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Herbert Zemen
Autriche, Notion et objectifs d'une revue de droit comparé
In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 27 N°1, Janvier-mars 1975. pp. 19-36.
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Zemen Herbert. Autriche, Notion et objectifs d'une revue de droit comparé. In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 27
N°1, Janvier-mars 1975. pp. 19-36.
doi : 10.3406/ridc.1975.16281
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ridc_0035-3337_1975_num_27_1_16281AUTRICHE
NOTION ET OBJECTIFS
D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ*
par
Herbert ZEMEN
Assistant à l'Institut de droit comparé
de l'Université de Vienne
Le vingt-cinquième anniversaire de cette eminente Revue qui repose
sur une longue et fructueuse tradition d'un grand rayonnement internat
ional, est une bonne occasion pour examiner la notion et les objectifs
des revues de droit comparé.
Les revues de droit comparé sont au service de la comparaison des
droits ; il en résulte tout naturellement que les objectifs de nos revues
dérivent et dépendent de ceux du droit comparé et leur sont largement
identiques. Il est certes exclu de traiter ici systématiquement des object
ifs du droit comparé. Aussi convient-il de renvoyer aux nombreux arti
cles sur les objectifs du droit comparé publiés par les illustres représent
ants de notre discipline et de renoncer ici à une enumeration et à une
discussion de ces questions. Il semble par contre intéressant de mettre
rapidement en évidence de quelle manière notre revue peut servir les
objectifs du droit comparé. Ce sont d'ailleurs là les véritables buts de
ces périodiques. Dans cette perspective, nous nous attacherons aussi, en
partie, à la méthode pratique de nos revues. La méthode présente un
lien entre le concept de nos revues et leurs buts. Les buts résul
tent partiellement du concept, comme inversement ils déterminent égale
ment celui-ci.
Pour commencer, on doit tout de même essayer de délimiter le
champ de recherche pratiquement incommensurable de notre discipline.
Cela nous aidera à classer de façon systématique les objectifs de nos
revues, à prendre un peu plus clairement conscience de leurs buts
immédiats et plus particulièrement, de tracer — en partant de la phase
présente du développement du droit comparé — les perspectives qui
pourraient influencer l'aménagement de leur rédaction.
Chacun des périodiques appartenant à notre famille de revues comp
aratives possède sa propre personnalité, des traditions scientifiques
(*) Traduit de l'allemand par les soins de la rédaction de la Revue internatio
nale de droit comparé. 20 NOTION ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ
spécifiques et des rapports historiques et géographiques. S'il est déjà très
difficile pour une revue particulière de traiter du problème mentionné
dans le titre ; les développements relatifs au caractère général de ces pério
diques et à leur domaine commun sont encore plus limités mais aussi
plus libres. Cette dernière circonstance m'encourage à apporter ma
modeste contribution.
II
Les grands mérites des récents ouvrages de droit comparé de
MM. Konrad Zweigert et Heinz Kötz (1), de M. Marc Ancel (2) et de
M. Léontin-Jean Constantinesco (3), sont incontestables et reconnus par
tous. Ils contribuent à donner une nouvelle conception et une nouvelle
orientation au comparatiste et, partiellement, de nouveaux fondements
à la science du droit comparé avant tout dans ses parties méthodologiques.
Nous espérons que l'Encyclopédie internationale de droit comparé (4),
dirigée par MM. K. Zweigert et Ulrich Drobnig et dont un grand nombre
de livraisons ont déjà paru, créera une base scientifique et d'information
nouvelle et mondiale et renouvellera l'essai de méthodologie compar
ative. Ces ouvrages qui ont été immédiatement précédés par les « grands
systèmes » de M. René David (5) et auxquels s'en ajoutent d'autres, sont à
l'origine d'élans nouveaux et importants sur le plan scientifique et
contribuent à encourager et à stimuler la sphère psychologique. Les géné
rations futures de comparatistes et d'historiens du droit pourront peut-être
qualifier l'année 1970 comme représentant une étape sur le chemin du
développement, comme le début d'une nouvelle époque.
La situation est cependant contradictoire et quelque peu paradoxale.
L'intérêt général pour notre matière a considérablement augmenté, mais
en même temps un certain scepticisme s'est répandu en dépit de divers
et remarquables travaux personnels. Le nombre de périodiques qui se sont
fixé pour but de cultiver la science du droit comparé s'est multiplié
sur le plan international. Les efforts d'analyser les droits étrangers, efforts
favorisés par les possibilités modernes de poursuivre des recherches sur
place comme à l'étranger — les Etats-Unis occupant certainement dans
ce domaine, et cela pour diverses raisons, une place toute particulière (6)
(1) K. ZweigeRT et H. Kötz, Einführung in die Rechtsvergleichung, t. 1,
Grundlagen (1971), t. 2, Institutionen (1969), Tübingen, J.C.B. Mohr.
(2) M. Ancel, Utilité et méthodes du droit comparé, Neuchâtel, Editions Ides
et Calendes, 1971.
(3) L.J. Constantinesco, Rechtsvergleichung, t. 1, Einführung in die
Rechtsvergleichung (1971), t. 2, Die rechtsvergleichende Methode (1972), Cologne,
Carl Heymanns Verlag ; nous attendons la parution du t. 3, Die vergleichende
Rechtswissenschaft avec le plus grand intérêt.
(4) Sur ce point et en dernier lieu v. A. Tunc, « Une œuvre comparative sans
précédent : l'Encyclopédie internationale de droit comparé », cette Revue 1974,
pp. 297-301 avec d'autres références.
(5) R. David, Les grands systèmes de droit contemporains, 5e éd., Paris, Dalloz,
1973.
(6) Cf. K. Zweigert et H. Kötz, op. cit., t. 1, p. 19. NOTION ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ 21
en tant que pays d'accueil — aboutissent à une série toujours croissante
d'études de droits étrangers qui dépassent considérablement les véritables
travaux comparatifs. Des congrès, des « journées », des colloques de
droit comparé déploient leurs activités de manière croissante dans divers
centres et lieux sous forme d'institutions différentes. Le nombre de
chaires universitaires et d'instituts spécialisés a considérablement augmenté
ces derniers temps sur le plan international, même si les centres de
recherches indissolublement liés à l'existence de bibliothèques spécialisées,
dont la constitution exige des décennies, n'ont pas accru leur nombre
d'une manière appréciable. Les travaux préliminaires des conventions
internationales qui doivent préparer ou mettre en œuvre une uniformis
ation du droit, emploient toujours plus fréquemment des formes compar
atives même si elles sont souvent moins développées et si elles contri
buent surtout à la découverte d'un common core ou d'une formule de
compromis politique.
C'est grâce aux possibilités d'échange d'informations constamment
améliorées que les législateurs nationaux utilisent des études, des exposés,
des exemples comparatifs pour la préparation de leurs projets de lois,
qui dans des pays ayant des ordres sociaux proches ont souvent le même
objet. Dans les études spécialisées de caractère national, nous rencontrons
de plus en plus souvent de simples renvois aux droits étrangers. Ces
courants expansifs, de qualité différente et poursuivant des fins différentes,
ont tout de même contribué à faire du terme « droit comparé » un terme
à la mode, un slogan avec tous les inconvénients que cela comporte.
On utilise largement les mots « droit comparé » en guise d'étiquette. Ce
sont avant tout les compilations pragmatiques et les rapports rudimen-
taires sur des institutions et réglementations propres aux différents droits,
qui poursuivent des objectifs limités et bien éloignés des exigences de la
méthode comparatiste, dont tous les éléments et les phases ont été
mis en évidence par M. Constantinesco (7) ; il faut presque déplorer
l'étendue de la notion de droit comparé telle qu'elle est utilisée actuelle
ment et telle qu'elle a pénétré dans la conscience générale.
Pour cette raison, comme peut-être aussi pour d'autres, il est plus
facile de comprendre la réserve suscitée par certaines manifestations
occasionnelles ou actuelles du droit comparé avant tout chez ceux qui
voient dans le droit comparé un processus intellectuel et dans sa méthode
un instrument intellectuel. Ceux-ci aboutissent à des résultats permettant
de cerner à côté de la multitude connue des objectifs pratiques et théori
ques, des renseignements sur les lois du développement universel dans le
temps et dans l'espace et sur la nature humaine. L'objet et le champ
d'études de notre discipline dans son système de coordonnées le plus
étendu qui englobe l'ensemble des ordres juridiques dans le temps et
dans l'espace, sont d'un point de vue relatif, c'est-à-dire limité au phéno-
type de tous les droits du monde dans leur dimension historique et
spatiale, encore peu explorés en général.
(7) LJ. Constantinesco, op. cit., t. 2. 22 NOTION ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ
L'admission, l'inclusion du droit comparé diachronique a énormé
ment multiplié l'objet potentiel de la recherche (8). On ne sait pas si le
nombre incommensurable de questions comparatives pourra être traité
en totalité ou au moins en ce qui concerne ses parties les plus représent
atives par des générations futures de chercheurs. Cela résulte du fait
que l'intégration des résultats des études dans le cadre de
questions générales constituera toujours un défi scientifique, de même
que la connaissance de questions générales, grâce à la méthode compar
ative, devra toujours pouvoir être améliorée ou perfectionnée et corrigée
par l'examen d'études de détails.
III
Après ces remarques préliminaires, nous nous consacrerons au rôle
des revues de droit comparé en prenant comme arrière-plan le champ
d'études très étendu du droit comparé. Il est évident que tous les types
de revues juridiques contribuent plus ou moins fortement à atteindre les
objectifs plus éloignés et plus élevés du droit comparé. C'est pourquoi,
il semble qu'il soit tout d'abord nécessaire de limiter la fonction de
publication de nos revues dans les matières juridiques qui, du moins en
principe, doivent en être exclues parce que d'autres organes spécialisés
en prennent soin.
Eu égard à l'énorme résidu qui est laissé aux revues de droit
comparé, chaque rédaction essayera d'exclure si possible de nombreux
domaines. Parmi ces domaines, qui sont en grande partie pris en charge par
des publications nationales spécialisées et qui ne donnent lieu à aucune
réception chez nous, figurent notamment la dogmatique juridique nationale
et l'histoire nationale du droit. La même chose devra s'appliquer au droit
international public même si la pratique n'y est pas uniforme.
D'un autre côté, le contenu principal, séparé par un large éventail
de disciplines voisines et connexes qui sont rarement, occasionnellement
ou parfois admises par nos revues, est constitué en premier lieu par des
travaux comparatifs, puis par des études sur les droits étrangers et en
troisième lieu par des contributions méthodologiques.
En feuilletant les revues de droit comparé, nous nous apercevons
rapidement que le nombre à' études vraiment comparatives est relativement
faible par rapport aux autres travaux, bien que la priorité leur revienne.
Cela tient certainement aux grandes exigences imposées à l'auteur et qui
sont relatives à la maîtrise de deux ou plusieurs droits avec ce que cela
implique : connaissances linguistiques, difficultés et coût des instruments
de travail, conditions de travail et non pour le moins, exigences de la
méthode comparative. L'indication des critères du choix semble prat
iquement vouée à l'échec.
(8) En ce qui concerne le droit comparé diachronique, v. avant tout L.J.
Constantinesco, op. cit., t. II, pp. 49-57 avec toutes les références essentielles. NOTION ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ 23
Les objectifs théoriques et pratiques auxquels un travail spécifique
peut apporter une aide sont trop multiples.
On ne peut négliger les conditions économiques d'une revue qui
précisément dans notre cas, dépendent beaucoup du tirage, du champ
de diffusion et du groupe d'intéressés. L'expérience générale nous enseigne
que le siège géographique de nos revues a une importance exceptionnelle
pour l'offre. Certaines préférences et certains points principaux résultent
déjà de ces raisons et donnent sa physionomie propre à une revue.
C'est également pour des raisons tenant à l'unité linguistique fréquem
ment exigée que les périodiques comparatifs francophones se distinguent
des périodiques anglophones et germanophones dans la présentation
des ordres juridiques traités.
Cette tendance à la répartition du contenu des recherches entre les
organes principaux de notre discipline, tendance presque naturelle en un
certain sens, exige d'autre part, et il s'agit là certainement d'une condit
ion fondementale, que le chercheur soit versé dans une pluralité de
langues. Il peut paraître surprenant de constater que le rôle politique
de l'Etat dans lequel l'organe est domicilié, revêt une certaine importance
à côté de son prestige culturel et scientifique. En particulier, des auteurs
de pays à idéologie unitaire préfèrent parfois placer leurs travaux dans
des politiquement favorables ou neutres. Très fréquemment, c'est
l'utilité pratique d'une étude qui déterminera l'acceptation : par exemple,
lorsqu'elle sert de base d'information aux projets législatifs nationaux
ou supra-nationaux ou lorsqu'elle permet la connaissance de droits qui
préoccupent davantage la pratique par le biais des règles de droit inter
national privé. Mais dans le cas normal, les études comparatives prenn
ent une telle ampleur en raison de la complexité du processus méthodol
ogique qu'elles sont exclues de la publication dans nos revues et qu'elles
doivent être publiées sous forme de monographies autonomes.
Le problème principal concerne les travaux relatifs aux droits
étrangers. Il se rapporte à leur choix. Il y a une série de raisons diffé
rentes qui peuvent n'être évoquées ici que partiellement et timidement.
Les conditions qui viennent d'être énumérées à propos des études comp
aratives s'appliquent encore davantage ici. L'esquisse d'un droit comparé
universel approfondi pourra seulement être réalisé, du moins partielle
ment après les efforts de générations. Actuellement, nous devons nous
contenter de construire pierre à pierre un édifice futur avec nos res
sources limitées en personnel, en connaissances, en matériel. En cela,
on attribue à chaque revue de droit comparé un emploi utile même
si les travaux sont fréquemment les mêmes ou se recoupent. Il s'agit là
d'un fait qui doit réellement être salué et encouragé, car il manifeste
la tendance à l'universalité de notre discipline.
Cultiver la science des droits étrangers sert les besoins du droit
comparé. On attribue à cette tâche un rôle important. Selon une vieille opi
nion, le droit comparé présuppose la connaissance des droits qui à cet
égard doivent être fixés dans leurs institutions, leurs fonctions et leurs
réglementations. La connaissance simultanée de ces droits ne remplace
toutefois pas la véritable comparaison, mais la prépare seulement. En 24 NOTION ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ
outre, la diffusion du droit étranger a un caractère d'information et de cul
ture. Notre optique découlant de notre formation juridique est malheureu
sement limitée de la façon la plus marquante au droit national. Il incombe
également aux revues de droit comparé, qui se diffusent le plus larg
ement, nous le savons par expérience, dans leur pays d'origine et dans
les ordres juridiques très proches pour des raisons linguistiques et à
cause de leur contenu, il leur incombe de favoriser en quelque sorte
sur le plan scientifique, ainsi que le fait le droit international privé dans
la sphère normative, l'extension vers l'étranger. Les critiques attirent
l'attention sur la xénophobie (9) des juristes qui se manifeste dans diffé
rents endroits et peut-être aussi de manière différente, évoquent la mental
ité de ghetto (10) prédominante ou parlent d'une arriération frappante
(11). Cet état de choses, plutôt honteux dans le monde actuel, pourrait
peut-être ici ou là être un peu amélioré grâce aux revues de droit com
paré. Cela servirait par la même occasion les besoins du droit comparé.
L'histoire mondiale du droit, c'est-à-dire le droit d'hier et d'aujourd'hui,
celui d'ici ou de là en tant que substrat du comparé, nous force à
considérer et à affirmer que le droit est la manifestation d'une culture
spécifique locale et temporelle et à tenir à son équivalence réciproque
comme objet de notre connaissance comparative. L'usage scientifique
allemand qualifie cette manière de voir les choses qui s'est développée et
imposée dans les sciences historiques, d'historisme (12). Cette manière
de voir est la seule qui soit adéquate à notre objet. Contribuer à sa di
ffusion est une mission de nos revues et on ne devrait pas en minimiser
la valeur. Ainsi nos revues auront-elles peut-être la possibilité de rattra
per un peu ce qui a été négligé dans l'enseignement universitaire en
raison d'un ancrage bien souvent insuffisant du droit comparé (13).
Lors de la sélection de travaux concernant les droits étrangers, les
points de vue sont par trop nombreux. Cela entraîne également des diff
icultés. Peut-être a-t-on la possibilité d'établir de manière succincte et en
simplifiant, quatre critères principaux. Leur combinaison devrait revêtir
une importance capitale pour le jugement rédactionnel.
Enumérons les quatre points de vue : 1. L'objet traité ; 2. L'ordre
juridique traité ; 3. La langue originaire de l'ordre juridique traité et
celle de l'étude ; 4. Le prestige scientifique de l'auteur.
Ces facteurs intervenant dans le choix ne doivent naturellement pas
être considérés isolément. Une intensité différente les lie les uns aux
autres. Les mettre en relief séparément facilite tout de même considér
ablement leur analyse.
(9) M. Ancel, op. cit., p. 8 et s.
(10) L.J. Constantinesco, op. cit., t. 1, pp. 32-34, p. 54 et s.
(11) K. Zweigert et H. Kotz, op. cit., t. 1, p. 18.
(12) V. Seiffert, Einführung in die Wissenschaftstheorie, t. 2, 1970, p. 49 et s.
(13) La revue autrichienne Zeitschrift für Rechtsvergleichung est ainsi à la
disposition du public dans la plupart des tribunaux régionaux autrichiens et donne
aux juges, avocats et stagiaires, s'ils s'y intéressent, un aperçu de la littérature sur
le droit étranger. Il est à supposer que pour beaucoup c'est le premier contact avec
le ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ 25 NOTION
Les considérations qui suivent doivent aussi pouvoir s'appliquer
aux autres groupes de travaux qui figurent dans nos revues, avec quelques
modifications qui sont déterminées par leur objet respectif et la disci
pline traitée.
Tout d'abord, le sujet de l'étude, c'est-à-dire les institutions, régle
mentations, fonctions, devrait nous intéresser pour différentes raisons.
Peut-être parce qu'il est construit ou traité pour la première fois, par
exemple une évolution moderne. Peut-être parce qu'après des études de
détails et des analyses antérieures, il présente une synthèse. Peut-être
parce qu'il apporte des corrections à l'image juridique, soulève des ques
tions litigieuses ou conduit à une solution provisoire.
Il devrait se recommander eu égard aux projets législatifs, aux projets
vraiment comparatifs, à ceux concernant l'unification du droit ou des
problèmes de qualification du droit international privé. Il pourrait revêt
ir un intérêt prioritaire pour les objectifs des sciences sociales ou histo
riques, ou s'insérer harmonieusement dans le programme de nos revues,
qu'il soit publié pour présenter parallèlement plusieurs ordres juridiques
ou qu'il contribue au tout.
Deuxièmement, en ce qui concerne l'ordre juridique étranger dont
les institutions, les réglementations, les fonctions font l'objet de l'étude,
l'échelle de préférence apparaît comme étant particulièrement délicate
et sensible. Pour des raisons que nous avons déjà évoquées, des travaux
relatifs aux droits de familles juridiques et culturelles voisines, et aux
droits utilisant la même langue figurent en grand nombre dans nos revues.
Ce phénomène se justifie largement, mais il est problématique et devrait
être soumis à un examen critique.
Il est par exemple difficile de comprendre pourquoi on ferait paraître
les travaux dogmatiques concernant des ordres juridiques proches, dans
des revues comparatives alors qu'on obtiendrait facilement des infor
mations à ce sujet dans le pays d'origine de la revue, étant donné qu'on
dispose d'assez de bibliothèques spécialisées sur les Etats considérés.
Ceci doit également valoir en premier lieu pour les pays possédant un
droit codifié, sur lequel des commentaires, des traités systématiques, des
périodiques spécialisés permettent de trouver facilement la solution d'une
question. Il en va autrement pour les droits dont les principales sources,
c'est-à-dire les décisions jurisprudentielles et leurs méthodes d'interpré
tation spécifiques ne sont familières qu'à très peu de savants. Il y a lieu
de tenir compte également du fait qu'on ne peut disposer de documenta
tions, la plupart du temps incroyablement étendues, sur la jurisprudence
de ces droits, par exemple sur la common law, que dans les cas les plus
rares dans le pays de la publication ; les études ont donc une grande
valeur d'information. Lors du choix des travaux relatifs aux droits étran
gers, il est recommandé d'accorder une grande attention au grand nombre
de droits d'outre-mer qui ne sont pas accessibles à la langue de la revue
de droit comparé et dont les autres organes comparatifs ne prennent
pas assez soin.
Il ne faut naturellement pas méconnaître que les buts pragmatiques
immédiats que se sont fixés nos revues sont en partie contraires à ces 2G NOTION ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ
tendances ; pourtant on contribue à la réalisation des objectifs plus élevés
du droit comparé même par la consignation, la collection et la conser
vation de droits lointains et peu accessibles. Ceci vaut en particulier pour
les nombreux Etats du Tiers monde, qui n'ont accédé que récemment
à l'indépendance. Mais on est malheureusement renforcé dans l'impression
que de telles études de diverses tendances ne sont pas précisément favo
risées. D'une part — à une époque d'ailleurs plus très ouverte aux
sciences humaines — il est devenu beaucoup plus difficile pour le cher
cheur intéressé de vivre à l'étranger, sur place, puisqu'il ne peut plus
compter sur les privilèges et avantages qui avaient été aménagés jadis par
les puissances colonialistes. D'autre part, l'élite intellectuelle de ces Etats
qui est capable de publier dans une langue de la culture occidentale se
tourne — après des études à l'étranger, le plus souvent — vers les droits
qui lui semblent le mieux répondre aux exigences accrues de notre époque
et les examine souvent dans le but de savoir dans quelle mesure ils
correspondent aux buts législatifs de maints Etats du Tiers monde. Ce
soutien juridique des problèmes politiques actuels lie l'élite intellectuelle
et limite ou même supprime souvent les possibilités d'information auto
risée sur les droits indigènes de ces pays.
En résumé, il faut donc examiner — lors de la sélection d'articles
portant sur le droit étranger — de quelle manière les travaux publiés
dans les revues locales de droit comparé peuvent compléter de manière
judicieuse la littérature juridique dogmatique et historique de l'étranger.
Le critère sera celui de l'exclusivité ou du haut niveau de valeur de
l'information.
La question de la législation étudiée dépend étroitement du troisième
point, à savoir de la langue. Et ceci à deux points de vue. Elle dépend
d'une part de la langue des sources de l'information et de la littérature
juridiques employées et d'autre part de la langue dans laquelle l'article
est rédigé et publié. Le seul fait que le droit d'une législation étrangère
soit présenté dans une autre langue possède déjà, malgré toutes les diffi
cultés et imperfections propres à la traduction, une haute valeur scien
tifique et culturelle. Celui qui considère la multiplicité des langues ainsi
que celle des droits comme une valeur particulière de l'héritage culturel
universel et de l'avenir de celui-ci — et telle est la position du compa-
ratiste — regrettera tout particulièrement la capacité très limitée de
l'homme à dominer les langues étrangères et le fait que les revues de
droit comparé soient liées à un nombre restreint de centres scientifiques ;
en effet, ces circonstances nous obligent à nous limiter aux langues prin
cipales. D'un point de vue occidental, mais néanmoins international,
si on se limite radicalement, les langues anglaise, française et allemande
occupent sans conteste les places les plus importantes, compte tenu de
leur diffusion, de leur dimension politique et aussi des traditions scienti
fiques. On peut s'attendre à ce que le comparatiste maîtrise ces trois
langues, au moins de manière passive. La connaissance de la langue
française est quelquefois accompagnée d'une bonne compréhension d'une
des autres langues romanes, dans le cercle desquelles se sont développées
des traditions scientifiques importantes. Cette limitation ne peut être ET OBJECTIFS D'UNE REVUE DE DROIT COMPARÉ 27 NOTION
envisagée qu'en exprimant le regret que de si nombreux articles de valeur
rédigés dans des langues moins connues ne soient que difficilement access
ibles, voire restent inaccessibles à un grand nombre d'entre nous. A
notre époque, comme dans un avenir prévisible, les études rédigées dans
ces langues principales pourront atteindre le grand cercle des chercheurs
ainsi que les juristes orientés vers la pratique. Ces circonstances dont
nous devons avoir conscience font comprendre que des revues de droit
comparé conformes aux buts supranationaux de notre discipline devraient
se servir de l'une ou de toutes ces langues principales à la fois, ou prin
cipalement de l'une d'entre elles lorsque l'organe de publication est rat
taché à un pays d'une autre langue. La large diffusion de ces langues
principales a cependant aussi pour conséquence que la de la
présentation d'un ordre juridique dont les lois et la bibliographie sont
rédigées dans une langue étrangère, peut-être exotique ou périphérique,
a une valeur informative accrue et influencera favorablement le choix.
En quatrième lieu, pour ce qui est de l'autorité scientifique de
l'auteur, il faut être conscient du caractère restreint qu'a ce critère. En
effet, l'une des tâches les plus respectables de nos organes est également
de favoriser la relève scientifique. Il y a assez d'exemples où l'une ou
l'autre de nos revues a publié des articles des meilleurs représentants
de nos disciplines à une époque où ils étaient encore des inconnus.
D'un autre côté, l'examen de la qualité d'un article de droit étranger
se heurte naturellement à des limites lorsqu'on veut porter un jugement
sur des affirmations juridiques. Lorsqu'on n'a pas à sa disposition un
expert sur l'ordre juridique concerné, c'est l'autorité scientifique de
l'auteur qui en dernier lieu sera garante de la qualité de l'article. C'est
pourquoi on ne peut laisser totalement de côté ce critère.
A côté de la publication d'articles de droit comparé et d'études de
droit étranger, une des tâches les plus distinguées de nos revues est la
méthodologie. Toute rédaction mettra son point d'honneur à apporter
des contributions importantes sur ce thème. De même que, dans les
mathématiques, la théorie des nombres occupe un rang de reine, de même
faut-il réserver dans notre science une place analogue à la méthodologie.
Dans la démarche comparative, nous devons toujours avoir présent à
l'esprit l'instrument de la méthodologie. La méthode conduit notre pensée,
détermine son cheminement, modèle ses formes et son objet. Les démarc
hes intellectuelles ont besoin d'être constamment rattachées aux lois de
la méthodologie. C'est pourquoi les nouvelles découvertes et perspectives,
les développements et les critiques dans le domaine de la méthodologie
nous intéresseront toujours particulièrement. Leur position-clé pour les
résultats du droit comparé confère à ces travaux une fonction prioritaire
analogue à celle des études comparatives proprement dites.
A part ces trois catégories d'articles dont nous venons de parler,
les conditions, les fonctions et les buts du droit comparé l'obligent à se
soucier de domaines voisins ou marginaux et à leur accorder une import
ance variable. Ceci tient pour une bonne part à la distance plus ou moins
longue qui sépare le droit comparé des domaines centraux de disciplines
qui lui sont plus ou moins étroitement liées, d'une part, et de leurs orga-

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