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À la recherche de l'engagement (1940-1944) - article ; n°1 ; vol.60, pg 58-70

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14 pages
Vingtième Siècle. Revue d'histoire - Année 1998 - Volume 60 - Numéro 1 - Pages 58-70
Seeking Commitment (1940-1944), Olivier Wieviorka.
In spite of preconceived ideas, engagements during the black years remained the exception. The explanation of danger is not sufficient : collaboration did not mobilize more massively than the Resistance. At least the Resistance induced a new form of engagement, that reconciled, in the name of a group condemned to passivity, an ethic of conviction and one of responsability. The Resistance was a minority effort to restore the general interest during a period of withdrawal towards the private sphere. It defines a libertarian type of engagement whose model continued to wield a strong attraction even up to the 1968 generation, but whose nature also helps to explain the political failure after the Liberation.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Olivier Wieviorka
À la recherche de l'engagement (1940-1944)
In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°60, octobre-décembre 1998. pp. 58-70.
Abstract
Seeking Commitment (1940-1944), Olivier Wieviorka.
In spite of preconceived ideas, engagements during the black years remained the exception. The explanation of danger is not
sufficient : collaboration did not mobilize more massively than the Resistance. At least the Resistance induced a new form of
engagement, that reconciled, in the name of a group condemned to passivity, an ethic of conviction and one of responsability.
The Resistance was a minority effort to restore the general interest during a period of withdrawal towards the private sphere. It
defines a libertarian type of engagement whose model continued to wield a strong attraction even up to the 1968 generation, but
whose nature also helps to explain the political failure after the Liberation.
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Wieviorka Olivier. À la recherche de l'engagement (1940-1944). In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°60, octobre-décembre
1998. pp. 58-70.
doi : 10.3406/xxs.1998.2758
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1998_num_60_1_2758À LA RECHERCHE DE L'ENGAGEMENT
(1940-1944)
Olivier Wieviorka
Malgré bien des idées reçues, l'engag 85 % des villes françaises, loin de s'insur
ement reste, durant les années sombres, ger pour hâter le départ d'un occupant
un phénomène minoritaire que l'on ne honni, assistent en spectatrices à leur libé
ration 3. La Résistance - ici saisie dans sa saurait expliquer par le seul opportu
nisme des acteurs. Bien d'autres facteurs forme organisée - n'a ainsi mobilisé
en effet interviennent. L'idéologie joue qu'une infime minorité de Français. Certes,
un rôle important, mais les arbitrages les risques encourus offrent une satisfa
entre intérêts privés et intérêts collectifs, isante - quoique primaire - explication
le poids des cultures politiques, l'utilité causale. Mais les rangs de la collaboration
dont on crédite l'action envisagée pèsent se révèlent en regard tout aussi clairsemés.
d'un poids décisif. À la fin 1942, les groupements bruns ra
ssemblent 250 000 militants résolus. La LVF
n'attire, en 1941, que 13 400 volontaires 4. O À PHÉNOMÈNE MINORITAIRE,
Alors que l'Allemagne semblait initialement LECTURES FRAGMENTÉES ?
victorieuse et assurait à ses stipendiés
confortables émoluments et fortes rétribuAtout prendre, les années de violence
tions symboliques, les recrues ne se boussignèrent le règne du non-engage
culèrent guère au portillon. Observons ment. Car si l'héroïsme d'un Rémy,
enfin que porté par une relative ferveur, le courage d'un Bourdet, le sacrifice d'un le régime vichyste ne chercha guère à Moulin infirment ce constat, ils ne sauraient
enrôler les Français dans des formations le démentir. Au 31 décembre 1994,
militantes. La seule formation assimilable 260 919 cartes de Combattants volontaires à une organisation de masse, la Légion, de la Résistance (CVR) avaient été attr
malgré un départ en fanfare (plus d'un ibuées 1 ; les Forces françaises libres, fin million de membres), ne tarda pas à décli1940, rassemblent une poignée de volont
ner, victime du rôle somme toute limité aires : 35 000 ; les FFI regroupent à l'été
que l'État français entendait lui faire jouer 5. 1944 quelque 500 000 combattants 2 ; et
Au total, hormis de rares moments inscrits
1. Serge Barcellini, -La résistance française à travers le
prisme de la carte CVR», dans Laurent Douzou, Robert Frank, 3. Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent. Le Parti
Denis Peschanski, Dominique Veillon, La Résistance et les communiste français à la Libération, Paris, Presses de Sciences
Français : villes, centres et logiques de décision, Actes du collo Po, 1993, p. 105.
que de Cachan, 1995, p. 151. 4. Philippe Burrin, La France à l'heure allemande, Paris,
2. Philippe Buton, - La France atomisée -, dans Jean- Le Seuil, 1995 p. 438.
Pierre Azéma, François Bédarida, La France des années noires, 5. Jean-Paul Cointet, La Légion française des combattants,
Paris, Le Seuil, 1993, p. 385- Paris, Albin Michel, 1995.
58 À LA RECHERCHE DE L'ENGAGEMENT
dans une discontinuité temporelle et n'exi ombres, 1969), tantôt le bonheur privé
geant qu'une faible implication (voyages (Lucie Aubrac, 1996) 1. Les films n'auront
donc guère contribué à unifier le paradu Maréchal, expositions nazies, manifest
digme de l'engagement résistant - non ations patriotiques...), Vichy, Berlin ou
plus qu'à présenter une image univoque Londres n'ont guère réussi à mobiliser les
des collaborateurs, présentés comme des masses pour les entraîner dans l'action.
paumés (Lacombe Lucien, 1974), d'inof- Constat paradoxal si l'on se réfère aux
fensifs bouffons (Papy fait de la résistance, moyens mis en œuvre pour impliquer les
1983), des idéalistes dévoyés (Le chagrin Français durant les années sombres,
et la pitié, 1971). De même, les trois schépériode où les propagandes régnèrent sans
mas d'intelligibilité auxquels acteurs et hispartage.
toriens se rallient, plus ou moins expliciMais s'agissait-il de convaincre les popul
tement, n'éclairent qu'imparfaitement les ations ou de les engager ? Philippe Pétain
motifs de l'engagement. On peut certes entendait retirer le pays du conflit et const
privilégier la composante idéologique - la ruire une Révolution nationale autoritaire
pratique découlant alors d'un choix polipar le haut ; le Reich cherchait à piller
tique clairement assumé. « La Résistance est l'Hexagone, à assurer la sécurité de ses
donc d'abord une lutte patriotique pour troupes et à appliquer son programme
la libération de la Patrie, affirme ainsi Henri antisémite en tablant sur la servilité des
Michel. [Elle] est aussi une lutte pour la battus plus que sur leur mobilisation ;
liberté et la dignité de l'Homme, contre Charles de Gaulle, enfin, privilégia dans
le totalitarisme » 2. On peut également insissa pratique le militaire (renseignement,
ter sur les composantes sociales de l'engsabotage, armée régulière...) plutôt qu'une
agement, ici défini comme le produit d'un stratégie civile dont la guérilla eût été le
milieu 3. Une ultime lecture pourra enfin moyen et l'insurrection nationale le terme.
insister sur la sociologie des intérêts, rapIl n'empêche. La faiblesse des engage
pelant que la mobilisation vise parfois la ments souscrits durant les années sombres
recherche d'un gain matériel 4. Compléms'oppose à la force et à la radicalité des
entaires plus qu'exclusifs, ces trois paraenjeux. Quel que soit le point où l'on se
mètres semblent régir les termes de l'engsitue, peu d'hommes, au fond, se sont
agement. Encore faut-il tester leur validité levés pour agir, que ce soit pour défendre
à l'épreuve des faits. la liberté, aider le Maréchal à construire
une France nouvelle, amener l'Allemagne
Entre opportunisme et idéologie à étendre sa domination. Les engagements
restèrent donc le fait de minorités agis Que l'idéologie pèse de tout son poids
santes - ce qui n'aide pas, pour autant, dans la structuration des engagements,
à les comprendre. nul ne songe à le nier. Les collaboration-
Les représentations littéraires ou cin nistes défendent avant tout des valeurs,
ématographiques reflètent cette aporie. Les
1. Sylvie Lindeperg, Les écrans de l'ombre, La seconde guerre résistants furent alternativement dépeints
mondiale dans le cinéma français (1944-1969), Paris, CNRS comme des héros (Mission spéciale, 1946) Éditions, 1997.
2. Henri Michel, ■ Rapport général », Ve conférence sur l'hisou des Père tranquille (1946), le combat
toire de la résistance, 1958 (dactyl.). clandestin comme le produit d'un humble 3. Cette optique est privilégiée par Jacqueline Sainclivier à
travail collectif (La bataille du rail, 1945) qui l'on doit une sociologie pionnière de La Résistance en
Ille-et-Vilaine (1940-1944), Rennes, Presses universitaires de ou la résultante de l'action menée par de
Rennes, 1993 (thèse, 1978). brillantes personnalités (Paris brûle-t-il?, 4. Ainsi pour la Milice, cf. Pierre Giolitto, Histoire de la
Milice, Paris, Perrin, 1997, p. 160 et suiv. On pourra, pour 1964). Le regard porté sur ces années terr
la qualité heuristique de la démonstration, se reporter à Beribles varie également, exaltant tantôt nard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du
l'atmosphère de drame (L'armée des PCF, Paris, Presses de Sciences Po, 1989, 330 p.
59 ;
OLIVIER WIEVIORKA
venues majoritairement de l'extrême phénomènes de mobilisation. La sécurité,
droite française. Et les résistants se battent durant les années sombres, commandait
autant par patriotisme, pour se débarras plutôt de se réfugier dans une prudente
abstention n'empêchant d'ailleurs ni de ser d'un occupant détesté, que pour maint
enir haut et fort des principes chrétiens, commercer avec l'occupant ni de prendre,
le jour venu, quelques assurances pour humanistes, marxistes..., la liste n'est pas
exhaustive. La poursuite de buts object se dédouaner 4. De fait, les personnalités
ifs — fascisme à la française dans un cas, compromises tentèrent de s'exonérer en
libération du sol et restauration de la rendant quelques services à la Résistance
démocratie dans l'autre - place l'engage (informations, argent...) plutôt qu'en
ment au cœur des idéologies inscrites s'enrôlant activement dans ses rangs 5.
désormais dans les territoires de l'action. À l'inverse, l'adhésion à des valeurs ne
se traduit pas toujours - tant s'en faut - Sans développer ce thème, bien couvert
par la recherche 1, ce constat invite par un engagement effectif. La masse des
d'emblée à minorer le rôle que l'oppor Français rejette, dès l'automne 1940, la
tunisme stratégique a pu jouer dans les collaboration. Elle prend rapidement ses
mobilisations individuelles. L'évolution du distances à l'égard du régime vichyste,
conflit et les pronostics que l'on peut por même si Philippe Pétain, parfois consi
ter sur son issue ne semblent guère expli déré comme le protecteur de la populat
quer la variation des effectifs résistants ion, conserve de bout en bout une réelle
popularité 6 où s'exprime partiellement ou collaborationnistes. Si le recrutement
des groupuscules nazis atteint un sommet l'esprit ancien combattant. Et si les Fran
çais en écoutant massivement la BBC pléen 1942, il ne chute pas nettement après
cette date, alors que la perspective d'une biscitent les informations et les valeurs
victoire allemande s'estompe. Parce que défendent gaullistes et Alliés, moins
qu'elle révèle «un danger communiste de 3 % suivent les directives enflammées
plus considérable que prévu», la prolon des ondes anglaises, signe tangible du
fossé qui sépare «faire croire» et «faire gation de la campagne à l'Est et le déclin,
en France même, de la Révolution natio agir»7. Condition nécessaire, l'idéologie
nale, poussent à la radicalisation 2. De ne constitue donc pas pour autant une
condition suffisante et l'on ne saurait ici même, la marche de la guerre n'explique
guère la progression des effectifs résis confondre opinion et action. Cette dis
tants. Dans le mouvement Défense de la tinction, fréquemment niée, amène trop
France, un cinquième seulement des mili souvent à flétrir les Français, jugés en
tants s'enrôlent après décembre 1943, bloc vichystes, voire «collabos». «L'ant
80 % ayant donc choisi avant que la vic isémitisme manifeste ou latent qui touchait
toire ne se dessine nettement. En Ille-et- toutes les parties du corps social aura
Vilaine, le recrutement s'accroît après fait le malheur des juifs, français ou non.
Il aura fait aussi le malheur de la France novembre 1942 mais stagne au début
1944 3. Les paris lancés sur la victoire ne et contribué à son abaissement » écrit, par
sauraient donc expliquer à eux seuls les
4. On trouvera, pour les deux cas, de nombreux exemples
dans Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, Les patrons 1. Jean-Pierre Azéma, De Munich à la Libération, Paris, Le
sous l'Occupation, Paris, Odile Jacob, 1995. Seuil, 1979 ; Pascal Ory, Les collaborateurs (1940-1945), Paris,
5. Pour un exemple de ce type, Claude Bourdet, L'Aventure Le Seuil, 1980 Robert O. Paxton, La France de Vichy,
incertaine, Paris, Stock, 1975, p. 105. Le 1973, François Bédarida, « L'histoire de la résistance,
6. Pierre Laborie, L'opinion française sous Vichy, Paris, Le lectures d'hier, chantiers de demain », Vingtième Siècle. Revue
Seuil, 1990. d'histoire, 11, juillet 1986 ; Henri Michel, Les courants de pens
7. Jean- Louis Crémieux-Brilhac, • La France libre et la radio • ée de la résistance, Paris, PUF, 1962.
dans Mélanges de l'École française de Rome, tome 108, vol. 1, 2. Philippe Burrin, op. cit., p. 432.
1996, p. 80. 3. Jacqueline Sainclivier, op. cit., p. 230 et 235 notamment.
60 À LA RECHERCHE DE L'ENGAGEMENT
exemple, un lecteur du Monde 1. «Je ne des libéraux aux conservateurs, appuie
dis pas que ce peuple est fasciste dans le régime qui restaure l'autorité de l'exé
son essence. Je dis que sur ce terrain à cutif, exclut juifs, communistes et francs-
la fois riche et neutre, sur ce maçons de la cité, ou renoue avec des
égoïste, peut fleurir, à tout instant, natu traditions que la Troisième République
rellement - et à quelle vitesse ! - une avait jetées aux orties. Dans cette mesure,
oppression que nos voisins géographi la confusion idéologique incite alors à
ques immédiats refuseraient de toute leur soutenir le régime plutôt qu'à basculer
âme » ajoute Philippe Ganier Raymond 2. dans une opposition décidée, une large
partie de la classe politique visant ici à Jugements bien hâtifs, dans la mesure où
les Français dans leur masse communient instrumentaliser Vichy pour réaliser tout
avec la Résistance dans un commun ou partie de son programme. Quelques
opprobre du nazisme et une même espé résistants, au demeurant, n'échappent pas
rance, la restauration des libertés et le à ce trouble et Combat comme Défense
départ des Allemands. L'attentisme ne de la France affirment leur solidarité avec
certaines options pétainistes - ce qui ne découle donc pas nécessairement d'une
connivence idéologique mais prouve que les empêche pas de placer la lutte contre
la transfiguration de la croyance en action l'Allemagne au premier plan de leurs
met en jeu des mécanismes complexes. préoccupations. La facilité avec laquelle
un Parlement composé massivement de
Replis sur la sphère privée républicains sincères et profondément
anti- allemands — Grande Guerre oblige — Par sa radicalité, sa rapidité, son imprév
accorde les pleins pouvoirs au maréchal isibilité, F« étrange défaite», loin d'opérer
Pétain prouve l'ampleur des désarrois. une clarification des enjeux, a en effet
Surtout, la radicalité de la défaite prosemé le trouble dans les esprits, brouillant
voque une dislocation des liens sociaux les repères, abolissant les certitudes. Les
qui fragilise la communauté nationale. ambivalences apparentes du vichysme
L'exode a précipité quelque 9 millions de promettant de restaurer l'ordre, d'abolir
Français sur les routes, conduisant des la stérile opposition entre le capital et le
milliers de familles à se réfugier dans des travail, de protéger la famille et de res
régions d'accueil ; 1,8 million de soldats pecter l'Église, sur fond affiché de natio
connaissent l'épreuve de la captivité ; la nalisme, ont pu tangentiellement rencont
vie quotidienne, scandée par le rationnerer les aspirations idéologiques de
ment, impose sa tyrannie ; partis et synnombreuses familles politiques prêtes à
dicats se taisent, abandonnant les milioffrir leur soutien moyennant satisfaction
tants à leur solitude. Cette nouvelle de quelques revendications. Quelques
donne, génératrice de fragmentations - socialistes sincères entendent ainsi remi
que la mutilation du territoire national ser la lutte des classes au magasin des
en zones suffit à symboliser — amène à accessoires et voient en Vichy le moyen
un repli sur la sphère privée. Face à de pacifier le social, en développant une
l'anéantissement total que fait craindre la approche corporative (Belin, Spinasse...).
défaite, les impératifs de la survie dictent Nombre de prélats soutiennent ouverte
leur loi. Cette logique de la préservation ment un État français qui comble quel
conduit les familles à déserter les terriques attentes, en matière confessionnelle
toires de l'action pour se protéger des avant tout. Une large partie de la droite,
rigueurs de l'Occupation.
1. Lettre de Marcel Lederman, Le Monde, 13 janvier 1998. Mais elle amène également groupes et 2. Philippe Ganier Raymond, Une certaine France. L'anti
institutions à négocier leur maintien dans sémitisme 40-44, Paris, Balland, 1975, p. 13-
61 OLIVIER WIEVIORKA
une période que menace la table rase. l'appareil productif pour régler les arriérés
Frédéric Joliot-Curie tente, au prix d'une de comptes imputables au Front popul
accommodation avec le vainqueur, de aire 5. La dilution de l'intérêt général
préserver son laboratoire 1. De nombreux s'était donc amorcée avant la défaite ;
chefs d'entreprise suivent cet exemple, de l'effondrement de 1940 ne fit que l'amplif
Marius Berliet aux dirigeants de Carbone- ier. Dans cette mesure, l'engagement visa
Lorraine 2. Quelques syndicalistes, égale à restaurer l'intérêt général dans ses
droits - une façon de combattre l'expanment, acceptent la Charte du Travail pour
sauver - du moins Pespèrent-ils - quel sion délétère de la sphère privée.
ques meubles 3.
Ces phénomènes d'« accommodation »,
O RESTAURER L'INTÉRÊT GÉNÉRAL mis en lumière par Philippe Burrin, ne
signent pas toujours une adhésion aux Les résistants, dans leur pratique comme
valeurs vichystes ou nazies - tolérées, dans leurs écrits, visaient donc à rappeler
voire ignorées. Ils révèlent, plus prosa le primat occulté du collectif. Charles de
ïquement, la prévalence des intérêts privés Gaulle, par l'appel du 18 juin, invitait à
sur l'intérêt général. Par la fragmentation poursuivre le combat, plaçant l'indépen
de la société française, la défaite favorise dance nationale au sommet de la hiérarchie
ce repli que revendiqueront crânement, des urgences. Dans les réseaux, les mili
à la Libération, nombre d'accusés. «J'ai tants soutenaient l'effort de guerre allié,
vu la chose uniquement en chef d'indust en transmettant des renseignements, en
rie» a pu plaider Marius Berliet, tandis facilitant également le rapatriement des
qu'Arletty, accusée de relations galantes militaires évadés ou des aviateurs tombés.
avec un officier allemand, a souligné plus Les mouvements, enfin, exhortaient au
crûment que si son cœur était français, civisme. Mesurant les risques encourus par
son cul était international. Mais cette une société prête à tous les compromis,
dislocation germait avant 1940. Car si les ils appelaient les Français à refuser la fr
Français acceptèrent les impératifs de la aternisation avec l'occupant, prônaient par
guerre et se battirent bravement, ils refu tage et sollicitude à l'égard des réprouvés
sèrent - au rebours du conflit précé tout en préparant la libération guerrière
dent — de sacrifier leurs intérêts person et politique du pays.
Cet engagement imposait un arbitrage nels sur l'autel des nécessités collectives.
Alors que les viticulteurs, en 1914, avaient entre court terme et long terme, intérêt
privé et intérêt général. Comme tout milioffert le vin au soldat, ils le firent payer
en 1939. Bien que l'essence fût contin tant, le résistant «néglige le présent pour
gentée, la bonne bourgeoisie continua mieux assurer l'avenir». Son engagement
n'est ni « ponctuel », ni « partiel » car « l'indpendant la drôle de guerre à utiliser ses
voitures pour partir en week-end 4. Et ividu tout entier est requis» même si,
simultanément, «la personne privée Léon Jouhaux qui proposait au patronat
n'apparaît que rarement puisqu'aussi bien d'enterrer la hache de guerre se vit sèche
il n'exprime l'entité collective qu'en tament rembarré, le monde de l'industrie
isant ses caractéristiques personnelles » 6. instrumentalisant la mobilisation de
De fait, le résistant sacrifiait parfois vie
de famille, études ou emploi, ou faisait 1. Philippe Burrin, op. cit., p. 315 et suiv.
2. Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, op. cit.
3. Jean-Pierre Le Crom, Syndicats, nous voilà ! Paris, Édi 5. Jean-Pierre Le Crom, op. cit., p. 52 et suiv.
tions de l'Atelier, 1995, p. 220 et suiv. 6. Jacques Ion, • Interventions sociales, engagements béné
4. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l'an 40, voles et mobilisation des expériences personnelles », dans Jac
tome 1, La guerre oui ou non, Paris, Gallimard, 1990, p. 405 ques Ion, Michel Peroni, Engagement public et exposition de
et suiv. la personne, Paris, L'Aube, 1997, p. 81.
62 À LA RECHERCHE DE L'ENGAGEMENT
passer les impératifs du quotidien au ques aventuriers étanchèrent, dans les
second plan des hiérarchies. Cet effac combats clandestins, leur soif d'action.
ement se lisait dans l'acceptation assumée La poursuite de ces intérêts spécifiques
des risques - dont la Crypte de la déport ne contrariait cependant pas la défense
ation comme le Mont- Valerien rappellent de l'intérêt général. Les deux termes, en
l'ampleur. effet, tendaient ici à se concilier. Dans
Cet effacement des égoïsmes n'excluait le Nord-Pas-de-Calais, combat national
pas la poursuite d'intérêts spécifiques. En contre l'occupant et lutte des classes le patronat minier se confortaient, participant à la Résistance, nombre de
groupes, consciemment ou inconsciem induisant une forte mobilisation
ouvrière 3. Surtout, le collectif subsumait ment, entendaient défendre leur intégrité.
toujours les corporatismes. Quelles que Les démocrates-chrétiens comme les
hommes suivant le père Chaillet, persua fussent leurs arrière- pensées, inavouables
ou avouées, les combattants de l'ombre dés que le clergé, en soutenant le maré
se définirent toujours comme « résistants », chal Pétain, menaçait l'âme de l'Église,
euphémisant ou niant les identités partidonc son avenir, voulaient prouver que
Mgr Gerlier n'incarnait pas l'ensemble de culières. Et malgré l'ambition personnelle
des chefs, le patriotisme d'organisation la communauté des croyants. En emprunt
fut à la base rarement affirmé, au point ant la forme œcuménique du «témoi
que les militants parfois ignoraient le nom gnage chrétien », leur engagement pointait
même des formations dont ils relevaient, cette préoccupation. En s'impliquant dans
au point, également, de susciter après la l'armée des ombres, une frange des clas
Libération un mouvement associatif pour ses moyennes indépendantes, qui reje
le moins atrophié. taient le radicalisme de Daladier au profit
Les collaborateurs entendaient égaled'une improbable troisième voie, enten
ment mobiliser la population autour des daient par ailleurs intervenir sur un
intérêts collectifs. Invitant à dépasser les champ politique dont elles avaient été
rancœurs nées de la défaite, ils vantaient exclues, la bipolarisation induite par le
les charmes de la soumission au vainFront populaire amenant à nier jusqu'à
queur et prônaient l'acceptation résignée leur existence l. Les Cahiers de l'OCM,
des nouvelles donnes. Certes, les engacomme ses manœuvres pour imposer sa
gements souscrits purent initialement tutelle à l'ensemble des forces clandesti
concilier intérêts collectifs et privés. Les nes, témoignent de cette ambition 2. Assu
militants de l'ordre nouveau, souvent mées ou implicites, des stratégies indivi
grassement rétribués, imposaient en toute duelles coloraient enfin l'engagement
impunité leur loi et se conduisaient en résistant. Nombre de juifs, en s'engageant,
seigneurs, laissant souvent libre cours à scellaient leur appartenance à la commun
leurs plus bas instincts, le sadisme notamauté nationale, n'hésitant pas dans cette
ment. Ne surestimons cependant pas démarche assimilationniste à emprunter
l'incidence des motivations matérielles. des pseudonymes qu'ils conserveraient
L'intérêt motive l'engagement collabora- aux lendemains de la Libération. Et quel-
tionniste dans une proportion qui varie
du dixième au tiers des adhérents - un 1. Sur ce malaise - et l'émergence des cadres, cf. Luc Bol-
rapport significatif mais non hégémonitanski, Les cadres. La formation d'un groupe social, Paris,
Minuit, 1982. que 4. Et l'enrôlement dans le camp de 2. Sur la problématique des classes moyennes, cf. Serge
Berstein, ■ Les classes moyennes devant l'histoire -, Vingtième
Siècle. Revue d'histoire, 37, janvier-mars 1993, p. 3 et suiv. 3. Les travaux d'Etienne Dejonghe l'ont clairement
Nombre de défenseurs emblématiques de ces thèses militent tré.
au sein de l'OCM, à commencer par M. Blocq-Mascart. 4. Philippe Burrin, op. cit., p. 437 et suiv.
63 OLIVIER WIEVIORKA
la collaboration présente quelques ri enjeux pour les deux camps. La guerre
sques. Dès 1941, les volontaires de la LVF contre l'Union Soviétique amenait une
acceptent, par anticommunisme, de mour partie de la droite à radicaliser son enga
ir dans la steppe russe. À partir de 1943, gement aux côtés du Reich, comme le
démontre l'évolution d'un Philippe Hen- surtout, la Résistance multiplie les exé
cutions de collabos, une menace qui riot ou d'un Jacques Doriot. À l'inverse,
l'impuissance du régime vichyste incitait conduisit les Allemands, malgré leurs rét
icences, à armer la Milice 1. La haine que une partie de la droite patriote à répudier
la population manifesta à l'égard des par l'attentisme pour résister à l'Allemagne
tisans du nazisme les transforma enfin en (de Lattre, ORA, Pommiès...), voire à se
réprouvés, au double sens du terme. ranger sous la bannière gaulliste
(Charles Vallin). L'effacement des trouTous les chefs de formations brunes res
sentirent l'épreuve de cette pression bles consécutifs à la défaite pouvait alors
sociale qui freina souvent les engage amener à la restauration de l'intérêt génér
ments mais poussa parfois au raidisse al (ou présumé tel).
Cette décantation incite à souligner la ment. Darnand, au demeurant, l'admit.
« Ne craignez pas d'être seulement le petit puissante incidence de la chronologie. Le
choc de la défaite, les équivoques pétai- nombre, clama-t- il, dans l'histoire de tous
les temps, ce sont toujours les poignées nistes, l'opacité initiale du projet gaulliste
d'hommes qui ont forcé le destin » 2. Quel produisirent en effet des prises de cons
que soit le camp où l'on se situe, l'eng cience différées. Et si nombre d'hommes
agement aboutit à la disjonction - inéga venus de la gauche purent instantanément
lement précoce - de l'intérêt privé et de définir Vichy comme ennemi, cette ident
l'intérêt général, le premier tendant à ification fut de toute évidence plus déli
s'incliner devant le second. cate à assumer pour les hommes de
droite, en phase - fût-ce partiellement - Dans cette mesure, l'engagement ne
saurait être tenu pour une forme radica- avec l'idéologie pétainiste. Plus, donc,
lisée d'accommodation, le stimulant qu'une compromission opportuniste avec
concept théorisé par Philippe Burrin. le Reich ou Vichy, l'accommodation mar
L'accommodation repose en effet sur que parfois, semble-t-il, un état provisoire
l'adaptation - et donc une soumission qui fréquemment prélude à l'engagement.
«réaliste» à l'événement — alors que Après ses errements initiaux, Frédéric Joliot-
l'engagement se fonde sur le volontarisme Curie entra dans la Résistance, tout
et le désir de dépasser le statu quo, au comme Dunoyer de Segonzac et l'équipe
risque de «l'irréalisme». L'accomodation d'Uriage. Ces exemples suffisent toutefois
vise à maintenir ou accroître des intérêts à démontrer par leur forte individualisat
privés alors que l'engagement place le ion, que les masses ne se sont impliquées
collectif au faîte des hiérarchies, quitte, massivement ni dans la collaboration ni
on l'a vu, à sacrifier ses positions per dans la Résistance.
sonnelles. Le terme d'accommodation,
Les cadres culturels enfin, ne permet guère de saisir les rup
tures. Car si la confusion des Que l'enrôlement actif dans les pha
années 1940-1941 amenait à privilégier langes de l'ordre noir soit de bout en
les stratégies individuelles, la marche du bout minoritaire ne saurait étonner. La
conflit procéda à une clarification des culture républicaine, les valeurs chrétien
nes, le patriotisme, réactivé par le sou
venir de la Grande Guerre érigèrent un 1. Pierre Giolitto, op. cit., p. 176 et sui\
2. Ibid., p. 156. barrage contre les séductions du nazisme.
64 À LA RECHERCHE DE L'ENGAGEMENT
Les ravages matériels et moraux de forme d'action la Résistance proposait-elle
l'Occupation confortèrent ce rejet et la à la population ? Certes, les réseaux, en
population, en bonne logique, refusa de développant une action militaire, se
s'engager aux côtés de ses bourreaux. La paraient des vertus de l'efficacité en sou
marginalité relative de la Résistance peut tenant directement l'effort de guerre allié.
en revanche surprendre. L'incapacité de Tous les Français ne voyaient cependant
Vichy à protéger les Français comme pas le concours qu'ils pouvaient leur prêt
l'évolution générale du conflit, en ratifiant er. Les mouvements, en revanche, pei
ses postulats, auraient dû en effet lui per naient à inventer des modalités d'engage
mettre d'élargir son recrutement. Tel ne ment gratifiantes. En développant une
fut pas le cas. Certes, la Résistance acquit, stratégie civile souvent centrée sur la dif
malgré une propagande qui tendait à la fusion d'une presse clandestine, ils ne pou
vaient en aucun cas prétendre obtenir une criminaliser, une réelle aura ; force res
pectable, elle devint respectée, parvenant victoire subordonnée à la fortune des
en 1944 à imposer sa loi, preuve que les armes. De même, les consignes données
citoyens tenaient pour légitime son pouv à la population se cantonnaient, jusqu'en
oir. Elle ne devint jamais, en revanche, 1942, à de vagues exhortations civiques
impuissantes, dans les faits, à obtenir la un mouvement de masse.
Les risques réels qu'encouraient dans mobilisation effective des volontai
leur lutte les combattants de l'ombre res 1, hormis les garde-à-vous nationaux
et la campagne des «V». L'énergie déployée purent bien entendu décourager les bon
nes volontés. Tous les Français n'étaient par ces formations résistantes s'évertuant,
sans doute pas prêts à donner leur vie avec de pauvres moyens, à fabriquer une
pour défendre les valeurs auxquelles ils presse libre butait sur l'incapacité à enca
croyaient. De même, la clandestinité, part drer la population. L'action des mouvem
ielle ou totale, imposait de redoutables ents, dans cette mesure, pouvait sembler
ruptures. Les résistants durent souvent superflue. Quelques patrons le pensèrent.
«Fallait- il prendre des risques pour distrquitter leur travail (Pierre Brossolette,
Philippe Viannay, Maurice Bourgès-Mau- ibuer cette littérature minable », se demanda
Claude Bourdet - soulignant que nombre noury...), ce qui, outre le problème pécun
de personnes démarchées refusèrent de iaire, obligeait parfois à de douloureuses
démissions — Henri Frenay, quittant une s'engager, trouvant l'aventure «un peu
infantile » 2. Des milliers de militants, pourtarmée qu'il avait fidèlement servie, en fit
l'amère expérience. De même, la lutte ant, jugèrent l'action civile des mouve
bousculait la vie familiale, sentimentale ments suffisamment utile pour y engager
et sexuelle - même si elle facilitait par leur nom, leurs forces, parfois leur vie.
« L'utilité » ne constitue donc pas une valeur fois les rencontres amoureuses débou
chant sur des mariages... ou sur des adul absolue. Parce qu'elle fut subjectivement
appréciée, elle renvoie à une culture politères. Ces motifs ont incontestablement
formé des obstacles à l'engagement ; ce tique qui durant les années sombres a
défini les termes de l'action tout en lui ne furent pas les seuls.
Parce qu'il exigeait de lourds sacrifices, affectant son sens.
l'engagement devait être tenu pour utile. Comprise ici comme un ensemble repo
sant sur le triptyque idéologie/référen- Cette dimension, dans une mesure difficile
à quantifier, peut expliquer le divorce qui
1. Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance. oppose une opinion publique massive
Défense de la France (1940-1949), Paris, Le Seuil, 1995 p. 36 ment opposée à l'Allemagne et un recru et suiv.
2. Claude Bourdet, op. cit., p. 72 tement somme toute limité. En effet, quelle
65 WIEVIORKA OLIVIER
ces/expérience 1, la culture politique mentaire, réactivant des valeurs familières
fixait les termes mêmes de l'engagement. (chrétiennes : la charité, ou laïques : la
Pour contester, relève en effet Charles fraternité) et offrant un résultat immédia
Tilly, «les gens tendent à agir dans le tement appréciable. Souvent efficace, une
«résistance civile» s'édifia sur ces bases cadre limité de ce qu'ils connaissent, à
innover sur la base des formes existantes et contribua largement à saboter le STO
et la persécution antisémite 4. Cette lecet à ignorer toute une partie des possib
ture s'applique enfin aux collaboration- ilités qui leur sont en principe ouvert
es » 2. Le « répertoire de contestation » (à nistes qui puisèrent dans les combats de
savoir «l'ensemble des moyens de reven l'avant-guerre les modes d'intervention
dication » dont le groupe dispose 3) dérive utilisés dans les années 1940. Familiers
ainsi de cette culture qui préexiste à de l'écrit, les intellectuels privilégièrent
la propagande - les exemples de Robert l'Occupation. Disposant d'un répertoire
étendu grâce aux combats menés dans Brasillach ou de Drieu La Rochelle l'attes
l'avant- guerre, certaines formations surent tent. Les politiques reproduisirent les
impulser des modes d'action pluriels. Le schémas rodés durant les années 1930
Parti communiste français put ainsi simul en développant leurs partis (PPF pour
tanément développer sa presse, organiser Doriot, RNP pour Déat). Et les baroudeurs
des manifestations de ménagères, multi reprirent les formes qui leur étaient chèr
plier les sabotages et se lancer dans des es. Des complots cagoulards aux atten
actions militaires - formes d'engagement tats antisémites se dessinait un chemin
diverses qu'il maîtrisait depuis de longues que Deloncle emprunta avec facilité ; des
corps-francs de 14-18 à l'activisme mili- années et que l'apprentissage des Briga
des internationales avait fréquemment taro-policier de la Milice s'esquissait un
itinéraire que Darnand suivit jusqu'à Sig- enrichies. Novices en agit-prop, d'autres
mouvements mobilisèrent un répertoire maringen. La culture politique modela
donc les savoir-faire des engagés. Elle plus étroit. Familiers du journalisme, les
démocrates- chrétiens privilégièrent le commanda aussi leur vouloir-agir.
développement de journaux clandestins ;
d'ex-cagoulards revinrent à leurs vieux En un utile combat
démons, conspirant, tel Loustaunau-La-
S'engager revenait en effet à ratifier les cau, dans l'appareil vichyste ; le militaire
valeurs portées par une pratique militante Henri Frenay, retenant les principes de
jugée in fine «utile». Ce sentiment émil'École de guerre, explora simultanément
nemment subjectif ne pouvait que varier les voies du choc, de la propagande et
en fonction des sensibilités. Dans la Résisdu renseignement.
tance, les militaires purent ainsi juger puérCes schémas valent également pour les
ile la diffusion d'une presse clandestine individus, et beaucoup de Français, à leur
et privilégier renseignement, sabotages ou échelle, inventèrent un combat qu'ils est
préparation du jour J. À l'inverse, étuimaient utile. Si tant de citoyens aidèrent
diants ou chrétiens, pensant qu'il était au sauvetage des juifs ou au sabotage
vain de vouloir inverser un rapport de du STO, ce fut sans doute parce que
force guerrier défavorable, manifestèrent cette action mobilisait un savoir-faire élé-
une sereine confiance dans la puissance
du Verbe qui découlait de leur formation 1. Serge Berstein, «La culture politique», dans Jean-
Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli, Pour une histoire cultur intellectuelle. Chaque groupe tendit ainsi
elle, Paris, Le Seuil, 1997, p. 371 et suiv.
2. Charles Tilly, La France conteste, Paris, Fayard, 1986,
p. 542. 4. Sur cette notion, cf. Jacques Sémelin, Sans armes face
3. Ibid., p. 15. à Hitler, Lausanne, Payot, 1998 (lre éd. 1989).
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