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L'atelier jardinage, école nationale supérieure du paysage et

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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L’Atelier jardinage, École Nationale Supérieure du Paysage et ‘Jardins format a4 ‘ Projet de Pierre Bernard Centre National de la Documentation Pédagogique Document provisoire, travail en cours, Sébastien Argant, Liliana Motta, Relectures Marc Rumelhart. 11 juin 2008 Potager du Roi Versailles L’Atelier jardinage Les parcelles destinées au jardinage des étudiants au Potager du Roi, appelées ‘Carrés trois et quatre du Grand Carré’, sont confiées à l’encadrement de Sébastien Argant, paysagiste dplg et Liliana Motta, artiste botaniste. Les dits carrés accueillent une promotion sur trois d’étudiants paysagistes dès leur entrée à l’École jusqu’à leur troisième année. Deux autres jardins du Potager accueillent les deux autres promotions. Dans le carré 3, appelé ‘la parcelle commune’, nous jardinons ensemble, encadrants et étudiants, sur des projets proposés chaque année. Sur l’autre carré, les étudiants se réunissent en groupes de trois ou quatre pour totaliser un collectif initial d’une quarantaine des jardiniers. Les étudiants se répartissent le terrain en 16 parcelles, selon un plan dessiné par eux-mêmes en début de cycle. Nous sommes cette année à la fin d’un cycle de jardinage avec des étudiants en troisième année de l’ENSP. Ils sont moins nombreux (20 à 25) qu’au départ car la 3e année peut être faite à l’antenne méditerranéenne de l’école (ENSP Marseille) ou à l’étranger (échanges Erasmus). ‘Jardins format a4’ Pierre Bernard, auteur des projets pour le Centre National de la Documentation Pédagogique, a sollicité l’École Nationale Supérieure du Paysage pour une collaboration autour de son projet ‘Jardins format a4’ . Cette collaboration devrait donner au projet ‘Jardins format a4’ une base scientifique et technique sur les principes du jardinage. Pour illustrer le projet de Pierre Bernard, ‘Jardins format a4’, le jardin créé dans la parcelle commune montre d’une manière pratique des principes de jardinages et des collections végétales de plantes sauvages et de plantes cultivées. Nous avons élaboré une bibliographie scientifique autour du jardinage. Pour que cette bibliographie soit vivante et accessible de manière appropriée aux besoins des différents enseignants, la création d’un réseau de conseillers scientifiques issus des conservatoires et jardins botaniques est recherchée autour de l’Atelier jardinage à l’école. Le projet est réalisé sous la responsabilité du Département d’Écologie avec la collaboration du Département des Arts Plastiques et des étudiants de 3e année. L’atelier jardinage a accueilli les enseignants inscrit au projet le 2 avril et le 11 juin 2008. 1 Le petit laboratoire pratique du jardinage des plantes Le regard que l'on porte sur les plantes diffère selon nos cultures, nos envies, nos passions, nos souvenirs, et souvent aussi selon l'image qu'on en a. Image à laquelle elles nous renvoient, qu'on adopte ou qu'on exècre. Sans doute est-ce au travers de ces regards multiples que jardins et jardiniers s'étreignent dans une confusion fouisseuse. Ici, nous avons volontairement quitté toutes ces questions de regards, ou peut-être encore finissent-ils malgré nous à ressurgir un peu tous, de manière caricaturale... Le petit laboratoire pratique du jardinage des plantes tient dans ces 4 planches d'essai du Carré 3. On peut y observer les plantes dans leur apparition la plus naturelle et spontanée jusqu'à leur installation la plus choisie. Au départ, l'ensemble du terrain a fait l'objet d'un même travail du sol en profondeur, à la rotobêche, suivi d'un affinage en surface à la griffe, outil à main également appelé croc. Laisser pousser Ici s'exprime la puissance agissante des préparatifs. La terre prête comme pour un semis s'exprime d'elle-même au travers de son réservoir de graines en attente. Curieusement, cette planche d'abord nue est celle qui permet au plus grand nombre de plantes d'apparaître et de cohabiter sur une année. La plupart de ces plantes appellées adventices, plantes accompagnatrices des cultures, profitent des travaux de sol pour renaître à nouveau dans cette mise en lumière. Il leur suffit d'un an pour croître, fleurir et assurer la mise à graine qui leur permettra de se reproduire. L'expérience de cette planche nous montre clairement que laisser pousser toutes ces plantes ensemble pendant trois ans conduit à une concurrence et une domination des graminées (‘l'herbe’). Autrement dit, on constate qu'un abandon de travail du sol contribue petit à petit à une diminution du nombre d'espèces exprimées. 2 Garder les belles plantes et faucher le reste Là commence l'arbitraire du jardinage. Quelle plante choisir ? Quel avenir a-t-elle dans le temps ? Quelle sera sa fleur ? Ses voisines vont-elles lui prendre sa place ? Comment se laisser surprendre autant par les plantes voisines que l'on n'a pas choisies ? Comment entretenir ce nouvel ordre ? Bien évidemment, une connaissance botanique aide à certains choix qui finissent par mettre en évidence certaines plantes avec plus de succès que d'autres. Cette alternative de sélection n'est pas si évidente, aussi modeste soit-elle. Cela dit, quel que soit son résultat, on pourrait la qualifier de plus petite action jardinière jamais recensée. Garder les belles plantes, en planter d'autres, et faucher le reste Ici la question jardinière se simplifie. On laisse pousser et on fait une petite place pour introduire de nouvelles plantes. Nous avons choisi arbitrairement d'introduire des plantes représentatives des familles spontanées repérées dans la première planche. Ce choix c'est fait en pensant qu'elles seraient peut-être plus adaptées que d'autres et permettraient de tirer un trait d'union entre chacune des 4 planches de notre petit laboratoire. Cette expérience d'introduction de plantes nous paraît être la plus convaincante des alternatives jardinières. Ni trop jardinière pour amener à se plaindre de trop d'efforts, ni trop attentiste au point d'en essouffler les effets. Les plantes déjà là continuent de s'exprimer et les nouvelles trouvent leur place également dans une cohabitation facile à entretenir : un petit désherbage manuel au pied une à deux fois l'an, ménageant une couronne d'herbe autour des nouvelles plantes. 3 Planter d’autres belles plantes et désherber C’est également à partir des espèces spontanées repérées dans la première planche que nous avons décidé ici d’en représenter les familles botaniques significatives. L’identification des plantes, ou tout au moins leur distinction, est évidement plus facile ici que dans la première planche qui nécessite un œil avisé. Il n’en demeure pas moins que cette quatrième planche est bien la plus contraignante à jardiner. Elle nécessite un désherbage manuel sélectif d’une régularité que nous avons peine à tenir, pour entretenir la lisibilité de cette collection où s’expriment des espèces aux comportements variés. Car on voit bien que les familles botaniques regroupent des ‘stratégies’ comporte- mentales parfois peu convergentes, des ‘essais évolutifs’ partis dans des directions très diverses. 4 Jardins sur place et à emporter ‘Jardin sur place ou à emporter’ est le sujet de cette dernière année de jardinage pour les étudiants de troisième année restés à Versailles avant de quitter leurs parcelles pour l'année de leur diplôme. L'idée est de préparer le terrain pour passer la main aux étudiants à suivre : - enlever tout ce qui n'est pas une plante et Dieu sait que le jardin est un haut lieu d'accumulation en tout genre , - niveler la parcelle pour retrouver un sol uniforme facile à reprendre en un seul tenant avec un outil à moteur, - inventer un dispositif qui permet à la fois de mettre en scène ce démontage des parcelles, et occupe le sol pour le laisser passer l'été sans dommage et être facile à reprendre à la rentrée pour les suivants, - mettre en pot des plantes pour une réutilisation sur place l’année prochaine ou à emporter dès maintenant. L'interprétation de cette idée s'est conclue par la confection de trois bandes démonstratives du jardin des étudiants : - une bande enherbée, chargée d'histoires, de mémoire de cette aventure, - une bande paillée préparant le sol à passer l'été tranquille, sans entretien, - et une dernière bande aux reliefs prononcés mise à nue pour faire la différence. L'expérience du suivi pédagogique du jardinage amène à chaque fin d'année à remodeler les règles que l'on s'impose. On pense par exemple, pour les années à venir, proposer peut-être les règles suivantes : - ne façonner son jardin qu'avec des plantes , - s'intéresser à la vocation première du lieu, vivrière et goûteuse : le potager , - ne pas manquer d'expérimenter et de communiquer son travail , - concentrer l'enseignement et l'expérience sur la seule 1e année , - travailler à une dégustation à la clef d'une année de culture. 5 Le sol, la terre La pédogenèse, ou la fabrique du sol dans ce qu’il a de vivant, n’est que la longue histoire de la modification lente de notre écorce terrestre jusqu’à la formation de nos horizons variés. Là sont les fondations de nos paysages et de nos milieux, où l’expression la plus terreuse varie d’une région à l’autre, d’un relief aride et maigre à un creux frais et profond. C’est de cette épaisseur que l’apparition des plantes spontanées est l’écriture la plus intime. Au-delà de ces temps géologiques lointains et des temps agrestes encore récents, la terre d’aujourd’hui s’est encore enrichie de nos histoires humaines bien vivantes. Il n’y a qu’à regarder devant sa porte pour le comprendre. Ou plus loin. Le paysage change, s’épaissit, se modifie mais, quoi qu’il en soit, reste toujours bien vivant à nos pieds comme au loin, faisant de la moindre aspérité du sol et de la terre un lieu de renaissance. Reprenant Jacques Prévert parlant du paysage, on pourrait dire la même chose du sol, de la terre : ‘Ne regardons pas le sol d’un mauvais œil, il n’est pas laid, mais c’est peut-être notre œil qui est mauvais’. D’asphalte ou de béton, de métal ou d’argile, de plastique ou de sable, d’ordures ou de terre ‘végétale’, un sol, une terre sont toujours prêts à se laisser aller à germer de quelque chose, bien plus que nous d’ailleurs. Pour s’en convaincre il suffit de ne rien faire, tout juste d’attendre, quelques jours tout au moins, puis de regarder, ici ou là. Un joint, une flaque d’eau ressuyée, un creux de mur, au milieu d’un champ, sur une berge humide, entre deux glissières d’autoroute, sur un skate-park, dans un parking, etc. Il suffit d’un rien d’apaisement, de trois fois rien de poussière et même moins, et ça pousse. De là, on peut commencer à botaniser, découvrir les atours de la plante, la reconnaître, refaire son chemin. Et là commence une autre histoire… 6 Le paillage, le compostage Prenons un sol nu et un sol couvert de paille. Laissons-les passer quelques journées ensoleillées et revenons. Le sol nu va se creuser et se vider d’une grande partie de son eau par évaporation, tandis que le sol couvert restera encore relativement frais, de bonne structure et accompagné de vers de terre et autres insectes fouisseurs. L’usage du paillage est comparable au couvercle d’une casserole en cuisine. Quand on n’en a pas, tout s’évapore. La couverture d’un sol, vivante ou pailleuse, se traduit évidemment par une expression de vitalité dans les plantes qui y poussent. Dans une échelle volontairement exagérée de temps et de lieux, on peut comparer la végétation d’un désert à celle d’une forêt. La nudité du désert l’expose à une difficulté de vie alors que la générosité du couvert d’une forêt la protège et lui donne force de régénération. A y regarder de près, la forêt met en évidence le mécanisme naturel du paillage et, par extension, du compostage, à la chute de ses feuilles : ce n’est rien d’autre que l’accumulation de matières mortes prises en charge par un vivant minuscule qui les décompose lentement en humus, ferment d’une litière fertile. On peut considérer le sol forestier, celui où l’on ne souffle pas les feuilles, comme un grand paillage, voire un mince compost. Le compost ne serait donc qu’un savant paillage de multiples couches aérées dont la vertu supplémentaire est de pouvoir nourrir le sol en matière organique et en éléments fertilisants, stimulant l’installation d’une vie plus soutenue. Paillage et compostage peuvent devenir des outils de préparation d’un sol à la culture. Si les moines défricheurs l’avaient compris et s’étaient approprié le sol forestier, des observations plus contemporaines continuent de nous donner l’envie d’explorer de nouvelles manières de prépararer un sol à la culture. Par exemple une piscine en plastique, oubliée sur une pelouse, paille. Un journal abandonné paille également et finit même par être un fin compost, parfois un peu trop chloré. Un tas de branches ou une pile de bûches composte lentement, de même qu’une voiture garée longtemps finit par pailler. Une planche abandonnée au sol paille également, et à partir d’une dizaine d’années d’abandon, se dégrade et constitue un mince compost plus ou moins stimulant suivant l’essence de l’arbre dont elle provient. Planter est aussi une forme de paillage vivant, d’autant plus efficace lorsque la plantation est dense et crée du couvert. Différents produits commerciaux témoignent aussi des nombreux intérêts et variations d’usage du paillage et du compostage : les carrés de carton aux pieds des arbres plantés, les films non tissés dans les champs de maïs, les bâches dans les haies quand ce n’est pas de la paille, les granulats enrésinés aux pieds des arbres en ville, le terreau de lombrics dans les jardinières, l’écorce de pin au pied des fast-food. Ceci étant, qu’on ne s’y trompe pas. Par-delà l’intérêt de cette aventure pailleuse et compostière, les sols arides et maigres n’en manquent pas moins et sont tout aussi goûteux. 7 La nature en ville On peut considérer la ville comme un écosystème. Ce que l'on aperçoit d’abord dans la ville, de manière isolée, ce sont les gens, puis les maisons, les voitures, les plantes, la nature. Cette perception n’a de sens qu’à travers un système de relations qui lient ces éléments les uns aux autres, et à leur environnement. L’écosystème urbain a une identité unique : ce sont les hommes qui l’habitent, avec leurs connaissances, leur travail, leurs expressions culturelles et sociales. C’est la dimension humaine qui donne à la ville sa richesse et sa singularité. Mais l’homme n’est pas seul, d’autres êtres vivants l’accompagnent, des espèces végétales que l’homme a plantées ou non, d’autres espèces animales, domestiquées ou non. Le sol en ville est une accumulation de poussières, de pollution et de débris de toutes sortes. Ce sol mince se loge entre les interstices de deux dalles dans la rue, dans les failles du bitume, dans les fentes d’un vieux mur. Le sol de la ville est fréquemment perturbé par des piétinements répétés, mais aussi par le vent, la pluie, et la sécheresse en été, qui vont empêcher des plantules d’arbres ou d’arbustes de se développer. Seules quelques plantes vont pouvoir s’installer, ce sont souvent des plantes annuelles à croissance rapide, édifiant en peu de temps une biomasse importante, à grande fécondité, à pouvoir germinatif élevé, et à grande plasticité écologique, résistant à la sécheresse comme à l'excès d'humidité. Dès que l’homme n’intervient plus dans un endroit en ville, c’est la nature qui (le) reprend. Tout ce qui est délaissé par l’homme devient une surface d’accueil pour les plantes. Dans la ville, la plante comme être vivant est souvent oubliée. Elle n’est qu’un élément décoratif comme les lampadaires, bancs et autres objets urbains. Le végétal devient anonyme, ‘arbre d’alignement, plante à massif, arbuste taillé’. Son ‘horizon temporel’ se rapproche de celui de l’objet inerte. Et pourtant… L’arbre planté devant notre immeuble, comment s’appelle-t-il ? Pourquoi y a-t-il tant de buddleias le long de la voie ferrée ? D’où viennent-ils ? La nature en ville est étroitement liée à l’homme et à son histoire. Mais pas n’importe quelle nature ; cette nature en ville représente l’homme, elle est là à cause de lui. L’observation des conditions écologiques d’un endroit déterminé peut expliquer pourquoi les plantes peuvent y vivre mais l’observation d’un sol, d’un climat n’explique pas pourquoi ces plantes sont venues s’installer là. Qui a ramené cette graine qui a pu germer dans cet endroit, d’où vient-elle ? 8 Cet entourage végétal proche nous laisse souvent indifférents. Pourtant ces plantes participent à la mémoire des lieux et à travers l’explication de leur présence, c’est notre histoire qui nous est racontée. Si, malgré les désherbants ou les services d’entretien, on trouve des raiforts à la Gare de Roubaix, c’est parce que des immigrants polonais, qui affectionnent tout particulièrement ce légume, sont venus travailler dans les mines il y a un siècle. Ces êtres vivants sont les témoins de notre histoire. Le regard et l’attention portés à une plante nous en apprennent sur nous-mêmes. La nature en ville n’est pas un simple objet esthétique mais aussi un lieu d’expérimentations culturelles et sociales. Nous avons fini par comprendre que le vivant est complexe et difficile à apprendre. Aller rencontrer cette nature dans le square de notre quartier, le long des voies de communication, à la moindre ouverture du sol bitumé que nous piétinons tous les jours nous paraît une démarche insignifiante. Pourtant c’est dans ce paysage ordinaire que nous devons reprendre nos questions sur la biodiversité. C’est dans ces lieux banalisés par le quotidien que l’expérimentation doit aussi avoir lieu. Les problématiques liées à l’usage et à l’écologie sont innombrables, il n’y a pas une solution applicable à toutes. Ce constat doit être au centre de la création d’un nouveau lieu, l’espace public ne devrait plus être un espace anonyme, c’est un espace que nous partageons, un espace qui nous appartient, un espace commun. 9
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