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AUROBINDO (Śrī) 1872-1950

6 pages

La philosophie de Śrī Aurobindo a essentiellement pour élément européen la doctrine de l'évolution biologique, et pour élément indien son ontologie. Celle-ci affirme l'unicité de l'Être, substrat commun de toute réalité matérielle ou psychologique du monde phénoménal ou humain ; dans cette ontologie, l'Être est donc immanent à ce monde, mais en même temps le transcende ; pour l'homme, cet Être est Dieu, éternel, infini, omniprésent et, par là même, lui est intérieur.
Le Śrī Aurobindo Āśram – communauté spirituelle et temporelle dont le centre est à Pondichéry – déploie une grande activité d'éducation ; elle vise à développer, dans l'esprit du maître, la connaissance scientifique internationale, mais aussi la santé physique par le régime de vie et l'activité sportive.
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AUROBINDO (Śrī) 1872-1950

Synthèse de deux cultures

Né à Calcutta le 15 août 1872, Śrī Aurobindo, philosophe indien, fondateur du Śrī Aurobindo Āśram, est mort à Pondichéry le 5 décembre 1950. Troisième fils du Dr Krishnadhan Ghose, médecin bengali admirateur de la culture britannique, le jeune Ghose reçut deux noms personnels : en bengali, celui de Aurobindo (prononciation bengali du sanskrit Aravinda, « lotus ») et, en anglais, celui de Ackroyd. Son éducation, comme celle de ses frères aînés, demeura uniquement anglaise, bien que son grand-père, Kaliprasad Ghose, fût resté très attaché à la culture indienne. En 1879, on le confia avec ses deux frères aînés (après lui naquirent encore une fille et un fils) à une famille de Manchester où il commença l'étude du latin. En 1885, il entra à la St Paul's School à Londres, où il étudia particulièrement le grec, l'histoire de l'Europe, plusieurs langues européennes, et développa ses dons poétiques. En 1889, il s'inscrivit au King's College de Cambridge et adhéra à une association d'étudiants indiens ; il abandonna son nom anglais. Son père le destinait à l'Indian Civil Service : il y fut refusé pour un examen d'équitation ; il affichait d'ailleurs dès lors des sentiments nationalistes peu compatibles avec ce service. Distingué par James S. Cotton, frère d'un ancien lieutenant-gouverneur du Bengale, et par le Mahārājah de Baroda, il quitta l'Angleterre en 1893 et entra au service de l'État de Baroda. Il collabora bientôt, anonymement, à la revue nationaliste Induprakash. Il jugeait insuffisante l'action du National Indian Congress, fondé en 1885 et qui, à ses débuts, cherchait à inspirer à l'administration anglaise des réformes favorables au pays. Il estimait qu'il fallait surtout rétablir et promouvoir l'activité de la nation indienne. C'est alors qu'il en étudia les grandes traditions sanskrite et bengali que ses études lui avaient fait méconnaître. Mais, loin de renoncer à l'acquis européen, et particulièrement à la science européenne, il voua dès lors sa pensée à la recherche d'une synthèse supérieure, où le meilleur des deux cultures devait entrer comme élément, et dont la part indienne devait rendre à l'Inde la conscience de sa valeur propre.

Politiquement, il militait dans les organisations secrètes qui œuvraient pour l'indépendance, mais surtout dans celles de sa patrie, le Bengale, et il n'excluait pas, à la différence de Gandhi, le recours éventuel à la violence. Après le grand mouvement d'indignation provoqué en 1905 par la division du Bengale, due à lord Curzon, il quitte Baroda, en 1906, fait des tournées politiques au Bengale, dirige le Bengal National College et prend part à la direction du journal nationaliste Bande Mātāram (« Je salue la Mère »... qui est la Patrie et l'Âme), ainsi nommé d'après les deux premiers mots d'un chant de Bankim Chandra Chatterjī devenu la Marseillaise des Bengalis. Il est l'objet de poursuites en 1907 et quitte son « College ». Le National Indian Congress traverse une crise. Aurobindo est parmi les extrémistes avec le Marathe Tilak. Il pratique déjà la discipline psychologique du yoga, qui lui donne maîtrise de soi et sérénité. En 1908, à l'occasion d'actes de terrorisme où les siens sont impliqués, il est arrêté ; en 1909, il est acquitté, après avoir été incarcéré pendant toute une année parmi des condamnés de droit commun, année qu'il consacre à l'exercice du yoga, au travail littéraire et à la méditation. Athée moderniste en Angleterre, il avait retrouvé Dieu dans la philosophie indienne, Dieu en lui-même et qui lui donnait ses ordres, non par des visions, mais par le sentiment de sa présence en tout et de sa force en lui. Menacé de nouveau d'être arrêté, Aurobindo passe clandestinement à Chandernagor, territoire français, en février 1910, puis, en avril, sur un bateau français, à Pondichéry où il se fixe définitivement.

Il s'abstient dès lors de toute action politique directe et même jusqu'en 1914 de toute activité publique et de toute publication. Après cette date, il fonde la revue Arya avec Paul Richard et un petit groupe de disciples, et il commence à publier. Ses œuvres furent traduites en français par Mme Richard qui devait bientôt quitter Pondichéry, pour y revenir, en 1920, s'associer à l'œuvre de Śrī Aurobindo, en organiser la réalisation communautaire, l'Āśram, devenir la « Mère ». En 1926 elle prenait la direction effective de cette communauté, tandis que Śrī Aurobindo entrait dans une retraite, interrompue seulement, chaque année, par son apparition publique (darśan) en un petit nombre d'anniversaires et d'occasions solennelles.

À sa mort, qui n'a pas été acceptée comme telle par tous ses disciples et n'exclut pas pour eux la persistance de la présence, il a été inhumé dans une cour du bâtiment central de son Āśram, en une tombe (samādhi) constamment vénérée.

La Vérité divine reconnue en soi

Supposé par toute existence, Dieu, selon Aurobindo, est présent dans la matière comme dans ce qu'il appelle le « mental » et le « supramental ». Il y est actif aussi. La Vérité qu'il constitue et qui englobe toute vérité particulière s'exprime surtout par l'intelligence de l'homme et doit se manifester toujours plus pleinement par cette intelligence en évolution dirigée. La Vérité est déjà contenue dans les anciens textes, tout en y étant mêlée à des vérités de circonstance, de temps et de lieu, selon les époques et les peuples où ces textes ont été élaborés. Aurobindo la retrouve chez Héraclite comme dans les Véda, les Upaniṣad, la Bhagavadgītā  ; dans ce dernier texte, elle apparaît clairement comme l'objet final de l'œuvre, de la connaissance et de l'amour. L'œuvre idéale est, dans le domaine de l'homme et de sa vie, la pleine réalisation désintéressée de la condition propre à chacun. Pour Aurobindo, il n'y a donc pas de doctrine religieuse ou philosophique universelle dont chaque homme doive être l'esclave, et le yoga, l'ajustement intégral pour chacun, est un ajustement à sa nature propre, ce qui ne veut pas dire la servitude à l'égard de ses penchants, mais la réalisation, conditionnée par la connaissance, de la Vérité divine reconnue en soi-même.

Dominée tout entière par l'idée de synthèse où confluent les perceptions partielles de la Vérité, la pensée d'Aurobindo s'est exprimée philosophiquement – comme dans les images du poète qu'il n'a jamais cessé d'être – à la fois dans des travaux d'exégèse sur les textes et dans d'amples exposés, La Synthèse des yogas, La Vie divine. À l'égard de la doctrine de l'évolution, qui, selon lui, ne s'arrête pas à l'homme comme couronnement de réalisation mais doit admettre une marche vers un « surhomme », certains comparent Aurobindo à Teilhard de Chardin.

Une communauté originale

Dans l'Āśram, la communauté spirituelle et temporelle dirigée par la « Mère » (décédée en 1973), cette doctrine est l'idéal que les disciples se sont appliqués à réaliser en collaboration avec des sympathisants qui travaillent pour faire vivre et prospérer cette communauté. Le centre en demeure à Pondichéry, mais la communauté possède des branches et des groupes dans plusieurs grandes villes de l'Inde, ainsi qu'en Europe et en Amérique. L'Āśram favorise la fondation d'une grande ville, Auroville (« ville de l'Aurore »), comprenant, outre l'établissement fondamental, des secteurs international, agricole et industriel et située près de Pondichéry.

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