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BONALD (Louis-Ambroise de) 1754-1840

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Louis-Ambroise de Bonald est, dans l'Europe de la Révolution française, avec Joseph de Maistre, le principal représentant de la pensée contre-révolutionnaire. Moins brillantes que celles de Maistre, ses œuvres sont également moins bien connues ; Bonald doit sans aucun doute cette défaveur à une pensée dogmatique exprimée dans un style pesant peu fait pour séduire le lecteur. Des différents ouvrages dans lesquels il exprime ses idées politiques et religieuses et développe sa théorie théocratique des sociétés, il faut retenir essentiellement la Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile démontrée par le raisonnement et par l'histoire, parue en 1796 à Constance (où Bonald avait émigré) et qui devient la bible des ultras de la Restauration. Les autres écrits que Bonald publie par la suite (Du divorce, 1801, Législation primitive considérée [...] par la raison, 1802, Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, 1818) ne font que reprendre, sans que la pensée ou son expression en soient beaucoup modifiées, l'essentiel des idées formulées dans la Théorie du pouvoir. Cependant la méditation de Bonald sur l'antériorité du verbe confère un accent métaphysique à son œuvre qui, à la lumière de l'évolution philosophique contemporaine, connaît un renouveau d'intérêt.
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BONALD (Louis-Ambroise de) 1754-1840

Un démenti à l'esprit du siècle

L'œuvre philosophique et politique de Bonald se présente comme un vaste démenti aux théories et aux idées révolutionnaires issues des encyclopédistes et de J.-J. Rousseau. Pour Bonald, l'idée contenue dans le Contrat social est une idée fausse, contredite par les faits. Les individus, dit Bonald, ne peuvent agir sur les lois qui règlent la vie en société, moins encore en être les auteurs, car ils ne sont rien en eux-mêmes. Il est donc faux de croire que l'autorité sociale émane de la volonté populaire, car, si l'on admet que la société préexiste à l'individu, elle est un fait nécessaire qui s'impose à lui lorsqu'il naît. L'homme est le produit de la société, non l'inverse. Il n'existe que par elle, il n'existe donc que pour elle : l'état naturel de l'homme est l'état social. Nier cette évidence, imaginer que les hommes puissent vivre libres et souverains et se donner le régime de leur choix est contraire aux données de l'expérience et de l'histoire. Famille, religion, gouvernement : tout prouve qu'il y a toujours, en tous lieux, un pouvoir (Dieu, le roi, le père), des ministres (le sacerdoce, la noblesse, la mère) et des sujets (les fidèles, les vassaux, les enfants) et que l'autorité, d'une part, la tradition, de l'autre, fondent seules la légitimité sociale et politique. La monarchie, où celle-ci s'incarne, plaide ainsi en faveur de la raison d'État et du pouvoir centralisé. Mais si Bonald se trouve assez paradoxalement partager avec Saint-Just cet attrait pour l'autorité, c'est, bien entendu, au nom de convictions diamétralement opposées.

Une « déclaration des devoirs »

C'est en effet une véritable déclaration des devoirs qui se substitue ici à la Déclaration des droits que la Révolution a proclamée. Qu'est-ce qu'un droit ? Une idée – génératrice d'anarchie. Ce mot, selon Bonald, devrait être banni de la langue politique. Tout a une cause et on ne saurait remonter de l'effet (l'homme) à la cause (l'autorité). L'idée même de liberté individuelle est destructrice de l'ordre social et politique et des hiérarchies nécessaires. Chaque fois que l'homme a cherché à modifier le cours établi des choses, il a déréglé la société et donné naissance à des hérésies : le protestantisme en religion, l'individualisme et la pseudo-théorie de la souveraineté du peuple en politique. Pour Bonald, précurseur d'une sociologie qu'on appellera, après Auguste Comte, une sociologie de l'ordre, l'homme n'a pas d'emprise sur son histoire.

Une théorie métaphysique du langage

Cette doctrine du conservatisme social repose sur une théorie métaphysique du langage. Une formule la résume : « L'homme pense sa parole avant de parler sa pensée. » Il faut entendre par là que, la pensée étant postérieure à la parole, l'homme ne peut avoir inventé celle-ci ; en d'autres termes, l'homme ne peut penser sans le secours du langage, ni inventer le langage sans le secours de la pensée. C'est donc que la parole lui a été révélée par Dieu et avec elle toutes les vérités qui sont à la base de la religion, de la morale et de l'ordre social. Avec la parole, l'homme trouve les limites de sa pensée et les lois qui furent sa destinée. Là, puisqu'on ne peut concevoir de société sans langage, se trouve la clef de toute organisation sociale : toute-puissance du Verbe. N'est-ce pas de cet ancêtre que devrait se réclamer le structuralisme linguistique ? Quoi qu'il en soit, cette théorie du langage et celle de la primauté du social sur l'individuel, si importantes pour qui veut comprendre la pensée de Bonald, lui redonnent un accent de modernité.

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