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BODIN (Jean) 1529-1596

13 pages

Les œuvres de Jean Bodin sont maintenant traduites en plusieurs langues ; souvent rééditées, elles font l'objet de nombreuses études aussi bien en Italie et aux États-Unis qu'en France ; Bodin apparaît aux yeux des critiques comme l'un des plus grands philosophes politiques de tous les temps. Cela tient à ce qu'il a défini le premier avec toute la netteté désirable la notion de souveraineté, à ce qu'il a exposé dans sa République la structure fondamentale de la monarchie française comme type idéal de l'État moderne et établi à partir de ces deux pôles éminents, la Rome républicaine et la France royale, une comparaison systématique de tous les États connus et de leurs institutions en y comprenant aussi bien les empires anciens étudiés par les historiens classiques que les États nouveaux du Nord, de l'Orient et de l'Amérique, découverts ou redécouverts par les explorateurs et les sociologues de la Renaissance. Souveraineté, droit comparé, philosophie de l'histoire fondée sur une connaissance positive du fait, la rencontre de ces trois facteurs, enfin portés à leur point de clarté rationnelle, correspond à un bond de la réflexion politique tellement prodigieux que nous n'en avons pas, depuis, connu de semblable.
Une philosophie politique correspond à la captation d'une réalité sociale donnée et à son élaboration à partir d'une intuition philosophique originale. C'est ainsi que l'œuvre de Machiavel doit sa pureté à la dramatique exiguïté de son cadre politique et au pessimisme fondamental de son intuition centrale. Machiavel professe une philosophie désenchantée, celle d'un néoplatonisme héraclitéen. La situation de l'Italie, en proie aux divisions et aux factions, est conforme à la doctrine qui fait de l'univers sublunaire le sujet d'un écoulement perpétuel. Il faut arrêter ce flux par tous les moyens : par la virtuosité cruelle du prince nouveau ou, si l'on peut, par l'activité législatrice de l'homme providentiel. Entre les deux, le climat moyen sera constitué par un art de gouverner en s'aidant de la fortune.
Le champ de Bodin est autrement large et son ciel est plus serein que celui de Machiavel. Quelle que soit l'étendue de la crise intérieure qui secoue le peuple français, dans la dure épreuve des guerres de religion, qui remettent tout en question, la France n'en est pas moins le plus grand et le plus solide des États européens avec huit siècles de progrès continu derrière elle. Étudier les raisons de ce développement heureux et remettre, à l'occasion des états de Blois (1576), le pays dans une situation conforme à son véritable génie, tel est le double souci, à la fois théorique et pratique, du juriste angevin. Mais il ne faut pas oublier que Bodin, même en dehors du domaine de la spéculation juridique, reste un philosophe au sens le plus large du mot, et un philosophe de la seconde moitié du xvie siècle, moment historique où la pensée française, aux prises avec tout l'acquis de la Renaissance ne peut qu'organiser cet amas de vraies et de fausses connaissances dans la plus ambitieuse des synthèses ou le rejeter complètement comme un lourd fardeau encombrant l'esprit humain. Montaigne (1533-1592) choisira la seconde réponse, Bodin la première : Descartes, en les confrontant à la lumière d'un rationalisme nouveau, ouvrira la voie royale de la pensée classique.
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– L'histoire religieuse, à savoir l'exposition des raisons pour lesquelles Dieu a créé le monde et communiqué aux hommes par les diverses révélations les moyens requis pour l'honorer religieusement et pour collaborer aux desseins de la Providence ;

– L'histoire naturelle étudiera l'évolution de l'univers créé, démontrera sa finitude, exprimera la structure fondamentale des choses et des êtres, généralement liée au nom hébreu que Jéhovah leur imposa au cours de la Genèse : on aboutit ainsi à une physique non seulement finalisée, mais sacralisée, exposée avec toute l'ampleur nécessaire dans ce livre étonnant et trop peu connu, l'Amphithéâtre de la nature (1595) ;

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