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AUSTIN (John Langshaw) 1911-1960

L'étude du langage ordinaire

Spécialiste de Leibniz et d'Aristote, traducteur de Frege (Foundations of Arithmetics, 1950), Austin ne prend cependant pas pour guide de l'analyse philosophique la logique mathématique. Tout en reconnaissant qu'il y a bien d'autres manières de philosopher, il se consacre à peu près exclusivement à l'élucidation des concepts du langage ordinaire (entendu dans un sens large qui inclut la littérature, en excluant la terminologie technique de la philosophie). Il suit en cela une tradition qui va de Socrate à G. E. Moore, pour qui il professait une grande admiration. Bien des distinctions subtiles et instructives sont incorporées dans les manières ordinaires de parler, et l'investigation philosophique de tout problème doit commencer par une enquête et une recollection de tout ce qui se dit et « ne se dit pas » à ce propos. Bien que l'efficacité d'une telle méthode, comme on l'a souligné, dépende des dons personnels d'ingéniosité, de rigueur et de patience de celui qui la met en œuvre, Austin recourait le plus souvent au travail en groupe : le consensus est critère de l'usage linguistique. Il s'est expliqué là-dessus dans un article au titre révélateur : Something about One Way of Possibly Doing One Part of Philosophy (Remarques sur l'une des manières dont on peut travailler dans certains domaines philosophiques). Il ne faut donc chercher chez lui ni système philosophique au sens « continental » du terme, ni même de traitement général des problèmes qu'il aborde. Sa technique le conduit à une pluralité d'enquêtes approfondies qui demeurent distinctes. Deux d'entre elles ont revêtu une ampleur suffisante pour influencer durablement les recherches ultérieures ; il s'agit de la théorie des forces illocutoires, d'une part, et de la critique du langage des sense-data dans la théorie de la perception, d'autre part.

Langage et perception

Au point de départ, on trouve la distinction entre énoncés constatifs et énoncés performatifs telle que l'expose l'ouvrage intitulé How to Do Things with Words (Oxford, 1962), traduit par Quand dire, c'est faire (Paris, 1972). Les énoncés performatifs ne peuvent être caractérisés comme vrais ou faux ; ce sont par exemple les promesses, les serments, les énoncés par lesquels on se porte garant de quelqu'un, par lesquels on « baptise » un bateau, on ouvre ou lève une séance ; par eux le locuteur, qui doit répondre à certaines conditions, et être « autorisé » à les prononcer, accomplit un acte et ne le raconte pas. Pour pertinente qu'elle soit, cette distinction n'est pas toujours facile à maintenir. Ainsi « Je vous avertis qu'un train entre en gare » contient à la fois un avertissement et une constatation, tandis que « La France est hexagonale » n'est ni vrai ni faux, c'est tout au plus une description approximative. Pour remplacer cette distinction, Austin introduit la théorie des forces illocutoires. Celui qui parle accomplit un certain nombre d'actes : phonétique, en ce qu'il émet certains sons ; phatique, en ce qu'il prononce des mots ordonnés en accord avec la grammaire ; locutoire, en ce qu'il utilise des expressions ayant sens et référence ; illocutoire, en ce que dans (in) l'acte locutoire il accomplit un autre acte (exclamation, promesse, etc.) ; perlocutoire, en ce qu'au moyen de l'acte illocutoire il peut par exemple agir sur autrui (ordre, prière, etc.). Austin s'est attaché ensuite à distinguer parmi les actes illocutoires ceux qui ont force « expositive » (affirmer, décrire, reporter, témoigner, raconter), ou « commissive » (promettre, parier, consacrer), ou « verdictive » (prononcer un diagnostic), ou « behabitive » (s'excuser, remercier, injurier).

Sense and Sensibilia, paru à Oxford en 1962 (Le Langage de la perception, Paris, 1972), présente une discussion polémique autour d'un des problèmes centraux de l'épistémologie. Austin examine sous un angle critique la doctrine selon laquelle nous ne percevons jamais directement les choses matérielles, mais seulement les données sensorielles (en anglais, sense-data) ; sa critique porte sur l'un des fondements possibles de cette doctrine, ce qu'on appelle l'argument de l'illusion. Il montre qu'en fait tout repose sur l'abus de quelques mots, mal compris, simplifiés, mal employés. Qu'est-ce au juste qu'une illusion, distinguée de la tromperie, du mirage, du reflet... ? Qu'est-ce au juste qu'apparaître, sembler... ? Quels sont les différents sens de « réel » ? Telles sont les questions, préliminaires au traitement du problème épistémologique lui-même, auxquelles s'attache Austin.

« Un grand talent déployé dans un domaine volontairement restreint », ainsi le juge le philosophe anglais J. O. Urmson.

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