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ARKOUN mohammed (1928-2010)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis AARRKKOOUUNN mmoohhaammmmeedd ((11992288--22001100)) Philosophe et historien de l'islam, Mohammed Arkoun fut un éminent représentant d'une islamologie soucieuse de développer une lecture critique et humaniste de la civilisation musulmane. Prônant une approche rénovée de l'islam, il a exercé une influence intellectuelle considérable en France, en Europe et dans le monde arabe, et plus particulièrement dans les pays du Maghreb. Il n'eut de cesse de combattre, au nom de la raison critique, les hégémonismes politiques et théologiques – présents sur tous les bords de la Méditerranée – qui interdisent la compréhension des discours et des pratiques en islam, faute de les replacer dans leur contexte socio-historique. Son refus des visions crépusculaires inspirées d'un prétendu choc des civilisations, sa critique sans concession des régimes politiques postcoloniaux et des courants fondamentalistes, qui les uns comme les autres instrumentalisent l'islam, lui firent beaucoup d'ennemis. Né dans une famille nombreuse et pauvre de Taourirt-Mimoun, petit village de Kabylie situé au pied du Djurdjura (Algérie, province de Tizi-Ouzou), Mohammed Arkoun était, comme il tenait à le rappeler, le fils d'un petit épicier. Encouragé par son instituteur à continuer ses études, il ira au collège puis au lycée chez les pères blancs, à Oran, avant d'étudier la littérature arabe, le droit, la philosophie et la géographie à l'université d'Alger.
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ARKOUN mohammed (1928-2010)

Philosophe et historien de l'islam, Mohammed Arkoun fut un éminent représentant d'une islamologie soucieuse de développer une lecture critique et humaniste de la civilisation musulmane. Prônant une approche rénovée de l'islam, il a exercé une influence intellectuelle considérable en France, en Europe et dans le monde arabe, et plus particulièrement dans les pays du Maghreb. Il n'eut de cesse de combattre, au nom de la raison critique, les hégémonismes politiques et théologiques – présents sur tous les bords de la Méditerranée – qui interdisent la compréhension des discours et des pratiques en islam, faute de les replacer dans leur contexte socio-historique. Son refus des visions crépusculaires inspirées d'un prétendu choc des civilisations, sa critique sans concession des régimes politiques postcoloniaux et des courants fondamentalistes, qui les uns comme les autres instrumentalisent l'islam, lui firent beaucoup d'ennemis.

Né dans une famille nombreuse et pauvre de Taourirt-Mimoun, petit village de Kabylie situé au pied du Djurdjura (Algérie, province de Tizi-Ouzou), Mohammed Arkoun était, comme il tenait à le rappeler, le fils d'un petit épicier. Encouragé par son instituteur à continuer ses études, il ira au collège puis au lycée chez les pères blancs, à Oran, avant d'étudier la littérature arabe, le droit, la philosophie et la géographie à l'université d'Alger. Arrivé à Paris, il a pour maître Louis Massignon. Il passe l'agrégation de langue et littérature arabes à la Sorbonne en 1956. Maître-assistant à la Sorbonne à partir de 1961, il soutient en 1968 sa thèse de doctorat en philosophie, consacrée à la pensée d'Ibn Miskawayh (933-1030), érudit iranien au service de la dynastie bouyide. Ce travail très remarqué parmi les islamologues est publié chez Vrin en 1970 sous le titre Contribution à l'étude de l'humanisme arabe au IVe-Xe siècle : Miskawayh, philosophe et historien. Il avait été précédé, en 1969, par la traduction du Tahdhīb alakhlāq, le Traité d'éthique de Miskawayh.

Après avoir enseigné de 1969 à 1972 à l'université de Lyon-II, il est nommé professeur à l'université de Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis puis de Paris-III-Sorbonne Nouvelle, où il occupe la chaire d'histoire de la pensée islamique jusqu'en 1992. Il donne parallèlement des cours à l'étranger, notamment à l'université de Californie à Los Angeles (U.C.L.A.), aux universités de Princeton, de Temple University et de Louvain-la-Neuve, à l'Institut pontifical d'études arabes et d'islamologie (P.I.S.A.I.) à Rome. Devenu professeur émérite en 1993, il continue ses travaux et conférences ; l'université d'Édimbourg l'invite aux prestigieuses Gifford Lectures en 2001. Directeur scientifique de la revue Arabica depuis 1980, il était aussi conseiller scientifique pour les études islamiques à la Librairie du Congrès depuis 2000.

Dans un article de l'Encyclopædia Universalis publié en 1984, Mohammed Arkoun avait développé sa vision d'une « islamologie appliquée », pluridisciplinaire et comparatiste. Il appelait à rompre « avec les méthodologies et problématiques qui renforcent l'image conventionnelle d'un islam invariable, unitaire, unifiant, totalisant, authentique, spécifique, etc. ». Comme pour les deux autres religions du Livre, aux mêmes visées hégémoniques fondées sur une orthodoxie théologique, les expressions de l'islam ne sont compréhensibles qu'à la condition de mobiliser l'histoire, la sociologie, l'anthropologie sociale, qui leur restituent toute leur pluralité de sens, dans un patient travail de dépassement, une véritable herméneutique. Mohammed Arkoun exprimait ainsi « le besoin pressant d'un autre exercice de la pensée, au sens où les croyants parlent du Tout Autre pour désigner Dieu ». La même année, dans Pour une critique de la raison islamique, essai publié chez Maisonneuve & Larose, il affirmait encore que « le Coran est un texte ouvert qu'aucune interprétation ne peut clore de façon définitive et orthodoxe ».

Il soulignait l'urgence de réintroduire en islam le questionnement, la raison critique, la philosophie, étouffés sous la censure après avoir brillé comme nulle part ailleurs du xe au xiie siècle, de Bagdad à Séville. Laïque convaincu, il dénonçait les progrès en Occident d'une rhétorique de croisade anti-musulmane, et, en France, d'un laïcisme étroit et agressif. Membre de la Commission Stasi en 2003, il en avait approuvé le rapport final, tout en estimant néfaste la focalisation du débat sur le port du voile. Passeur intellectuel, acteur du dialogue interreligieux, il plaidait pour la création dans chaque pays d'Europe d'instituts publics d'étude du fait religieux, foyers de comparatisme et d'échanges interculturels, à l'instar de son projet d'Institut d'islamologie pour la France, qu'il avait défendu sans succès au début des années 1990, en compagnie de son collègue et ami Jean Baubérot.

Mohammed Arkoun laisse une importante œuvre critique, dont La Pensée arabe, coll. Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 1975, 7e éd. 2008 ; Lectures du Coran, Maisonneuve & Larose, Paris, 1982 ; Pour une critique de la raison islamique, ibid., 1984 ; Ouvertures sur l'Islam, Grancher, Paris, 1989 (3e éd. augm., nouv. titre, L'Islam : approche critique, 1998) ; Religion et laïcité : Une approche laïque de l'islam, Centre Thomas More, L'Arbresle, 1989 ; Humanisme et islam. Combats et propositions, Vrin, Paris, 2005. Il a aussi dirigé la publication en 2008 de l'Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, ouvrage collectif qui a pour ambition de « raconter l'histoire d'un regard, une histoire psychologique et culturelle des relations entre la France et l'islam ».

Auteur: CHRISTIAN HERMANSEN
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