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BÉRANGER pierre jean de (1780-1857)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis BBÉÉRRAANNGGEERR ppiieerrrree jjeeaann ddee ((11778800--11885577)) Le célèbre chansonnier français Pierre Jean de Béranger, enfant du peuple malgré une particule usurpée par son père, fut élevé par son grand-père, tailleur rue du Faubourg-Saint-Antoine. Il assiste à la prise de la Bastille, mais on juge ensuite plus prudent de l'envoyer chez une tante fort dévote de Péronne, où il fréquente l'institut laïque de M. Ballue de Bellenglise, adepte de Rousseau, qui avait fait de son école un véritable petit club où l'on cultivait la harangue et les maximes révolutionnaires. Il travaille ensuite chez un imprimeur qui lui inculque les usages de la langue et les règles de la prosodie. De retour à Paris, il écrit une comédie, Les Hermaphrodites, inspirée par les mœurs efféminées du Directoire, commence un poème épique, Clovis, et s'essaie à tous les genres poétiques. Vivant dans la gêne, il songe à s'établir dans la colonie d'Égypte, puis envoie ses vers à Lucien Bonaparte qui, avant de partir pour l'exil en 1804, lui fait don de sa propre pension de membre de l'Institut, à laquelle s'ajoute l'argent qu'il tire d'une collaboration anonyme aux Annales du Musée français, recueil de gravures au trait dirigé par le peintre Landon, puis d'une place de commis-expéditionnaire dans les bureaux de l'université. De 1809 à 1814, il écrit ses premières chansons.
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BÉRANGER pierre jean de (1780-1857)

Le célèbre chansonnier français Pierre Jean de Béranger, enfant du peuple malgré une particule usurpée par son père, fut élevé par son grand-père, tailleur rue du Faubourg-Saint-Antoine. Il assiste à la prise de la Bastille, mais on juge ensuite plus prudent de l'envoyer chez une tante fort dévote de Péronne, où il fréquente l'institut laïque de M. Ballue de Bellenglise, adepte de Rousseau, qui avait fait de son école un véritable petit club où l'on cultivait la harangue et les maximes révolutionnaires. Il travaille ensuite chez un imprimeur qui lui inculque les usages de la langue et les règles de la prosodie. De retour à Paris, il écrit une comédie, Les Hermaphrodites, inspirée par les mœurs efféminées du Directoire, commence un poème épique, Clovis, et s'essaie à tous les genres poétiques. Vivant dans la gêne, il songe à s'établir dans la colonie d'Égypte, puis envoie ses vers à Lucien Bonaparte qui, avant de partir pour l'exil en 1804, lui fait don de sa propre pension de membre de l'Institut, à laquelle s'ajoute l'argent qu'il tire d'une collaboration anonyme aux Annales du Musée français, recueil de gravures au trait dirigé par le peintre Landon, puis d'une place de commis-expéditionnaire dans les bureaux de l'université. De 1809 à 1814, il écrit ses premières chansons. Le Roi d'Yvetot et Le Sénateur eurent le bonheur de beaucoup amuser Napoléon. Béranger professa toujours pour celui-ci une vive admiration, voyant en lui l'expression géniale des aspirations populaires, mais il jugea avec sévérité son despotisme croissant. Il est admis au célèbre cabaret du Caveau ; c'est alors qu'on propose à ce chansonnier, qui se moque de la censure, un poste... à la censure.

Le recueil Chansons morales et autres (1815) rassemble ses premières créations : chansons à boire cultivant la gaudriole — Les Gueux, Les Infidélités de Lisette (narrant ses propres mésaventures), La Bonne Fille, Frétillon —, petites compositions dramatiques populaires et poétiques et, déjà, premières chansons patriotiques : Ma Dernière Chanson peut-être, Le Bon Français chantée à la barbe des aides de camp de l'empereur Alexandre. Ce recueil lui vaut une semonce de Fontanes, grand maître de l'université, et Béranger préfère quitter son emploi à la veille de la publication de Chansons (1821), où le ton se fait plus âpre avec des pièces d'un patriotisme frémissant, exprimant la haine de l'envahisseur (La Sainte-Alliance des peuples, Le Vieux Drapeau, Le Dieu des bonnes gens, L'Orage, Les Enfants de la France), le mépris des opportunistes (Paillasse, Monsieur Judas, Le Ventru), la raillerie envers les émigrés (Le Marquis de Carabas, La Marquise de Prétintaille), sans compter les attaques contre les congrégations qui commencent à investir la France (Les Missionnaires, Les Révérends Pères) et contre la personne royale (La Couronne, Nabuchodonosor). Ces impertinences valent à Béranger trois mois de prison à Sainte-Pélagie et 500 francs d'amende. Son avocat, criant à l'attentat contre la liberté de la presse, publie son plaidoyer ainsi que les sept chansons incriminées : second procès, gagné, plus une immense publicité. Un troisième recueil, Chansons nouvelles (1825), échappe à la censure, mais le quatrième, Chansons inédites (1828), lui coûte un emprisonnement de neuf mois à la Force et 10 000 francs d'amende (pour le paiement de laquelle ses amis ouvrirent une souscription). Cette peine excessive en fit un héros national, surtout quand la révolution de Juillet ouvre triomphalement les portes de sa prison. Béranger se rallie à la monarchie de Juillet ; il la considère comme un pas en avant vers la République, pour laquelle il juge que la France n'est pas assez mûre ; mais, jaloux de son indépendance, il se dérobe à tous les honneurs. En revanche, il use de son crédit pour intercéder en faveur des malheureux, et ses préoccupations sociales transparaissent dans son dernier recueil : Chansons nouvelles et dernières (1833), dédiées à Lucien Bonaparte (hommage retardé par la censure de l'Empire et de la Restauration). Jacques, Le Vieux Vagabond, Jeanne la Rousse, Les Fous, La Prédiction de Nostradamus sont empreints d'une tristesse nouvelle et marquent l'arrêt de sa production. Sa trop grande popularité l'a déjà contraint à fuir Paris. Élu malgré lui aux élections de 1848, il supplie qu'on accepte sa démission. Mais l'avènement du second Empire marque son déclin, car d'une part le genre qu'il a cultivé ne correspond plus guère aux goûts de l'époque, d'autre part les républicains lui pardonnent mal d'avoir favorisé l'accession de Napoléon III au pouvoir en ayant entretenu la légende napoléonienne. Nous avons quelque peine à comprendre aujourd'hui comment, vers 1830-1840, beaucoup d'esprits distingués et de connaisseurs raffinés ont pu voir en Béranger l'un des plus grands poètes vivants de la France, le plaçant même souvent avant Hugo et Lamartine ; le classicisme toujours correct et souvent heureux d'une langue sobre, claire, élégante, ne suffit pas à justifier à nos yeux cette prééminence. Mais Béranger n'en reste pas moins une grande figure de l'histoire littéraire ; celui qui déclarait : « Le peuple, c'est ma Muse » fut effectivement le premier à être un écrivain authentiquement populaire. Et le retentissement efficace de son message explique l'admiration qu'il inspira à d'autres poètes plus géniaux : sans l'émulation de Béranger, Hugo n'aurait sans doute pas écrit Les Chansons des rues et des bois.

Auteur: FRANCE CANH-GRUYER