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[NOTE] Faut-il scolariser les enfants à 2 ans ?

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Faut-il scolariser les enfants à deux ans ? Note présentée à l’UMP par le pôle Social de la Boîte à idées. François Hollande en avait fait une promesse de campagne en 2012 : « Je ferai en sorte que les enfants de moins de trois ans puissent être accueillis en maternelle». Le ministère de l'Éducation avait alors publié en 2013 une circulaire sur la scolarisation des enfants de moins de trois ans et Jean-Marc Ayrault avait fixé comme objectif de passer d'un taux de scolarisation de 11,6% actuellement à 30% d’ici la fin du quinquennat. Le mode de garde des enfants de moins de 3 ans est au cœur d’un triple enjeu : éducatifle développement de l’enfant à cet âge est déterminant -, - sociétal – le temps dédié par les parents à l’éducation de leur enfant structure leur arbitrage entre activité et inactivité – etfinancier– l’éventuelle garde de l’enfant étant associée à des coûts pour les parents et la collectivité. Dès 2 ans, les enfants peuvent se rendre à l’école si les parents le souhaitent et si une école maternelle peut accueillir l’enfant. L’école peut alors devenir le mode de garde principal de l’enfant, remplaçant le rôle jusqu’ici échu aux parents, aux grands-parents (ou aux autres membres de la famille), à une assistante maternelle agréée (une salariée à domicile) ou à un établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE, c’est-à-dire une crèche ou une halte-garderie). D E C 2 0 1 4 FAUT-IL SCOLARISER LES ENFANTS A 2 ANS ?
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Faut-il scolariser les enfants à deux ans ?
Note présentée à l’UMP par le pôle Social de la Boîte à idées.
François Hollande en avait fait une promesse de campagne en 2012 : « Je ferai en sorte que les enfants de moins de trois ans puissent être accueillis en maternelle». Le ministère de l'Éducation avait alors publié en 2013 une circulaire sur la scolarisation des enfants de moins de trois ans et Jean-Marc Ayrault avait fixé comme objectif de passer d'un taux de scolarisation de 11,6% actuellement à 30% d’ici la fin du quinquennat. Le mode de garde des enfants de moins de 3 ans est au cœur d’un triple enjeu : éducatifle développement de l’enfant à cet âge est déterminant -, - sociétal – le temps dédié par les parents à l’éducation de leur enfant structure leur arbitrage entre activité et inactivité – etfinancier– l’éventuelle garde de l’enfant étant associée à des coûts pour les parents et la collectivité. Dès 2 ans, les enfants peuvent se rendre à l’école si les parents le souhaitent et si une école maternelle peut accueillir l’enfant. L’école peut alors devenir le mode de garde principal de l’enfant, remplaçant le rôle jusqu’ici échu aux parents, aux grands-parents (ou aux autres membres de la famille), à une assistante maternelle agréée (une salariée à domicile) ou à un établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE, c’est-à-dire une crèche ou une halte-garderie).
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Le taux de scolarisation à deux ans a fortement évolué depuis 1960. Après avoir augmenté de 10 % à 27% de 1960 à 1975, le taux de scolarisation à deux ans est resté assez stable, autour de 35 %, de 1990 à 2001. La tendance a ensuite été à la baisse de 2000 à 2011 avec une diminution de 165 000 du nombre d’élèves accueillis dès l’âge de deux ans. Il est de 11,8 % en 2013. Pour un besoin en places d’accueil se stabilisant quant à lui à 2 millions depuis 2000, par comparaison, la garde en crèche concerne aujourd’hui 13% des enfants de moins de 2 ans. La scolarisation à 2 ans paraissait alors pouvoir apporter une réponse à ce manque de capacité d’accueil et semblait pour les parents représenter une offre pédagogique intéressante. La circulaire de l’éducation nationale n° 2012-202 du 18 décembre 2012 « Scolarisation des enfants de moins de trois ans » fait alors du développement de l'accueil en école maternelle des enfants de moins de trois ans un aspect essentiel de la priorité donnée au primaire dans le cadre de la refondation de l'école. De nouveaux effectifs ont d’ailleurs été consacrés à ce projet dès la rentrée 2013. POURTANT, AU SEIN DE LA BOITE A IDEES, NOUS PENSONS QUE LA SCOLARISATION DES JEUNES ENFANTS DES 2 ANS N'EST PAS LA BONNE SOLUTION POUR NOS ENFANTS. Une bonne solution d’accueil pour les jeunes enfants de 2 ans doit en effet réunir trois caractéristiques clés : - la qualité du contenu pédagogique ; - la simplicité logistique ; - l’égalité d’accès pour toutes les familles, l’adhésion et l’implication des parents. La scolarisation à 2 ans confond alors les fonctions d’accueil et celles de scolarisation et ne répond donc pas aux différents critères précédemment cités. D’une manière générale, l’effet de la scolarisation à deux ans est assez limité.Les 1 expériences montrent qu’il n’y a pas d’écart entre élèves scolarisés à deux ans et élèves scolarisés à trois ans aux évaluations passées en sixième. Les deux ème populations ont le même score moyen de 101,1 à un test de niveau en 6 (la moyenne du score ayant été fixée à 100 et l’écart-type à 15). Pour les élèves nés au premier trimestre, la scolarisation à deux ans apporte un gain de 2,6 points par rapport à la scolarisation à trois ans, tandis que pour les élèves du dernier trimestre, elle provoque une baisse des performances de 4,6 points. Certains de ces élèves ont peut-être intégré l’école de façon trop précoce pour vraiment en tirer profit.
1 La scolarisation à deux ans, Linda Ben Ali, DEPP 2 Rapport sur le développement de l’offre d’accueil de la petite enfance, 2008 3 La scolarisation à deux ans, Linda Ben Ali, DEPP 4 « Scolarité des enfants de moins de trois ans : une dynamique d’accroissement des effectifs et
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Par ailleurs, l’école à 2 ans n’utilise pas au mieux le temps des enseignants. Aujourd’hui de nombreuses tâches matérielles sont assumées par les enseignants dans les écoles, par exemple l’habillage/déshabillage pour les récréations, le passage aux toilettes, la collation du matin, la surveillance de la sieste, etc. ; au lieu de se concentrer sur l’apprentissage des compétences de base. De plus si tous les enfants ne sont pas prêts à être scolarisés dès 2 ans, toutes les écoles ne sont pas prêtes à les accueillir.La scolarisation précoce peut convenir à une partie des enfants de moins de trois ans dès lors que les écoles réunissent les conditions d’accueil nécessaires au bien-être des enfants dont un personnel suffisant, stable et formé à la petite enfance, une pédagogie et un temps d’accueil adaptés ainsi que des locaux répondant aux besoins de mouvements, de calme et de sécurité des petits. 2 Selon le rapport Tabarot , les taux d'absence des enfants scolarisés à 2 ans varient de 30% le matin à 70% l'après-midi, allant jusqu'à 90 % le samedi matin. Seuls 14% des enfants sont présents toute la journée. Ces absences ont pour cause la maladie, la fatigue des petits enfants, sans doute le souhait et la possibilité pour les parents de respecter le rythme de sommeil et de repos de l'enfant l'après-midi. Cette présence à temps partiel confirme que l'école est, pour les parents, davantage une solution d'accueil et d'adaptation progressive qu'une scolarisation. La scolarisation à deux ans doit normalement cibler les familles les plus en difficulté. La corrélation avec la profession des parents ne confirme qu’en partie l’atteinte de cet objectif: les enfants d’ouvriers sont aussi souvent scolarisés à deux ans que les enfants de cadres, l’écart n’étant pas très important (27 % pour les premiers, 21 % pour les seconds). De forts écarts entre le taux de scolarisation à deux existent selon les académies, ainsi le taux à la rentrée 2011 des académies de Lille et de Rennes sont les plus élevés (35 % et 33%), notamment par rapport à Paris 3 (3%) . Cet accueil n’a donc pas été prioritairement développé dans les quartiers difficiles : ainsi, en 2006, 6,7 % d’élèves de 2 ans en Seine-St-Denis étaient scolarisés. 4 Un rapport récent de l’éducation nationale rappelle alors ces lacunes de la scolarisation à deux ans,tant sur l’adhésion et l’implication des parents que l’égalité d’accès pour toutes les familles. Le rapport décrit notamment que « les publics cibles ne sont pas toujours atteints, les démarches engagées par les différents partenaires pouvant se révéler infructueuses » » ou que « pour les moins de trois ans, mais sans doute aussi pour toute l’école maternelle au moins, les modalités d’association des parents au fonctionnement gagneraient à être mieux
2 Rapport sur le développement de l’offre d’accueil de la petite enfance, 2008 3 La scolarisation à deux ans, Linda Ben Ali, DEPP 4 « Scolarité des enfants de moins de trois ans : une dynamique d’accroissement des effectifs et d’amélioration de la qualité à poursuivre » Rapport - n° 2014-043 juin 2014 de l’Inspection générale de l’éducation nationale
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appréciées, mieux traitées et encouragées dans le suivi pédagogique des enseignants ». Ce rapport insiste donc sur la faible capacité de la scolarisation à deux ans à répondre à l’objectif d’impliquer les parents prioritaires, alors que l’implication des parents éloignés de l’école est déterminante pour la réussite scolaire de l’enfant. D'AUTRES PAYS, "EXEMPLAIRES" EN MATIERE D'APPRENTISSAGE DES COMPETENCES DE BASE, ONT D'AILLEURS CHOISI UN AUTRE MODELE QUE CELUI DE LA SCOLARISATION A DEUX ANS, ERIGE EN DOGME PAR LE GOUVERNEMENT ACTUEL. eme La Finlande était 3 dans le classement PISA au niveau de la lecture en 2009 (la e France était 22 ). Pourtant, la part du PIB consacrée à l’éducation nationale est comparable à celle de la France, soit environ 6% du PIB. La Finlande promeut comme la France un principe d’égalité des chances et spécialement en matière d’éducation.Mais la vraie différence est que son système éducatif est beaucoup plus pragmatique que le nôtre. En effet, il vise à s’adapter aux besoins de chaque enfant et avant tout à lui donner confiance en lui. A partir de 4 ans, les enfants peuvent aller dans des garderies organisées par les communes et à 6 ans, ils peuvent aller au cours préélémentaire, dit année « zéro », implanté très souvent à l’école primaire. ème La Nouvelle Zélande, 7 dans le classement PISA au niveau de la lecture, aun système plus adapté que le système Français de scolarisation à deux ans. En effet, dans ce système, l’enfant jusqu’à ses 4/5 ans est gardé dans desChilcare, PlaycentresouKindergarten(proche des jardins d’enfants détailléinfra.). La plupart des enfants entrant seulement à l’école primaire dès l’âge de 5 ans (Année1) et apprenant à lire en deux ans (Année 1 + 2). POUR OFFRIR A NOS ENFANTS LES MEILLEURES CHANCES DE REUSSITE EN S'INSPIRANT DES MEILLEURES PRATIQUES INTERNATIONALES, NOUS PROPOSONS ALORS 3 AXES FORTS :
1. ARRET DEFINITIF DE LA SCOLARISATION A DEUX ANS La scolarisation à deux ans n'a pas fait ses preuves. La priorité et les moyens doivent donc être alloués à d'autres méthodes qui ont, elles, fait leurs preuves.
2. DEPLOIEMENT D’UNE METHODE PEDAGOGIQUE INNOVANTE EN CRECHES, LE « PARLER BAMBIN » L'idée est ici d'aller plus loin en manière de pédagogie dans les crèches existantes pour les enfants de 3 à 36 mois, en complément du développement des jardins d'enfants. Nous proposons alors que l'Etat s'engage pour déployer ce programme
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auprès des professionnels de la petite enfance, en soutenant un plan de développement national. Une méthode illustre particulièrement cette préoccupation,il s'agit du "Parler Bambin"développé à Grenoble par Michel Zorman et déployé au Havre notamment, sous l'impulsion de la Sénatrice Agnès Canayer, adjointe au maire en charge de la petite enfance. « Parler bambin » un programme en faveur du développement précoce du langage. Les inégalités sociales des familles ont des répercussions sur le développement du langage des enfants, et ce programme de renforcement langagier a alors été mis en place et évalué dans les crèches de zone urbaine sensible de Grenoble pour développer les compétences langagières des jeunes enfants. Il est mis en œuvre par les professionnels de la petite enfance en veillant à toujours impliquer les parents, ce qui est essentiel à la réussite du programme. L’évaluation met alors en évidence des progrès significatifs en langage pour les enfants en ayant bénéficié.
3. DEVELOPPEMENT DE « JARDINS D’ENFANTS » SUR L’ENSEMBLE DU TERRITOIRE Ces modes de garde présentent une formule d’accueil à mi-chemin entre la crèche et l’école maternelle, ils s’adressent principalement aux enfants de 2 à 3 ans. Ils ont pour principale mission de préparer leur scolarisation à l’école maternelle. Outre la stimulation des capacités linguistiques, les jardins d’enfants facilitent la socialisation des enfants et la découverte de nouvelles expériences (mouvement, créativité, environnement, nombres, espaces, formes, etc.). Pour assurer une transition douce, à l’enfant, ils doivent prendre place au sein d’un espace commun au sein d’un groupe scolaire ; le « pôle éducatif et familial Molière » du Havre, est particulièrement innovant en la matière. Des professionnels de la petite enfance sont chargés de le faire fonctionner et l’Education nationale est chargée d’assurer la coordination pédagogique entre enseignants de maternelle et éducateurs. Ouverts de 7 heures à 19 heures et lors des congés scolaires, ils impliquent fortement les parents via des activités régulières en leur sein. Le pôle social de la boîte à Idées et Agathe Canayer poursuivront début 2015 leurs travaux sur ce thème pour estimer le coût de ces propositions et proposer un scénario de réforme représentant une alternative forte face aux dogmes du gouvernement actuel sur la scolarisation à deux ans.
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