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Transitions professionnelles et risques

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Transitions professionnelles et risques

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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91
Détresse psychologique, abus d’alcool et médicaments psychotropes :
changer d’emploi y-est-il pour quelque chose ?
Alain Marchand
*
, Pierre Durand
**
, Marcel Simard
***
, Andrée Demers
****
et Johanne Collin
*****
Au cours des dernières années, plusieurs études ont examiné le rôle de la profession et des conditions de
l’organisation du travail comme facteurs de risque sur la présence, l’apparition ou le maintien de problèmes
de santé mentale liés à la détresse psychologique, l’abus d’alcool et la consommation de médicaments
psychotropes. La prévalence de ces problèmes dans la main-d’oeuvre prend à cet égard une ampleur
considérable dans plusieurs pays industrialisés. Au Québec, la fréquence de la détresse psychologique dans
la population a varié entre 17 % et 26 % au cours de la période 1987-1998 et elle a touché près de 43 %
des personnes en emploi au Canada entre 1994-1995 et 2000-2001 (Marchand
et al.
2005a, b). Une étude
de l’International Labour Office (ILO, trad. : Organisation internationale du travail) menée dans cinq pays
(Finlande, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, États-Unis) estime qu'un adulte sur cinq souffrirait de
dépression, d'anxiété, de stress ou de surmenage (ILO 2000). En matière de consommation d’alcool, entre
22 % et 33 % de la population active canadienne excèderait les directives de consommation d’alcool à
faible risque et 7 % s’intoxiquerait hebdomadairement (Single
et al.
1999). Enfin, selon les données de
l’enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 8 % des répondants en emploi en
1994-1995 rapportaient avoir utilisé au cours du dernier mois, au moins un médicament de type
tranquillisants, antidépresseurs, analgésiques narcotiques, morphine ou somnifères (McDonough 2000) et
11 % auraient consommé au moins un médicament psychotrope entre 1994-1995 et 1998-1999 (Durand
et
al.
2004).
Malgré l’abondante littérature qui existe sur le lien entre le travail et la santé mentale, il reste encore
plusieurs questions sans réponse et en particulier : comment la mobilité d’emploi s’associe-t-elle à des
variations dans l’équilibre psychique des individus ? La présente étude vise à estimer les effets de la mobilité
d’emploi sur le risque de développer des problèmes de santé mentale liés à la détresse psychologique,
l’abus d’alcool et la consommation de médicaments psychotropes chez les travailleuses et travailleurs
canadiens.
1. État des connaissances et modèle théorique
Les connaissances touchant la détresse psychologique et l’abus d’alcool au sein de la main-d’oeuvre
suggèrent un rôle de la profession comme facteur de risque mais elles démontrent toutefois une contribution
plus importante des conditions de l’organisation du travail (utilisation des compétences, autorité
décisionnelle, demandes physiques et psychologiques, heures travaillées, horaire de travail, soutien des
collègues et de la supervision, insécurité d’emploi, rémunération, etc.), des facteurs hors travail (situation
familiale, soutien social, etc.) et personnels (démographie, trait de personnalité, etc.). (Marchand
et al.
2003a, b, 2005b, c ; Niedhammer
et al.
1998 ; Stansfeld
et al.
1999). Bien que les connaissances sur la
consommation de médicaments psychotropes soient dans un état embryonnaire, certains travaux rapportent
eux aussi un effet des conditions de travail car les personnes soumises à des contraintes élevées au travail
auraient entre 1,2 et 1,5 fois plus de chances de consommer des drogues ou des médicaments
comparativement à des postes ayant des contraintes plus faibles (McDonough 2000 ; Storr
et al.
1999).
Toutefois, et ce quel que soit le problème étudié, la question de savoir si changer d’emploi signifie un
accroissement du risque de souffrir de problèmes de santé mentale demeure, à notre connaissance, toujours
à élucider.
Il est important d’examiner plus longuement les effets de la mobilité d’emploi sur la santé mentale dans un
contexte où les changements d’emploi sont de plus en plus nombreux et où le modèle de la « sécurité
*
École de relations industrielles, Université de Montréal, alain.marchand@umontreal.ca.
**
École de relations industrielles, Université de Montréal, pierre.durand@umontreal.ca.
***
École de relations industrielles, Université de Montréal, marcel.simard@umontreal.ca.
****
Département de sociologie, Université de Montréal, andree.demers@umontreal.ca.
*****
Département de pharmacie, Université de Montréal, johanne.collin@umontreal.ca.
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