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Un Ayrault malgré lui ?

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C'est tabou, mais l'assouplissement des contrats de travail dans les PME relancerait l'emploi.

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Ajouté le : 26 septembre 2012
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Un Ayrault malgré lui ?
La tonalité a bien changé. Nous ne sommes plus en campagne électorale et Jean-Marc Ayrault a bien raison d'en appeler au réalisme de gauche, même si réalisme tout court aurait suffi. À l'heure où l'endettement du pays dépasse les 90% du PIB (du jamais vu !), il y a urgence à baisser les dépenses publiques (au moins 20 milliards par an) et à relancer l'emploi industriel dans le privé. À ce propos, il y a une mesure simple à prendre, monsieur le Premier ministre si vous voulez redéployer l'économie des PME, qui a l'immense avantage de ne pas coûter un centime au budget de l'État. Les entrepreneurs la réclament au quotidien. J'en rencontre tous les jours depuis 30 ans. Et je finis par savoir un peu de quoi il en retourne. Il s'agit ni plus ni moins que d'assouplir le marché du travail des entreprises de moins de 50 salariés, avec l'instauration d'un contrat de travail à l'essai d'au moins un an. Puisque vous voulez que les boîtes recrutent ; laissez-les faire, faites-leur confiance. Montrez que votre conception de l'entreprise est fondée sur la responsabilité et la cohésion sociale. Vous ne serez-pas déçus. Les chefs d'entreprises de terrain ne licencient pas par plaisir. Cela n'existe pas. Dans une PME, le patron connait personnellement ses salariés. Dans le cas contraire, ce n'est plus d'une PME et encore moins d'un vrai patron dont il s'agit. Dans les grosses boîtes, celles du CAC 40, les fonds de pensions actionnaires nomment des managers bardés de diplômes qui sont là pour faire le sale boulot en cas de dégraissage. Parfois on laisse faire les DRH, qui acceptent sans trop se manifester ces charrettes de licenciements sans parler des autres scandales divers
(Médiator, OGM, fermetures de sites...) dont l'actualité nous abreuve. Et s'il est nécessaire d'ajuster les effectifs, encore faut-il prévoir des solutions de reconversion de site : c'est toujours possible. À Bayonne,
Coyote, le roi du GPS s'est installé sur une ancienne usine
Sagem. Creusons-nous les méninges. Sinon à quoi servent tous ces services et ces armées mexicaines au marketing ou à la prospective ? En libérant la législation de l'embauche pour les petites entreprises, puisque ce sont les seules à pouvoir créer de l'emploi, nous ne ferons que rejoindre ce qui se fait à nos frontières où les périodes d'essais vont jusqu'à 48 mois comme en Suisse. Chez nous, le droit social est devenu ubuesque tellement il est complexe. Cela fait vivre des bataillons de juristes. Tant mieux pour eux mais ce n'est pas dans l'intérêt de l'économie. Et lorsque les Prud'hommes s'en mêlent (une belle institution au demeurant), cela devient la loterie. Aucun risque, rien à perdre, même pas de frais d'avocats à payer. Cela ne crée pas un bon climat ; les autres salariés sont au courant. Je connais un patron qui a été mis en au tribunal alors qu'il avait mis fin à un contrat durant la période d'essai ! Cherchez l'erreur ! En libérant les conditions d'embauche et de licenciement dans les PME, il n'y a pas un entrepreneur de moins de 50 salaries qui ne recruterait pas.
Chiche, faisons le test dans une région. Quant aux syndicats, si cette mesure peut les heurter, qu'ils fassent preuve d'ouverture d'esprit. On parle des PME par de leurs bastions, grandes entreprises et grands corps d'Etat. Ils n'ont rien à craindre, sauf à ce que l'emploi ne redémarre vite. La seule mesure de gauche vraiment à prendre pour enclencher ce quinquennat. Malheureusement, je crains qu'elle ne soit trop simple ou trop efficace pour pouvoir contenter les beaux esprits qui conseillent nos princes. Il y a quelques mois en déjeunant avec Henri Guaino, je lui avais parlé du droit de prévenance, nouveau dispositif obligeant à payer une ou deux semaines de plus en cas d'interruption durant la période d'essai. Le gourou de Nicolas Sarkozy l'ignorait. Trop vrai et trop concret pour arriver jusqu'aux marches du Château. Il est temps de redevenir pragmatique. Cela tombe bien, c'est l'objet de notre magazine.
robert.lafont@lafontpresse.fr
Le premier ministre a-t-il d'autre choix que de jouer à contre emploi : et de s'inspirer de ce qu'a fait Gerhard Schröder en Allemagne il y a 10 ans.