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Bilan de recherches récentes en numismatique axoumite - article ; n°28 ; vol.6, pg 174-209

De
37 pages
Revue numismatique - Année 1986 - Volume 6 - Numéro 28 - Pages 174-209
36 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Éric Godet
Bilan de recherches récentes en numismatique axoumite
In: Revue numismatique, 6e série - Tome 28, année 1986 pp. 174-209.
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Godet Éric. Bilan de recherches récentes en numismatique axoumite. In: Revue numismatique, 6e série - Tome 28, année 1986
pp. 174-209.
doi : 10.3406/numi.1986.1892
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_1986_num_6_28_1892GODET* Éric
BILAN DE RECHERCHES RÉCENTES
EN NUMISMATIQUE AXOUMITE
(PL VIII)
Résumé. — II est fait ici le point sur le récent renouveau des recherches relatives
aux monnaies axoumites (St. Munro-Hay et W. Hahn), recherches qui ont fait évoluer
profondément les idées sur l'origine, le développement et la durée de ce monnayage.
W. Hahn a formulé la théorie de plusieurs règnes conjoints, qui bouleverse les idées
admises. Comparant la métrologie et la typologie axoumites avec celles du monde
romano-byzantin, il précise le cadre chronologique (290-650 env.). Des analyses
métallographiques ont fourni de nouvelles données employées pour classer les types et
tenter d'établir une succession des négus. Les monnaies axoumites restent un matériel
de choix mais difficilement utilisable par l'archéologue ; et l'étude socio-économique de
la présence de monnaies dans le royaume axoumite reste à faire.
A Axoum, la vieille capitale historique et religieuse de l'Ethiopie,
«on trouve, rapporte une chronique, des images de la tête coupée de
* Membre de la Mission Française d'Archéologie près le ministère éthiopien de la
Culture de 1973 à 1979, 7, rue Bonaparte, 75006 Paris.
Abréviations. Pirenne 1975 : Jacqueline Pirenne, L'Imbroglio de trois siècles de
chronologie axoumite : iv^-v* s., Documents pour servir à l'histoire des civilisations
éthiopiennes, Travaux de la fí.C.P. 230, 6, 1975, C.N.R.S., p. 49-58 ; Munro-IIay 1978 :
Stuart С. Munro-IIay, The Chronology of Aksum : A Reappraisal of the History and
Development of the Aksumite Stale from Numismatic and Archaeological Evidence, thèse
de Ph. D. soutenue à l'Université de Londres en 1978; Munro-IIay 1984a : id., The
Coinage of Aksum, Delhi, Manohar and R.C. Senior Ltd, 184 p.; Munro-IIay 1984 b :
id., Aksumite Chronology : Some Reconsiderations, communication au 8e Congrès
International des Études Ethiopiennes, Addis-Abeba, 26-30 novembre 1984, à paraître dans
JNG XXXIV, 1984; Munro-Hay 1984c : id., An African Monetarized Economy in
Ancient Times, communication à V International conference on Indian Ocean Studies. II
(Perth W.A., Australia, 5-12 december 1984) vol. E : Maritime Studies : Shipping,
Trade and Port-Cities, 16 p.; Hahn 1983 : Wolfgang R.O. Hahn, Die Miinzpragung
des axumitischen Reiches (Mit Katalog, metallurgischem und technologischem
Anhang), Litterae Numismaticae V indobonenses II, 1983, p. 113-180, pi. 12-15; Hahn
1984 a : id., The Numismatic Evidence for the Reconstruction of the Aksumite Royal
Line, MN 29, 1984, p. 159-179, pi. 27-32; Hahn 1984 b : id., Further Reconsiderations
on the Chronology of the Coinage of Aksum, JNG XXXIV, 1984, à paraître; Hahn
1984 c : id., Some Remarks on the Metal Composition of Aksumite Silver Coins,
communication au colloque Scientific Techniques and Numismatics, Londres 1984, à
paraître dans Metallurgy in Numismatics II. AE : Annales d'Ethiopie, Paris, Addis-
Abeba ; RSE : Rassegna di Studi Etiopici, Rome-Naples ; JES : Journal of Ethiopian
Studies, Université d 'Addis-Abeba. СЕВ 2 : Cahiers Ernest-Babelon 2 : L'or monnayé I,
Purification et altérations de Rome à Byzance, C.R.A., U.R.A. 27, C.N.R.S. 1985.
Revue Numismatique, 1986, 6e série, XXVIII, p. 174-209. AXOUMITE 175 NUMISMATIQUE
saint Jean-Baptiste sur des piécettes (mahalleq) de bronze»1. C'est la
plus ancienne réinterprétation d'objet antique dont la forme rappelle
celle d'une monnaie égyptienne, la figure en buste est prise pour
l'image connue du Précurseur livrée sur un plat, à une époque où,
depuis près de mille ans, l'Ethiopie n'avait plus de monnayage propre
et commençait à utiliser les thalers autrichiens employés dans le
commerce de la mer Rouge.
Le premier, le voyageur allemand E. Riippel reconnut des monn
aies dans ces objets qu'il avait acquis en 1831 à Axoum2. Par la
suite, il faut mentionner les noms d'Antoine d'Abbadie, d'August
Dillmann, de G. Schlumberger, de W.F. Prideaux, de G. F. Hill et
d'A. Kammerer, jusqu'au premier travail d'ensemble rédigé par
Arturo Anzani en 19263 et celui de Carlo Conti Rossini4 (et leurs
disputes subséquentes).
Les monnaies provenaient d'Ethiopie et du Yémen, principalement
de trésors de cette dernière région pour les monnaies d'or5. Quelques-
unes avaient été retrouvées dans les fouilles d'Adoulis en 1905 et en
1906, d'Axoum en 1906. Depuis 1954, les fouilles menées principal
ement par la Mission Française d'Archéologie et le ministère éthiopien
de la Culture à Axoum, à Matarâ, à Adoulis et par le British Institute
in Eastern Africa à Axoum, ont mis au jour une grande quantité de
monnaies. Les trouvailles fortuites ou qui se retrouvent sur le marché
international ont constitué un corpus plus riche et plus varié que celui
provenant des fouilles scientifiques.
Les douzes dernières années ont vu une importante reprise des
études et des publications concernant les monnaies axoumites. Ce
sont principalement celles de Pirenne 1975, Munro-Hay 1978,
1984 a, 1984 b, 1984 c, Hahn 1983, 1984 a, 1984 b, 1984 c.
Chacun de ces chercheurs a établi une typologie à partir d'un
matériel beaucoup plus nombreux et varié que celui qu'avait
rassemblé Anzani : 2659 monnaies dans Munro-Hay 1984 a, 1960
monnaies dans Hahn 1983. Tous deux ont fait procéder à des
analyses selon des méthodes différentes et complémentaires6.
1. August Dillmann, Lexicon Linguae Aethiopicae, 1865, col. 68.
2. E. Ruppel, Reise in Abessinien, Francfort-sur-le-Main, 1838, II, p. 344, atlas
pi. VIII. Pour l'historique des premières reconnaissances, cf. A. de Longpérier,
Monnaies des rois d'Ethiopie (Nagast de Aksum en Abyssinie), RN 1868, p. 28-44,
surtout 28-30, pi. II et E. Drouin, Les listes royales éthiopiennes, RA 1882, p. 206-
221, pi. XX-XXI.
3. Arturo Anzani, Numismatica Axumita, RIN 1926, p. 5-110, pi. A-M ; Numisma-
tica e storia d'Etiopia, note bibliografiche, nuove osservazioni di numismatica axumita,
RIN 1928-1929, p. 5-69, pi. N-0 ; Le monetě dei re di Aksum, studi supplementary 1941, p. 49-129, pi. non numérotées.
4. Carlo Conti Rossini, Monetě aksumite, Africa Italiana, 1/3, 1927, p. 179-212.
5. Hahn 1984c : § 5, notamment les 31 aurei du Musée de Vienne.
6. W. A. Oddy et Stuart С. Munro-Hay, The Specific Gravity Analysis of the Gold 176 ÉRIC GODET
L'importante collection de A. Altheim et R. Stiehl a été aussi
récemment publiée par Reinhold Weinburg en 1983 et 19807.
J. Pirenne avait déjà pris en compte ce matériel pour ses études avec
les monnaies découvertes jusqu'en 1961 par la Mission Française
d'Archéologie.
Les monnaies provenant des fouilles franco-éthiopiennes conduites
par H. de Contenson à Axoum et dans sa région, à Axoum-Addi-
Kilté, Matarâ, Adoulis par F. Anfray ainsi que les autres monnaies
conservées au Musée National d'Addis-Abeba sont en cours de
publication par l'auteur de ces lignes. St. Munro-Hay, qui participa
aux fouilles de N. Chittick à Axoum, est chargé de l'étude des
monnaies pour la publication. Il a mentionné ces découvertes dans sa
thèse (Munro-Hay 1978 : 53-56).
F. Anfray (1968)8 a posé les principales questions que suscite ce
monnayage : elles portent sur les dates d'apparition et de fin du
monnayage, sur la valeur des modèles romains et byzantins pour la
métrologie et l'iconographie, sur l'ordre de succession des types et
donc des rois dont dix-huit sur vingt-six sont connus uniquement par
les monnaies et qu'on aimerait rattacher à ceux nommés par les listes
royales, très postérieures et très corrompues9; enfin sur les problèmes
liés à l'impact sur le monnayage de la conversion des rois au
christianisme.
Le corpus et les types
Le corpus réunit des monnaies émises sous vingt-six noms
différents pouvant se rapporter à une vingtaine de rois, et huit types
anonymes ; St. Munro-Hay l'a réparti en 94 types de base et W. Hahn
en 72, avec de nombreuses variantes. Les monnaies portent la figure
Coins of Aksum, MIN I, 1980, p. 73-82, pi. 2-4; Munro-IIay 1978 : 245-256 pour les
analyses de densité et p. 257-258 pour celles du Dr Draper.
Pour les méthodes, voir Richard Mautrrfr, Chemische und physikalische
Analysenmethoden in der Numismatik, Lillerae Numismaticae Vindobonenses II, 1983,
p. 385-400.
Sur la méthode d'analyse par activation protonique, Jean-Noël Barrandon et
Jacques Poirier, Les Méthodes d'analyse des monnaies d'or, СЕВ 2, p. 17-38.
7. R. Weinburg, Die Sammlung Altheim-Stiehl, Paideuma 29, 1983, p. 223-286,
290 fig. h.-t. et : Sechs unpublizierte axumitische Goldmunzen aus Privât Besitz,
Boreas, Mùnstersche Beitrâge zur Archàologie 3, 1980, p. 174-180, pi. 22.
8. F. Anfray, Les Rois d'Axoum d'après la numismatique, JES VI/2, 1968, p. 1-5.
9. C. Conti Rossini, Les Listes des rois d'Aksoum, Journal Asiatique, 10p série,
t. XIV/2, septembre-octobre 1909, p. 263-320. La plus ancienne liste semble conservée
dans un manuscrit du xve s. L'état de ces listes est très altéré car elles remontent à des
traditions d'origines différentes et ont été compilées avec beaucoup d'inexactitudes. NUMISMATIQUE AXOUMITE 177
conventionnelle du roi et non un portrait. On ne trouve aucune
représentation historiée, symbolique ou commemorative, ni date, la
seule légende étant constituée par la titulature royale ou une devise.
Le monnayage commence par des pièces sur lesquelles les figures
saillent en très fort relief; les flans s'affinent rapidement pour mesurer
environ 1 mm d'épaisseur et ce, jusqu'à la fin des émissions.
Les types en or suivent tous la même formule tout au long de leur
histoire : chaque face représente le roi de profil à droite entre deux
épis. A l'exception de WZB païen, les légendes de monnaies d'or sont
toujours rédigées en grec. Endybis, considéré comme le premier à
avoir émis des monnaies, est représenté de la même façon sur les deux
faces, en buste et coiffé d'un chache, avec une légende qui commence
au droit et se poursuit au revers (pi. VIII, A). Aphilas, le roi suivant,
inaugure la figuration qui sera conservée jusqu'à la fin du monnayag
e : au droit, le torse de profil à droite est couronné mais porte un
chache au revers et la main tient divers objets, baguette, rameau, épi.
Avec les monnaies chrétiennes d'Ezanas est introduit un autre
élément formel : la figure du type précédent est circonscrite par la
légende et par un cercle de grènetis qui l'en sépare. Ce cercle est
parfois absent jusqu'à Caleb à partir duquel il s'impose.
Les types des monnaies d'argent et de bronze sont beaucoup plus
variés et souvent un seul élément figuré suffit à les attribuer.
Cependant certains types sont employés par plusieurs rois et alors
seule la légende permet de décider à qui on a affaire (série AR de petit
module à médaillon sur une face d'Aphilas — Ousanas — WZB —
Ezanas et série AR Iyoél — Gersem — Hataz, par exemple). Au
droit, ces monnaies portent l'image du roi en buste ou en torse, de
profil ou de face, couronné ou coiffé d'un chache ; au revers, une figure
analogue est reprise durant les périodes anciennes et fait par la suite
place à la croix, sous des formes et selon des agencements très variés.
Vers la fin, les mêmes types sont émis aussi bien en argent de bas titre
qu'en bronze (pi. VIII, C, E, V). Particularité du monnayage
axoumite : ces pièces d'argent et de cuivre portent souvent une
dorure, le plus habituellement au revers (pi. VIII, D, E, F, G, H,
U, V, W, X). Les légendes, au début toujours en grec, sont
graduellement rédigées en gueze10.
En dehors des monnaies émises au nom de rois, il y a un ensemble
de monnaies anonymes : trois variantes en or (dont deux se
rattachent à des rois autrement nommés), trois types en argent (dont
un porte parfois les noms de deux rois différents) et deux en bronze
(émis apparemment sur de très longues durées).
10. St. Munro-Hay, The Greek and Ge'ez Palaeography of the Coinage of Aksum,
Azania XIX, 1984, p. 134-144, publie disposés chronologiquement, les tableaux
paléographiques de sa thèse 1978 : 236-244) et les dessins des types postérieurs à Caleb. 178 ÉRIC GODET
Dans chaque type, la quantité des exemplaires varie considérabl
ement : certains types ne sont connus que par une seule pièce, d'autres,
en revanche, en comptent des centaines.
Il faut noter qu'au seul Musée National d'Addis-Abeba qui compte
1 450 monnaies, deux coins de revers seulement ont été trouvés
identiques (du type anonyme AE basileus = anonyme AE 1 de
Munro-Hay) et on peut avancer avec assurance que sur le corpus
actuellement mis au jo'ur, soit 6400 monnaies, les vraies identités de
coins sont rarissimes (les cinq Ousana chrétien AV la de Munro-Hay,
le revers commun de Nezana AV 2 et de Nézoôl AV 2 de Munro-Hay
et quelques-uns des 34 Israel AV d'Adoulis) et, quand les auteurs
parlent de «die-link», il faut entendre plutôt : relation de types de
coins.
Cette très grande variété des exemplaires conduit à poser des
questions sur les techniques et l'organisation d'ateliers, sur le nombre
de monnaies émises en général et par paire de coins, quand on
considère aussi l'irrégularité du poids et de la dimension des pièces
(avec des variations de ± 50% à partir de valeurs médianes, en
argent et en bronze), du titre de l'or (jusqu'à 14% pour un même roi)
et de l'argent dans chaque type, ainsi que la dégradation de la qualité
de la gravure quand les types sont attestés par de nombreux
exemplaires, et l'irrégularité de la superposition des coins.
Les études
Jacqueline Pirenne, au XXIXe Congrès des Orientalistes à Paris en
1973, a proposé une nouvelle succession des types monétaires et des
rois et a surtout rompu avec la tradition et le consensus scientifique
en distinguant deux rois Ezana, l'un païen au ive s. sous le règne
duquel le christianisme a été prêché pour la première fois par
Frumence, et l'autre au vie s. Le premier roi éthiopien à se convertir
est alors un certain Aïdog, connu par une tradition byzantine de la fin
du vr s. (Pirenne 1975). Elle assimile ce dernier roi à MHDYS,
connu seulement par les monnaies, et à Al-Adog/Sal'adoba, le grand-
père de Caleb, et qui a donc régné au ve s., d'après certaines listes
royales. Cette interprétation, déjà soutenue par F. Altheim et
R. Stiehl dès 1961, est loin d'avoir entraîné l'unanimité et beaucoup
d'éthiopisants la combattent11.
11. F. Altheim et R. Stiehl, Die Datierung des Kônigs 'Ezânâ von Aksum, Klio
39, 1961, p. 234-248. Contre cette thèse, voir R.Schneider 1979, à la note 22.
E. Dinkler, Konig Ezana von Aksum und das Christentum, Ein Randproblem der
Geschichte Nubiens, Aegypten und Kush, Festschrift F. Hinlze, Schriflen zur Geschichte
und Kultur des alien Orients 13, Akademie der Wissenschaften des DDR, Zentral
Institut fur alte Geschichte und Archáologie, 1977, p. 121-132, 1 pi., ne peut admettre
l'idée que la croix apparaisse sur les monnaies éthiopiennes avant celles de l'empire
romain et pour cela place les monnaies chrétiennes d'Ezana au Ve s. NUMISMATIQUE AXOUMITE 179
En 1978, Stuart Munro-Hay soutint la première thèse d'histoire
axoumite fondée sur la numismatique (Munro-Hay 1978), dans
laquelle il étudia toutes les monnaies se trouvant hors d'Ethiopie.
C'est le premier travail d'ensemble depuis celui d'A. Anzani et qui
porte sur un matériel nettement plus riche et plus varié : 285
monnaies d'or, 330 d'argent et plus d'un millier de bronze. Pour la
première fois aussi, 95 monnaies d'or ont été analysées.
En 1984, il publia à partir de sa thèse un livre qui se présente
comme un catalogue typologique (1984 a) plus destiné au grand public
qu'aux chercheurs ; il manque des aperçus et discussions scientifiques
de la thèse et n'a pas non plus la clarté et la largeur des vues sur la
situation économique du royaume axoumite qu'il montre dans une
communication à Perth (Munro-Hay 1984c). Dès sa parution, ce
livre était périmé car l'auteur avait élaboré un autre ordre de
succession des types et des rois, en prenant en considération les
travaux de Wolfgang Hahn (1984 b).
Ce dernier a présenté le résultat de ses réflexions sur le monnayage
axoumite dans un article très riche (Hahn 1983), repris dans une
conférence devant l'American Numismatic Society (Hahn 1984 a),
dont les titres soulignent bien les buts : reconstruire une chronologie
et un ordre de succession des rois axoumites à partir de considérations
proprement numismatiques. Sa thèse fondamentale est la suivante
(Hahn 1984a : 164) : «Les monnaies appartiennent à 22 rois
différents, dont quelques-uns portent le même nom et d'autres
figurent sous différentes versions de leur nom. Toute la série des
monnaies peut être condensée dans une durée plus courte qu'on le
croyait auparavant, d'environ 297 à 641, et ce n'est pas la séquence
d'une seule lignée de rois. Il faut prendre en compte plusieurs règnes
conjoints, une situation qui ne diffère pas de celle de l'empire romain
tardif».
Cette thèse, quoique séduisante, est très contestable parce qu'elle
repose sur un parti pris auquel elle réduit tout (même la typologie) et
sur des imprécisions et un manque de critique dans l'emploi des
sources épigraphiques et littéraires. W. Hahn insiste en revanche sur
la relation du monnayage axoumite avec les systèmes du bas-empire
et byzantin, d'après les similitudes métrologiques et les imitations
typologiques. A la suite de discussions avec d'autres chercheurs, et
notamment en réponse au nouvel ordre de succession proposé par
Munro-Hay 1984 b, il a précisé sa position et tenté de la renforcer
(Hahn 1984 b). I : Évolution du poids des monnaies d'or suivant le modèle romain Tableau
(Hahn 1983 : 120-122, note 20 a)
ÉTALON DE GRAINS MONDE ROMAIN ROI POIDS POIDS
OBSERVÉS THÉORIQUES selon Hahn 1983 [et remarques]
(M-H 1984 a) (Hahn 1983)
= demi-aureus de Dioclétien, Endybis 45 grains d'orge. 2,81-2,44 g 2,72 g
soit 1/120 de livre.
Aphilas sous-multiples aussi : 1/4 et 2,76-2,40 g lgr. = 1/3 d'orge de silique = 0,063 g 1,41 g 1/16 (ou 1/12?) d'aureus
(Hahn 1984b : 46). 0,34-0,3 g
2,56 g OUSANAS lre émis. I
2e émis. 36 grains d'orge = cf. demi-solidus de Constantin 2,23-1,85 g 2,04 g
12 siliques soit 1/144 de livre = 2,27 g
forte différence avec 2,04 g
Wzb que W. H. nomme semissis 2,05 g
créé v. 311 en Occident et 324
en Orient.
Ezanas païen
AV 1 2,18-1,80 g [Les valeurs observées la 2,15-1 ,72 g tent une différence de 10%
AV lb 1,51 g env. avec 2,04 g et 12,5% 2,27 g.] Ezanas Ve émis. chrétien
2,90-1,85 g
2'" 36 grains de blé = émis. Cf. trémissis de Théodose 1,53-1,35 g 1,73 g
9 siliques à 89% v. 383 de 1,51 g — 8 siliques 1,70 g
d'or. d'or pur.
1 gr. de blé = 3/4 de Eon [Il faut remarquer que 1,60-1,40 g
Anonyme AV 1 gr. d'orge = 0,048g navant les poids réels sont 1,58-1,54 g
Ebana proches de celui du trémissis 1,67-1,40 g AV 3 avec un titre altéré.] 1,62-1,56 g
Ousas AV 1 1,55 g la Le nouvel étalon dure pendant 1,62-1,52 g
AV2 250 ans dans sa dimension, 1,61g
OUSANAS AV 1 son type, sa fourchette de
OUSANA 1 poids, mais le titre baisse tout
Ousana AV 1 a au long de la période. 1,65-1,54 1,64-1,55 2,00 1,61 1,60 1,57 g g Nezana 1
AV2
AV3
Anonyme AV 2 1,61g
Nezool AV 1
AV2
Caleb
Allamidas
Ellagabaz 1,61-1,55-1,48 (1,39-1,31 1,65-1,60 1,40-1,23 1,67-1,45 1,67-1,44 1,75-1,47 1,60 1,48 1,54 1,38 1,53 g g g) g Ioel AV 1
AV2
Israel
Iathlia
Gersem AV 1 1 NUMISMATIQUE AXOUMITE 181
Relations métrologiques avec le monnayage romain
Au contraire de F. Anfray qui critique «l'argument par le
parallélisme pondéral avec les monnaies romaines et byzantines
(comme) sans valeur» (Anfray 1968 : 4), St. Munro-Hay et W. Hahn
reprennent les analogies remarquées par A. Anzani (1928 : 13, 86;
1928-29 : 20-21; Munro-Hay 1978 : 89-118; Hahn 1983 : 120-122,
note 20a, 134; 1984a: 166, 169-170). W. pense que les
monnaies axoumites sont liées à un étalon fondé sur les grains de
céréales qui ont une relation pondérale avec le carat romain.
En fait, ces calculs quelque peu acrobatiques reposent sur des
valeurs moyennes ou théoriques et supposent un grande habileté des
monnayeurs axoumites à titrer le métal, ce que les analyses sont loin
de confirmer quand les monnaies d'un roi varient en pureté jusqu'à
15%! Cependant les byzantines et axoumites semblent
évoluer concurremment et l'assertion de F. Anfray représente plutôt
un garde-fou contre un alignement abusif qu'une récusation absolue
de la question.
Éléments pour une chronologie
Les dates de référence de l'histoire éthiopienne reposent sur sept
séries de documents :
— Les traités géographiques antiques dont le Périple de la mer
Erythrée, aux éléments d'époques diverses, antérieurs pour l'Ethiopie
à la création de la monnaie ;
— Les inscriptions d'Arabie du Sud mentionnant les activités des
rois éthiopiens du début de l'ère chrétienne jusqu'en 290 puis au
milieu du vie s. Avant que Ch. Robin ait définitivement établi la date
ultime de ces textes, les noms royaux ont été assimilés à tort à ceux
de rois monnayeurs12;
— Les inscriptions d'Ethiopie en grec et en gueze pur ou «sabéisé».
A notre propos se rattachent l'inscription de Sembrouthès de Dâqqi-
Màhari, l'inscription d'Adoulis (connue seulement par la copie de
Cosmas Indicopleustès au vie s.) toutes deux en grec ; elles sont
cependant à rattacher par leur contenu au groupe précédent; les
inscriptions d'Axoum et de Méroë faisant état de campagnes
12. Christian Robin, Les Abyssins en Arabie méridionale (ne-ive s.), communication
au 8e Congrès International des Études Éthiopiennes, Addis-Abeba, 26-30 novembre 1984. 182 ÉRIC GODET
militaires en Afrique; certaines sont d'Ezana et mentionnent ses
frères, d'autres, de mêmes langue et graphie, lui sont attribuées ou
sont rattachées à son père, au début du ive s. ; certaines ont été
rédigées par Caleb et par son fils au vr s. ; d'autres, plus récentes,
sortent de notre période.
— Les traditions historiques et ecclésiastiques du monde méditer
ranéen en deux séries principales : celle concernant la conversion au
christianisme par Frumence v. 330, rapportée par son frère à Rufin et
corroborée par la lettre envoyée en 356 par Constance II au sujet de
cet évangélisateur13 ; celle concernant les activités militaires des
Éthiopiens en Arabie du Sud aux ve et vr s., connues principalement
par des sources syriaques contemporaines ou byzantines ultérieures14.
Ces sources et des légendes locales sont à la base des notices du
synaxaire ;
— Des traditions musulmanes se rapportant à l'exil des premiers
convertis de Mahomet auprès du négus et de l'amitié entre ces deux
personnes ; d'autres ayant trait à l'occupation musulmane de la côte
africaine de la mer Rouge ;
— Des listes royales mises par écrit au xvie s. et confondant les
différents appellatifs royaux9'15;
— Les comparaisons avec la numismatique romano-byzantine à
propos du style, du poids et du titre du métal, contribuent à classer le
corpus axoumite.
Toutes les questions débattues ont un rapport avec au moins une de
ces séries de documents.
Pour ces raisons, il a été proposé de dater Endybis des environs de
290 (entre Probus et Dioclétien (Hahn 1984 b : 46) ; Aphilas, avec son
quart d'aureus et ses bronzes à la figure de face a été rapproché de
Maxence (308-312) par St. Munro-Hay et des Licinii (318 ou 321-322)
13. Rufinus, Historia ecclesiastica I 9, PL, XXII, col. 478-480. Athanase
d'Alexandrie, Apologia ad Conslantium, PG, XXV, col. 636-637. Cf. aussi Carlo Conti
Rossini, A propos des textes éthiopiens concernant Salâmâ (Frumentius), /Ethiops,
Bulletin ge'ez, lre année, 1-2, 1922, p. 1-4, 17-18.
14. Procope, De Bello Persico, I, xix-xx, éd. H. Dewing, Londres 1961. Jean
Malalas, Chronographia, p. 433-434, 456-457; éd. Dindorff. Bonn 1831.
d'Éphèse, Pseudo-DENYS de Tell Mahre : Incerti audoris Chronicon anonymům pseudo-
Dionysianum vulgo dictum, II, éd. J.-B. Chabot, C.S.C.O. 104, Scriptores Syri, 53, Paris
1933, Louvain 19522. A. Moberg, The Book of the Himyariles, Fragments of a Hitherto
Unknown Syriac Work, Acta. Reg. Societatis humaniorum litt. Lundensis vu, Lund
1924. Siméon de Beth Arsham : La lettera di Simeone Vescovo di Beth-Aršám sopra i
martiri omeriti, éd. I. Guidi, Reale Accademia dei Lincei, Memorie délia classe di scienze
morali, storiche et filologiche, série 3a, vol. VII, Rome 1881. Jacques Ryckmans, La
Persécution des chrétiens himyariles au vi' siècle, Leyde 1956; A Confrontation of the
Main Hagiographie Accounts of the Najran Persecution, communication à the Mahmud
Ghul Memorial Seminar, Yarmouk University, December 8-11, 1984. Irfan Shahid, The
Martyrs of Najrân. New Documents, Studia hagiographica 49, Bruxelles 1971.