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Informatisation et emploi : un survey - article ; n°1 ; vol.21, pg 126-136

De
12 pages
Revue d'économie industrielle - Année 1982 - Volume 21 - Numéro 1 - Pages 126-136
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Olivier Pastré
Informatisation et emploi : un survey
In: Revue d'économie industrielle. Vol. 21. 3e trimestre 1982. pp. 126-136.
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Pastré Olivier. Informatisation et emploi : un survey. In: Revue d'économie industrielle. Vol. 21. 3e trimestre 1982. pp. 126-136.
doi : 10.3406/rei.1982.2066
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rei_0154-3229_1982_num_21_1_2066Recension
Informatisation et emploi :
un survey*
Olivier PASTRE
Rubrique réalisée par le Centre de Recherche en Economie Industrielle de V Uni
versité Paris-Nord, sous la responsabilité de Jean-Marie CHEVALIER
La bibliographie de l' AN ACT recense drions essayer d'expliquer l'apparente
plus de 300 documents [1] (1). Celle de P. cacophonie qui règne dans ce domaine. Les
McKinstry, concernant seulement la différences apparaissent à plusieurs
Grande-Bretagne, en recense 231 [2]. La niveaux :
Direction des Relations du Travail de la
CEE s'enorgueillit de regrouper plus de 200 1. L'objectif, et partant, la nature même
rapports de recherche dans sa bibliothèque. des recherches varient très sensiblement
On le voit bien, le thème « Informatisation d'une étude à l'autre.
et Emploi » est un « porteur » en
matière d'analyse économique. A la lecture • Le niveau d'analyse peut être théori
de ces bibliographies, on pourrait penser que ou empirique.
que, au terme de milliers de pages représen • La réalisation de l'étude peut bénéfi
tant des dizaines de d'heures de tra cier ou non d'un mandat officiel, les con
vail, la communauté scientifique soit arri clusions de l'étude reflétant alors la posi
vée sur les principaux aspects de ce pro tion d'un groupe de pression ou d'une inst
blème à un relatif consensus. Il n'en est itution.
rien, et c'est bien là le premier enseigne • La méthode d'analyse peut être à
ment que notre recherche nous a permis de dominante ergonomique, économique ou
tirer. Tout, ou à peu près tout, a été dit sur sociologique.
les conséquences sociales de l'informatisa • L'objectif de recherche peut être
tion de l'emploi. d'ordre simplement analytique ou à carac
tère davantage normatif.
Avant d'essayer de tirer les enseigne • Le champ d'étude peut être partiel (un
ments de la recherche passée, nous vou- métier, un secteur, une région) ou global.
• La méthode de collecte des informat
* Ce survey reprend certains passages de ma con ions peut être une enquête ou un dépouille
tribution à la Deuxième Session Spéciale du ment plus ou moins systématique des
Groupe de Politique de l'Information, de recherches déjà effectuées. l'Informatique et des Communications de
l'OCDE (13-21 octobre 1981). Ce document a Sans chercher à privilégier tel choix par été réalisé dans le cadre du CREI avec la partic
rapport à tel autre, il convient de souligner ipation de N. Dincbudak, J.-P. Jeandon et U.
que tout choix dans ce domaine prédéterMuldur.
Un survey moins « hexagonal » est présenté mine très largement la nature des résultats
dans N. Blattner, O. Pastré, P. Stoneman, Les obtenus. Il convient toutefois de mention
technologies de l'information, la productivité et ner que l'on assiste de plus en plus à la mult
l'emploi : étude analystique basée sur les rap iplication des études s'appuyant sur les ports nationaux, DSTI-OCDE, 1981, 91 pages. résultats de recherches antérieures sans se
fixer pour objectif l'amélioration de la base (1) Les chiffres entre crochets renvoient à la
de données existantes. bibliographie établie en fin d'article.
126 REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE — n° 21, 3' trimestre 1982 Le degré d'avancement de la recherche Le problème posé ici tient au fait que 2.
concernant les conséquences sociales de dans de nombreux cas, ces hypothèses ne
l'informatisation varie très largement d'un sont pas posées de manière explicite [40].
pays à l'autre. De manière très schémati Une analyse détaillée de la littérature exis
que, on peut distinguer trois phases dans la tante permet toutefois de dégager quatre
recherche. Une première phase au cours des grandes séries d'hypothèses. Peuvent ainsi
années 60-75 est caractérisée par la réalisa être considérés :
tion de travaux sur l'informatique et la
publication de documents plus ou moins • Les effets directs ou indirects de la micro
explosifs (2). Les années 75-80 sont mar électronique.
quées par une deuxième phase caractérisée • Les effets de la micro électronique dans
par la parution d'études visant à montrer le cadre d'une économie ouverte ou fermée.
et l'importance de la microélectronique, et • Les effets tenant à une innovation de
l'hétérogénéité de ses applications. Ces rap processus ou de produit.
ports sont souvent des rapports officiels, • Les effets à court ou à long terme.
globaux, peu empiriques.
Plus ces hypothèses sont clairement
A cette seconde phase, succède la phase explicitées, plus un consensus relatif sur les
actuelle au cours de laquelle la recherche conséquences sociales de la micro
semble s'orienter dans deux directions. On électronique semble facile à obtenir. Mais,
assiste d'une part à la multiplication des un dernier problème majeur apparaît qui
surveys s 'efforçant de tirer les enseigne explique très largement la confusion dans
ments des premiers résultats obtenus. laquelle se trouve aujourd'hui le débat.
D'autre part, on assiste au développement
d'études s'efforçant de mieux spécifier la Aux problèmes d'emploi que rencontrent
nature de certains aspects du phénomène aujourd'hui , et que sont appelés à rencont
restés jusque là dans l'ombre. rer demain les pays développés, il n'est pas
un seul coupable, mais deux suspects au
Les différents pays se situent différem moins dont les relations sont ambiguës : le
ment par rapport à chacune de ces phases. ralentissement de la croissance économique
Si un certain nombre d'entre eux n'ont pas d'une part, la diffusion du progrès techni
participé à la première phase, la plupart ont que porteur de gains de productivité que
aujourd'hui franchi la seconde. Seuls tou constitue la micro électronique d'autre
tefois quelques-uns semblent s'être résolu part.
ment engagés dans la troisième. (Canada,
G.B., R.F.A., et France principalement). L'informatique crée aussi bien qu'elle
supprime des emplois. De même, la restruc
En ce qui concerne les organismes inte turation économique et sociale que provo
rnationaux (CEE, BIT,...) tous se sont au que l'adaptation à une croissance plus fai
moins engagés dans la réalisation d'un sur ble conduit à la création et à la suppression
vey plus ou moins complet de la question, d'emplois.
quelques-uns allant plus loin, soit dans la
réalisation de recherches plus spécifiques Certaines analyses parmi les plus lucides
(projet FAST de la CEE par exemple) soit soulignent la difficulté qu'il y a ainsi à
même dans l'énoncé de recommandation imputer à chacun de ces facteurs la part qui
concernant le contrôle des conséquences lui revient (à côté d'autres) dans l'explica
sociales de l'informatisation (voir par tion de la montée actuelle et à venir des ten
exemple [57]). sions sur le marché du travail. C'est la
nature de la relation entre ces deux varia
3. Objectif des études différentes, impli bles que nous allons essayer d'expliciter en
cation des pays différents, mais aussi bien présentant les résultats des travaux effec
sûr hypothèses de recherches différentes. tués en France ainsi que sous l'égide d'un
certain nombre à' institutions international
es. Nous aborderons successivement le
problème de l'emploi (§1), celui des condi
(2) Sur les travaux réalisés au cours de cette tions de travail (§2) et enfin celui, crucial de
période, voir le survey d'Y. COHEN HADRIA la vitesse de diffusion du progrès technique
[3]. (§3).
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE —n°21, 3' trimestre 1982 127 — IMPACT SUR LE MARCHE DU 1. la période passée (1965-1980), alors que cer
TRAVAIL tains considèrent que l'informatique n'a
pas eu d'impact direct significatif sur le
Pour ordonner l'analyse des effets de la niveau d'emploi [7], d'autres ont montré
micro électronique sur l'emploi, nous opé que l'informatique remettait en cause la
rerons en deux temps. Après avoir défini les relation positive observée en France sur la
conséquences de la production et de l'util période 1950-1970 entre intensité capitalis-
isation de biens et services faisant appel à la tique et créations nettes d'emploi [9]. Con
technologie micro électronique sur la cernant le futur (1980-1990), la nature des
demande de travail (A), une analyse détail conclusions dépend étroitement de l'hori
lée de l'évolution de l'offre de travail per zon temporel choisi. La plupart des études
met de tirer certains enseignements sur prospectives concluant à un effet global
l'évolution du chômage (B) (3). positif de la micro-électronique sur
l'emploi (cet effet global n'excluant pas la
A — Impact sur la demande de travail possibilité de dysfonctions pour certains
secteurs ou certaines qualifications) se
/. Global situent dans une perspective de long terme
dans laquelle les gains de productivité obte
La présentation simplificatrice qui a été nus par utilisation de la micro électronique
faite par la presse ou même par les auteurs dans les secteurs exposés à la compétition
de certains surveys des conclusions général internationale permettent une amélio
es avancées avec prudence par leurs ration de la position concurrentielle de ces
auteurs, a beaucoup nui à la clarté du débat secteurs [10], [11], et dans laquelle la géné
sur les conséquences sociales de la micro ration de nouveaux services informationn
électronique. els permet de compenser d'éventuelles dis
paritions d'emploi dans l'industrie [8], (4).
Il est à noter en premier lieu que les est En ce qui concerne le moyen terme, qu'il
imations globales sont, en fait, relativement s'agisse de conclusions qualitatives [13], ou
peu nombreuses. De nombreux auteurs quantitatives [9], [14], un relatif consensus
soulignent en effet la difficulté qu'il y a, semble s'être établi pour souligner sinon
dans ce domaine, soit à effectuer la l'augmentation du « chômage technologi
synthèse d'informations partielles [6], [7], que » du moins la multiplication des pro
[8] , soit à isoler la variable « micro électro blèmes d'emploi posés à certains secteurs et
nique » d'autres variables économiques à certaines qualifications si aucune mesure
affectant la demande de travail [4] , [8] , [9] . corrective n'était prise d'ici là.
Ceci conduit à une prudence croissante que
l'on observe chez les chercheurs vis-à-vis de La conclusion générale que l'on trouve
toute conclusion générale. généralement adoptée est alors celle d'une
stabilisation des effectifs malgré la crois
Parmi les études ayant abouties à des sance lente du niveau de production [4],
conclusions plus ou moins clairement énonc [9].
ées, il convient de distinguer celles qui
s'appuient sur des données chiffrées de cel 2. Qualification (5)
les donnant une vision essentiellement qual
itative du phénomène observé. Concernant « On achète l'eau à Paris... Quand tou
tes les pompes à feu seront dressées, 12 à
(3) Cette présentation repose sur l'hypothèse
selon laquelle l'offre de travail varie de (4) La plupart des auteurs qui raisonnent à long
manière exogène par rapport à la diffusion terme considèrent comme stable la structure
de la micro électronique. Ceci constitue de du marché du travail et notamment la répar
tition entre le temps de travail et de non tratoute évidence une hypothèse simplificat
vail. C'est ce que contestent certains travaux rice : la transformation de l'organisation du
travail que provoque l'informatisation n'est qui considèrent toute prévision d'emploi à
pas sans conséquence sur la pénétration de long terme impossible compte tenu notam
certaine catégorie de main-d'œuvre sur le ment de l'incertitude jouant dans ce domaine
marché du travail. Ainsi, peut-on considérer [41].
que le développement des « word processing
applications » favorise le développement du (5) Concernant l'impact de la micro électroni
travail féminin. que sur la qualification du travail.
128 REVUE D'ÉCONOMIE ¡M _/, 3e trimestre 1982 000 porteurs d'eau n'auront plus créations d'emploi semblent devoir se pours15
uivre. Les effectifs d'informaticiens (hors d'emploi : peut être seront-ils incapables de
saisie) devraient atteindre 230 000 tout autre travail, car ils ont la sangle
personnes à l'horizon 85 [18]. Mais il imprimée entre les deux épaules et l'habi
tude de leur corps, voué à l'équilibre, se convient de remarquer au sein même de
prêtera difficilement à porter des fardeaux cette catégorie des évolutions contrastées
d'une autre nature » déclarait déjà, à la fin [20]. On devrait ainsi assister notamment à
du XVIIIe siècle Louis-Sébastien Mercier une baisse des effectifs de saisie (22 °/o des
effectifs en 1985 contre 35 % en 1979) [21]. (6).
En ce qui concerne les qualifications non
S'il est un point sur lequel, parmi les éco informatiques, de nombreux rapports pré
voient d'importantes créations d'emplois nomistes, une certaine unanimité semble
(dans les nouveaux services liés à l'exploitas'être établie, c'est bien sur l'existence d'un
tion des banques de données ou de télé impact significatif du progrès technique sur
la qualité du travail requis par le système informatique domestique par exemple)
[22], [7], [8]. Ces créations d'emplois ne productif. Malheureusement, l'unanimité
s'arrête là et les divergences apparaissent semblent toutefois devoir se faire sentir
qu'en fin de période. En ce qui concerne les quant au poids relatif de diverses évolu
suppressions d'emploi, un certain nombre tions contradictoires. Concernant le passé,
de travaux tendent à montrer que certaines tout le monde s'accorde à constater la
qualifications semblent particulièrement croissance très rapide des différents métiers
menacées par la diffusion de la micro élecliée à l'informatique. Cela est vrai qu'il
tronique. C'est le cas notamment pour les s'agisse des producteurs de matériels info
rmatiques (7), des sociétés de services et de de dessinateurs ou de compt
conseil en informatique (8) ou des services ables et, d'une manière plus générale, pour
informatiques des entreprises utilisatrices les emplois de bureau, jusque là pourtant
fortement créateurs d'emploi [17]. Une (9). Face à ces créations d'emplois, les qua
étude a ainsi démontré que d'une manière lifications ayant le plus souffert de l'info
générale, ce sont les qualifications qui ont rmatisation de l'industrie semblent être, au
été les plus créatrices d'emploi au cours de niveau industriel, celles des ouvriers de
la période 1968-1975 qui seraient les plus métiers [9], ainsi que celles relevant des
tâches d'assemblage [19]. On voit bien là directement concernées par les nouvelles
formes d'informatisation [9]. un des problèmes majeurs posé par l'info
rmatique : il n'y a pas de correspondance
Mais il est intéressant de constater ici un directe entre les qualifications créées et les
apparent paradoxe concernant les études qualifications supprimées par le progrès
effectuées sur les conséquences sociales de technique. Suppressions mais aussi créa
l'informatisation. Alors que de nombreux tions d'emploi posent ici des problèmes
chercheurs s'accordent à penser que c'est aigus de formation de la main-d'œuvre
en termes de qualification que le problème [18]. Un bilan global équilibré en terme
des effets négatifs de l'informatisation sur d'emploi peut masquer d'importants
l'emploi se pose, c'est presque toujours en dysfonctionnements. En économie du tra
termes d'analyse sectorielle que celui-ci se vail, + 1 et - 1 font 2 et non pas 0.
trouve aujourd'hui étudié.
Concernant la période 1980-1990, les
3. Secteurs
L'analyse sectorielle des effets de l'info
(6) Cité in A. SAUVY, La machine et le chô rmatisation sur l'emploi a connu une faveur
mage, Dunod, 1980, p. 19. croissante ces dernières années. Concernant
les secteurs producteurs de biens ou services (7) 45 000 emplois en France en 1980. Source : informationnels, on peut schématiser l'évo[6]. lution des effectifs de la manière suivante :
une première phase (1965-1975) ayant (8) 30 000 emplois en France en 1980. Source :
connu une importante création d'emplois [7].
industriels dans les secteurs de l'informati
(9) 123 000 emplois chez les utilisateurs en que et des télécommunications, une
France en 1979. Source : [8]. seconde phase (1975-1985) caractérisée par
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE — n° 21, 3» trimestre 1982 129 forte rationalisation de ces secteurs, les nombreuses créations d'emploi qu'il a une
celle-ci se traduisant par une moindre créa permis d'assurer, a constitué dans la
tion d'emplois. Malgré l'essor de nouveaux période récente, le principal rempart contre
secteurs (mini informatique notamment), la montée du chômage dans les pays déve
les prévisions concluent à une relative stabi loppés [17].
lisation des effectifs industriels sur la
période 1980-1985 [9], (10), les principales 4. Géographie (28)
créations d'emplois venant du développe
Peu d'études ont été réalisées sur ce sujet ment des services [6], [8], [18].
d'autant plus important que la plupart des
recherches effectuées à ce jour soulignent Enfin, troisième phase, à partir de 1985,
le développement de nouveaux services liés les potentialités de l'informatisation en
notamment à l'informatique individuelle matière de décentralisation (11). La réparti
semble devoir prendre le relais des secteurs tion du parc et des effectifs informatiques
industriels ayant largement épuisés leurs sur le territoire national tend à reproduire
potentialités en matière de création les disparités de développement entre
d'emplois [4], [8]. Concernant les secteurs régions. L'inégalité paraît d'autant plus
utilisateurs de micro électronique, les étu forte que l'on considère les matériels les
des effectuées sur certaines entreprises plus sophistiqués et les qualifications les
industrielles [23], [24] ou sur les secteurs élevées (Paris regroupe 75 % des ingé
des banques et assurances [25] ne permett nieurs informatiques et 51 °/o seulement des
ent en aucun cas de conclure de manière programmeurs). Bien que ces inégalités ten
définitive. Les études de cas montrent en dent à s'estomper légèrement (du fait
effet la difficulté qu'il y a à isoler la varia notamment de la politique menée par l'Etat
ble informatique des autres variables affec visant à une répartition géographique des
tant les modalités de recours au facteur tra emplois plus équilibrée), la très faible mobil
vail. S'il n'est pas possible de procéder ainsi ité géographique des emplois (contrastant
avec une forte mobilité professionnelle au par voie d'affirmations préremptoires,
sein de chaque région) ne permet pas de deux indications générales semblent toute
fois pouvoir être tirées des études déjà prévoir une décentralisation rapide de la
effectuées. On n'assiste pas véritablement profession informatique.
au niveau sectoriel, à des baisses d'effect
ifs ; néanmoins on peut considérer que En ce qui concerne les entreprises en
général, il semble bien que l'on assiste l'informatisation conduit à une moindre
croissance de l'emploi que celle qui aurait depuis peu à une certaine déconcentration
effectuée grâce à l'informatisation (transété enregistrée en l'absence d'un tel phéno
mène. En ce qui concerne maintenant le ferts d'usines ou de services en province)
poids relatif des différents secteurs, un cer sans que l'on assiste pour autant à une
tain consensus semble s'établir quant au décentralisation des pouvoirs très marquée
rôle joué par l'informatisation dans le [4].
déclin relatif du secteur industriel [13],
5. Age et sexe [19], [23], [26]. Sans évoquer ici le débat
sur le secteur « quaternaire » (secteur
informationnel), un tel consensus n'existe Comme en matière de qualifications, il
pas au contraire quant à l'influence jouée semble qu'il y ait une relation inverse entre
par l'informatisation sur la croissance du l'ampleur des modifications provoquées
par la microélectronique sur la demande de secteur tertiaire. Créatrice, à terme, de
nombreux services, l'informatisation sem
ble menacer directement le développement
(11) Nous n'évoquerons pas ici les conséquences de la demande de travail dans de nombreux
du développement de la micro électronique services traditionnels (commerce notam sur la répartition mondiale des emplois. ment) [13], [14], [19], [27]. Or, il convient S'inscrivant dans la DIT, le développement de rappeler ici que le secteur tertiaire, par de l'industrie informatique a connu une
phase de délocalisation des productions
(10) Le rapport du VIIIe Plan consacré à la vers les PVD que la sophistication crois
micro électronique [6] prévoit toutefois des sante des matériels ainsi que la nécessité de
« suivre » plus étroitement la demande créations d'emplois pouvant varier entre
25 000 et 85 000 sur la période 1980-1985. semble aujourd'hui remettre en cause.
130 REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE — n° 21, 3" trimestre 1982 travail et le nombre d'étude consacrée à ce /. Globale [8]
thème.
L'évolution démographique est un déter
Tout le monde s'accorde à penser que les minant essentiel de l'évolution du volume
femmes constituent une des catégories les et de la structure nationale de la population
plus directement menacées par l'informati en âge de travailler. Au cours de la période
sation [13], [14], et pourtant une seule réfé récente (1975-1980) même en supposant la
rence, toute récente, permet d'y voir un peu stabilité des taux d'activité, la population
plus clair dans ce domaine [29]. Il semble, active française se serait accrue chaque
en effet, que l'informatique ait dans un année de 200 000 personnes (hors solde
premier temps davantage menacé les quali migratoire). Ce chiffre marque la poursuite
fications masculines que féminines (auto d'un trend à la hausse au début des années
matisation de process notamment) tandis 50 (13). Cet accroissement ne reflète pas
que la profession informatique se trouvait, uniquement l'excédent comptable des arri
pour les qualifications les plus faibles, la vées sur le marché du travail par rapport
rgement féminisée. Dans la période d'util aux départs ; il traduit aussi l'accès au mar
isation massive de la microélectronique qui ché du travail des générations nombreuses
s'ouvre aujourd'hui, il semble au contraire d'après-guerre. La prise en compte des sol
que ce soient les tâches les plus fortement des migratoires n'affecte que marginale
féminisées qui soient le plus directement ment cette évolution globale (14). Si l'on
touchées par l'informatisation (travail de considère les prévisions à moyen terme
secrétariat notamment), alors même que (1980-1985), force est de constater une
l'on assiste à une baisse des effectifs de sai poursuite des tendances récentes (solde
sie, féminisés à plus de 90 °Io (12). migratoire nul, mais incidence démographi
que : + 182 000 actifs par an), le relâche
En ce qui concerne Vâge, la seule conclu ment de la pression démographique ne se
sion dont on dispose aujourd'hui, concerne faisant qu'à partir de la seconde moitié des
la capacité d'adaptation au progrès techni années 80.
que qui semble plus grande chez les jeunes chez ceux détenteurs d'un emploi 2. Qualification [8]
depuis plus longtemps. Ce facteur est essent
iel dès lors que l'on prend en compte, La structure de l'offre de travail dépend
comme nous allons le faire maintenant la très largement de l'évolution de l'appareil
structure de l'offre de travail qui semble, de formation. On observe sur la période
dans de nombreux pays, devoir pénaliser la 1952-1974 une hausse presque continue des
main-d'œuvre la moins âgée. flux de sorties du système éducatif. De
même, on observe une croissance rapide
B — L'offre de travail des effectifs des stages de formation profes
sionnelle (2,1 millions en 1972 contre
Sous certaines réserves, on peut considér 2,7 millions en 1978), même si, dans ce
er que l'impact de la microélectronique domaine, on enregistre un léger tassement
sur la demande de travail est, sinon identi en fin de période.
que, du moins similaire dans les principaux
pays développés. Ce sont alors les condi Mais le problème de la formation ne se
tions de l'offre de travail, très différentes pose pas uniquement en termes quantita-
d'une économie à l'autre, qui conduisent à
une différenciation très marquée des effets
globaux de la microélectronique sur
(13) L'évolution de la population active franl'emploi.
çaise (à taux d'activité constants au sein de
chaque période et hors solde migratoire) est
la suivante : 1954-1962 : + 20 000 person
nes par an ; 1962-1968 : + 132 000 : 1968-
1975 : + 170 000.
(12) Pour prendre la mesure du problème ici
posé, il convient de remarquer que les fem (14) Le solde migratoire d'actifs estimé en
mes ont constituées près de 80 % des créa moyenne à + 40 000 par an de 1968 à 1975
tions nettes d'emploi sur la période 1968- semble être devenu pratiquement nul à part
1975 [29]. ir de cette date (+ 4 000).
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE— n° 21, 3' trimestre 1982 131 C'est de l'adéquation formation- tifs. cer. Les personnes âgées de plus de 55 ans
emploi que dépend l'adaptation de l'écono ont vu, quant à elles, leur taux d'activité
mie à de nouvelles conditions de croissance. passer, sur la même période, de 54,7 % à
Or, dans ce domaine d'importants efforts 32,7 °/o, l'origine de cette évolution étant
restent à réaliser. Pour ne prendre que davantage à rechercher dans l'évolution des
l'exemple de la profession informatique, on dispositions de la législation du travail
assiste à un double phénomène de désadé- favorisant le départ à la retraite.
quation [30]. Compte tenu des prévisions
de besoins en la matière, il apparaît déjà Mais face à ces deux évolutions, on
clairement l'existence d'une importante assiste au cours de la période à une aug
pénurie en matière de formation initiale mentation massive de l'emploi féminin,
publique des techniciens informatiques [6], mouvement de fond qui s'appuie sur des
[22], la seule solution à ce problème étant transformations profondes de la société et
pour le moment la formation sur le tas (15). qui s'accentue au fil des générations (16).
Cette pénurie, que l'on peut estimer à Compte tenu de l'importance inégale des
15 000 personnes en 1979, devrait s'accen effectifs concernés, la résultante de ces
tuer, représentant un déficit de 82 000 deux mouvements a été un accroissement
techniciens sur la période 1980-1985 annuel moyen de la population active
[18]. Mais cette pénurie est d'autant plus d'environ 40 000 personnes sur la période
criante que certaines formations informati 1975-1980.
ques semblent se heurter à d'importants
problèmes de débouchés. Ainsi en est-il par Concernant la période 1980-1985, les
exemple des CAP de traitement de l'info prévisions font état d'une augmentation
rmation dont les diplômes connaissent un des taux d'activité des femmes de 25 à 55
taux de chômage voisinant 50 °7o. Sans ans ( + 94 000 personnes par an), une sta
pouvoir traiter le sujet de manière comp bilisation des taux d'activité des âges élevés
lète, les quelques travaux dont on dispose (-80 000 personnes par an).
à l'heure actuelle montrent clairement que
l'adaptation de la main-d'œuvre à toute Si l'on ajoute ces estimations à celles fai
évolution technologique passe par l'appar tes pour tenir compte de l'évolution démog
eil de formation [12], [31]. Lorsque l'on raphique, on obtient une augmentation
sait que la durée qui sépare la décision de annuelle de la population active sur la
mise en place d'une filière de formation et période 1980-1985 de 229 000 personnes
l'arrivée sur le marché de la première pro par an.
motion, cette filière peut excéder 15 ans, on
conçoit que la formation constitue un enjeu A la lumière de ce chiffre, le problème
essentiel pour l'avenir que celui-ci soit envi des conséquences sociales de la micro
sagé à court, à moyen ou à long terme. électronique se pose en terme tout nou
veau. Si l'on adopte, en effet, une hypo
3. Age et sexe [8] thèse de stabilisation de la demande de tra
vail liée à l'adoption de cette forme de pro
L'évolution des taux d'activité a connu grès technique, on réalise immédiatement
un double mouvement contradictoire dont que l'évolution de l'offre de travail conduit
l'effet global n'a fait que renforcer les ten à une augmentation du chômage de plus de
dances démographiques. 1 million de personnes à l'horizon 1985. Ce
type de raisonnement effectué « toutes
On a ainsi assisté à une diminution des choses égales par ailleurs » ne permet certes
taux d'activités aux âges extrêmes : le taux pas de conclure de manière définitive sur
d'activité des jeunes de moins de 24 ans est l'impact de la microélectronique sur
ainsi passé de 66,6 en 1962 à 52,5 % en l'emploi. Elle donne toutefois une indica
1979. La raison principale en est le prolon tion de l'ampleur des problèmes qui restent
gement de la durée des études que l'au à résoudre dans un futur qui se rapproche à
gmentation du chômage n'a fait que grand pas.
(15) Les écoles privées, les constructeurs ainsi
que les SSCI assuraient en 1979 la format (16) Le taux d'activité des femmes de 25 à 54 ans
ion de seulement 3 200 techniciens. est passé de 47 °7o à 42,6 % de 1962 à 1979.
132 REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE — n° 21, 3' trimestre 1982 par l'intermédiaire d'une centralisation — L'IMPACT SUR LES CONDI2.
accrue des informations concernant les posTIONS DE TRAVAIL
tes de travail [19].
II convient tout d'abord de remarquer Par ailleurs, l'homogénéisation relative
que, pour un certain nombre d'auteurs, des conditions de travail que provoque la
l'informatisation est appelée à devenir microélectronique tend à poser le pro
avant la fin du XXe siècle la forme domi blème en des termes similaires dans les ate
nante d'organisation du travail, appelée à liers et dans le bureau [9] .
se substituer progressivement au taylorisme
en crise [9], [32] et [42]. Ceci donne tout Les constatations générales doivent être
son sens à l'attention portée par de nom très largement relativisées dès lors que l'on
breux auteurs, économistes, sociologues ou prend en compte un aspect essentiel du phé
ergonomes à l'impact de la micro nomène d'informatisation. Plus peut être
électronique sur les conditions de travail. que tout autre type de progrès technique, la
Dans ce domaine, bien que de nombreuses technologie micro-électronique offre
pistes restent à explorer, un certain nombre d'importants degrés de liberté en matière
de points semblent d'ores et déjà acquis. d'organisation du travail.
Tout le monde est d'accord en premier L'existence ou non d'un dialogue entre
lieu pour constater que la micro l'homme et la machine et la richesse de ce
électronique modifie sensiblement les con dialogue constituent autant d'éléments
ditions de travail. essentiels pour définir la nature des condi
tions de travail que favorise l'utilisation
Dans de nombreux cas, la micro d'un matériel donné, qu'il s'agisse ici de
électronique contribue à l'amélioration des différentes générations d'un même matériel
conditions physiques de travail en assurant [7] ou de différents modes d'insertion dans
une séparation complète entre le travailleur l'entreprise d'un même matériel [37].
et le produit de son travail. La réduction
des risques d'accidents s'accompagne ici L'analyse des conséquences de la micro
d'une réduction des nuisances physiques électronique sur les conditions de travail ne
(bruit, chaleur...) [4], [19], [24], [33]. Il est laisse que peu de place à un quelconque
toutefois à noter que la nécessité d'amortir déterminisme.
rapidement les machines et les équipements
impose souvent la mise en place de systèmes 3. — FACTEURS ET FREINS
de travail en équipe [5], [19], [33], [34].
Ceci concerne plus particulièrement la Depuis D. Ricardo, on sait que l'ampleur
robotique. En ce qui concerne la bureauti des dysfonctionnements provoqués par le
que, le débat sur la pénibilité visuelle du progrès technique dépend très étroitement
travail sur terminal à écran est loin d'être de la vitesse de diffusion de celui-ci. Plus
clos. Un certain nombre d'améliorations cette est grande, moins les « forces
apportées aux matériels ont toutefois per de rappel » permettant au système écono
mis de pallier dès à présent un certain nomb mique de s'adapter auront des chances
re de problèmes posés par ce type de tra d'être mis en place à temps. Des facteurs et
vail [35]. des freins au développement de la micro
électronique dépendra donc très largement
L'amélioration des conditions physiques l'ampleur des problèmes d'emploi.
de travail s'accompagne, dans certains cas,
A — Economiques d'une détérioration des psychi
ques de travail. L'origine de cet état de fait
est à rechercher dans l'augmentation de la C'est bien évidemment la baisse des prix
responsabilité confiée aux postes de travail, très rapide qu'ont connu les composants
alors même que les sollicitations en matière électroniques qui constitue le principal
d'intervention se font moins nombreuses atout de la micro électronique [4], [6], [12].
[24], [33], [36]. Ceci a permis la réalisation de projets jugés
jusque là trop coûteux (ex : le transfert
Il est à noter par ailleurs un accroiss électronique de fonds) aussi bien que l'élec-
ement du contrôle s'exerçant sur le travail tronisation de biens dont le coût unitaire
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE — n" 21, 3' trimestre 1982 133 D — Sociaux étant trop faible pour justifier un tel inves
tissement (ex : les machines à écrire à
mémoire). Il faut toutefois noter ici que, L'ignorance à l'égard de la technologie et
compte tenu du faible coût actuel des com l'absence d'intérêt pour les applications
posants, cet avantage est appelé à jouer un potentielles de celle-ci constituent autant de
moindre rôle dans le futur, l'évolution du freins à la diffusion de la micro électroni
prix de la partie mécanique des équipe que [6]. Mais il convient de noter un autre
ments reprenant tous ses droits [9]. type de frein dans ce domaine. De même, l'on assiste actuellement à une crise du
Mais, plus fondamentalement, le moteur taylorisme, on assiste à un embryon de crise
le plus puissant de la diffusion de la micro informatique. Un certain nombre de phé
électronique sont les gains de productivité nomènes de rejets, échappant partiellement
que cette technologie permet de réaliser. aux syndicats, posent ici le problème de
Même si les chiffres avancés par les cons l'acceptation à long terme de cette nouvelle
tructeurs sont souvent exagérés, cet élément technologie [7], [13].
est appelé à jouer un rôle déterminant au
moment où la plupart des économies déve Si l'on veut donner une vision d'ensemb
loppées connaissent une baisse marquée de le des facteurs et des freins à la diffusion
cet indicateur d'efficacité [7], [13], [26]. de la micro électronique, on peut ainsi con
sidérer que jouent avant tout comme
moteurs des éléments d'ordre économique
B — Réglementaires alors que les freins sont davantage d'ordre
social. Les facteurs techniques et institu
tionnels semblent quant à eux jouer un rôle La sécurité en matière de circulation de
secondaire, ces freins étant d'autant plus l'information constitue incontestablement
facilement relâchés que la technologie un des problèmes cruciaux qui se pose
apparaît prometteuse de marchés [9]. aujourd'hui face à la révolution de la micro
électronique. Le « risque informatique »
CONCLUSION encore mal connu, mais très vivement res
senti pose ainsi au législateur un problème
Arrivé au terme de ce « survey », il ne dont celui-ci ne semble pas avoir mesuré à
peut être question de conclure définitivla fois l'ampleur et l'urgence [7].
ement sur la nature des effets de la micro
électronique sur l'emploi. Trop de points C — Institutionnels restent aujourd'hui encore dans l'ombre et
ceux qui semblent clairement établis témoi
Alors que les associations de consommat gnent du caractère protéïforme de ce phéeurs ne semblent pas avoir adopté de posi nomène. De nombreuses pistes de rechertion très précise vis-à-vis de la micro éle ches restent ainsi à creuser. Mais ce sur
ctronique, la plupart des syndicats ont cla quoi nous voudrions insister n'est pas tant
irement défini leur politique dans ce le manque d'études effectuées sur le sujet
domaine. Aucun d'entre eux ne se déclare que la timidité des actions de l'Etat face
opposé à la diffusion de la micro électroni aux problèmes déjà circonscrits. Il ne faut
que [19], [38], [39]. L'intervention syndi pas s'y tromper : si la micro électronique
cale porte davantage sur les modalités con est appelée à devenir une nouvelle forme
crètes de mise en œuvre de cette technolog dominante d'organisation du travail sus
ie. Exigeant toutes une information claire ceptible de fournir une issue à la crise, il est
sur le sujet, certaines centrales souhaitent largement temps de mettre en place le cadre
une possibilité d'intervention au moment réglementaire et institutionnel permettant
de la mise en place de matériels (CGT et une diffusion harmonieuse de cette nouv
CFDT) voire une concertation au niveau de elle technologie. La disproportion est
la fabrication même de ces matériels grande qui existe entre les études réalisées à
(CFDT). ce jour et les projets gouvernementaux
visant à mettre en œuvre les recommandat
Conscients de l'importance de la micro ions que l'on peut tirer de celles-ci. Le
électronique, les syndicats cherchent ainsi domaine où l'action est aujourd'hui la plus
moins à s'y opposer qu'à participer à la urgente est, nous semble-t-il, la formation
« gestion du changement » [5], [15]. compte tenu des délais existants dans ce
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