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Le temps partiel est-il une passerelle vers le temps plein ?

De
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Parmi les salariés à temps partiel, certains souhaitent travailler davantage, d'autres pas. En d'autres termes, les seconds ont choisi (ou s'accommodent de) leur temps d'activité alors qu'il est contraint pour les premiers. Si les trajectoires sont homogènes pour les salariés à temps partiel choisi (à temps partiel en 1994, ils le sont toujours en 1996), elles dépendent de la durée du temps partiel lorsqu'il est contraint. Les salariés qui travaillent plus de 30 heures par semaine accèdent souvent à un emploi à temps complet alors que ceux qui travaillent peu (moins de 15 heures) s'enlisent dans le temps partiel contraint. Par ailleurs, les « entrants » dans le temps partiel, c'est-à-dire les salariés qui n'étaient pas à temps partiel en 1993 et qui le sont en 1994, proviennent surtout du chômage lorsqu'ils souhaitent travailler davantage, et du temps complet ou de l'inactivité dans le cas contraire. Les parcours professionnels diffèrent toutefois selon les caractéristiques individuelles des salariés. Ainsi, les hommes, les jeunes et les plus diplômés accèdent plus facilement à l'emploi à temps complet, tandis que les femmes et les salariés de plus de 56 ans se résignent davantage au temps partiel. Les trajectoires professionnelles dépendent aussi du nombre d'années passées à temps partiel contraint. Les personnes à temps partiel long depuis un an et souhaitant travailler davantage en 1994 ont accédé plus souvent au temps complet en 1996 que celles qui avaient une durée de travail courte depuis deux ans et désiraient l'allonger. Les temps partiels les plus courts sont les moins rémunérateurs et offrent le moins de perspectives d'allongement de la durée du travail alors que les temps partiels plus longs procurent à la fois des revenus plus élevés et des chances plus grandes d'accéder à l'emploi à temps plein.
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MARCHÉ DU TRAVAIL
Le temps partiel est-il une
passerelle vers le temps plein ?
Bénédicte Parmi les salariés à temps partiel, certains souhaitent travailler davantage,
Galtier* d’autres pas. En d’autres termes, les seconds ont choisi (ou s’accommodent de)
leur temps d’activité alors qu’il est contraint pour les premiers. Si les trajectoires
sont homogènes pour les salariés à temps partiel choisi (à temps partiel en 1994, ils
le sont toujours en 1996), elles dépendent de la durée du temps partiel lorsqu’il est
contraint. Les salariés qui travaillent plus de 30 heures par semaine accèdent
souvent à un emploi à temps complet alors que ceux qui travaillent peu (moins de
15 heures) s’enlisent dans le temps partiel contraint. Par ailleurs, les « entrants »
dans le temps partiel, c’est-à-dire les salariés qui n’étaient pas à temps partiel en
1993 et qui le sont en 1994, proviennent surtout du chômage lorsqu’ils souhaitent
travailler davantage, et du temps complet ou de l’inactivité dans le cas contraire.
Les parcours professionnels diffèrent toutefois selon les caractéristiques
individuelles des salariés. Ainsi, les hommes, les jeunes et les plus diplômés
accèdent plus facilement à l’emploi à temps complet, tandis que les femmes et les
salariés de plus de 56 ans se résignent davantage au temps partiel. Les trajectoires
professionnelles dépendent aussi du nombre d’années passées à temps partiel
contraint. Les personnes à temps partiel long depuis un an et souhaitant travailler
davantage en 1994 ont accédé plus souvent au temps complet en 1996 que celles
qui avaient une durée de travail courte depuis deux ans et désiraient l’allonger.
Les temps partiels les plus courts sont les moins rémunérateurs et offrent le moins
de perspectives d’allongement de la durée du travail alors que les temps partiels
plus longs procurent à la fois des revenus plus élevés et des chances plus grandes
d’accéder à l’emploi à temps plein.
a décennie 90 est marquée par le dévelop- 42 %. L’ampleur du phénomène invite à s’in-
* Bénédicte Galtier est L pement du temps partiel : en 1997, 3,73 terroger sur les causes de son développement.Maître de conférences à
l’Université de Marne-la- millions d’actifs travaillent à temps partiel,
Vallée et rapporteur au
contre 2,65 en 1990 (CSERC, 1998). Mais pour
CSERC. L’auteur remer-
1. Dans l’enquête Emploi,lespersonnesayantdéclarétravaillerun nombre croissant d’entre eux, il ne s’agit pascie M. Dollé, Y. L’Horty,
àtempspartielrépondentensuiteàlaquestion:« Actuellement,P. Boisard, J. Gautié et d’une situation qui les satisfait pleinement
M... souhaite-t-il travailler davantage ? 1- Oui, à temps complet,J.-D. Fermanian pour
puisque 1,5 million (39,5 % des actifs à temps 2 - Oui, sans aller jusqu’au temps complet, 3 - Non ».Laréponseleurs remarques.
1etlaréponse 2 ont été regroupées pour former ce qu’onpartiel) souhaitent travailler davantage en
Les noms et dates entre appellera par la suite le temps partiel contraint. Par commodité1997, alors qu’ils n’étaient que 800 000 en
parenthèses renvoient à de langage, nous désignerons par temps partiel choisi la
1990 (1). Parmi les salariés à temps partiel dansla bibliographie en fin réponse 3.
d’article. 2. Hors stagiaires, titulaires de contrat aidé et étudiants.le secteur privé (2), la proportion atteint même
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 79La principale réside certainement dans l’insuf- Temps partiel contraint ou choisi :
fisance de revenu. S’y ajoutent des conditions des trajectoires d’emploi différentes
de travail souvent défavorables (voir l’autre
article de Bénédicte Galtier dans ce numéro). En 1994, 1 686 000 salariés du secteur privé
(hors stagiaires, titulaires de contrat aidé et
étudiants) occupent un emploi à temps partiel.
Un « ticket d’entrée » Selon qu’ils souhaitent ou non travailler
pour l’emploi à temps plein ? davantage, ils empruntent des trajectoires
d’emploi différentes.
Analysé sur plusieurs années (cf. encadré), le
temps partiel contraint prend un sens très diffé- Parmi les salariés qui ne souhaitent pas travailler
rent selon les perspectives professionnelles davantage (970 000), une trajectoire domine lar-
qu’il ouvre. Si les personnes à temps partiel gement : de 1993 à 1996, la plupart sont toujours
souhaitant travailler davantage accèdent par la restés à temps partiel. Ainsi, huit salariés sur dix à
suite à un emploi à temps plein, alors le faible temps partiel choisi en 1994 avaient déjà le même
revenu et les contraintes horaires peuvent être régime horaire en 1993 (3). Les autres, les « en-
en quelque sorte le prix à payer pour obtenir un trants » dans le temps partiel (4), proviennent
« ticket d’entrée » dans l’emploi à temps com- massivement du temps complet lorsque leur
plet. Les choix des individus en matière de temps partiel est long, de l’inactivité leur
temps partiel pourraient donc être intertempo- volume horaire n’excède pas 15 heures hebdoma-
rels : l’acceptation de contraintes présentes daires (cf. tableau 1). Deux ans plus tard, en 1996,
contre un emploi futur à temps complet ou de 58 % des salariés à temps partiel choisi en 1994
durée plus longue. Si, à l’inverse, les salariés à sont toujours dans la même situation. Les autres
temps partiel contraint obtiennent difficilement se sont retirés du marché du travail (14 %) ou tra-
un emploi à temps complet ou deviennent sou- vaillent à temps complet (13 %) ou souhaitent
vent chômeurs, le cumul d’un faible revenu, de
contraintes horaires et d’absence de perspecti-
ves futures pourrait expliquer le désintérêt
3. L’enquête ne permet cependant pas de savoir si, déjà, ils
croissant des salariés pour l’emploi à temps ne souhaitaient pas allonger leur durée de travail.
4. C’est-à-dire ceux qui n’étaient pas à temps partiel en 1993.partiel.
Encadré
RECONSTITUER LE PARCOURS DES SALARIÉS DE 1993 À 1996
À partir des enquêtes Emploi 1994, 1995 et 1996, jeunes de moins de 25 ans sont sous-représentés
nous avons construit un panel retraçant la trajec- de 1,7 point.
toire professionnelle des salariés du secteur privé
hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat Mesurer l’effet de la situation d’emploi précédente
aidé. Chaque enquête renseigne sur la situation
des individus l’annéeprécédente. On peut donc re- Une régression logistique permet d’évaluer àâge,
constituer le parcours des salariés de 1993 à 1996. ancienneté dans l’entreprise, niveau de diplôme,
Pour les deux tiers des individus qui étaient déjà catégorie socioprofessionnelle (en quatre postes) et
présents dans l’échantillon l’annéeprécédente, sexes identiques, l’impactdelatrajectoire d’emploi
cette information est extraite de l’enquête Emploi de antérieure. La variable expliquéeest l’occupation
l’année n-1. Pour les individus entrant dans l’échan- d’un emploi à temps complet en 1996 par opposition
tillon, soit un tiers, il est fait appel à leur mémoire, à l’emploi à temps partiel contraint, à l’emploi à temps
ce qui peut affecter la fiabilité de l’information. Le partiel choisi, au chômage et à l’inactivité. Les varia-
panel sur lequel porte l’étude contient 9 656 obser- bles explicatives sont, outre les caractéristiques
vations. Il est « cylindré»,c’est-à-dire que seuls individuelles évoquées, les situations d’emploi anté-
ont été retenus les individus ayant répondu aux rieures (temps complet, temps partiel contraint,
trois enquêtes successives. Ont donc été exclues temps partiel choisi, etc.). Elles diffèrent selon les
les personnes ayant changé de domicile dont l’en- modèles et sont indiquées dans chacun d’eux. La
quête Emploi ne permet pas de suivre la trajectoire situationderéférence concernant les caractéristiques
professionnelle. Les structures du panel exploité et individuelles correspond à une femme âgéede25 à
de l’enquête Emploi 1996 sont identiques selon le 39 ans, ayant plus de dix ans d’ancienneté dans son
sexe mais elles diffèrent légèrement pour l’âge : les établissement, titulaire d’un BEP-CAP, et ouvrière.
80 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2désormais travailler davantage (10 %). Seuls volume horaire est faible, plus les salariés res-
5 % ont perdu leur emploi et en recherchent un. tent à temps partiel contraint. En revanche, la
vulnérabilité au chômage ne dépend pas de la
Du côté du temps partiel contraint (716 000 durée du travail : quelle que soit la tranche
salariés), les parcours sont beaucoup moins horaire, 10 % des salariés à temps partiel
homogènes. D’une part, un tiers des salariés qui contraint, soit deux fois plus que parmi les sala-
souhaitent travailler davantage en 1994 riés à temps partiel choisi, recherchent un
n’étaient pas à temps partiel en 1993. Ceux dont emploi deux ans plus tard. Au total, 37 % des
le temps partiel excède 30 heures occupaient salariés à temps partiel contraint en 1994 sont
majoritairement un emploi à temps complet en toujours dans la même situation en 1996, un
1993, alors que ceux à temps partiel très court quart seulement occupent un emploi à temps
étaient plutôt inactifs (cf. tableau 1). Surtout, complet, 10 % sont au chômage, 7 % se sont
les entrants des trois tranches de temps partiel retirés du marché du travail et 20 % ne désirent
contraint étaient souvent chômeurs, et ce d’au- plus travailler davantage.
tant plus qu’ils travaillaient peu en 1994. À cet
égard, ils se distinguent nettement des entrants
Les femmes restent plus longtempsdans le temps partiel choisi.
à temps partiel que les hommes
Deux ans plus tard, les salariés à temps partiel
contraint long en 1994 travaillent trois fois plus Parmi les salariés à temps partiel en 1994 qui
souvent à temps complet que ceux à temps partiel aspirent à travailler plus, les hommes bénéfi-
contraint très réduit (cf. tableau 2). Et plus le cient plus souvent d’une évolution de leur situa-
Tableau 1
Situation d’emploi en 1993 des salariés entrant dans le temps partiel en 1994
selon le temps de travail
En %
Temps partiel 30 heures Temps partiel de 15 à 29 heures Temps partiel < 15 heures
par semaine en 1994 par semaine en 1994 par semaine en 1994
Contraint Contraint Contraint
Choisi en 1994 Choisi en 1994 Choisi en 1994
en 1994 en 1994 en 1994
Temps complet en 1993 83 57 46 33 14 9
Chômage en 1993 8 35 14 44 18 47
Inactivité en 1993 9 8 40 23 68 44
Total 100 100 100 100 100 100
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
Tableau 2
Situation d’emploi en 1996 des salariés à temps partiel contraint en 1994
selon le temps de travail
En %
Temps partiel
Temps partiel 30 heures Temps partiel < 15 heures
de 15 à 29 heures
par semaine en 1994 par semaine en 1994
par semaine en 1994
Temps complet en 1996 43 24 14
Temps partiel contraint en 1996 23 39 45
Temps partiel choisi en 1996 19 19 24
Chômage en 1996 9 10 10
Inactivité en 1996 6 8 7
Total 100 100 100
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 81
tion d’emploi conforme à leurs attentes, alors temps partiel contraint en 1994 travaillent à
que les femmes tendent à y renoncer plus facile- temps plein deux ans plus tard, moins ils restent
ment. En effet, 40 % des hommes travaillent à à temps partiel contraint et moins ils sont au
temps plein deux ans plus tard contre à peine un chômage (cf. tableau 4).
quart des femmes. Elles sont trois fois plus
nombreuses à cesser de vouloir allonger leur Les itinéraires diffèrent également selon que
durée de travail tandis que les hommes passent les salariés appartiennent à l’une des quatre
plus souvent de l’activité vers l’inactivité (5). catégories socioprofessionnelles regroupant
Finalement, les femmes restent plus souvent à 70 % des salariés à temps partiel. Un peu plus
temps partiel que les hommes (cf. tableau 3). du quart des employés de commerce et des em-
ployés administratifs à temps partiel contraint
en 1994 ont obtenu un emploi à temps complet
Diplôme, profession, statut et âge en 1996 contre seulement 14 % des ouvriers
déterminent la trajectoire non qualifiés de type artisanal (cf. tableau 5).
Ces derniers restent majoritairement à temps
L’obtention d’un emploi à temps complet partiel tout en souhaitant travailler davantage,
dépend avant tout du niveau de diplôme. Les tandis que les employés administratifs d’entre-
plus diplômés évitent plus facilement le chô- prise renoncent fréquemment à une durée de
mage et l’enlisement dans le temps partiel. travail plus longue. Ce comportement est, en
Plus le diplôme est élevé, plus les salariés à revanche, plus rare chez les employés de com-
merce.
L’accès au temps complet dépend aussi du statutTableau 3
de l’emploi à temps partiel. Ainsi, l’intérimSituation d’emploi en 1996 des salariés
débouche surtout sur l’emploi temporaire à tempshommes et femmes à temps partiel contraint
plein, les CDI sur le temps partiel contraint et lesen 1994
En % CDD sur un éventail de situations dont aucune ne
domine les autres (cf. tableau 6).Hommes Femmes
Temps complet en 1996 40 23 Enfin, l’âge infléchit les parcours d’emploi.
Temps partiel contraint en 1996 32 39 C’est parmi les plus jeunes que le temps partiel
Temps partiel choisi en 1996 7 23 est le plus souvent contraint : en 1994, plus des
Chômage 10 9 trois quarts des salariés de moins de 25 ans à
Inactivité 11 6 temps partiel souhaitaient travailler davantage,
alors qu’ils sont moins de la moitié dans ce cas
Total 100 100
dans les autres tranches d’âge (cf. tableau 7).
Lecture : parmi les hommes qui étaient à temps partiel contraint
en 1994, 40 % occupent un emploi à temps complet en 1996.
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et
titulaires de contrat aidé. 5. Les hommes qui se sont retirés du marché du travail ont,
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee. pour la plupart, plus de 50 ans.
Tableau 4
Situation d’emploi en 1996 des salariés à temps partiel contraint en 1994
selon leur niveau de diplôme
En %
Temps partiel Temps partiel
Temps complet Chômage Inactivité
contraint choisi Total
en 1996 en 1996 en 1996
en 1996 en 1996
Sans diplôme 17 40 21 12 10 100
BEPC 23 36 18 12 11 100
BEP-CAP 29 38 20 6 7 100
BAC 39 30 21 10 0 100
BAC + 2 35 36 22 7 0 100
Diplôme supérieur 69 20 8 3 0 100
Lecture : parmi les salariés sans diplôme qui étaient à temps partiel contraint en 1994,17% travaillent à temps complet en 1996.
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
82 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Toutefois, les plus jeunes parviennent plus sou- Un comportement de résignation
vent que leurs aînés à obtenir un emploi à temps pourlesplusâgésetlesfemmes
complet : parmi les moins de 25 ans à temps
partiel qui souhaitent une durée de travail plus Un modèle explicatif de type logit permet de
longue, 40 % occupent un emploi à temps com- mieux cerner ce comportement (cf. encadré).
plet deux ans plus tard contre, au mieux, 30 % Parmi les différents facteurs à l’origine de la
dans les autres tranches d’âge (cf. tableau 8). résignation, l’âge joue un rôle prépondérant.
Mais les plus jeunes sont également les plus Toutes choses égales, être âgé de plus de 56 ans
vulnérables au chômage : un jeune de moins de accroît de 43 points la probabilité qu’un salarié
25 ans sur cinq à temps partiel contraint en à temps partiel contraint en 1994 ne souhaite
1994 a perdu son emploi en 1996 contre moins plus travailler davantage en 1996 (6). C’est aussi
d’un sur dix dans les autres tranches d’âge. Plus un phénomène plutôt féminin : être un homme
généralement, plus l’âge augmente, moins les réduit de 16 points la probabilité de se résigner
salariés à temps partiel contraint accèdent à un au temps partiel (d’ailleurs, 95 % des salariés
emploi à temps complet, plus ils sont nombreux qui cessent de vouloir travailler davantage sont
à se retirer du marché du travail et à renoncer à des femmes). Enfin, c’est un phénomène secto-
travailler davantage. Ainsi, parmi les salariés riel : toutes choses égales, lorsqu’ils travaillent
de plus de 56 ans qui, en 1994, étaient à temps dans une entreprise du secteur de la santé et de
partiel tout en souhaitant travailler davantage et l’action sociale, les salariés se résignent plus
qui sont toujours à temps partiel en 1996, les
deux tiers s’accommodent désormais de leur
durée de travail. La perspectivedelaretraiteà
un horizon proche engendre probablement un 6. La modalité de référence est une personne ayant entre 40 et
comportement de résignation. 49 ans.
Tableau 5
Situation d’emploi en 1996 par catégorie socioprofessionnelle des salariés
à temps partiel contraint en 1994
En %
Temps Temps partiel Temps partiel
CSP en 1994 complet contraint choisi Chômage Inactivité Total
en 1996 en 1996 en 1996
Employés administratifs d’entreprise 29 31 32 5 4 100
Employésdecommerce 284611 8 7 100
Personnels aux services des particuliers 21 38 22 12 7 100
Ouvriers non qualifiés de type artisanal 14 52 19 5 10 100
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
Tableau 6
Situation d’emploi en 1996 parmi les salariés à temps partiel contraint en 1994
selon leur statut d’emploi
En %
Statut d’emploi en 1994
Intérim CDD CDI
Situation d’emploi en 1996
Emploi stable à temps complet 21 17 19
Emploi temporaire (CDD et intérim) à temps complet 46 16 1
Emploi stable à temps partiel contraint 0 14 40
Emploi temporaire (CDD et intérim) à temps partiel contraint 5 14 1
Temps partiel choisi 0 16 22
Chômage 19 10 10
Inactivité 913 7
Total 100 100 100
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 83souvent au temps partiel (+ 21 points (7)). Cette à temps partiel ne semble donc pas favoriser
attitude est peut-être engendrée par la rareté des particulièrement l’accès à un emploi d’une
perspectives de passage à temps complet dans durée de travail plus longue. En effet, le temps
ce secteur, rareté qui décourage les salariés. de travail est souvent déterminé par les besoins
des entreprises. Dès lors, il faut que le niveau de
Cette résignation se manifeste également au l’activité augmente ou que cette dernière
travers de la démarche de recherche d’emploi. change de nature (par exemple qu’elle de-
Parmi les salariés à temps partiel contraint de vienne plus régulière) pour qu’un salarié puisse
1994 à 1996, 92 % cherchaient un autre emploi bénéficier, au sein d’une même entreprise, d’un
en 1994. En 1995, ils ne sont plus que 89 % et volume horaire plus important. Ensuite, un
85 % en 1996. allongement de la durée du travail peut nécessi-
ter un changement d’entreprise. Or, l’excès
d’offre sur le marché du travail limite les possi-
Les chances d’accéder à l’emploi bilités d’une telle mobilité externe, surtout pour
à temps complet des salariés peu qualifiés tels que le sont sou-
vent ceux à temps partiel très réduit. Rester
La majorité des salariés à temps partiel dans son emploi actuel a alors pour corollaire
contraint en 1994 et qui le sont encore en 1996 de conserver le même volume horaire.
conservent la même durée de travail sur la D’ailleurs, parmi les personnes qui étaient à
période. Dans chacune des six tranches horaires temps partiel contraint en 1994 et en 1996,
retenues (moins de 10 heures par semaine, 10 à 88 % de celles qui n’ont pas changé de volume
14 heures, 15 à 19 heures, 20 à 24 heures, 25 à horaire sur la période n’ont pas changé d’éta-
29 heures, 30 heures et plus), au moins la moi- blissement. Enfin, le passage du temps partiel
tié des salariés n’a pas changé de tranche au temps complet est vécu par les employeurs et
horaire entre 1994 et 1996. Occuper un emploi les salariés comme une promotion et une stabi-
lisation (Maruani et Michon, 1998). On conçoit
alors que seule une minorité soit appelée à en
bénéficier.
Tableau 7
Caractère contraint/choisi du temps partiel En isolant les effets propres à chaque variable,
selon l’âge des salariés en 1994 la modélisation logistique permet d’étudier
En %
plus précisément les chances des salariés à
Temps temps partiel contraint d’accéder deux ans plusTemps
partiel
partiel choisi Total tard à l’emploi à temps complet. Toutefois, unecontraint
en 1994
en 1994 certaine prudence s’impose dans l’interpréta-
tion des résultats. Les modèles établis contrô-
Moins de 25 ans 82 18 100
lent les variables que sont l’âge, le sexe, le
25 à 39 ans 43 57 100
niveau de diplôme, l’ancienneté et la catégorie
40 à 49 ans 43 57 100
50 à 56 ans 28 72 100
Plus de 56 ans 21 79 100
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et
7. La modalité de référence est les services personnels et
titulaires de contrat aidé.
domestiques.
Tableau 8
Situation d’emploi en 1996 des salariés à temps partiel contraint en 1994 selon leur âge
En %
Temps partiel Temps partiel
Temps complet Chômage Inactivité
contraint choisi Total
en 1996 en 1996 en 1996
en 1966 en 1996
Moins de 25 ans 40 34 5 20 1 100
25 à 39 ans 30 36 20 8 6 100
40 à 49 ans 19 44 21 10 6 100
50 à 56 ans 17 37 26 7 13 100
Plus de 56 ans 13 17 34 6 30 100
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
84 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2socioprofessionnelle du salarié. Mais il peut douze entreprises (Boisard, Charpentier et Galtier,
subsister d’autres caractéristiques individuel- 1998). Les salariés à temps partiel (en CDI)
les inobservables qui incitent un employeur à bénéficient d’une certaine sécurité représentée
affecter ce salarié sur un poste à temps partiel par la garantie d’un revenu régulier (mais peut-
plutôt qu’à temps complet. Ceci peut avoir être insuffisant) et d’un ancrage dans un corps
deux conséquences. D’une part, on risque d’at- social structuré qui peuvent constituer un frein
tribuer aux caractéristiques de l’emploi une à la recherche d’un autre emploi correspondant
évolution de régime horaire qui, en réalité, est mieux à leurs attentes. Dès lors, les salariés à
imputable auxs du salarié. temps partiel contraint tendent à accéder plus
D’autre part, il devient normal d’observer rarement à l’emploi à temps complet qu’un
qu’un individu à temps partiel contraint une chômeur, que des revenus faibles ou inexistants
année a plus de chances que les autres d’être peuvent rendre plus actif dans sa recherche
encore à temps partiel contraint les années sui- d’emploi.
vantes (à moins que les caractéristiques indivi-
duelles en cause se modifient au cours du L’occupation d’un emploi à temps partiel
temps). Compte tenu de ces réserves, deux contraint a toutefois un effet différent selon la
résultats se dégagent. durée de cette situation et le volume horaire. Un
salarié qui n’est resté qu’un an à temps partiel
contraint sur la période 1994-1995 a plus de
Les caractéristiques du temps partiel chances de travailler à temps complet en 1996
influent sur le devenir du salarié (+ 29 points) qu’une personne qui a été chô-
meur pendant un an au cours de la même pé-
Toutes choses égales par ailleurs (8), avoir été à riode (cf. tableau 9). En revanche, un salarié qui
temps partiel contraint en 1994 réduit de a été à temps partiel contraint pendant les deux
12 points, par rapport à une situation de chô- années présente une probabilité moindre de tra-
mage en 1994, la probabilité d’occuper un em- vailler à temps complet (- 16 points).
ploi à temps complet en 1996. Ce résultat est
apriori surprenant. Il peut néanmoins être
expliqué à la lumière du comportement des
8. Afin d’alléger la présentation des résultats dans ce qui suit,
salariés à temps partiel annualisé observé dans on ne précisera plus que le raisonnement est toutes choses
égales par ailleurs.une analyse qualitative sur un échantillon de
Tableau 9
Effet de la durée annuelle du temps partiel sur l’occupation
d’un emploi à temps complet en 1996
Écart de probabilité
par rapport à la modalité
Student
de référence
(en points)
Constante 03,5
Avoir étéà temps complet en 1994 et 1995 56 26
Avoir été un an à temps partiel contraint sur la période 1994-1995 29 6,5
Avoir été un an à temps partiel choisi sur la période - 5 ns
Avoir été un an au chômage sur la période 1994-1995 Réf.
Avoir été un an inactif sur la période 1994-1995 - 11 2,86
Avoir été deux ans à temps partiel contraint sur la période 1994-1995 - 16 3,65
Avoir été deux ans à temps partiel choisi sur la période - 27 7,75
Avoir été deux ans au chômage sur la période 1994-1995 - 8 ns
Avoir été deux ans inactif sur la période 1994-1995 - 21 2,12
Nombre d’observations 9 656
Lecture : les variables explicatives sont, outre celles présentées dans le tableau, l’âge, le sexe, l’ancienneté dans l’établissement, le
niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle en 4 postes. La probabilité de la situation de référence, c’est-à-dire d’une femme
âgée de 25 à 39 ans, ayant plus de 10 ans d’ancienneté dans son établissement, titulaire d’un BEP-CAP, ouvrière et qui a été un an au
chômage sur la période 1994-1995 est de 37 %.
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 85Tableau 10
Effet de la nature contrainte/choisie croisée avec la durée du temps partiel en 1994
sur l’occupation d’un emploi à temps complet en 1996
Écart de probabilité
par rapport à la modalité
Student
de référence
(en points)
Constante 00,7
Avoir étéà temps complet en 1994 + 39 5,8
Avoir étéà temps partiel contraint de 30 heures et plus en 1994 5 ns
Avoir étéà temps partiel de 15 à 29 heures en 1994 - 14 2,08
Avoir étéà temps partiel contraint moins de 15 heures en 1994 - 25 2,42
Avoir étéà temps partiel choisi de 30 heures et plus en 1994 - 25 2,6
Avoir étéà temps partiel choisi de 15 à 29 heures en 1994 - 33 4
Avoir étéà temps partiel choisi de moins de 15 heures en 1994 - 45 4
Chômage en 1994 Réf.
Inactivité en 1994 - 10 ns
Nombre d’observations 9 656
Lecture : les variables explicatives sont, outre celles présentées dans le tableau, l’âge, le sexe, l’ancienneté dans l’établissement, le
niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle en 4 postes. La probabilité de la situation de référence est de 50 %.
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
Tableau 11
Effet de la nature contrainte/choisie croisée avec la durée annuelle du temps partiel en 1994
sur l’occupation d’un emploi à temps complet en 1996
Écart de probabilité
par rapport à la modalité
Student
de référence
(en points)
Constante 03,95
Avoir étéà temps complet en 1994 et 1995 + 58 28,2
Avoir été un an à temps partiel contraint 30 heures sur la période
1994-1995 +33 5,1
Avoir été un an à temps partiel contraint de 15 à 29 heures sur la période
1994-1995 +29 5,4
Avoir été un an à temps partiel contraint < 15 heures sur la période
1994-1995 +30 2,3
Avoir été un an à temps partiel choisi sur la période 1994-1995 - 3 ns
Avoir été un an au chômage sur la période 1994-1995 Réf.
Avoir été un an inactif sur la période 1994-1995 - 10,0 2,75
Avoir été deux ans à temps partiel contraint 30 heures sur la période
1994-1995 2ns
Avoir été deux ans à temps partiel contraint de 15 à 29 heures
sur la période 1994-1995 - 14 2,8
Avoir été deux ans à temps partiel contraint < 15 heures sur la période
1994-1995 -30 2,4
Avoir été deux ans à temps partiel choisi sur la période 1994-1995 - 26 7,6
Avoir été deux ans au chômage sur la période 1994-1995 - 6 ns
Avoir été deux ans inactif sur la période 1994-1995 - 19,4 2,02
Nombre d’observations 9 656
Lecture : les variables explicatives sont, outre celles présentées dans le tableau, l’âge, le sexe, l’ancienneté dans l’établissement, le
niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle en 4 postes. La probabilité de la situation de référence est de 35,6%.
Champ : salariés du secteur privé hors étudiants, stagiaires et titulaires de contrat aidé.
Sources : enquêtes Emploi 1994,1995,1996, Insee.
86 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2
Par ailleurs, les durées inférieures à 30 heures temps complet (le coefficient n’est pas signifi-
réduisent la probabilité de travailler à temps catif). En d’autres termes, plus le temps de tra-
complet en 1996 (toujours par référence au vail diffère du temps complet et plus il en
chômage), et ce d’autant plus qu’elles sont diffère durablement, moins les salariés ont de
courtes (cf. tableau 10). Inversement, avoir tra- chances d’accéder au temps plein.
vaillé pendant plus de 30 heures en 1994 aug-
mente, même si l’effet est faible, la probabilité Finalement, les personnes à temps partiel long
d’occuper un poste à temps complet en 1996. À depuis un an accèdent ainsi plus facilement au
nouveau, la longueur du passage par le temps temps complet que ceux dont la durée du travail
partiel contraint affecte l’accès à l’emploi à est très réduite depuis deux ans. Les inégalités
temps complet. Quel que soit le volume horaire, se cumulent : les temps partiels les plus courts
n’être resté qu’une année à temps partiel sont les moins rémunérateurs et offrent le
contraint au cours des années 1994-1995 accroît moins de perspectives d’allongement de la
la probabilité d’occuper un emploi à temps durée du travail, alors que les temps partiels
plein en 1996 (cf. tableau 11). Mais plus la plus longs procurent à la fois des revenus plus
durée du temps partiel est courte, plus cette élevés et des chances plus grandes d’accéder à
probabilité est faible. Surtout, le volume l’emploi à temps plein. Ces résultats sont égale-
horaire opère une partition des salariés dès lors ment révélateurs du mode de fonctionnement
qu’ils ont connu deux années de temps partiel. de l’emploi à temps partiel : il ne semble pas
On peut opposer ceux qui ont travaillé moins obéir à une logique de file d’attente dans
de 30 heures par semaine, dont les chances laquelle les premiers arrivés seraient les pre-
d’obtenir un emploi à temps plein sont faibles miers sortis. Il paraît correspondre plutôt à un
(- 30 points pour les moins de 15 heures, et - 14 modèle de sélection : certains salariés sont diri-
points pour les 15 à 29 heures), à ceux qui ont gés vers le temps partiel, peut-être en raison de
fait au moins 30 heures hebdomadaires et qui caractéristiques cachées, et rencontrent dès lors
n’ont pas une probabilité différente des chô- des difficultés à obtenir un emploi à temps
meurs depuis un an d’accéder à un emploi à plein.
BIBLIOGRAPHIE
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Bacache M., Paserot R. et Peltan S. (1997), « Le chô- Galtier B. (1998), « Les trajectoires d’emploi des sala-
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mique d’un stigmate », Problèmes économiques, travail du CSERC, n° 98-04, 16 p.
n° 2509, 20 février, pp. 12-17.
Maruani M. et Michon F. (1998), « Les normes de la
Boisard P. et Charpentier P. (1996), « Pratiques d’an- dérégulation : questions sur le travail à temps partiel »,
nualisation du temps de travail », 4 pages du CEE, Économies et Sociétés, Économie du travail, Série A.B.,
n° 18, novembre-décembre. n° 20, pp. 125-164.
Boisard P., Charpentier P. et Galtier B. (1998),«Les
pratiques de recours au temps partiel annualisé », Les
Cahiers du GIP - MI.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 87

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