lycien, terme à terme ; on peut aussi arguer qu'à
côté de Hiérôn = Iyera, Natr-bbiyèmi est la traduction lycienne,
artificielle, du nom grec. Il existe au moins un autre exemple du
procédé, dans l'épitaphe bilingue n° 251. Dès lors, l'élément Natr-
contiendrait le nom lycien d'Apollon, encore inconnu.
4. Erttimeli est un dérivé normal en -li du nom d'Artémis lycienne,
Ertemi, nom assuré par une bilingue inédite du Lêtôon.
5. Seimiya est la transcription du nom grec Simias ; noter que
ce personnage est fils d'un Kondurahi ou Kondurasis, qui porte, lui,
un nom indigène.
6. Khesntedi = Kesindelis. L'altération de -d- en -/- est un phé
nomène typique de phonétique anatolienne. Mais, puisque ce nom
peut être compris aussi bien comme composé en -tedi que comme
dérivé en -(é)li, je ne sais à quelle langue il convient d'imputer
l'altération.
Tous ces petits problèmes de phonétique et de morphologie ono-
mastiques étaient déjà familiers aux asianistes, et aussi aux hellé
nistes travaillant sur le matériel anatolien.
Nous en arrivons aux noms de divinités, qui posent des questions
irritantes, et, pour moi du moins, en partie insolubles :
1. L'appellation lycienne de Lêtô comme « Mère (divine) de ce
téménos-ci » est bien celle que j'avais déduite naguère du lexique
louvite2. L'épithète complémentaire Pntrènni, réservée à Lêtô,
revient quatre fois sur des épitaphes de Myra, et de Limyra en
Lycie orientale3. Elle se présente comme un ethnique, avec son
suffixe en -ënni. Je me demande s'il ne faut pas se résoudre à y voir,
au lieu ou à côté de Pttarazi*, l'ethnique lycien de Patara, siège
d'un fameux oracle d'Apollon, à quelque distance de Xanthos-
Lêtôon. J'imagine que la déesse Lâtô ou Lêtô, venue de Grèce avec
ses glorieux enfants, se serait d'abord établie au point de son débar
quement, où elle aurait supplanté une déesse-mère indigène. L'an
cien rapprochement de Lêtô et du nom lycien lada « épouse, femme »
me paraît décidément hors de question.
2. Les Eliyàna ou Nymphes lyciennes ne me sont pas autrement
connues.
3. Khantawata khbidènni = Basileus Kaunios.
Le nom de ce dieu n'est pas nouveau, puisqu'on le lisait déjà, au
1. Lycien %ssbezë = gr. II6pTca^.
2. Dans Bull. Soc. Ling., LUI (1957), p. 190.
3. Tituli Lyciae, 94, 3 ; 102, 3 ; 109, 6 ; 112, 6.
4. Cf. Imbert, Mém. Soc. Ling., XI, 230, n. 1, avec la bibliographie antérieure. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 122
génitif en -hi, sur le pilier inscrit, face nord, ligne 8, coordonné aux
noms divins Maliya, équivalent lycien d'Athéna, et Ertemi, c'est-à-
dire Artémis. La phrase semble signifier : « la stèle se dresse près du
sanctuaire d'ici, celui de Maliya, d'Artémis et de Khantawata
khbidenni ». Il ne paraît pas douteux que le dieu d'origine carienne
avait déjà sa place, vers la fin du ve siècle, dans la ville de Xanthos,
avant d'être introduit, à l'époque de Pixodaros, dans le péribole du
Lêtôon.
Quoi qu'il en soit, le nom lui-même est tout-à-fait lycien. Il se
compose d'un appellatif, Khantawata, qui est un titre honorifique,
et qui s'applique aussi aux officiers supérieurs de l'armée lycienne.
Il reproduit exactement le louvite hantawat- « seigneur, chef, souve
rain », peut-être « roi ». L'équation %ntawata = gr. Basileus est donc
satisfaisante.
Quant à l'adjectif xbidènni, c'est l'ethnique de %bide. Le nom
figure sur la stèle xanthienne, face nord, ligne 7. Mieux encore, à
la ligne 46 de la même colonne, mais en dialecte archaïque, la graphie
%bidewnni garantit le caractère géographique du dérivé, et son éty-
mologie. Par suite, si l'on s'en tient aux seules données grammatic
ales, on ne peut échapper à la conclusion que %bide, toponyme de
base de l'ethnique, est le nom lycien de Kaunos. M. André Dupont-
Sommer dira si la transcription araméenne du nom divin admet ou
exclut notre hypothèse.
Je n'insiste pas, ici-même, sur les nombreux faits grammaticaux
ni sur les éléments du vocabulaire lycien qui, quoique entrevus par
la méthode combinatoire ou par l'étymologie, reçoivent pour la
première fois leur confirmation matérielle. Ce sont :
— la négation ne = gr. où ;
— la désinence d'instrumental en -(e)di, identique au louvite en
-adi ;
— le génitif pluriel en -(ri)i : Arnnâi = gr. Savôtwv ;
— le pluriel pronominal ebette « ceux-ci » ; cf. hitt. abat ;
— les verbes piye- et pibiye- « donner » = gr. SiSovat ;
— le mot mahani « dieu » = gr. ôsoç ; cf. louv. massant- ;
— On n'avait auparavant que le radical réduit a- du verbe
« faire ». La nouvelle variante ai- recouvre le louvite ai- ou aya-
« faire » ;
— le nom du « bœuf » uwa- (ligne 27) = gr. (3ouv correspond
au louv. uwa-, même sens, comme on l'a montré ailleurs ;
— étudiant récemment les inscriptions du sarcophage de Payava,
j'y avais restauré le mot uha- « année ». La trilingue le prouve : aux
lignes 19 et 27, uhazata « annuellement » est traduit par le gr. xoct LA STÈLE TRILINGUE DE XANTHOS 123
Le lycien uha- n'est donc que la forme évoluée du louvite
ussa- « année » (en face du hitt. wet-).
Examinons les nouveautés les plus intéressantes que la langue
lycienne retire de la trilingue :
1. Le lycien arawa (ligne 21) pour le grec à7rsXs60spoç est le
bienvenu. A dire vrai, le sens de arawa « libre » n'était pas inconnu,
puisqu'on possédait la glose Ereua = éXsuGépa, correspondant au
hittite arawa-. Ce qui est plus remarquable, c'est l'équivalence de
arawa (ligne 12) et du grec àréXeia « exemption ». Car c'est précis
ément la signification que le mot possède depuis la plus haute anti
quité, et qui, à travers la tradition anatolienne, s'est ainsi conservée
jusqu'à l'hellénisation : « affranchir » ou libérer, de la part du roi,
était au second millénaire « exempter d'impôt ». Vieux mot d'origine
indo-européenne, terme de civilisation, arawa dérive de ara « noble »,
ou plus exactement « homme pourvu de droits politiques », apparte
nant à la classe des égaux. De cet ara- primitif sort le nom *arant-,
qu'il faut poser pour expliquer convenablement le lycien arus
(ligne 6). Le grec ne traduit pas ce mot, mais l'araméen le rend par
le pluriel B'LY « citoyens ». D'autre part, le vieux nom hittite ara
« juste, fas » survit, semble-t-il, dans l'adjectif lycien arâ, de la
ligne 27.
2. Un autre mot rare révélé par l'araméen mieux que par le grec
est le nom neutre mara (mère) « loi, règlement » des lignes 31 et 33,
réplique du data emprunté au perse achéménide. Le mot, jusqu'à
présent inintelligible, se place près du verbe mar- « commander,
ordonner », jadis déterminé correctement par Torp.
3. Plus surprenante est l'équation du lycien teteri et du grec roSXiç
(lignes 13, 14, 31). On a longtemps cherché le nom lycien de la
« ville » dans le mot wedri, et son ethnique wedrènni « citadin ». Je
pense qu'il faut suivre le témoignage de la trilingue, et remplacer
« ville » par « pays » pour wedri : une étymologie anatolienne en ren
drait compte1, teteri, de son côté, demeure isolé dans le lexique
asianique.
4. Le correspondant du grec ôaov, Ôcrot, 6aa est trois fois l'adjectif
kmmen(i)- : lignes 16, 21, 23. Serait-ce le répondant du hittite
humant- « tout » ?
5. Du verbe « être », dérivé du louvite, on ne connaissait que
l'optatif esu « qu'il soit » ; il s'y ajoute maintenant l'indicatif 3e sin
gulier esi « est » et pluriel hâti « sont » (lignes 12 et 21). Le participe
substantivé asant-, au pluriel asanta, survit dans le mot ahnta
(ligne 17), au sens de « biens, propriété », comme le grec xà Ôvxa de
la ligne 12.
1. wedri < louv.* wadna « pays > = hitt. udne.

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