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Bertrand Kleider
Jean-Yves Pabst
L'École impériale du Service de santé militaire de Strasbourg
(1856-1870)
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 93e année, N. 345, 2005. pp. 61-72.
Résumé
Héritière d'une longue tradition d'enseignement, l'École de pharmacie de Strasbourg créée en 1803 forma de nombreux
pharmaciens dont plusieurs occupèrent des postes importants au sein du Service de santé des Armées. La création de l'École
impériale du service de santé militaire à Strasbourg en 1856 et ses débuts difficiles en raison de locaux inadaptés, représenta
pour Strasbourg une aubaine économique et une chance pour la Faculté de médecine. L'intégration des pharmaciens dans le
cadre de l'Ecole impériale en 1864 confortera le rôle eminent de l'École de pharmacie dans l'enseignement pharmaceutique
jusqu'en 1870.
Abstract
School of Pharmacy from Strasbourg (1856-1870).
Heiress of an important tradition of teaching, the School of Pharmacy from Strasbourg created in 1803 trained numerous
chemists whose numerous held important positions into the Health Service of the armies. The creation of the imperial School of
the military Health service in Strasbourg in 1856 and its difficult beginnings due to unsuitable premises represented for
Strasbourg an economic opportunity and a chance for the Faculty of Medicine. The integration of the chemists into the imperial
School in 1864 will confirm the distinguished role of the Shool of Pharmacy into the pharmaceutical teaching until 1870.
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Kleider Bertrand, Pabst Jean-Yves. L'École impériale du Service de santé militaire de Strasbourg (1856-1870). In: Revue
d'histoire de la pharmacie, 93e année, N. 345, 2005. pp. 61-72.
doi : 10.3406/pharm.2005.5760
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_2005_num_93_345_576061
L'École impériale
du Service de santé militaire
de Strasbourg (18564870)
par Bertrand Kleider *, Jean- Yves Pabst *
Depuis que les Armées existent, elles ont toujours drainé à leur suite une
foule de corps de métiers plus ou moins indispensables à leur survie.
Parmi ces corps de figuraient des apothicaires. Ceux-ci étaient
indépendants de l'Armée et vendaient directement leurs drogues aux malades et
aux blessés. Avec le temps, les régiments commencèrent à louer les services de
chirurgiens et d'apothicaires pendant la durée des campagnes. La création d'hô
pitaux militaires obligea l'Armée à recruter des officiers de santé l permanents.
Ainsi, progressivement, les hommes du corps médical se virent-ils intégrés à la
structure des Armées.
Le pharmacien, en raison de ses connaissances élargies en chimie et en bota
nique, y trouva sa place. Cependant, l'Armée doit trouver des moyens d'assurer
le recrutement de professionnels de santé compétents.
Strasbourg, ville d'enseignements et de garnison, joua un rôle important dans
le développement de la pharmacie militaire. En effet, grâce à son École de phar
macie, la ville peut s'enorgueillir d'avoir été l'un des acteurs de la modernisation
du Service de santé des Armées. L'entrée des pharmaciens à l'École impériale du
Service de santé militaire en 1864 signifia l'intégration définitive des pharmac
iens dans le service sanitaire des Armées. Partagés entre les cours de l'École
supérieure de pharmacie et l'École militaire, les carabins verts 2 arpentèrent à
toutes heures les rues de la capitale alsacienne et y apportaient leur bonne
humeur et leur jeunesse.
* Université Louis Pasteur, Faculté de pharmacie, 74 route du Rhin, 67401 Illkirch cedex
revue d'histoire de la pharmacie. Lin, n° 345, 1er trim. 2005, 61-72. REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 62
Origines de la création de l'École
- La pénurie des effectifs
Depuis 1850, les officiers de santé militaires étaient recrutés directement à la
sortie des Facultés ou Écoles civiles. La première guerre de l'empire, en Crimée,
démontra les faiblesses de ce système. En effet, de nombreux officiers de santé
succombèrent aux épidémies qui ravagèrent les troupes et l'Armée se trouva dans
l'incapacité à reconstituer les effectifs. En 1856, seuls 19 officiers de santé se
présentèrent au concours d'entrée du Val-de-Grâce. Or, 120 pharmaciens et
médecins étaient morts en campagne. Ce faible nombre de candidats s'explique
par le fait que peu d'officiers de santé, après de longues années d'études à leur
charge, souhaitaient embrasser la carrière militaire, celle-ci étant peu valorisante
et faiblement rémunérée 2> 3' 4.
- La création d'un enseignement préparatoire au Service de santé des
Armées
Face à la pénurie, le Conseil de santé, institution consultative du Service de
santé, proposa la création d'un enseignement préparatoire au Service de santé
des Armées. Cet enseignement devait permettre d'augmenter les effectifs des
officiers de santé en fournissant l'occasion à des étudiants dénués de fortune de
poursuivre, à la charge de l'État, des études de médecine ou de pharmacie.
La contrepartie de cette prise en charge financière était l'engagement des étu
diants à servir au minimum dix ans dans l'Armée. Cette solution s'imposa rap
idement parmi la hiérarchie militaire. Le maréchal Vaillant, ministre de la Guerre
consulta son collègue de l'Instruction publique. Ce dernier penchait vers le sys
tème d'une scolarité exclusivement civile. La hiérarchie du Service de l'inten
dance, quant à elle, fit pression pour obtenir le rétablissement des hôpitaux
d'instruction. En effet, ce système lui permettait de garder la haute main sur la
formation des officiers de santé. Le ministre de la Guerre était persuadé de la
nécessité qu'il y avait pour les futurs officiers de santé à suivre les cours de
l'Université. Il était en revanche plus réticent quant à l'opportunité de laisser les
étudiants en dehors de tout contrôle militaire. C'est pourquoi, il décida que les militaires seraient formés par l'Université tout en conservant le port
de l'uniforme et en étant casernes 2' 3> 4.
- Le choix de Strasbourg et le décret du 12 juin 1856
Une fois le mode de fonctionnement établi, se posa la question de désigner
la ville qui accueillerait les étudiants militaires. La cité choisie devait pouvoir IMPÉRIALE DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE DE STRASBOURG 63 ÉCOLE
fournir un enseignement de qualité et posséder une infrastructure militaire.
Le médecin inspecteur Michel Lévy, originaire de Strasbourg et membre du
Conseil de santé, proposa sa ville natale. La capitale alsacienne détenait de
nombreux atouts. Elle possédait une Faculté de médecine, une École de phar
macie et accueillait deux hôpitaux, l'un civil et l'autre militaire. De plus, la
ville était un centre militaire important et avait été le siège d'un hôpital d'ins
truction. La candidature de Strasbourg bénéficia en prime d'un soutien de
taille. En effet, Fortoul, le ministre de l'Instruction publique, souhaitait voir
les élèves du Service de santé s'installer à Strasbourg. Par l'apport de nou
veaux étudiants le ministre souhaitait stimuler la Faculté de médecine de la
ville qui voyait diminuer chaque année le nombre de ses inscriptions.
Strasbourg fut donc désignée pour être le siège de l'enseignement préparat
oire 2- 3- 4' 5.
Le maréchal Vaillant chargea le médecin inspecteur Lévy de la rédaction du
décret portant sur le nouvel enseignement préparatoire au Service de santé.
Le titre premier fixa les règles d'admission des élèves. Celle-ci se fit au moyen
d'un concours ouvert aux étudiants en médecine. Le titre second organisait les
études et la discipline des élèves. Les élèves devaient suivre les cours de la
Faculté de médecine et être casernes à l'hôpital militaire. Leur chef direct était
le directeur dudit hôpital et ils devaient obéir aux règles de la discipline mili
taire. Le programme des études était fixé par les professeurs et soumis à l'a
pprobation du Conseil de santé. Les élèves étaient interrogés au moins une fois
tous les deux mois sur chaque matière enseignée. Les interrogations étaient
menées par les professeurs de la Faculté. Les notes attribuées lors des interro
gations étaient ensuite transmises au directeur de l'hôpital militaire qui était
chargé de vérifier le bon déroulement des études des élèves militaires. Une fois
le doctorat obtenu, les élèves étaient dirigés vers l'École impériale d'applica
tion de médecine et de pharmacie militaire de Paris pour y achever leur fo
rmation 3.
- Les pharmaciens exclus de l'enseignement préparatoire au Service de
santé
Lors de la rédaction du décret, il fut finalement décidé de ne pas inclure les
pharmaciens dans le nouveau cursus. Ils continuèrent à être recrutés parmi les
diplômés civils et effectuèrent simplement une année de stage au Val-de-Grâce.
Une dizaine de pharmaciens sous-aides de l'hôpital militaire suivirent néan
moins les cours de l'École de pharmacie, mais ils ne faisaient pas parti du cadre
de l'École militaire. REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 64
L'installation des élèves à Strasbourg
- Des débuts difficiles
Entre 150 et 200 élèves médecins militaires devaient suivre pendant quatre
ans les cours de la Faculté de médecine de Strasbourg. Théoriquement, les élèves
auraient dû être casernes à l'hôpital militaire, dans les locaux de l'ancienne
École de santé militaire (1814-1852). Malheureusement, les lieux étaient beau
coup trop exigus pour accueillir un si grand nombre de pensionnaires. L' enca-
sernement des étudiants fut donc abandonné et les élèves logèrent et mangèrent
en ville dans des pensions ou des hôtels. Ils recevaient, pour subvenir au loge
ment et la nourriture, la somme de 50 francs par mois 6.
L'arrivée des étudiants militaires à la Faculté de médecine provoqua dans un
premier temps quelques remous. Par principe, les professeurs avaient refusé la pré
sence de surveillants militaires pendant leurs cours. Cependant, les enseignants se
révélèrent incapables de faire régner l'ordre parmi les étudiants militaires.
Ils revinrent donc sur leur décision et put régner dans les amphithéâtres.
Toutefois, les craintes de l'administration militaire concernant le respect de la dis
cipline, par des élèves non sévèrement encadrés, se révélèrent fondées. La liberté
presque totale dont jouissaient les étudiants militaires se trouva être la cause d'in
cidents de plus en plus nombreux. De plus, les résultats universitaires des élèves
militaires n'étaient pas à la hauteur des espérances de la direction. La hiérarchie
militaire s'inquiéta, car l'indiscipline des élèves conjuguée à la médiocrité de leurs
résultats ne manquerait pas de remettre en cause l'existence même de l'enseigne
ment. La survie de l'École passait obligatoirement par le casernement des élèves.
- La recherche d'un casernement
En 1859, le médecin inspecteur Lévy rendit compte au ministre de la Guerre
de la nécessité qu'il y avait à encaserner les élèves de santé. Faisant suite à ce
rapport, un décret du 28 juillet 1860 décida de la création d'un cantonnement
pour l'École. Le problème était que l'Armée ne possédait aucun bâtiment sus
ceptible d'accueillir les deux cents élèves de l'École. Comme aucun fonds
n'était prévu pour la construction d'un édifice spécial, il fallut s'acheminer vers
la location d'un bâtiment civil. L'Armée s'intéressât à un immeuble en construc
tion place du Château. Cet édifice existe toujours et abrite l'actuelle Poste.
- L'immeuble de la place du château
Cet immeuble faisait partie d'un projet commun de l'uvre Notre-Dame,
gestionnaire des biens de la cathédrale et de la mairie. Le bâtiment s'inscrivait IMPÉRIALE DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE DE STRASBOURG 65 ÉCOLE
dans une série de travaux débutés en 1854 destinés à assainir le quartier et à
mettre en valeur la cathédrale en dégageant ses abords. Pour construire l'i
mmeuble de la place du Château, il fallut exproprier neuf habitations situées rue du
Vieux-Marché-aux-Cerises et rue du Maroquin. Les travaux commencèrent en
1857. À l'origine, le bâtiment devait accueillir des bureaux, des commerces, et
des appartements de luxe. Les travaux étaient pratiquement achevés lorsque
l'Armée proposa de louer le bâtiment pour permettre l'établissement de l'École
de santé militaire. Une difficulté de taille s'opposa tout d'abord à l'attribution de
l'immeuble à l'Armée. Alors que le Conseil municipal comptait pouvoir tirer de
la location une somme annuelle de 30 000 francs, l'intendant militaire proposa
seulement 21 700 francs. Le médecin inspecteur Lévy fit valoir au maire
Coulaux que l'absence de casernement convenable pour l'École impériale de
santé entraînerait le départ de celle-ci. Le maire était conscient du rôle moteur de
l'École de santé dans le développement de la Faculté de médecine et dans le
rayonnement de sa ville dans le domaine des sciences. Dans le but de conserver
l'École à Strasbourg, le Conseil consentit à accepter les propositions financières
du ministère de la Guerre. L'Armée demanda à Gustave Klotz, l'architecte du
bâtiment, les modifications nécessaires à la nouvelle destination de son uvre.
Les premiers élèves purent emménager en décembre 1860 6.
Le bâtiment de l'École était constitué par un immeuble de six niveaux avec un
toit en ardoises. L'immeuble forme un U renversé dont la base fait face à la
cathédrale.
Organisation et fonctionnement de l'Ecole jusqu'en 1864
Le casernement des élèves dans un bâtiment propre marqua la transformation
de l'enseignement préparatoire en une véritable École du Service de santé.
Disposant de ses propres locaux et de son propre personnel administratif, le
Service de santé bénéficia, pour la première fois, d'un établissement de format
ion affranchi de la tutelle de l'Intendance.
- L'encadrement et le personnel de service
L'École était dirigée par un directeur qui avait le grade de médecin inspecteur.
Dans le projet de 1856, ce était celui de l'hôpital militaire. Il ne s'occu
pait que de la gestion des questions touchant les élèves et leurs études. La gestion
administrative était confiée à un intendant militaire. Après le déménagement, l'in
tégralité du commandement de l'École fut confiée au directeur médecin inspect
eur. En quatorze ans d'existence ne connut que deux directeurs :
- SÉDILLOT, Charles Emmanuel (1804-1883), médecin inspecteur ; tout
d'abord directeur de l'hôpital militaire, il fut le premier directeur de l'École en 66 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
1856 et quitta par la suite l'hôpital militaire. Il conserva le commandement de
l'École jusqu'à son départ à la retraite en 1868 ;
- COLMANT, Joseph Arnoux (1809-1883), médecin inspecteur ; il sera
nommé en 1869 jusqu'à la disparition de l'École en 1870.
Le directeur était secondé par un sous-directeur, ce fut le médecin principal
Rouis qui occupa ce poste. D'après l'un de ses anciens élèves, Rouis a été « l'âme
un peu inquiète » de cette institution. Grâce à son ouvrage sur l'histoire de l'École,
il demeure sa mémoire 4.
L'École possédait un personnel en nombre important pour faire respecter la
discipline et le bon fonctionnement de l'institution. Le médecin inspecteur Lévy
fut chargé d'inspecter l'École tous les ans et d'en rendre compte au ministre de
la Guerre.
- Les bienfaits du casernement
Après des années de liberté, les étudiants en médecine furent donc obligés de
se soumettre à l'encasernement de leur École. Seuls les étudiants des dernières
années eurent l'autorisation de conserver leur logement en ville. Il va sans dire
que ce changement d'état ne se fit pas sans quelques grincements de dents parmi
les élèves. Certains « empoisonnèrent » même l'eau de boisson du réfectoire
avec un puissant purgatif afin de provoquer un tumulte. Leurs camarades en
furent quittes pour une désagréable colique. D'autres incidents émaillèrent l'e
ncasernement, mais les effets ne se firent pas attendre. On ne constata plus d'in
cidents en ville et les résultats des examens de la Faculté furent en hausse.
L'encasernement clarifia également le statut de ces étudiants militaires qui se
considéraient jusqu'alors plus étudiants que militaires 3.
- Le problème des locaux se pose à nouveau
Dès 1862, l'École se sentit à l'étroit dans ses nouveaux locaux. En effet, ceux-
ci étaient prévus pour un maximum de deux cents élèves et l'École en accueillait
déjà 239. Par conséquent, quelque 120 élèves furent cantonnés à l'hôpital mili
taire. L'hôtel du Cerf, mitoyen de l'École, servit de réfectoire. Avec la venue des
élèves pharmaciens, le problème des locaux se fera de plus en plus criant et
nécessitera des mesures appropriées 3' 6.
Les premières années de flottement passées, la réussite des élèves militaires
aux examens était devenue supérieure à celle des étudiants civils. D'autre part,
les plaintes concernant les étudiants militaires cessèrent et la discipline fut
mieux respectée. En 1864, l'École de santé militaire avait donc relevé les défis
qui lui incombaient. Cette belle réussite allait permettre l'élargissement du cadre
de l'École aux pharmaciens. ÉCOLE IMPÉRIALE DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE DE STRASBOURG 67
L'entrée des pharmaciens à l'École impériale du Service de santé mili
taire
- Fondements de l'admission des pharmaciens à l'École impériale et le décret
du 27 avril 1864
Le recrutement direct de pharmaciens civils ne répondit pas aux exigences de
la hiérarchie militaire. En effet, dès 1858 un rapport dénonça la faiblesse du
niveau des postulants au concours d'entrée au Val-de-Grâce. Sur 27 pharmaciens
de lre classe qui se présentèrent cette année, aucun ne savait manipuler et seuls
12 eurent la moyenne aux examens 2.
En 1864, considérant les résultats de l'École de Strasbourg en ce qui concern
ait le recrutement des médecins, Randon, ministre de la Guerre, adressa un
rapport à l'Empereur lui proposant de recevoir une division complémentaire
d'élèves pharmaciens militaires. Le décret du 27 avril 1864 va décider de l'en
trée des à l'École impériale du Service de santé militaire 7. À la
suite du décret, de nouveaux règlements furent établis par le ministère de la
Guerre à destination de l'École impériale du Service de santé militaire.
Ils concernaient l'administration et le service intérieur de l'École. Les règle
ments sur le service intérieur concernaient le personnel et les élèves de l'École.
Ils fixèrent les relations entre les différents acteurs de l'institution et codifièrent
chaque instant de la vie des élèves. Le but était évidemment d'éviter que ne se
reproduisent les désordres du passé. Le règlement concernant l'administration
de l'École marque l'indépendance de cette institution. En effet, dès lors, l'Éco
le fut administrée et gérée par du personnel attaché à l'École et selon un règl
ement propre et non pas selon les règles en vigueur dans le Service de
l'Intendance 3.
Évolution de l'École impériale du Service de santé de 1864 à 1870
- Récurrence du problème des locaux et influence sur la discipline
L'éclatement du casernement entre l'immeuble de la place du château et
l'hôpital posait des problèmes de discipline et imposait un dédoublement des
services. Pour remédier à ces inconvénients, l'agrandissement de l'immeuble
de l'École fut décidé en 1865. L'acquisition de deux maisons et de l'Hôtel du
Cerf permit d'agrandir la partie Sud de l'École. Cependant, malgré les tr
avaux, le siège de l'École demeura trop exigu pour abriter tous les élèves.
Les logements de l'hôpital militaire ou en ville durent être conservés. Un rap
port de 1867 indique une aggravation des problèmes de discipline liée au
logement 8. Plusieurs solutions pour regrouper les élèves furent envisagées. REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 68
La première fut le rapatriement de tous les élèves dans l'hôpital militaire, mais
les locaux étaient trop exigus. La deuxième éventualité fut l'échange des
locaux entre l'École militaire, place du château, et les Facultés, rue de
l'Académie. Cette solution avait le mérite de contenter tous les acteurs en pré
sence. Pour les militaires, ce projet présentait l'avantage de réunir en un seul
lieu tous les services de l'École. De plus, la position excentrée des locaux de
l'Académie permettait d'isoler les élèves des civils et du centre ville. Les
autorités universitaires souhaitaient a contrario se rapprocher du centre actif
de la cité et rêvent de créer avec la Faculté de médecine, située porte de l'hô
pital, un « boulevard de la science ». Néanmoins, ce déménagement demand
ait de lourds investissements car les bâtiments de l'Académie devaient être
agrandis. Pour ce faire, l'École de pharmacie et des habitations proches
allaient devoir être détruites. Le coût global de l'opération était de plus de
1 200 000 francs, selon les estimations de la mairie. Les militaires, quant
à eux, chiffraient leur participation à 600 000 francs. Le volume des sommes
à engager retarda le projet 6> 9.
Devant l'impasse, les autorités militaires cherchèrent discrètement une autre
ville susceptible d'accueillir l'École de santé. Le conseil municipal de
Strasbourg eut vent de l'affaire et en débattit en novembre 1869. Le maire
Uhmann exposa clairement la situation et l'intérêt qu'il y avait pour Strasbourg
à conserver l'École. Les conseillers municipaux renchérirent : « la conservation
de l'École n'est pas une simple question de deniers, l'honneur et la gloire de la
ville sont intéressés au maintien de cette institution ». Le maire proposa de
financer une partie de la translation dans les locaux de l'Académie pour per
mettre à Strasbourg de conserver l'École. Le général Ducrot, commandant de la
place, accepta la proposition de don de 600 000 francs de la mairie pour aider
au déménagement de l'École 10, n.
Un troisième projet fut étudié à partir de 1870. Il s'agissait de construire une
nouvelle École au sud de l'esplanade. Cette École devait s'étendre sur trois hec
tares et être composée de dix bâtiments. Ces plans étaient un avant-projet et
n'avaient fait l'objet d'aucune étude financière 6.
Cependant, la guerre qui approchait réduisit à néant tous les plans concernant
l'École.
- Un casernement de plus en plus mal accepté
À partir de 1864, des velléités d'indépendance se manifestèrent à nouveau
chez les élèves du Service de santé. Ceux-ci réclamaient le retour aux études
libres. Cette revendication était appuyée par toute une série d'outrages verbaux
ou écrits envers les chefs de l'institution ainsi que par des actes d'indiscipline.
Le point culminant eu lieu le 23 juillet 1866. Les élèves protestèrent contre ÉCOLE IMPÉRIALE DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE DE STRASBOURG 69
l'ajout de surveillants supplémentaires et désertèrent l'École jusqu'au dimanche
suivant. Les rebelles revinrent ensemble au cantonnement à minuit. Ils trouvè
rent sur place le général Ducrot accompagné des autorité civiles. Les réfrac-
taires furent mis en demeure d'accepter par écrit le règlement de 1860, sous
peine de licenciement. Tous s'y soumirent et le régime de l'École ne fut plus
contesté 3.
- Les incidents de 1868
D'après le sous-directeur Rouis, 1868 marqua le début d'une série d'inci
dents qui ne devait s'arrêter qu'en 1870. La plupart des actes d'indiscipline
furent innocents. Ils résultaient de tensions entre l'encadrement et les élèves ou
de grivoiseries perpétrées à l'extérieur de l'École. Certains débordements
eurent cependant des répercussions inattendues et pour le moins disproportion
nées. En 1868, les élèves pharmaciens militaires organisèrent un chahut pendant
un cours de l'École supérieure. Par malheur, certains « menus objets de quin
caillerie » furent dégradés. Le recteur se saisit de l'affaire et menaça de fermer
l'École de pharmacie pour « dégradation d'objets appartenant à l'État ».
Le directeur de l'École militaire sanctionna les coupables avec une clémence
toute relative. Cependant, l'affaire n'en resta pas là. Dix mois plus tard, le
médecin inspecteur Colmant se vit attribuer un blâme sévère pour n'avoir pas
puni les élèves avec assez de rigueur. La séance eut lieu dans la salle du conseil
académique en présence du recteur et du directeur de l'École supérieure de
pharmacie 3.
Le siège de Strasbourg et la fin de l'École en 1870
Manipulée par Bismarck et emportée par son nationalisme, la France déclara
la guerre à la Prusse le 16 juillet 1870 4' 12.
- L'École du Service de santé face à la guerre
L'annonce officielle de la déclaration de guerre fut faite aux élèves le
16 juillet à 15 heures. Ceux-ci, bien évidemment, brûlaient de prendre part aux
actions futures. Ils s'enquirent auprès du directeur des dispositions prises à leur
sujet. Colmant leur affirma qu'il n'avait pas encore reçu d'ordre mais que
l'Armée ferait sans doute appel à leurs services. Effectivement, dès le 25 juillet,
les 15 pharmaciens de 3e année et les 63 médecins de 4e année furent nommés
sous-aides majors et rejoignirent les ambulances de l'Armée Rhin pour y servir
pendant les affrontements. Les autres promotions restèrent à Strasbourg.
Les élèves qui étaient cantonnés à l'hôpital cédèrent la place aux blessés qui

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