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ALAIN DE LILLE (1128-1203)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis AALLAAIINN DDEE LLIILLLLEE ((11112288--11220033)) Né à Lille, élève de Bernard Silvestre à Chartres, Alain étudie dans la mouvance de Gilbert de la Porrée ; il devient maître ès arts, puis maître en théologie à Paris, avant d'enseigner à Montpellier ; parvenu au sommet de la gloire, il suit l'exemple de son ami Thierry de Chartres et entre comme convers à Cîteaux, où il meurt. On le surnomme « le Docteur universel », parce que, disait-on, « il savait tout ce qu'un homme peut savoir ». La liste de ses écrits — qui ne sont pas encore tous connus ni attribués, et dont on ne peut dater qu'une faible partie — le prouve. Il représente bien l'effort de l'« école de Chartres », où on lisait le Timée de Platon, par sa contribution à une nouvelle appréhension philosophique de la nature — et par conséquent de l'homme et de sa place dans le monde — et par une vue nouvelle sur les rapports entre raison et foi, entre philosophie et théologie. Il est l'un des premiers grands « sommistes », le type même de l'universitaire de la haute scolastique : suivant Boèce et la méthode rationnelle de la vieille logique (logica vetus) d'Aristote, il réussit à équilibrer en son œuvre les excès des différentes formes du platonisme.
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ALAIN DE LILLE (1128-1203)

Né à Lille, élève de Bernard Silvestre à Chartres, Alain étudie dans la mouvance de Gilbert de la Porrée ; il devient maître ès arts, puis maître en théologie à Paris, avant d'enseigner à Montpellier ; parvenu au sommet de la gloire, il suit l'exemple de son ami Thierry de Chartres et entre comme convers à Cîteaux, où il meurt.

On le surnomme « le Docteur universel », parce que, disait-on, « il savait tout ce qu'un homme peut savoir ». La liste de ses écrits — qui ne sont pas encore tous connus ni attribués, et dont on ne peut dater qu'une faible partie — le prouve. Il représente bien l'effort de l'« école de Chartres », où on lisait le Timée de Platon, par sa contribution à une nouvelle appréhension philosophique de la nature — et par conséquent de l'homme et de sa place dans le monde — et par une vue nouvelle sur les rapports entre raison et foi, entre philosophie et théologie. Il est l'un des premiers grands « sommistes », le type même de l'universitaire de la haute scolastique : suivant Boèce et la méthode rationnelle de la vieille logique (logica vetus) d'Aristote, il réussit à équilibrer en son œuvre les excès des différentes formes du platonisme.

Les Plaintes de la Nature (De planctu Naturae, 1160-1170) est un prosimètre (texte où alternent vers et prose) comme les Noces de Mercure et de Philologie de Martianus Capella (cette forme brillera encore dans La Vie nouvelle de Dante). Pleine de jeux d'esprit et de recherches techniques, c'est une œuvre de théoricien de la littérature, où la forme allégorique sert à la réflexion philosophique. Nature, reine du Ciel, descend vers le poète ; vicaire de Dieu, elle est chargée de faire régner sur terre harmonie, fécondité et vertu ; c'est presque l'« âme du monde » du Timée qui serait soumise à un Créateur.

L'Anticlaudianus (1182-1183) est l'épopée (en six mille hexamètres) de l'homme parfait que la Nature réclame mais ne peut procréer elle-même : elle le compose de vertus et de sciences pour le voyage qu'il accomplit au travers de l'Univers entier sous la conduite de Vertu et de Vice : tableau encyclopédique des connaissances humaines, éloge descriptif des vertus morales et intellectuelles. Prudence et Raison sont la sagesse humaine qui ne peut franchir la limite de la nature (Alain de Lille est à l'origine de l'expression et de la notion de philosophie naturelle). Seule l'apparition finale, en forme d'apothéose, de Théologie peut amener l'homme à la présence divine.

Le Poème sur l'Incarnation et les Sept Arts (Rhythmus de Incarnatione et de Septem Artibus) montre les Arts libéraux avouant leur incapacité à comprendre l'Incarnation : In hac Verbi copula, / Stupet omnis regula (« Dans cette union du Verbe, toute règle reste coite »).

Le sermon Sur la sphère intelligible est un traité de métaphysique paraplatonicienne inspiré de Boèce : l'Univers consiste en quatre sphères correspondant à quatre modes d'être et à quatre modes de connaissance — sensible, imaginative, rationnelle, intelligible —, la dernière sphère étant celle de la divinité. L'Explication du Cantique des cantiques en l'honneur de la Vierge Mère de Dieu (Compendiosa in Cantica canticorum ad laudem Virginis Deiparae elucidatio) proclame, grâce au sens allégorique, l'Immaculée Conception de Marie.

Alain de Lille est aussi un grand prédicateur : dans ses sermons, qui sont destinés d'abord aux clercs et qu'on ne connaît pas tous, se déploie la floraison des trois sens de l'Écriture (Alain intègre le quatrième, l'« anagogie », dans la typologie, ou allégorie au sens strict) et les invectives les plus rudes contre les dignitaires de l'Église. La Somme de prédication (Summa de arte predicatoria), traité de rhétorique conservé partiellement, propose des plans types et des « autorités » (citations de la Bible et des Pères, mais aussi, et c'est plus original, des Anciens : Ovide, Sénèque, Perse) selon les matières qu'on voudra prêcher (mépris du monde et de soi-même, sur chaque type de péché et de vertu) et selon les auditoires (soldats, princes, moniales, clercs et... dormeurs !). Ces travaux signalent l'effort pédagogique de l'Église au cours du xiie siècle, de même que le Liber poenitentialis (éd. J. Longère, 2 vol., Vander, Namur, 1965), manuel de la pénitence destiné à familiariser les desservants avec la confession, à laquelle le concile de Latran de 1215 fera une obligation de recourir chaque année. À la même veine pénitentielle appartient le traité allégorique Les Six Ailes des chérubins (attribution contestée) : chacune des six ailes a cinq plumes qui représentent les différents degrés gravis par le pécheur, du repentir à la confession et à la pénitence.

Pour servir à la réfutation des hérésies méridionales, le Traité de la foi catholique (1185-1200), contre les hérétiques (les cathares), les vaudois, les juifs et les païens, réfute principalement les erreurs des albigeois et veut ramener à la discipline les vaudois, en répondant point par point à leurs arguments.

Témoignent encore de la fécondité d'Alain des commentaires bibliques, un dictionnaire des termes employés dans la Bible, un livre de proverbes (Liber parabolarum), un commentaire de la Rhétorique à Herennius du pseudo-Cicéron, un livre de Questions naturelles, une sorte de somme théologique, inachevée (ce sont peut-être des notes de cours), le Quoniam homines (dont il reste ce qui concerne Dieu, les anges, les hommes), le traité sur les vertus, les vices et le Saint-Esprit, les règles du droit céleste, les questions sur la foi, et enfin deux traités sur les anges qui remontent directement à Denys l'Aréopagite sans s'arrêter, comme il était de coutume au Moyen Âge, à Grégoire le Grand : la Prose sur les anges et la Hiérarchie.

Auteur: JEAN-PIERRE BORDIER
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