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Henri Chabrol
Jean Le Camus
Comment la dépression influence-t-elle le décodage des
émotions du bébé ?
In: Enfance. Tome 48 n°3, 1995. pp. 337-355.
Résumé
L'influence de la dépression sur les réponses de la mère aux expressions faciales et vocales du bébé a été étudiée en
comparant 20 femmes déprimées et 20 témoins non déprimées. Les deux groupes ont eu à classer en catégories les émotions
éprouvées par un nouveau-né de 2 mois à partir de 4 expressions faciales et de 3 expressions vocales et à coter l'intensité des
émotions que ces stimuli exprimaient et suscitaient.
Les résultats confirment l'hypothèse que les expressions négatives ou neutres suscitent plus de réactions négatives chez les
déprimées. De plus, les déprimées montraient une plus grande concordance entre les émotions que le bébé était supposé
exprimer et les émotions suscitées en elles. L'intérêt thérapeutique des résultats est discuté.
Abstract
Depression's influence on mothers' responses to infant's facial expressions and vocalizations was studied in 20 depressed and
20 non depressed women. The two groups were asked to categorize the emotion experienced by a 2 month-old infant producing
4 facial and 3 vocal expressions and to scale the intensity of emotion these stimuli expressed and elicited.
Results support the hypothesis that negative or neutral expressions elicit more negative reactions among depressed women.
Furthermore, depressed women showed closer concordance between the emotion supposed to be expressed by the infant and
their own elicited emotion. These results are analysed in term of therapeutic outcome.
Citer ce document / Cite this document :
Chabrol Henri, Le Camus Jean. Comment la dépression influence-t-elle le décodage des émotions du bébé ?. In: Enfance.
Tome 48 n°3, 1995. pp. 337-355.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/enfan_0013-7545_1995_num_48_3_2140Comment la dépression influence-t-elle
le décodage des émotions du bébé ?
Etude de l'interprétation
des expressions faciales et vocales
d'un nouveau-né chez 20 déprimées
et 20 témoins non
Henri Chabrol1 Jean Le Camus2
RÉSUMÉ
L'influence de la dépression sur les réponses de la mère aux expressions faciales et
vocales du bébé a été étudiée en comparant 20 femmes déprimées et 20 témoins non
déprimées. Les deux groupes ont eu à classer en catégories les émotions éprouvées par
un nouveau-né de 2 mois à partir de 4 expressions faciales et de 3 expressions vocales et
à coter l'intensité des émotions que ces stimuli exprimaient et suscitaient.
Les résultats confirment l'hypothèse que les expressions négatives ou neutres susci
tent plus de réactions négatives chez les déprimées. De plus, les déprimées montraient
une grande concordance entre les émotions que le bébé était supposé exprimer et les
émotions suscitées en elles. L'intérêt thérapeutique des résultats est discuté.
SUMMARY
Depression's influence on mothers' responses to infant's facial expressions and
vocalizations was studied in 20 depressed and 20 non depressed women. The two groups
were asked to categorize the emotion experienced by a 2 month-old infant producing
4 facial and 3 vocal expressions and to scale the intensity of emotion these stimuli
expressed and elicited.
Results support the hypothesis that negative or neutral expressions elicit more
negative reactions among depressed women. Furthermore, depressed women showed clo
ser concordance between the emotion supposed to be expressed by the infant and their
own elicited emotion. These results are analysed in term of therapeutic outcome.
1. Psychiatre des hôpitaux à temps partiel, docteur en Psychologie.
2. Professeur de psychologie à l'Université Toulouse-Le Mirail.
ENFANCE, n° 3/1995, p. 337 à 355 338 HENRI CHABROL, JEAN LE CAMUS
Les dépressions du post-partum sont associées à des perturbations des
interactions mère-bébé et à des troubles du développement précoce (Field,
1992). Les études objectives réalisées sur les interactions entre les mères
déprimées et leur bébé se sont jusqu'à maintenant principalement limitées à
l'observation des interactions comportementales (Field, 1984 ; Field et coll.,
1985 et 1990 ; Cohn et Tronick, 1989, Cohn et coll., 1990).
L'aptitude des mères à décoder les communications non verbales du bébé a
été peu étudiée alors que l'interprétation que la mère leur donne peut influencer
ses réactions affectives, ses comportements de communication et, à travers eux,
les comportements du bébé, amorçant ainsi une spirale interactive qui peut être
positive ou négative selon le sens du décodage maternel. Field et coll. (1991) ont
comparé la perception du comportement du bébé par des mères déprimées et
non déprimées. Les interactions de chaque mère et de son bébé ont été filmées
puis revues par la mère et un observateur. Les mères déprimées ont évalué plus
négativement que l'observateur le comportement de leur bébé alors que les
non-déprimées le cotèrent de façon comparable à l'observateur. Cette évalua
tion négative des déprimées peut renvoyer, selon Field et coll., à deux explica
tions principales. Elle peut exprimer soit la tension d'une mère déprimée qui
s'efforce de donner une image positive de son interaction avec son bébé dans un
laboratoire de psychologie ; soit la tendance des mères déprimées à interpréter
négativement les comportements du bébé.
Une procédure permet d'évaluer directement l'interprétation des signaux
du bébé par les mères déprimées : elle consiste à montrer à toutes les mères
étudiées la même série de photographies de mimiques de bébé et/ou d'enre
gistrements vocaux en demandant quels sentiments elles pensent que le bébé
éprouve. Cette procédure expérimentale semble avoir été utilisée simultané
ment par trois équipes de recherche. Zahn- Waxier et Wagner (1993) ont
employé les ifeel Pictures, série de photographies de mimiques de bébés de
1 an, pour comparer des mères déprimées et non déprimées d'enfants d'âge
préscolaire. Dover (1994) a comparé les réactions déjeunes mères déprimées
et non déprimées à l'audition d'enregistrement de pleurs de bébé.
Nous rapportons la comparaison de femmes déprimées et non
par une procédure associant la présentation de photographies et d'enregistr
ements de vocalisations d'un bébé de 2 mois. L'hypothèse générale est que la
compétence maternelle à décoder les états affectifs, exprimés par les commun
ications non verbales des nouveau-nés, est affectée par la dépression et que
les femmes déprimées se différencient des femmes normales par leurs réac
tions affectives aux expressions non verbales du nouveau-né. Cette différence
entre déprimées et femmes du groupe contrôle s'exprimerait à la fois dans le
vécu affectif que ces messages non verbaux évoquent et dans leur façon d'in
terpréter leur signification. L'hypothèse opérationnelle avancée est une dis
torsion négative générale : il est postulé que les femmes déprimées éprouvent
moins d'affects positifs et plus d'affects négatifs et interprètent plus négative
ment l'état affectif du bébé, lui supposant moins d'affects positifs et plus d'af
fects négatifs. ET DÉCODAGE DES ÉMOTIONS DU BÉBÉ 339 DÉPRESSION 340 HENRI CHABROL, JEAN LE CAMUS
I - MÉTHODE
A / Population
L'étude consiste à comparer 20 femmes déprimées et 20 femmes non
déprimées âgées de moins de 41 ans.
Les 20 femmes déprimées ont été recrutées en consultation publique à
l'hôpital Marchant et en consultation privée en cabinet libéral, et en hospital
isation à l'hôpital Marchant. Les témoins ont été recrutés parmi le personnel
de l'hôpital Marchant.
Le groupe des déprimées et le groupe de contrôle ne se différencient pas
en ce qui concerne l'âge (31,2 ± 7,8 contre 32 ± 7,6, t = 0,3, n.s.), le nombre
d'enfants, (1,15 ± 1 contre 1,65 ± 1,8, t = 1,05, n.s.) et le nombre de nulli-
pares, respectivement 7 et 8 (X2 = 0,1, n.s.).
Le groupe des déprimées était constitué de 20 dépressions majeures, dia
gnostiquées suivant les critères du dsm-iii-r, d'intensité forte ou sévère comme
en attestaient les scores de l'autoquestionnaire de Beck (bdi) à 13 items (score
moyen ± ds : 28,3 ± 4,8) et les scores de l'échelle de Montgomery et Asberg
(madrs) (score moyen ± ds : 43,9 ± 6,4).
Tous les témoins avaient des scores au questionnaire de Beck très infé
rieur au seuil de la dépression. Le score moyen des témoins au bdi était de :
1,2 ± 2,2.
B / La procédure expérimentale
La a consisté à évaluer les réactions de ces sujets à la même
série de stimuli visuels et auditifs représentés par des expressions mimiques et
vocales d'un même bébé. Il a été présenté aux sujets des photographies de
mimiques d'un nouveau-né et des enregistrements magnétophoniques
de vocalisations de ce exprimant différentes tonalités affectives
positives, neutres et négatives.
Les photographies étaient centrées sur le visage du bébé et les enregistr
ements des vocalisations ont été réalisés dans des conditions acoustiques per
mettant une restitution fidèle.
Parmi plusieurs photographies et enregistrements magnétophoniques
d'un bébé de 2 mois, les deux auteurs se sont accordés pour choisir 4 photo
graphies avec une mimique très positive, deux mimiques neutres, et une
mimique de pleurs négative (fig. 1) et 3
d'une dizaine de secondes avec une vocalise positive, une vocalise neutre et
une vocalisation négative de pleurs.
Les mimiques et les expressions vocales neutres ont été définies comme
semblant indéterminées, n'apparaissant ni nettement positives, ni nettement DÉPRESSION ET DÉCODAGE DES ÉMOTIONS DU BÉBÉ 341
négatives. Il a été choisi de diversifier la tonalité affective des expressions du
bébé afin d'évaluer les réactions du sujet à la gamme la plus étendue de
signaux. Il nous a semblé particulièrement important d'explorer le vécu et
l'interprétation des mimiques et des vocalisations de pleurs car dans notre
expérience clinique, les déprimées ont montré des réactions très négatives aux
pleurs des bébés. L'emploi de signaux neutres nous a paru permettre de
mieux saisir une possible projection des affects négatifs du sujet.
C / Codage et mesure
Après la présentation de chaque stimulus, le vécu affectif suscité par ce
stimulus chez le sujet et le vécu affectif exprimé par le bébé selon l'avis du
sujet ont été évalués par une grille d'évaluation quantitative, la même grille
étant utilisée pour décrire les émotions du sujet et du bébé. Elle était consti
tuée de 5 items : 1 / plaisir, joie ; 2 / indifférence ; 3 / anxiété ; 4 / colère ;
5 / tristesse. Chaque item a été coté de 0 à 5. Plusieurs items pouvaient être
cotés simultanément pour permettre au sujet de décrire plus précisément
leurs émotions et celles prêtées au bébé. Il a été choisi d'évaluer les émotions
de la mère et du bébé par la même grille pour permettre des corrélations et
des comparaisons plutôt que de recourir à une grille spécifique pour décrire
les émotions du bébé qui aurait pu correspondre plus fidèlement au dévelop
pement affectif précoce.
Les directives suivantes ont été données : « Je vais vous montrer 4 pho
tographies du visage d'un même bébé, puis vous faire écouter 3 enregistr
ements de la voix de ce même bébé. Pour chacune de ces photographies et de
ces enregistrements, vous allez nous dire quels sentiments vous pensez que le
bébé exprime par sa mimique ou sa voix et vous allez également nous dire
quel sentiment vous fait éprouver chacune de ces photographies et de ces
enregistrements. Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Pour vous
aider à décrire ces sentiments voici une grille indiquant 5 types d'émotions.
L'indifférence indique que vous pensez que le bébé n'éprouve pas d'émotions
ou que vous même n'éprouvez pas d'émotions. Vous devez chiffrer chacune
de ses émotions de 0 à 5 pour indiquer leur intensité. Pour chaque photo et
chaque enregistrement, vous devez chiffrer les émotions que vous pensez que
le bébé éprouve, et les émotions que vous éprouvez vous-même. Deux grilles,
une pour le bébé et une pour vous, seront données pour chaque photo
graphie et chaque enregistrement. »
D / Présentation des données
Pour chaque sujet, témoin ou déprimée, ont été calculés des scores
totaux pour émotion, somme des scores donnés à la présentation de
chaque stimulus et des scores totaux d'émotions négatives, somme des 342 HENRI CHABROL, JEAN LE CAMUS
scores d'indifférence, d'anxiété, de colère et de tristesse. Il a été choisi d'in
clure l'indifférence dans le score d'émotions négatives car le fait pour le
sujet d'éprouver de l'indifférence face aux expressions du bébé nous a paru
témoigner d'une attitude de retrait, et penser que le bébé n'éprouve pas
d'émotion nous a également semblé traduire une attitude de désengagement
de la part du sujet. Ce choix est paru validé a posteriori par la constatation
que les déprimées prêtent signifîcativement plus d'indifférence au bébé.
1 / Le score d'émotions positives du sujet qui est la somme des scores
de plaisir et de joie que le sujet dit éprouver à la présentation de chaque
stimulus.
2 / Le score d'indifférence du sujet qui est la somme des scores d'indiffé
rence que le sujet dit éprouver à la présentation de chaque stimulus.
3 / 4 / 5 / Des scores d'anxiété, de colère et de tristesse du sujet définis de
la même façon qu'en 2.
6 / Le score total d'émotions négatives du sujet qui est la somme des
scores d'indifférence, d'anxiété, de colère ou de tristesse que le sujet dit
éprouver à la présentation de chaque stimulus.
7 / Le score total d'émotions positives du bébé qui est la somme des
scores de plaisir ou de joie que le sujet, à la présentation de chaque stimulus,
pense que le bébé éprouve.
8 / Le score d'indifférence du bébé, qui est la somme des scores d'indiffé
rence que le sujet, à la présentation de chaque stimulus, pense que le bébé
éprouve.
9 /Des scores d'anxiété, de colère, de tristesse du bébé, définis de la
même façon qu'en 8.
10 / Le score total d'émotions négatives du bébé qui est la somme des
scores d'indifférence, d'anxiété, de colère et de tristesse que le sujet, à la pré
sentation de chaque stimulus, pense que le bébé éprouve.
11/ Un score d'émotions positives pour chaque stimulus et chaque sujet,
qui est le score de plaisir ou de joie, que le sujet dit éprouver devant chaque
stimulus.
12 / Un score d'émotions négatives pour chaque stimulus et chaque
sujet, qui est la somme des scores d'indifférence, d'anxiété, de colère et de
tristesse, que le sujet dit éprouver devant chaque stimulus.
13 / Un score d'émotions positives pour chaque stimulus et chaque bébé,
qui est le score de plaisir ou de joie, que le sujet à la présentation du stimulus
pense que le bébé éprouve.
14 / Un score d'émotions négatives pour chaque stimulus et chaque
bébé, qui est la somme des scores d'indifférence, d'anxiété, de colère et de
tristesse, que le sujet, à la présentation de chaque stimulus, pense que le bébé
éprouve. DÉPRESSION ET DÉCODAGE DES ÉMOTIONS DU BÉBÉ 343
II - RÉSULTATS
A / Exploitation des résultats
1) Comparaisons des sujets ayant des enfants et des sujets n'ayant pas
d'enfants :
Ces comparaisons, réalisées par le test t, dans le groupe témoin et dans
le groupe déprimé pour les scores moyens d'émotions positives, pour les
scores moyens d'indifférence, d'anxiété, de colère et de tristesse et les
scores d'émotions négatives, pour le sujet et le bébé, ont montré que
les témoins avec et sans enfants ne se différencient pas significativement pour
les scores étudiés et qu'il en était de même pour les déprimées.
Avoir eu ou n'avoir pas eu d'enfants ne paraît pas influencer la réaction
affective de sujets aux stimuli et leur interprétation des états affectifs du bébé,
aussi bien chez les témoins que chez les déprimées.
2) Etude des corrélations entre les émotions du sujet et celles prêtées au bébé :
a) Corrélations chez les témoins. — L'étude de la relation entre les scores
d'émotions positives de la mère et du bébé montre un coefficient de corréla
tion, r à .52 indiquant une liaison significative avec un degré de signification
inférieur à .01.
De même, il est observé une corrélation significative (r = .57, p < .01)
entre les scores d'émotions négatives de la mère et ceux du bébé.
Il existe une liaison significative entre les scores d'indifférence du sujet et
du bébé (r = .71, p < .01) et entre les scores de tristesse du sujet et du bébé
(r=.65,/><.01).
Par contre, il n'existe pas de liaison significative entre les scores d'anxiété
du sujet et du bébé (r = .07), ni entre les scores de colère du sujet et du bébé
(r = .05), ni entre les scores d'anxiété du sujet et ceux de colère du
(r = .15), ni ceux de colère du sujet et ceux d'anxiété du bébé (r = .2).
Donc, chez les témoins, il existe une harmonie globale entre les émotions
du sujet et celles qu'il prête au bébé. Les émotions positives supposées au
bébé sont liées à celle du sujet. Cette liaison existe pour les scores globaux
d'émotions négatives. Elle est retrouvée pour l'indifférence et la tristesse.
On peut avancer l'hypothèse que les témoins établissent avec le bébé
représenté par les stimuli une relation où elles reproduisent l'harmonie affec
tive de la dyade mère-enfant. Le sujet et le bébé éprouvent ensemble, selon les
témoins, les émotions positives, la tristesse et l'absence d'émotion, mais le
sujet protège la dyade de la contagion de l'anxiété et de la colère.
b) Corrélations chez les déprimées. — Comme pour les témoins, il est
noté une corrélation significative (r = .75, p < .01) entre les scores d'émotions
positives du sujet et du bébé.
Par contre, à l'inverse des témoins, il n'est pas observé de liaison significa
tive (r = .36) entre les scores d'émotions négatives du sujet et ceux du bébé. 344 HENRI CHABROL, JEAN LE CAMUS
II n'existe pas de liaison significative ni entre les scores d'indifférence du
sujet et du bébé (r = .19), ni entre ceux d'anxiété (r = .33), ni entre ceux de
colère (r = .18), ni entre ceux de tristesse (r = .45).
L'harmonie retrouvée chez les témoins ne se constate que pour les
émotions positives : comme les témoins, les déprimées tendent à accorder
les du bébé aux leurs. Par contre, les déprimées disso
cient leurs émotions négatives de celles du bébé. Les émotions négatives
éprouvées par les déprimées et celles qu'elles prêtent au bébé deviennent
indépendantes.
3) Comparaison des scores moyens du sujet et du bébé chez les témoins et
chez les déprimées (tableau 1) :
Tableau 1 . — Comparaison des scores moyens du sujet
et du bébé chez les témoins et les déprimées
par le test T de Student
SUJET m' BEBE (S2 CT2 TEMOINS m t
Emotions
Positives 15 23.5 12.95 20 1.38 NS
Emotions
Négatives 10.4 14.4 14.95 22.8 3.33 p<.01
1.2 Indifférence 5.5 1.76 5.7 .75 NS
Anxiété 6.35 10.5 5.3 10.6 1.02 NS
Colère 0.5 3.2 5.35 7.84 6.52 p<001
Tristesse 2.35 13.7 2.4 11.9 .04 NS
m' or2 o-J DEPRIMEES m t
Emotions
Positives 11.3 34.6 10.35 25.7 0.55 NS
Emotions
Négatives 25.2 190 28.5 10.3 0.86 NS
Indifférence 2.1 11.8 5 3.9 3.27 p<.02
9.1 3.43 Anxiété 65.5 8.85 .17 NS
Colère 3.25 21.3 10.3 26.1 4.57 p<.01
Tristesse 10.5 64 4.4 17.4 3.02 p<.02 DÉPRESSION ET DÉCODAGE DES ÉMOTIONS DU BÉBÉ 345
a) Comparaison chez les témoins. — Chez les témoins, les seules diffé
rences significatives concernent les scores moyens globaux d'émotions négat
ives et les scores moyens de colère. Les témoins éprouvent signifîcativement
moins d'émotions négatives qu'elles ne pensent que le bébé en ressent. Cette
différence est liée à la colère éprouvent avec moins d'intensité qu'elles
ne pensent que le bébé la ressent. Il ne se produit pas de contagion de la
colère entre le bébé et le sujet. Par contre, indifférence, anxiété et tristesse
sont éprouvées par le sujet avec la même intensité que celles qu'elles perçoi
vent pour le bébé.
Là aussi, on peut émettre l'hypothèse que les témoins réagissent à la pré
sentation des stimuli en reproduisant l'harmonie affective de la dyade mère -
nouveau-né. Le sujet ressent, en écho, les émotions positives du bébé, il
s'apaise avec lui ou souffre d'anxiété et de tristesse avec lui, mais il protège la
relation de la contagion de la colère.
b) Comparaison chez les déprimées. — A la différence des témoins, les
scores moyens d'émotions positives et négatives du sujet et du bébé ne se dif
férencient pas significativement : les déprimées éprouvent autant d'émotions
négatives qu'elles en perçoivent chez le bébé. Il paraît exister une contagion
des émotions négatives. La relation n'est pas protégée de la contamination
des affects négatifs. A la différence des témoins, les déprimées éprouvent
moins d'indifférence mais plus de tristesse que le bébé.
A l'opposé des témoins, les émotions négatives, à l'exception de
l'anxiété, sont vécues avec une intensité différente de celles supposées
au bébé : on retrouve là la perte de coordination des émotions négatives
du sujet et du bébé, déjà montrée chez les déprimées par les études de
corrélations.
4) Comparaison des scores moyens des témoins et des déprimées (tableau 2).
Les femmes déprimées éprouvent autant d'émotions positives que les
témoins. Les femmes déprimées interprètent aussi positivement que les
témoins les états affectifs du bébé. L'harmonie des émotions positives du sujet
et du bébé notée chez les témoins est retrouvée chez les déprimées.
Par contre, les déprimées éprouvent beaucoup plus d'émotions négatives
que les témoins. Cette différence est due à la tristesse et à la colère que les
déprimées éprouvent nettement plus intensément que les témoins alors
qu'elles ressentent l'anxiété et l'indifférence de façon similaire.
Les déprimées interprètent beaucoup plus négativement les états
affectifs du bébé. Cette différence est liée à l'indifférence, à l'anxiété et à la
colère : les pensent que le bébé éprouve chacune de ces émotions
significativement plus intensément que ne le pensent les témoins, alors que
témoins et déprimées pensent que le bébé éprouve autant de tristesse et de
colère.
Ainsi, les distorsions des réactions et des interprétations affectives des
déprimées concernent principalement les affects négatifs. Les déprimées se
distinguent en éprouvant plus de tristesse et de colère face au bébé et en lui
prêtant plus d'indifférence, d'anxiété et de colère.