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L'enseignement libre de la médecine à Paris au XIXe siècle - article ; n°1 ; vol.27, pg 45-62

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19 pages
Revue d'histoire des sciences - Année 1974 - Volume 27 - Numéro 1 - Pages 45-62
RÉSUMÉ. — Parallèlement à l'enseignement officiel de la Faculté de Médecine de Paris, il a toujours existé un enseignement libre de la Médecine et son importance n'a cessé de croître tout au long du xixe siècle. Son rôle a été double : 1) il reprenait les mêmes matières que celles enseignées aux cours officiels, mais d'une manière beaucoup plus originale et novatrice ; 2) à une époque d'explosion du savoir scientifique, il a permis d'intégrer à l'enseignement médical les nouvelles connaissances, et, en les diffusant au niveau des étudiants, il a été à l'origine d'un puissant courant de recherche médicale et scientifique. Alors que les maîtres de la Faculté défendaient et dispensaient un enseignement rigide, immuable, à tendance encyclopédique, l'enseignement libre a permis la diffusion des spécialités : dermatologie, cardiologie, ophtalmologie, pédiatrie, vénéréologie, constituées en disciplines autonomes, ont pu, grâce aux professeurs libres, être enseignées aux étudiants.
SUMMARY. — Together with the official education of the Paris Faculty of Medicine, there has always been an independant education in Medicine which has continued to expand throughout the XIXth century. It has had a double role : 1) the independant education indued the same subject matter as the official courses, but it did so in a much more original and novel manner ; 2) at a time of rapid extension of scientific knowledge it allowed the medical education to be integrated with scientific discoveries and impart them to students. It has been at the origine of a powerful current of medical and scientific research. Whilst the Professors of the Faculty defended and argued for rigid and immutable medical teaching on an encyclopedic scale, the independant education allowed the development of specialisation : dermatology, cardiology, ophtalmology, pediatry, venereology, as separate disciplines, thanks to the independant masters, have been taught to students.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M Pierre Huard
L'enseignement libre de la médecine à Paris au XIXe siècle
In: Revue d'histoire des sciences. 1974, Tome 27 n°1. pp. 45-62.
Résumé
RÉSUMÉ. — Parallèlement à l'enseignement officiel de la Faculté de Médecine de Paris, il a toujours existé un enseignement
libre de la Médecine et son importance n'a cessé de croître tout au long du xixe siècle. Son rôle a été double : 1) il reprenait les
mêmes matières que celles enseignées aux cours officiels, mais d'une manière beaucoup plus originale et novatrice ; 2) à une
époque d'explosion du savoir scientifique, il a permis d'intégrer à l'enseignement médical les nouvelles connaissances, et, en les
diffusant au niveau des étudiants, il a été à l'origine d'un puissant courant de recherche médicale et scientifique. Alors que les
maîtres de la Faculté défendaient et dispensaient un enseignement rigide, immuable, à tendance encyclopédique,
l'enseignement libre a permis la diffusion des spécialités : dermatologie, cardiologie, ophtalmologie, pédiatrie, vénéréologie,
constituées en disciplines autonomes, ont pu, grâce aux professeurs libres, être enseignées aux étudiants.
Abstract
SUMMARY. — Together with the official education of the Paris Faculty of Medicine, there has always been an independant
education in Medicine which has continued to expand throughout the XIXth century. It has had a double role : 1) the indued the same subject matter as the official courses, but it did so in a much more original and novel manner ; 2) at a
time of rapid extension of scientific knowledge it allowed the medical education to be integrated with scientific discoveries and
impart them to students. It has been at the origine of a powerful current of medical and scientific research. Whilst the Professors
of the Faculty defended and argued for rigid and immutable medical teaching on an encyclopedic scale, the independant
education allowed the development of specialisation : dermatology, cardiology, ophtalmology, pediatry, venereology, as separate
disciplines, thanks to the independant masters, have been taught to students.
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Huard Pierre. L'enseignement libre de la médecine à Paris au XIXe siècle. In: Revue d'histoire des sciences. 1974, Tome 27
n°1. pp. 45-62.
doi : 10.3406/rhs.1974.1046
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_1974_num_27_1_1046ftÉV. HIST. SCÎ.
1974- xxvii/1
L'enseignement libre de la médecine
à Paris au XIXe siècle
RÉSUMÉ. — Parallèlement à l'enseignement officiel de la Faculté de Médecine
de Paris, il a toujours existé un enseignement libre de la Médecine et son importance
n'a cessé de croître tout au long du xixe siècle. Son rôle a été double : 1) il reprenait
les mêmes matières que celles enseignées aux cours officiels, mais d'une manière
beaucoup plus originale et novatrice ; 2) à une époque d'explosion du savoir scien
tifique, il a permis d'intégrer à l'enseignement médical les nouvelles connaissances,
et, en les diffusant au niveau des étudiants, il a été à l'origine d'un puissant courant
de recherche médicale et scientifique.
Alors que les maîtres de la Faculté défendaient et dispensaient un enseignement
rigide, immuable, à tendance encyclopédique, l'enseignement libre a permis la
diffusion des spécialités : dermatologie, cardiologie, ophtalmologie, pédiatrie,
vénéréologie, constituées en disciplines autonomes, ont pu, grâce aux professeurs
libres, être enseignées aux étudiants.
SUMMARY. — Together with the official education of the Paris Faculty of
Medicine, there has always been an indépendant in Medicine which has
continued to expand throughout the XlXth century. It has had a double role : 1) the
indépendant education indued the same subject matter as the official courses, but it
did so in a much more original and novel manner ; 2) at a time of rapid extension of
scientific knowledge it allowed the medical education to be integrated with scientific
discoveries and impart them to students. It has been at the origine of a powerful current
of medical and scientific research
Whilst the Professors of the Faculty defended and argued for rigid and immutable
medical teaching on an encyclopedic scale, the indépendant education allowed the
development of specialisation : dermatology, cardiology, ophtalmology, pediatry,
venereology, as separate disciplines, thanks to the masters, have been
taught to students.
Le premier des professeurs libres a été Jacques Sylvius (1478-
1555). Depuis, l'enseignement libre avait toujours été florissant
et avait doublé de la Faculté de Médecine, de
l'Académie de Chirurgie, du Collège de France et du Jardin du
Roi. Il avait même les honneurs de l'Almanach royal. La période
révolutionnaire passée, il refleurit très vite (1).
(1) Sous l'Ancien Régime, praticiens et enseignants ne faisaient qu'un, aussi bien
à la Faculté de Médecine qu'au Collège de Chirurgie. Tous participaient à l'enseigne
ment, aux privilèges et aux rétributions scolaires. La seule rivalité était celle des deux
corporations, médicale et chirurgicale ; maintenant, la lutte opposait, d'une part,
les professeurs libres et les maîtres officiels (P. Delaunay), d'autre part, la nouvelle
hiérarchie hospitalière (médecins et chirurgiens des hôpitaux) à la nouvelle hiérarchie 46 REVUE D'HISTOIRE DES SCIENCES
Bien plus, la Révolution, en abattant des institutions officielles
et en proclamant la liberté de l'enseignement, favorisa l'essor
de la création des institutions particulières d'enseignement supé
rieur libre qui dispensaient, à leurs orateurs, des chaires, à leurs
souscripteurs, un programme encyclopédique : Le Musée français
(fondé en 1781) par Pilâtre de Rozier devint successivement
Le Lycée (1785), Le Lycée républicain (1793), L'Athénée de Paris
(1802), et subsista jusqu'en 1849. Fourcroy, Moreau de La Sarthe
et J.-J. Sue y enseignèrent. Royer-Collard fut un de ses animateurs.
La Société philomatique (fondée en 1788) existe encore. Elle
servit de tribune à Vicq d'Azyr, Fourcroy, Lamarck, Darcet,
Chaptal, Bichat, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Percy, Chaussier,
Duméril, Dupuytren, Larrey. Plus tard, elle accueillit Halle et
Moreau de La Sarthe, et, en 1845, Cloquet, Guersant, Magendie,
Pariset, Serres, Quatrefages, Villermé et Velpeau.
Il faut également tenir compte des très nombreuses sociétés
médicales de l'époque qui étaient des sociétés d'enseignement
mutuel et qui ont joué un rôle beaucoup plus important que la
Faculté de Médecine dans le développement de la médecine anatomo-
clinique (1).
LE CONSULAT ET L'EMPIRE
Les professeurs libres y furent aussi jeunes que nombreux
et le plus grand de tous fut Bichat qui laissa son amphithéâtre (2)
à P.-J. Roux, alors âgé de 22 ans. Laennec, Marjolin et Dupuytren
n'étaient guère plus vieux.
universitaire (professeurs). L'idée d'enseigner la médecine dans les hôpitaux et non
plus dans les facultés apparaît à la fin du xvine siècle. Elle a été développée par de
nombreux auteurs dont Georg. Christoph. Wurtz (1756-1823). Il rédigea un mémoire
sur l'établissement des Ecoles de Médecine pratique à former dans les principaux
hôpitaux de France, Strasbourg et Paris, 1784. Sur les conflits entre les enseignants
universitaires, comme Montaigu, Borie, Petit, cf. Observations des médecins de l'Hôtel-
Dieu de Paris sur la réclamation faite au nom de V Ecole de Médecine contre renseignement
des hôpitaux de Paris, Paris, 1818.
Sur les conflits entre professeurs libres et professeurs officiels, voir Déclaration des
professeurs particuliers en médecine soussignés à M. le Ministre de V Instruction publique,
Paris, 12 août 1830.
(1) P. Huard et M.-J. Imbault-Huart, Les sociétés parisiennes d'étudiants et
de médecins au début du xixe siècle, Congrès des Sociétés savantes, Reims, 1970.
(2) « Bichat avait laissé un vide immense dans cet enseignement libre qui faisait
alors si rude concurrence à celui de la Faculté ; pas un professeur n'aurait osé élever la
voix dans l'amphithéâtre où celle du « divin jeune homme » semblait retentir encore »,
J. Rochard, Histoire de la chirurgie française au XIXe siècle, Paris, J.-B. Baillière,
1875. P. HUARD, M. J. IMBAULT-HUART. ENSEIGNEMENT MEDICAL 47
On constate d'abord un pullulement des salles de dissection.
En dehors de celles de l'Ecole de Santé et de son Ecole pratique,
on en dénombrait quinze (1), le 3 vendémiaire an VII (24 sep
tembre 1798). Les amphithéâtres particuliers furent supprimés
en 1813 (décret du 22 septembre, arrêté préfectoral du 15 octobre).
A partir de cette date, la Faculté de Médecine fut tenue de donner
des sujets aux professeurs particuliers dans les locaux de l'Ecole
pratique. Ces locaux devaient être commodes et les sujets en
quantité suffisante. En fait, la Faculté se borna à donner le plus
petit des pavillons de dissection qu'elle possédait (n° 7), et trois
vieux amphithéâtres dans lesquels les heures de cours étaient
tirées au sort (2) (3).
D'autres cours libres payants existaient rue des Carmes, rue
de la Huchette, rue des Trois-Portes et à la Charité. Il y avait
aussi le Lycée des Arts (1792), devenu Athénée des Arts (1803),
comptant parmi ses adhérents de 1823 : Sédillot, Devillers, Fabre,
James, Chapelain. E. Wickersheimer (4) a signalé le collège des
étudiants en médecine de la rue Saint- Victor, h1 Annuaire médical,
de 1806-1807, enregistre les cours privés de Richerand, Dupuytren,
Giraudy, Alibert et Reveillé-Parise. Maygrier (1771-1835) (profes
seur privé lui-même) couvre de fleurs l'enseignement libre dans son
Annuaire médical de 1809 (5).
Par contre, Leroux, à la séance de rentrée de la Faculté de
Médecine, poursuit de son mépris ceux qui « prennent le titre de
(1) Ce sont celles du Muséum, Collège de France (Portai), Ecole de Peinture (Siie
fils), Grand Hospice d'Humanité (Hôtel-Dieu), Hospice de l'Unité (Charité), amphit
héâtre de Lallemant, Dubois et Thillaye, professeurs à l'Ecole de Santé, de Ribes
et Dufay, prosecteurs à l'Ecole de Santé, de Salmade, prosecteur au Collège de France,
de Jadelot, de Bichat et de Larbaud, chirurgiens internes au Grand Hospice d'Human
ité. Pour plus de détails, consulter d'ARCET et Parent-Duchàtelet, De l'influence
et de l'assainissement des salles de dissection, Ann. d'hygiène, 1831, t. V, p. 243-328. —
Consulter également P. Huard et M.-J. Imbault-Huart, Les sociétés parisiennes
d'étudiants et de médecins au début du xixe siècle, Congrès des Sociétés savantes,
Reims, 1970.
(2) M. Genty, Les dissections à Paris sous la Révolution et l'Empire, Progrès
médical, supplément illustré, 1934, n° 3, p. 17-24.
(3) P. Vallery-Radot, Les étudiants en médecine à Paris sous la Révolution,
Presse médicale, 1939, n° 2.
(4) E. Wickersheimer, Une institution oubliée, le Collège des Etudiants en médec
ine de la rue Saint-Victor, La France médicale, Paris, 1907, p. 117-119. Antoine Dubois
y a fait une symphyséotomie en 1809.
(5) J.-P. Maygrier, Annuaire médical ou Almanach des médecins chirurgiens,
Paris, Croullebois, 1809, 2 vol. 48 revue d'histoire des sciences
professeur et font des cours publics, alors qu'ils pourraient à peine
faire à des commerçants la répétition des leçons d'un maître »
(14 novembre 1810).
Néanmoins, vers 1810, les cours de la Faculté étaient peu suivis.
C'est chez les professeurs libres et dans les hôpitaux que s'appre
nait la médecine et il arrivait que la Faculté ne faisait souvent
que ratifier la vox estudiantina en s 'agrégeant un nouveau profes
seur. Ce fut le cas de Marjolin, qui enseignait, depuis longtemps,
la pathologie externe dans un amphithéâtre de la rue Saint-Julien-
le-Pauvre, et qui fut nommé, à cette chaire, en 1818.
LA RESTAURATION, LA MONARCHIE DE JUILLET
ET LA RÉPUBLIQUE
Paul Delaunay a donné un tableau extrêmement vivant et
précis des divisions profondes du corps médical de l'époque (1).
Le retour des Bourbons remit en question la dualité de l'art
médical, unifié par la Révolution et la vieille idée de l'enseignement
corporatif plus ou moins associé à l'enseignement académique.
Dominique Larrey n'était-il pas partisan de la recréation de
l'Académie royale de Chirurgie ? L'enseignement officiel ne manqua
donc pas d'être battu en brèche. On reprocha aux professeurs de la
Faculté de Médecine de ne faire ni cours ni publications et on se
demanda même si la Faculté était qualifiée pour enseigner la
médecine et la chirurgie.
Il y avait deux catégories de professeurs libres, les uns, non
spécialistes, enseignant des matières traitées aux cours officiels ;
les autres, se réservant de traiter de spécialités dont ne voulaient
pas entendre parler les maîtres de la Faculté à tendances encyclo
pédiques. Ils comblaient donc une véritable lacune de l'enseign
ement officiel. En outre, il faut opposer les professeurs libres véri
tables, sans attache avec les hôpitaux et la Faculté, aux prosecteurs,
chefs de travaux, chefs de cliniques, médecins et chirurgiens des
hôpitaux, et aux agrégés. Ces derniers faisaient, soit dans leurs
services, soit à l'Ecole pratique, soit ailleurs, un enseignement
privé destiné à être officialisé pour les plus heureux d'entre eux.
Un des centres importants de l'enseignement libre était l'Ecole
pratique de la Faculté. C'est dans ses locaux qu'avaient paradoxa-
(1) Paul Delaunay, Les médecins, la Restauration et la Révolution de 1830,
Médecine internationale illustrée, 1931-1932. P. HOARD, M. J. IMBAULT-HUART. ENSEIGNEMENT MEDICAL 49
lement lieu de nombreux cours payants, après une répartition des
amphithéâtres qui se faisait au début de chaque semestre, dans
des conditions quelquefois difficiles.
On rencontrait, à l'Ecole pratique, des candidats aux concours
de la Faculté et des hôpitaux qui venaient, à la fois, s'entraîner
et gagner leur vie ; des hommes d'âge mûr qui développaient des
théories originales ou farfelues ; des spécialistes de toutes sortes et
spécialement des urologistes auxquels de pauvres bougres louaient
leur vessie aux fins de démonstrations pratiques ; enfin, des profes
seurs souvent « marrons » qui obtenaient des garçons (à l'aide de
cartes périmées) les cadavres qui auraient dû revenir aux étudiants
régulièrement inscrits et qui allaient ainsi à leurs propres élèves.
L'enseignement libre de l'anatomie et de la médecine opéra
toire était très important. Paris était la capitale internationale
du cadavre et attirait un nombre considérable d'étudiants, en
particulier des Anglais. Il fut même question de créer pour eux
un amphithéâtre suburbain (Projet de Bayle, Bouvier, Hardy,
Dupuytren, 1825). Ce projet n'aboutit pas, mais en dehors de la
Faculté, on disséquait et on opérait à la Pitié, à la Salpêtrière, à
Saint-Louis, à Beaujon, à l'Hôtel-Dieu, à Saint-Antoine, à la
Charité, aux Enfants-Malades, à la Maternité, au Val-de-Grâce
et aux Invalides. On trouve également des étrangers comme
Alexandre Thomson (1802-1838), qui se suicidera après avoir
stigmatisé la vénalité de tous les professionnels de l'anatomie,
depuis les garçons jusqu'aux prosecteurs et aux professeurs.
Dans la première partie du siècle, nombreux sont les jeunes
maîtres de l'enseignement privé. Désormeaux, à 20 ans, continua
les cours d'accouchement de son père ; Richerand enseignait, au
même âge, ses éléments de physiologie ; Royer-Collard, à peine
sorti de l'externat, faisait des conférences pour défendre le spir
itualisme contre les excès du vitalisme ; V. Coste (1) exposait ses
recherches sur l'ovologie (1836), et Raspail initiait les étudiants
à la microscopic A l'Ecole pratique parlaient aussi Jules Cloquet
(1820) et Lugol (1820).
Tout jeune aussi, Gerdy ouvre à la Charité un cours public
d'anatomie, de physiologie, d'hygiène, de médecine opératoire et
d'anatomie artistique, soit plus de quatre leçons par jour
(1) V. Coste, Cours ďovologie fait à Г Ecole pratique de Médecine de Paris, Paris,
Imprimerie Decourchant, 1836, in-8°.
T. XXVII. — 1974 4 50 revue d'histoire des sciences
(Ch. Achard). A une période plus tardive, nous retiendrons part
iculièrement les noms bien connus de Malgaigne, Blandin, Denon-
villiers, Michon (1), Robert (2), Lenoir, Ghassaignac et Huguier (3).
Complètement démunis de titres officiels étaient Bûchez, Ch. Nicolas
Grand, dit Halma-Grand (né en 1803), auteur d'une anatomie
artistique (1830), et Pierre-Paul Broc (1778-1848). A un moment
où les travaux pratiques n'existaient pas, celui-ci, plutôt répé
titeur que professeur, rendait l'anatomie vivante aux étudiants,
par des démonstrations de modèles géants en carton, de planches
en couleurs et de pièces cadavériques. Pour les étudiants plus
soucieux de réussir à leurs examens que d'écouter des cours de
haut niveau, il éclipsait bien des professeurs plus qualifiés et son
influence était énorme. On le vit lorsque cette idole de la jeunesse
médicale concourut sans succès pour la chaire d'anatomie en 1836.
Son échec, au profit de Breschet qui lui était bien supérieur, fut
l'occasion d'un des plus violents chahuts de l'époque (4).
L'Amphithéâtre des Hôpitaux fut ouvert à Clamart en 1835.
Ses directeurs successifs furent E. Serres (1835-1868), Tillaux
(1868-1890) et E. Quénu (1890). Cette institution où les Goncourt
ont placé l'action de leur roman, Sœur Philomène, concurrença
fortement l'Ecole pratique. Le premier chef des travaux anato-
miques fut Pierre-Joseph Manec (5) (1799-1884), chirurgien des
hôpitaux, élève de Lallemant. Il fit toute sa carrière à la Salpê-
trière. Un des plus grands opérateurs de l'époque, Maisonneuve,
fut prosecteur à Clamart.
Magendie, jeune professeur, fit des cours de physiologie à
(1) Louis-Marie Michon (1803-1866) enseigna à l'Ecole pratique, à Cochin et à la Pitié.
(2) César-Alph. Robert (1801-1862), agrégé mais exclu de l'enseignement officiel,
a professé la médecine opératoire à l'Ecole pratique pendant quinze ans (1830-1845).
Il s 'attaqua avec un grand succès au monopole que s'était taillé Lisfranc à la Pitié.
Il remplaça Ph. Boyer à l'Hôtel-Dieu.
(3) Ad. Lenoir (1802-1860) reprit l'enseignement de Robert à l'Ecole pratique.
Pierre-Ch. Huguier (1804-1873) a décrit le canal de la corde du tympan.
(4) II se termina en correctionnelle par la condamnation du plus bruyant supporter
de Broc, le directeur de la Gazette des Hôpitaux, Fabre. Celui-ci se vengea en écrivant
VOrfilalade, illustrée par Daumier, et les étudiants offrirent à Broc une médaille d'or.
Broc, atteint d'un cancer gastrique, fut admis comme indigent à l'Hôtel-Dieu. L'Asso
ciation des Médecins de la Seine obtint de Recurt, ministre de l'Intérieur, qu'il meure
dans un lit de Sainte-Périne.
(5) Après une thèse sur la hernie crurale (1826), Manec collabora avec Cloquet
au Traité d'anatomie descriptive. On lui doit également un Traité théorique et pratique
de la ligature d'artères (1832) et des Tableaux anatomiques. Voir sa nécrologie, Gaz.
hebd. Méd. Paris, 1884, XXI, p. 184. HUARD, M. J. IMBAULT-HUART. ENSEIGNEMENT MEDICAL 51 P.
l'Ecole pratique et à l'Athénée, fréquentés par Sainte-Beuve. La
médecine physiologique était enseignée par Broussais dont l'audi
toire se massa successivement à l'Ecole pratique, rue du Four, rue
des Grès et rue du Bac, dans les salons de Mars. Lisfranc enseignait
à la Pitié, en prenant à partie Dupuytren.
J. Zulema Amussat (1796-1856) consacrait ses conférences
hebdomadaires aux sujets les plus divers. Il eut, à défaut de chaire,
un fauteuil à l'Académie de Médecine qui l'accueillit avant qu'il
ne fût docteur. Il avait beaucoup plus de titres que bien des pro
fesseurs de la Faculté. S'il s'est fait un nom comme lithotriteur,
il a touché à toutes les branches de la chirurgie : torsion des artères,
taxis forcé des hernies, entérotomie lombaire, traitements des
hémorroïdes et de la rétroversion utérine par des caustiques,
strabotomie, pansements, sutures intestinales, extirpation des
fibromes, etc. Il a été un pionnier en chirurgie expérimentale
(Moniteur des hôpitaux, 1856, p. 503).
La vénéréologie fut brillante avec Ricord, écouté à l'hôpital
du Midi et à Saint-Louis, et avec Vidal de Cassis (1803-1856).
Ce dernier s'est fait connaître comme publicisté et par son Traité
de pathologie externe et de médecine opératoire, demeuré classique
pendant trente ans. La première édition (1839-1841) remplaça
le Traité de Boyer. La seconde (1846) fut illustrée de nombreuses
figures qui constituaient une innovation dans la littérature médic
ale. La cinquième (1861) fut posthume. Il a défendu les opérations
en plusieurs temps, réglé la cure du varicocèle, préconisé les
injections intra-utérines et inventé les serre-fines.
L'invention de la lithotritie, accomplie par Giviale, Heurteloup
et Fournier, en dehors de la science officielle et presque malgré
elle, avait fait naître le goût des spécialités (J. Rochard).
L'enseignement de l'obstétrique à Paris (bien que prévu au
programme des études depuis 1794) resta très longtemps théorique
par suite de ce dogme (non écrit mais universellement admis)
qu'il ne fallait pas mélanger les étudiants aux élèves sages-femmes
et les portes de la maternité devaient rester fermées pour eux.
Aussi de nombreuses écoles clandestines s'ouvrirent dans les
maisons de santé, dirigées par des sages-femmes chaperonnées
par un docteur en médecine. Il y en avait beaucoup au quartier
Latin. Sous la Restauration, les professeurs libres d'obstétrique les
plus connus furent J.-P. Maygrier, assisté de P.-L. Verdier,
F.-J. Moreau, Capuron, Dufrenois, Gollomb, Hattin, Hureau, revue d'histoire des sciences 52
Lebreton, Mernieu et Velpeau, Mmes Lacour, Lachapelle nièce,
Mercier, Dutilleux (établie rue du Paon, en 1831) et Mme Lemache.
A partir de 1840, les étudiants furent admis dans les services
d'accouchement de la Faculté et les écoles privées disparurent
peu à peu. Il ne resta que des cours donnés par Depaul, L.-A. Bau-
delocque, Aug. Belin et Vernier (préparateur de Pajot, l'accoucheur
poète). Une école pratique de gynécologie fut fondée, en 1824,
par le Dr Migon, 13, rue du Jardinet, puis 1 bis, rue Hautefeuille.
C'est à l'enseignement libre que revint le mérite d'inaugurer,
à Paris, de disciplines nouvelles ; A. Donné et
Foucault (1819-1868) organisèrent le premier cours (1) d'histologie
et d'hématologie (1837). Lebert (2) enseigna l'anatomie patho
logique microscopique à Paul Broca, Follin, Verneuil et Gh. Robin.
Mandl diffusa (3), également, la microscopie comme Gruby (1841),
qui eut parmi ses auditeurs Magendie, Claude Bernard et Flourens.
(1) Alfred Donné (1801-1878) était le gendre de M. de Sacy, rédacteur en chef du
Journal des Débats, feuille toute-puissante qui touchait aussi bien les ministres que les
académiciens et les professeurs. Chose absolument exceptionnelle, il avait obtenu du
doyen Orflla un vaste rez-de-chaussée à l'Hôpital des Cliniques, dans les locaux de la
Faculté. C'est là qu'il avait organisé (1837) un cours libre d'histologie destiné à une
soixantaine d'auditeurs. Grâce à une douzaine de bons microscopes, la leçon se conti
nuait par une séance de travaux pratiques, dirigée par un préparateur, Léon Foucault
(1819-1867). Celui-ci était, en outre, le collaborateur de Donné, comme rédacteur
scientifique du Journal des Débats et il le remplaça ultérieurement dans ce poste.
Pour faire les figures de leur atlas, Donné et Foucault se servaient d'un microscope
solaire, amplificateur, projetant sur un écran une image agrandie, dessinée et gravée.
Mais elle était inutilisable par temps couvert. Nos histologistes utilisaient alors la
lumière provenant de la combustion d'un mélange d'oxygène et d'hydrogène, bien
nommé alors gaz tonnant. Mais plusieurs explosions avaient tellement ému les femmes
en couches que le directeur de l'Hôpital des Cliniques avait mis son veto à l'emploi de
ce dangereux mélange. Léon Foucault eut alors l'idée d'utiliser l'arc électrique (décou
vert en 1813 par sir Humphrey David) et dont aucune application pratique n'avait
encore été faite. En 1844, grâce à l'emploi du charbon de cornue et de la pile de Bunsen,
l'électricité remplaça le soleil dans le microscope amplificateur devenu appareil photo
électrique de Foucault et Donné. En décembre de la même année, cet placé à
20 heures sur la statue de Lille illuminait toute la place de la Concorde. Ainsi, l'éclairage
électrique urbain a vu le jour dans un laboratoire d'histologie, hébergé par une matern
ité. Installé pour la première fois au monde aux bords de la Seine, il a permis au Paris
de la Monarchie de Juillet de passer pour la Ville-Lumière (L. Figuier). Voir aussi
Louis Alazard, Alfred Donné un précurseur en hématologie, Thèse de médecine, Paris,
1963, n° 844, 51 p.
(2) H. Lebert (1813-1878), Physiologie pathologique, Paris, J.-B. Baillière, 1845.
(3) L. Mandl (1812-1881), Traité pratique du microscope, Pa^is, J.-B. Baillière,
1839, 486 p. En 1862, Mandl fit un cours de phtisie pulmonaire et laryngée à l'Ecole
pratique (amphithéâtre n° 1). Il donnait également des conférences cliniques, 6, rue du
Pont-de-Lodi. HUARD, M. J. IMBAULT-HUART. ENSEIGNEMENT MÉDICAL 53 P.
L. Mandl, J. N. Czermack (1828-1873) et Ttirck firent connaître
la laryngologie autrichienne, et Sichel (1802-1868) l'ophtalmologie
allemande (1).
A l'enseignement privé revenait également la préparation de
l'externat et de l'internat qui ont pris dans la suite une grande
extension. La première conférence d'internat fut présidée par
Martin-Magron (1810-1871), professeur libre de physiologie, et
directeur d'un laboratoire privé, ouvert aux jeunes. Elle paraît
avoir duré vingt-cinq ans (1843-1868). L'un de ses premiers succès
fut celui de Paul Broca (1844). Un autre fut celui de Marey, externe
de Ricord, puis interne de Beau.
Dès 1818, des conflits éclatent entre l'enseignement clinique
libre et celui de la Faculté.
Alibert (1766-1837) a ouvert l'ère moderne de la dermatologie
par son Précis théorique et pratique sur les maladies de la peau
(1810-1818), et ses leçons sous les tilleuls de Saint-Louis. On doit
à Esquirol (1772-1840), à la Salpêtrière, le premier cours de clinique
des maladies mentales (1817), à l'issue duquel un prix était décerné.
C'est à cette école que se sont formés la plupart des aliénistes
français. Alexandre Louis eut de nombreux élèves étrangers.
Ils se groupèrent dans la Société médicale d'Observation (2) dont
il fut élu président perpétuel. Récamier inaugura la clinique libre
de l'Hôtel-Dieu, reprise par Trousseau. Celui-ci donnait, en outre,
le soir, à l'Ecole pratique, un cours méthodique de matière médicale
et de thérapeutique que Pidoux rédigeait. Valleix avait sa clinique
de la Pitié (1852-1855).
Un grand événement de l'époque, la phrénologie, suscita un
important enseignement privé. Gall fit des cours à l'Athénée (1807),
à la préfecture de la Seine, dans les locaux de la Société de Médecine
de Paris, et à l'Hôtel du Bouloi (1808). Plus tard, il se fit entendre
à l'amphithéâtre de la rue Saint- Victor (1825). Spurzheim, brouillé
avec son maître, eut aussi son enseignement particulier. Joseph
Vimont (1795-1857) donna des leçons de phrénologie comparée
(1829), d'où devait sortir un grand Traité de humaine
(1) J. Sichel (1802-1868), Traité de l'ophtalmie, de la cataracte el de Vamaurose,
Paris, G. Baillière, 1837. Sur Julius Sichel, cf. H. M. Koelbing, Julius Sichel aus
Frankfurt (1802-1868). Ein pionér der modernen franzôsischen Augeneilkunde, in
Ophtalmologica, 1970, 161, p. 83-89.
(2) P. Astruc, Le centenaire de la médecine d'observation, Progrès médical, 1932,
Suppl. illustré n°* 10 et 11, p. 73-79 et 81-87.

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