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Allan BLOOM 1930-1992

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis AAllllaann BBLLOOOOMM 11993300--11999922 Né le 14 septembre 1930 à Indianapolis, dans une famille juive du Middle West, le jeune Allan Bloom a très tôt affirmé sa vocation de philosophe. Ce lecteur précoce de Platon entreprit de faire ses études de philosophie à la New School for Social Research de l'université de Chicago, où il put suivre l'enseignenent d'une des grandes figures de la philosophie politique ed u xx siècle, Leo Strauss. Cette rencontre, qui marqua le début d'une longue amitié, fut déterminante tant pour la vie de Bloom que pour son œuvre philosophique. C'est ainsi que, après avoir obtenu son doctorat, il décida, en 1953, de faire son premier voyage à Paris, où il devait, suivant les conseils de Leo Strauss, rencontrer le grand commentateur de l'œuvre de Hegel, Alexandre Kojève. Malgré un désaccord déjà profond avec l'hégélianisme, il garda de la personne de Kojève un souvenir admiratif. L'université de Paris fut aussi le point de départ d'une carrière professorale aux dimensions internationales ; il y enseigna, d'ailleurs, en 1954 et 1955. De retour aux États-Unis, il fut maître de conférences à l'université de Chicago (1955-1960) avant que de passer un an à l'université Yale (1962-1963) comme professeur temporaire de sciences politiques.
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Allan BLOOM 1930-1992

Né le 14 septembre 1930 à Indianapolis, dans une famille juive du Middle West, le jeune Allan Bloom a très tôt affirmé sa vocation de philosophe. Ce lecteur précoce de Platon entreprit de faire ses études de philosophie à la New School for Social Research de l'université de Chicago, où il put suivre l'enseignenent d'une des grandes figures de la philosophie politique du xxe siècle, Leo Strauss. Cette rencontre, qui marqua le début d'une longue amitié, fut déterminante tant pour la vie de Bloom que pour son œuvre philosophique. C'est ainsi que, après avoir obtenu son doctorat, il décida, en 1953, de faire son premier voyage à Paris, où il devait, suivant les conseils de Leo Strauss, rencontrer le grand commentateur de l'œuvre de Hegel, Alexandre Kojève. Malgré un désaccord déjà profond avec l'hégélianisme, il garda de la personne de Kojève un souvenir admiratif. L'université de Paris fut aussi le point de départ d'une carrière professorale aux dimensions internationales ; il y enseigna, d'ailleurs, en 1954 et 1955. De retour aux États-Unis, il fut maître de conférences à l'université de Chicago (1955-1960) avant que de passer un an à l'université Yale (1962-1963) comme professeur temporaire de sciences politiques.

Un épisode important prend place dans l'itinéraire intellectuel de Bloom alors qu'il occupait le poste de professeur assistant de sciences politiques à l'université Cornell (1963-1970). En effet, il vit d'un très mauvais œil l'agitation qui se développa dans les universités américaines au cours des années 1968-1969, et en particulier l'introduction sur le campus de Cornell d'armes à feu, qu'il appelait non sans amertume les « fusils de Cornell ». Il retira de ces événements un sentiment de malaise durable à l'égard du système universitaire américain. En même temps, son hostilité aux mouvements étudiants lui valut de sévères critiques et, sous le coup de nombreuses accusations — en particulier de « fascisme » —, il démissionna en 1970. À cette date, il fut très difficile pour Bloom de retrouver un emploi dans la communauté académique américaine. C'est pourquoi il décida de partir pour le Canada, où il enseigna à l'université de Toronto (1970-1979).

Enfin revenu, en 1980, aux États-Unis, il occupa jusqu'à sa mort, survenue le 7 octobre 1992, la chaire de philosophie politique et sociale à l'université de Chicago. Il fut également nommé, à partir de 1984, à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris. À ce brillant parcours il faut ajouter les nombreuses distinctions qui lui furent décernées, telles que le prix Clark d'enseignement (1967) et le prix Jean-Jacques-Rousseau (Genève, 1987).

Quant à son œuvre, elle fut guidée par le souci de redonner à la philosophie la place qu'elle occupait jadis dans la culture classique et, au-delà, de réaffirmer son essence socratique. Aussi bien consacra-t-il une partie de son travail à la traduction des grands textes de la philosophie occidentale, parmi lesquels La République de Platon (1964) et Émile de Rousseau (1979). Il donna par ailleurs de remarquables interprétations de la politique de Shakespeare (1964) et de l'œuvre pédagogique de Rousseau, en insistant sur l'originalité du programme d'éducation destiné à l'homme démocratique. Il ne cessa, en outre, de s'interroger sur le problème de la meilleure constitution politique comme en témoigne l'une de ses dernières publications (1990).

En dehors de ces travaux universitaires, Bloom s'est surtout fait connaître par la publication, en 1987, de son essai, The Closing of the American Mind, traduit la même année en français sous le titre L'Âme désarmée. Cet ouvrage s'en prenait essentiellement au système d'enseignement supérieur américain qui, selon Bloom, n'assumait plus les hautes fonctions pour lesquelles il était établi, celles d'assurer le libre dialogue sur les grandes questions de l'existence. Au-delà du pamphlet, Bloom dénonçait l'état d'une société ayant perdu le sens de ses propres idéaux.

Cette crise de la culture générale — qu'Alain Finkielkraut appelait au même moment la « défaite de la pensée » — était principalement due au relativisme culturel affirmé par les sciences humaines. L'exigence d'« ouverture » (openness) aux différentes cultures avait finalement provoqué l'éclatement et l'éparpillement des savoirs sur l'homme. Prolongeant les analyses développées par Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, Bloom considérait ce relativisme comme le produit de la tyrannie de l'opinion publique qui est la caractéristique majeure des sociétés démocratiques.

Face à ce constat pessimiste, Bloom proposait modestement de relire les grands textes de la philosophie occidentale en suivant la méthode de son maître Leo Strauss, selon laquelle il fallait « laisser les textes dicter les questions ». Il ne se faisait aucune illusion sur le dénouement possible de cette crise, car il était convaincu que seul un petit nombre d'individus avait la capacité de se libérer de l'emprise des opinions.

Auteur: ALEXANDRE GUILLARD