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Les Duels, Suicides et Amours du bois de Boulogne

De
222 pages

BnF collection ebooks - "Recueil historique contenant un grand nombre d'événements tragiques, rendez-vous galants, intrigues piquantes, comiques et romanesques ; mystères et secrets étonnants, soit en fait de galanterie, soit en complots criminels, dont ce BOIS FAMEUX n'est que trop souvent le théâtre".

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Ô mélange étonnant de crimes, de misère !…

Là dans ce chemin creux, un frère égorge un frère.

Le fer, le pistolet ou le sabre à la main,

Un rival d’un rival est l’affreux assassin !…

Plus calme en sa fureur, le sombre suicide

Y quitte, en criminel, une vie insipide.

Ces allées, ces bosquets et le même feuillage,

Au forfait, à l’amour, prêtent le même ombrage ;

Et près de cet ormeau, de balles incrusté,

Une amante, un amant, meurent de volupté…

Ainsi, l’homme égaré dans ces apprêts de deuil, croit éviter son juge en creusant son cercueil ! ! !……

RECUEIL HISTORIQUE,

Contenant un grand nombre d’évènements tragiques, rendez-vous galants, intrigues piquantes, comiques et romanesques ; mystères et secrets étonnants, soit en fait de galanterie, soit en complots criminels, dont ce BOIS FAMEUX n’est que trop souvent le théâtre.

PAR UN RÔDEUR,

CACHÉ DANS UN ARBRE CREUX DE CE BOIS.

IXe. BULLETIN, AFFLIGEANT, AFFREUX
Aux branches mêmes de l’Arbre magique

Deux suicides. – L’amour se voile d’un crêpe sanglant. – Un duel épouvantable ; dix balles s’incrustent dans L’ARBRE ; l’herbe est souillée de sang, et les faunes et les dryades de la forêt poussent des gémissements plaintifs.

Quelle horrible transition, du genre folâtre au genre tragique ! Je le confesse, toute ma philosophie, tout mon stoïcisme échoua dans ces trop fortes épreuves. Je n’étais nullement préparé à des coups si terribles. Le rire encore sur les lèvres du désappointement, de la mésaventure piquante de madame de Champfleury, j’en parlai, de temps à autre à mon épouse, pendant une quinzaine de jours que je lui consacrai. Nous continuions d’étudier ensemble, et, pour ainsi dire, notre La Bruyère, notre Ermite de la Chaussée d’Antin, sous les yeux, les caractères de la société, les modifications de nos mœurs, l’artifice meurtrier de notre politesse : nous les comparions aux nations étrangères, et Mélanie me faisait chaque jour admirer de plus en plus sa sagacité, quand des tracasseries, des chagrins de famille s’élevèrent dans la maison de M. de Sainte-Bomare, agent-de-change, qui demeurait également rue de Cérutti, tout près de notre hôtel. Il s’agissait d’une inclination inconvenante, d’une passion romanesque qu’avait inconsidérément conçue mademoiselle Euphémie de Ste. -Bomare, à Bordeaux, où elle avait passé quelques mois chez un de ses oncles. Le frère de son père n’avait rien dissimulé, dans sa correspondance, des dangers que couraient la vertu et la réputation de sa nièce, d’autant plus que le jeune homme dont elle s’était imprudemment amourachée, était un sous-lieutenant de hussards sans fortune, et dont les mœurs légères et frondeuses avaient déjà jeté la défaveur la plus désagréable sur la renommée d’Euphémie : et pour obvier à de plus grandes incartades, M. de Ste. -Bomare avait jugé plus prudent de rappeler sa fille près de lui. Elle était donc à Paris depuis huit à quinze jours, et telle qu’une Sapho inconsolable, pleurant, gémissant sur la séparation cruelle que l’autorité paternelle avait exigée, ainsi que sur les infortunes de ses plus chères amours.

Mélanie avait en vain employé l’effet de ses sages remontrances ; inutilement lui avait représenté l’inconvenance, les désavantages d’une telle union avec un homme sans ressource et sans principes : elle qui, fille unique et adorée de son père, veuf depuis quelques années, pouvait justement prétendre aux plus brillants partis : tout ce que mon épouse put trouver de plus judicieux, de plus frappant pour peindre les regrets inévitables qui suivent bientôt ces grandes passions chimériques, ne produisit aucun effet sur l’opiniâtreté de cette héroïne exaltée. Son cher Charles, seul, pouvait la rendre heureuse : c’était l’homme selon son cœur ; et sans lui, sans cette chère vue, la mort lui paraissait préférable à tout autre accommodement.

Jusqu’alors j’avais appris ces démêlés, mais sans jamais voir mademoiselle Euphémie de Ste-Bomare. Retirée chez elle comme une plaintive élégie, elle n’ouvrait sa porte qu’à Mélanie, dépositaire de tous ses chagrins. Les choses en étaient donc au point où son père irrité de savoir que son amant avait quitté clandestinement son régiment à Bordeaux, et ne laissait pas de jouir d’entrevues mystérieuses et nocturnes que lui ménageait une femme de chambre d’intelligence dans le galant complot ; M. de Ste. -Bomare, dis-je, avait déclaré à Euphémie qu’elle devait se préparer à partir pour un couvent situé près de Lille en Flandres, ou donner la main à un de ses confrères, homme plein de mérite, et dont l’alliance ne pouvait qu’assurer son bonheur et sa renommée. Après avoir employé les conseils, les supplications, ce père infortuné, voulant essayer les moyens de rigueur, n’avait enfin accordé à sa fille qu’une dernière semaine pour faire un choix, ou d’un couvent, ou d’un époux.

C’est à ce degré d’anxiété de part et d’autre, que notre héroïne communique à Charles, son amant, les ordres rigoureux de son père ; et c’est pareillement à ce point que les entretiens de ma femme m’avaient laissé. Tout en gémissant sur la situation pénible de mon ami, ne pouvant y porter aucun remède, je l’avais perdu de vue au milieu d’autres intérêts ; et commençant à éprouver une très vive curiosité, une secrète ardeur de retourner à mon phare philosophico-moral je ne dissimulai pas à Mélanie que je désirais jouir de cette précieuse liberté dont nous avions fait jusqu’alors un partage fraternel. Elle voulut être du voyage, mais je lui observai que le temps étant sombre, semblait peu propice aux aimables aventures ; ainsi, sachant me délivrer de ses tendres instances, ainsi que des caresses enfantines de ma petite Ninski, qui voulait aussi m’accompagner, je leur promis qu’à ma prochaine navigation, je leur ferais voir encore à toutes deux la pleine mer des feuilles agitées du bois de Boulogne, et ses antiques monuments.

Arrivé à l’Étoile, je laissai mon cabriolet à Tobie, et traversai la grille du bois. On approchait déjà de l’automne ; l’atmosphère était grise, et beaucoup de feuilles mortes, chassées par un vent d’ouest, indiquaient tristement que le temps des beaux jours allait faire place aux noirs aquilons. Pour moi, la nature fut souvent un langage muet, mais éloquent ; et, soit l’effet d’une coïncidence fortuite, soit justesse dans mes pressentiments, je sus toujours assez bien lire dans les nuages de l’avenir. Je n’augurai donc rien d’agréable dans cette journée. Les ondes de ma source, ridées par une bise légère, mon chêne, qui se laissait dérober, par des coups de vent, sa verte chevelure, et enfin le silence extraordinaire du lieu, seulement troublé par le cri périodique et lamentable d’une chouette, tout me déplut et serra péniblement mon cœur. Quand je fus installé, je me mis à écarter de mon esprit ces idées pusillanimes ; mais la première scène était peu faite pour m’inspirer de la joie ; un oiseau de proie se précipitant du faîte de mon chêne, fondit sur un couple de tourterelles :

« Tel d’un mont élevé le terrible faucon
Part, poursuit dans les airs le timide pigeon ;
Il arrête en son vol sa victime tremblante,
Il la presse, il la tient sous sa serre sanglante,
Enfonce dans son sein son bec victorieux ;
Le plumage sanglant tombe du haut des cieux… »

et sur la place même où l’infortunée italienne avait été ensevelie, ce même oiseau de proie fit un carnage sanglant des deux oiseaux de Vénus ; indigné, je me jetai sur mes pistolets, et le perçai d’une balle ; mais le couple emplumé n’en avait pas moins été victime du bec carnassier du vautour. Ainsi trois animaux ensanglantés gisaient déjà sur la pelouse où madame de Champfleury avait perdu sa rose, sa fausse renommée et son nœud de rubans ; que dis-je, sur le sofa de gazon où la délicate Délamire avait rendu Monrose heureux…, et enfin où la bacchante Clotilde s’était enivrée d’huile d’amour dans les bras d’Alfred.

J’allais descendre de ma retraite pour recueillir les trois volatiles, au moment où j’entends une voix d’homme s’écrier d’un ton brusque : « Pourquoi aller plus loin ? nous sommes parfaitement ici, éloignés de toutes les grilles, et sous un épais abri. » De suite quatre jeunes gens fort animés paraissent ; deux, d’un air grave et douloureux, me semblent les deux témoins, et les autres, pâles de rage et de colère, les deux antagonistes. Une boîte à pistolets est aussitôt ouverte, les armes chargées, et l’impatience, la soif de la vengeance brillent sur la figure des deux adversaires.

« Allons, Messieurs, se mit à dire un témoin en s’avançant vers eux d’un air conciliateur, me permettrez-vous d’opposer à vos ressentiments tout ce que votre ancienne amitié me suggérera pour empêcher ce combat pénible ; car, je ne vous le dissimule pas, je n’ai accepté ce rôle si affligeant de témoin, que dans la persuasion qu’un orgueil mal entendu céderait enfin à la force du sang, aux lois de la religion et de l’humanité. » – « Votre sermon peut être superbe, reprit avec ironie l’un des adversaires, mais ce n’est pas ici le lieu de le prononcer ; Monsieur m’a offensé devant toute la famille, il a osé me traiter de drôle et de polisson ; j’ai même vu sa main levée pour m’appliquer un soufflet… Ces sortes d’outrages veulent du sang ; le public, mes amis ne se contenteraient pas de toutes vos dissertations morales sur le duel. Je l’avoue, j’aurais peut-être pardonné à Monsieur l’excès de son impudence ; mes preuves sont faites ; quand on a servi dans la garde, on n’a pas besoin de certificat de bravoure ; mais Monsieur a eu la platitude de se retrancher sur son rang ; j’ai vu le moment même où, poussant l’impertinence au plus haut point, il allait s’en composer vis-à-vis de moi un manteau de lâcheté… Sous le prince philosophe, juste, bon et éclairé qui nous gouverne, sous le règne de S.M. Louis XVIII enfin, nous ne sommes plus heureusement dans ces siècles absurdes où le courage ne pouvait se déployer et être récompensé que sous des drapeaux de parchemins. Allons, mon petit marquis, à votre poste, je vous en prie ; disposez vos balles orgueilleuses ; pour moi, je vais vous en envoyer de très roturières et de très constitutionnelles surtout, je vous assure… »

Mais enfin, Messieurs, reprit encore le témoin conciliateur, votre querelle n’a pas de véritable fondement : on causait sur la Charte, vous avez pris feu, et voilà que sur des mots en l’air vous vous jetez le gant ! Songez donc que tous deux, épousant les deux sœurs, vous allez être bientôt liés par les alliances les plus douces ; d’ailleurs, n’aimez-vous pas, ne servez-vous pas le roi avec le même zèle ? M. le marquis de Pompancourt qui m’entend, n’a jeté en avant sa noblesse que dans un moment d’irréflexion ; il a trop d’esprit pour en faire trophée, et trop de sentiments pour ne pas désirer une conciliation avec un ancien ami.

Peut-être que les choses allaient se pacifier, et je n’en perdais pas la douce espérance, quand le témoin du roturier, se mettant à faire quelques mines dérisoires, dit tout bas : « Il n’y a pas à craindre que le duo devienne un quatuor ; quelle prudence, quelle philanthropie dans les discours de Monsieur ! oh ! avec de pareilles doctrines, on vit autant qu’une corneille… »

Ce dernier trait sanglant fut la pomme de discorde : « Puisqu’on raille jusqu’à mes plus nobles intentions, repartit avec fierté l’homme honnête, que le ciel fasse le reste ; pour moi, j’ai rempli mon devoir. Je ne chercherai plus à arrêter l’explosion d’un vrai tonneau de poudre ; et si, en définitif, on suspectait encore mon courage… » Après ces Messieurs, répondit sèchement l’autre témoin.

C’est alors que le marquis, jetant une pièce d’or en l’air, s’écria : « tête ou pile… ! » tête, répondit le roturier, et en effet il obtint du sort le premier coup. On s’est placé à dix pas de distance ; l’amorce brûle, la balle siffle, et le chapeau de M. de Pompancourt est traversé. C’est à son tour : plus heureux, il perce les chairs de la cuisse de son ennemi. Ce dernier, furieux de voir couler son sang, après avoir trempé son mouchoir dans la source, et en avoir fait un bandage provisoire sur sa blessure, demande vengeance ; malgré les efforts des témoins, le bras du marquis est percé, et la balle s’enfonce dans mon arbre...

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