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AU-DELÀ

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis AAUU--DDEELLÀÀ Usité comme adverbe, au-delà signifie plus loin, et, comme locution prépositive, plus loin que telle limite — de l'ordre du physique, de l'imaginable, du concevable — qu'on dépasse

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Ajouté le : 27 mars 2014
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MEYERSON émile (1859-1933)

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AU-DELÀ

Usité comme adverbe, au-delà signifie plus loin, et, comme locution prépositive, plus loin que telle limite — de l'ordre du physique, de l'imaginable, du concevable — qu'on dépasse intentionnellement. Portée à l'absolu, cette dernière intention est créatrice d'objet : pris substantivement, le terme désigne alors un autre monde ou un état du monde opposé à l'actuel, ainsi que les sujets censés le hanter selon des modalités spécifiques d'existence. D'abord spontanément vécu dans la conscience mythique, inséparable d'ailleurs de l'en-deçà, l'au-delà assure une fonction d'engagement équilibré dans un environnement dont l'homme doit se concilier les forces ambivalentes. L'au-delà est assumé et spécifié par les religions, qui le voient comme séjour — plus ou moins séparé du monde présent — des êtres divins ou divinisés, donc heureux (Éden, Paradis, etc.). Certaines croyances affectent d'un coefficient négatif un secteur déterminé de l'au-delà : vie diminuée dans le vieux sheôl hébraïque, vie torturée dans l'enfer (chez les chrétiens, par exemple) par le remords et les peines dues à une vie pécheresse. L'objectivation d'un au-delà du vécu actuel a toujours trouvé et trouve encore ses détracteurs et ses défenseurs, tout aussi convaincus, et d'aucuns soutiennent la possibilité, grâce à des techniques appropriées, d'une communication avec l'au-delà (spiritisme). La métaphysique, prétendant « donner à l'homme une initiation qui est la contrepartie de celle qui était administrée dans les mystères antiques » (E. W. Beth), fournit une rationalisation de l'au-delà, purifiée, en intention, des anthropomorphismes les plus voyants. Les penseurs d'inspiration ouvertement théologique (Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin) trouvent là une confortation à leur foi. D'autres, moins directement dépendants des influences religieuses, proposent de l'au-delà diverses représentations, réduites aux seuls pouvoirs et critères de la raison — spéculative (Platon, les néo-platoniciens, qui situent l'Un-Bien « au-delà de l'essence » ; les grands cartésiens ; Rousseau) ou pratique (Kant). D'autres admettent un au-delà réel, mais sans rapport avec l'homme (épicurisme). D'autres enfin rejettent la notion, soit parce qu'incompatible avec l'unité corporelle d'un cosmos excluant toute transcendance (stoïcisme), soit parce que religieuse par essence, donc projective et aliénante (marxisme).

Auteur: LUCIEN JERPHAGNON