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Biographie d’Antoine de Saint-Exupéry

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Parce que l'on connaît tous le Petit Prince mais moins son auteur : Antoine de Saint-Exupéry
Apprenez-en plus sur cet aviateur-poète et son vol de nuit.
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Article publié par Encyclopaedia Universalis
ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY
(1900-1944)
« Pour moi, voler ou écrire, c'est tout un. » Les lauriers que l'épopée
aérienne valut à l'aviateur-poète Antoine de Saint-Exupéry ont cessé
d'auréoler son œuvre. La question est de savoir si le poète-aviateur a su
conférer à l'éphémère d'une actualité, même prestigieuse, valeur
d'éternité. Le mythe envolé, que reste-t-il ? Restent ce que Roger Caillois
a nommé des « rapports », mais rapports d'une prise de conscience
progressive de soi et des autres, d'une connaissance créatrice dont les
moyens furent autant la solitude et la guerre que l'avion, merveilleux «
instrument d'analyse », « thème d'inspiration » et tremplin des relations
humaines. De L'Aviateur – qui se réfère à un métier – à Citadelle – qui
évoque un monument – s'élabore dans le courage, l'obstination et la
générosité une « expérience morale » à laquelle ont œuvré conjointement
l'aventure et l'écriture, sans que la seconde pipe la première ou s'y
substitue ; c'est pourquoi Caillois a pu conclure : « À une époque où la
littérature sert communément d'alibi, cette honnêteté luxueuse apporte tout ensemble une preuve de la grandeur de l'indépendance d'un écrivain
et d'une œuvre » (préface à l'édition de La Pléiade).
1. La double vocation
Lorsque, au soir de son baptême de l'air, Antoine de Saint-Exupéry, alors
âgé de douze ans, offrit à son professeur de français un poème
aéronautique, peut-être pressentait-il la double orientation qu'allait prendre
son destin. Cependant, les chemins qui l'y menèrent furent moins directs
qu'on le pourrait supposer.
De père limousin, provençal par sa mère, aristocrate des deux côtés, il
naquit à Lyon, le troisième de six enfants. Orphelin de père dès ses quatre
ans, il reçut une formation classique dans des instituts religieux. Tôt il
manifesta une propension pour la mécanique où l'imagination a sa part.
Élève irrégulier, paraît-il, tempérament indiscipliné, il fut néanmoins
bachelier à dix-sept ans. Après avoir échoué au concours d'entrée à
l'École navale, il tenta l'architecture pour retrouver volontairement l'avion
lors de son service militaire (1921-1923).
Il y commet son premier exploit en s'emparant d'un appareil pour effectuer
un vol solitaire qui faillit se terminer en catastrophe, mais révéla le sang-
froid du pilote et cette maîtrise qui va chez lui de pair avec une sorte de
témérité et presque un goût de l'aventure marginale. L'armée de l'air
s'ouvre à lui ; il y renonce devant l'opposition de la famille de sa fiancée.
Mais ni la bureaucratie ni la vente de camions pour les usines Saurer ne le
consolent de l'avion qu'il rejoint chaque fois qu'il le peut. 1926 fut une
année décisive : engagé à la société d'aviation Latécoère, il débute en
octobre à Toulouse, sous la direction de Didier Daurat, le futur Rivière de Vol de nuit, le type même du chef, à la fois maître et entraîneur. Au début
de la même année, il avait publié une nouvelle, L'Aviateur ; dorénavant,
les écrits marqueront les jalons moins d'une carrière que d'une aventure,
dont ils feront le point et dont ils seront le prolongement éthique et
poétique.
Envoyé en 1927 comme chef de base à Cap Juby (Río de Oro), escale
aussi dangereuse que vitale sur la ligne Casablanca-Dakar, Saint-Exupéry
découvre à la fois l'action responsable, le désert et les Maures. Maintes
fois, il sauva des aviateurs en panne ou captifs des dissidents. Le soir, il
écrit Courrier Sud (1928). Dans ce récit, influencé sur le plan romanesque
par la manière de Gide, le narrateur rapporte les confidences d'un pilote
de l'Aéropostale qui, peu avant de s'écraser sur les sables, a connu la
mort d'un amour. « Le roman d'un aviateur l'emporte sur le roman de
l'aviation » (Luc Estang), non sans en amorcer les composantes
essentielles : le sens de la fraternité virile, et surtout cette optique
fondamentale de Saint-Exupéry pour qui l'avion fut l'outil privilégié qui
mêle « l'homme à tous les vieux problèmes ».
Simple comme une épure, mais de chair et de sang, Vol de nuit (1931),
dans sa sobriété toute classique, est peut-être l'œuvre la plus accomplie
de Saint-Exupéry. Son héros, Rivière, autant qu'à Daurat se réfère à
l'auteur, directeur depuis octobre 1929 de l'Aeroposta Argentina. Saint-
Exupéry a donc éprouvé personnellement les résonances humaines du
métier, des responsabilités et de l'exigence du chef à l'héroïque
camaraderie de l'équipe, ainsi que cette part d'absolu enclose dans
l'immédiat des décisions et des actes. Tel apparaît, lors de la mort de
Fabien, le constat de Rivière devant le bonheur détruit de l'épouse : « Si la
vie humaine n'a pas de prix, nous agissons toujours comme si quelque
chose dépassait, en valeur, la vie humaine... Mais quoi ? »1931, c'est le mariage avec Consuelo Suncin, le succès du prix Fémina,
mais aussi les déboires de l'Aéropostale, le départ de Daurat et le début
d'ennuis financiers. De son entrée à Air France en 1934 jusqu'à la veille
de la guerre, Saint-Exupéry déploie une activité intense qui le promène
d'un bout du monde à l'autre, d'inventions en expérimentations et
d'exploits en accidents dont, en 1937, le cinquième depuis le début de sa
carrière le force à une immobilité propice au travail littéraire.
Terre des hommes (1939) lui vaut le grand prix du roman de l'Académie
française, sans doute parce que la « philosophie » et la poétique de
l'aviation qui dominent cet essai sont imbriquées dans la texture même
des événements. Qu'il s'agisse, en effet, du sauvetage de Guillaumet
dans la cordillère des Andes, des cinq jours d'angoisse et d'errance à
travers le désert après la chute survenue au cours du raid Paris-Saigon,
d'un reportage sur le front de la guerre d'Espagne ou de menus faits
comme le parcours en bus avec les travailleurs matinaux et la rencontre
avec le jeune émigré polonais (Mozart assassiné), c'est toujours de la
matière vivante, fondue au creuset de l'esprit et du cœur, qu'émergent les
repères d'un humanisme. Et quand la guerre met tout en question, Saint-
Exupéry commence par s'engager en rejoignant, malgré ses handicaps
physiques, un groupe de reconnaissance. Puis, lucidement, dans Pilote de
guerre (1942), rédigé à New York, il affirme, par-delà l'absurdité de la
guerre et la détresse de la défaite, la nécessité du combat pour la défense
du respect et des droits de l'homme. Lettre à un otage (1943) reprend ce
thème.
En novembre 1942, un appel à l'union des Français lancé à la radio des
États-Unis lui aliène nombre de compatriotes. Il brûle de reprendre le
combat et, malgré son âge, obtient l'autorisation de missions. Son unité
est basée à Alghero (Sardaigne), puis à Borgo (Corse). Le 31 juillet 1944,
Saint-Exupéry décolle pour une mission de reconnaissance sur la vallée du Rhône. Il n'en reviendra pas. En 2000, des morceaux de son appareil
seront retrouvés en Méditerranée, au large de Marseille.
2. La citadelle sur le sable
Centrée sur les expériences d'un homme, l'œuvre de Saint-Exupéry n'en
gardait que ce qui intéressait tous les hommes. À travers romans ou
fables (Le Petit Prince, 1943) s'édifiait un humanisme. Dès 1936, l'auteur
travaillait à une synthèse, de forme allégorique. Au lieu de la « somme »
rêvée, Citadelle (1948) n'est qu'un livre inachevé, mélange de pages
d'anthologie et d'ébauches, un ensemble de notes et d'improvisations que,
selon ses habitudes de composition, il eût peut-être fondues en une
parabole riche de la quintessence de son « message ».
Si l'ouvrage tel qu'il se présente trahit évidemment la visée initiale, il
permet cependant de nuancer l'éthique un peu lapidaire des textes
antérieurs et, de même que les Carnets (1953), contribue à démythifier le
héros. Car les fragments qu'on possède, écrits en majorité pendant la
guerre, témoignent de plus de tâtonnements que de stabilité, et les
contradictions, d'ailleurs conscientes, s'y affirment. Avec non moins
d'objectivité que de finesse, Luc Estang a exploré ce « bazar d'idées ». Et,
parmi les thèmes familiers qui firent la célébrité de l'auteur – la ferveur
constructive, une morale virile fondée sur le service et le dépassement, les
relations humaines conçues comme l'essence de l'être –, le critique
constate les faiblesses d'une optique sociale plutôt paternaliste, les limites
d'une civilisation foncièrement aristocratique dont le seigneur peut
aisément devenir le tyran. Il suggère que « l'humanisme de Saint-Exupéry
oscille constamment entre l'Évangile du Christ et le contre-Évangile de
Nietzsche, comme s'il tentait de reconvertir à leur source religieuse des
valeurs subversives dont la virulence s'y infiltrerait ». Son réalisme
spiritualiste penche vers un spiritualisme relativiste dont le Dieu
nécessaire apparaît peu consistant.Si la « mouvance » des sables n'infléchit pas la démarche de Saint-
Exupéry, elle l'accule à remettre tout en question, jusqu'au sens du
langage. Citadelle ne signifie donc pas installation ni dogmatisme ; elle
serait plutôt le symbole de la fermeté de l'esprit et de la fidélité à l'homme,
quoi qu'il arrive.
Poète de l'avion au même titre que le marin Joseph Conrad fut « le
romancier de la mer », Antoine de Saint-Exupéry, sans en posséder ni la
dimension ni les registres, fait penser à Malraux dont il a sans cesse vécu
l'engagement autant que la quête de l'absolu.
Hubert HARDT
Bibliographie
Œuvres éd. R. Caillois, coll. La Pléiade, Gallimard, Paris, 1953
Œuvres complète, éd. M. Autrand et M. Quesnel, ibid., 1994
Lettres de jeunesse, Paris, 1953
Carnets, Paris, 1953
Lettres à sa mère, Paris, 1955
Un sens à la vie, textes inédits recueillis et présentés par C. Raynal, Paris,
1956
Lettre à un otage, Gallimard, Paris, 2003
Manon danseuse et autres textes inédits, ibid., 2007
Sept Lettres à Natalie Paley, ibid., 2007.Études
R.-M. ALBÉRÈS, E. D'ASTIER & P. CHEVRIER, Saint-Exupéry, Paris, 1963
« Antoine de Saint-Exupéry », Confluences, nos spéc. 12 et 14, 1947
(abondante bibliographie)
Cahiers Saint-Exupéry, Paris, 1981
P. CHEVRIER, Antoine de Saint-Exupéry, Paris, 1959, rééd. 1972
L. ESTANG, Saint-Exupéry par lui-même, Paris, 1956
R. OUELLET, Les Relations humaines dans l'œuvre de Saint-Exupéry, Lettres
modernes, Paris, 1971
M. A. SMITH, Knight of the Air, New York, 1956
R. TAVERNIER, Saint-Exupéry en procès, Paris, 1967
B. VERCIER, Les Critiques de notre temps et Saint-Exupéry, Paris, 1971
P. WEBSTER, Saint-Exupéry : vie et mort du petit prince, éd. du Félin, Paris,
2002
L. WERTH, Saint-Exupéry tel que je l'ai connu, Hamy, Paris, 1994.
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Copyright Encyclopaedia Universalis
http://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-de-saint-exupery/

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