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BOHÈME

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis BBOOHHÈÈMMEE La notion de bohème fait partie de la petite histoire du romantisme ; le terme, qui apparaît pour la première fois dans cette acception sous la plume de George Sand (La Dernière Aldini), s'applique, par analogie avec la vie

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Ajouté le : 27 mars 2014
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BOHÈME

La notion de bohème fait partie de la petite histoire du romantisme ; le terme, qui apparaît pour la première fois dans cette acception sous la plume de George Sand (La Dernière Aldini), s'applique, par analogie avec la vie errante et vagabonde des Bohémiens, au mode de vie que menèrent la plupart des jeunes artistes et poètes parisiens de cette période, ou aux individus eux-mêmes. Ils se regroupaient volontiers pour conjurer l'isolement auquel les condamnait une société d'autant plus réfractaire aux beautés de leur art qu'ils furent révolutionnaires — entendez romantiques — avec fureur.

Ces jeunes hommes ne séparèrent jamais leur art de leur vie. De même qu'ils rejetèrent avec éclat les formes vieillies et convenues du classicisme, de même les bohèmes affichèrent un anticonformisme agressif, se manifestant par des extravagances vestimentaires et un goût marqué pour les objets exotiques, les beuveries et les tapages nocturnes. Épicuriens à leur manière, ils supportaient fièrement la pauvreté et avaient en contrepartie le sens de la mort et le goût du macabre. Leur républicanisme (qui leur valut un temps le surnom de bousingots) se manifesta plus par des déclarations propres à terrifier le bourgeois que par des actes politiques.

Les plus célèbres de leurs groupes demeurent le Petit Cénacle et l'Impasse du Doyenné. Le Petit Cénacle fut ainsi appelé pour les besoins de la critique. Ce nom, loin d'être officiel en effet, n'était qu'une espièglerie manifestant l'admiration que ces Jeunes-France turbulents portaient au Cénacle de Victor Hugo. Le groupe tint ses assises de 1829 à 1833. Il se composait de très jeunes étudiants inconnus et fort pauvres, et ne fut célèbre qu'a posteriori, avec la notoriété de Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Auguste Maquet, Pétrus Borel. L'Impasse du Doyenné, du nom de la rue, aujourd'hui remplacée par un pavillon du Louvre, où le peintre Camille Rogier avait loué un vaste appartement, brilla d'un éclat plus vif (Nerval l'évoque avec nostalgie dans La Bohème galante) ; la plupart de ceux qui y fréquentaient étaient des artistes déjà consacrés par le succès, plus riches et socialement « assis ». Outre presque tous les anciens du Petit Cénacle, on y vit Arsène Houssaye, Édouard Ourliac, Roger de Beauvoir, Alphonse Karr, Esquiros, Corot, Célestin Nanteuil... et aussi dandys, femmes du monde, le Tout-Paris des arts, des coulisses et du journalisme qui s'y pressaient à des soirées quelque peu scandaleuses.

De nombreux groupes pullulèrent ensuite, immortalisés par le tableau qu'en brossa Murger dans ses Scènes de la vie de bohème (1848). Ne retenant de leurs illustres aînés que l'anarchisme du mode de vie, ils traînèrent la plupart du temps une existence misérable, et l'on ne sait trop de ces artistes ratés s'ils sacrifièrent tout à leur paresse ou à leur soif d'idéal.

Auteur: FRANCE CANH-GRUYER
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