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BOSCOVICH ou BOŠKOVIĆ rudjer (1711-1787)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis BBOOSSCCOOVVIICCHH oouu BBOOŠŠKKOOVVIIĆĆ rruuddjjeerr ((11771111-- 1787) Nietzsche a cru rendre justice à Boscovich en le postant avec Copernic parmi les « victorieux adversaires de l'apparence » (Par-delà le bien et le mal). Il célébrait ainsi le pourfendeur de l'« atomisme matérialiste » qui fut, en effet, l'un des plus audacieux auteurs de systèmes du monde. Abondante, l'œuvre scientifique de Rudjer Josíf Boscovich embrasse des questions d'optique instrumentale et d'astronomie théorique, d'analyse mathématique et de mécanique tant rationnelle qu'appliquée, outre sa Theoria philosophiae naturalis (Venise, 1763) qui formule souverainement sa physique. La puissance spéculative et la faculté d'abstraction n'excluaient pas des grâces de lettré et une passion d'archéologue chez ce natif de Raguse (aujourd'hui Dubrovnik), élève des jésuites qui fut de la Compagnie et incarna dans son siècle la figure du parfait polymathiste, tout ensemble mondain, cosmopolite et raisonneur. Trait remarquable, la doctrine est toujours, à quelque degré, liée chez Boscovich à une évaluation, partant à une théorie de l'usage des instruments scientifiques. La métrologie est au cœur de ses soins. Dans un recueil tardif sur l'optique (Bassano, 1785), il assure que « le plus essentiel dans [sa] méthode est [sa] manière de simplifier ».
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BOSCOVICH ou BOŠKOVIĆ rudjer (1711-1787)

Nietzsche a cru rendre justice à Boscovich en le postant avec Copernic parmi les « victorieux adversaires de l'apparence » (Par-delà le bien et le mal). Il célébrait ainsi le pourfendeur de l'« atomisme matérialiste » qui fut, en effet, l'un des plus audacieux auteurs de systèmes du monde. Abondante, l'œuvre scientifique de Rudjer Josíf Boscovich embrasse des questions d'optique instrumentale et d'astronomie théorique, d'analyse mathématique et de mécanique tant rationnelle qu'appliquée, outre sa Theoria philosophiae naturalis (Venise, 1763) qui formule souverainement sa physique. La puissance spéculative et la faculté d'abstraction n'excluaient pas des grâces de lettré et une passion d'archéologue chez ce natif de Raguse (aujourd'hui Dubrovnik), élève des jésuites qui fut de la Compagnie et incarna dans son siècle la figure du parfait polymathiste, tout ensemble mondain, cosmopolite et raisonneur.

Trait remarquable, la doctrine est toujours, à quelque degré, liée chez Boscovich à une évaluation, partant à une théorie de l'usage des instruments scientifiques. La métrologie est au cœur de ses soins. Dans un recueil tardif sur l'optique (Bassano, 1785), il assure que « le plus essentiel dans [sa] méthode est [sa] manière de simplifier ». Ce qu'il vise, en l'occurrence, est l'accès à une vérité scientifique qu'il s'agit de construire, tout en reconnaissant son caractère radicalement relatif et probabiliste. Idéalement, pour Boscovich, les impératifs de simplicité et de commodité aboutissent à réduire la théorie de l'univers à une hypothèse unique d'où émane la réalité scientifique. Or celle-ci ne peut consister qu'en un corps de propositions problématiques ; Boscovich tient que le consensus hypotheseos cum phaenomenis, l'accord d'une hypothèse avec les phénomènes, n'en certifie pas la véracité. Seul le négatif est discriminant ; l'adéquation de l'expérience et de la théorie n'est, pour lui, qu'un indice probabiliste, désignant une orientation en vue de restreindre l'afflux des incohérences entre théorèmes et phénomènes. Le travail du savant consiste à extraire d'une dialectique entre induction et déduction les explications les plus commodes des phénomènes observables. Cette commodité se reconnaît par des propriétés d'élégance et de fécondité. La théorie est juste à proportion de sa simplicité et de sa productivité discursives. Mais la sévérité hypothético-déductive procède dans l'œuvre du Ragusain d'une intuition poétique ; elle s'y réfère en permanence, quelle que soit l'attention portée aux conditions instrumentales de l'observation de la nature.

S'il y a, pour Boscovich, une réalité scientifique, c'est qu'elle repose sur la finitude d'une construction actuelle envisagée et promue en déférant à une méthode idéaliste de composition. Ce régime dit l'opportunité, l'obligation même de combattre une relativité de nature qui provient des demandes de notre entendement. D'où la supposition forcée de l'hypothèse des points matériels, d'atomes inétendus homogènes, impénétrables et intangibles, centres de forces alternativement attractives et répulsives, selon la distance, lesquelles se composent indéfiniment dans l'incessant mouvement des choses. Boscovich voulut que la force répulsive d'un atome tendît vers l'infini lorsque la distance tendait vers zéro. On a des raisons de croire que la loi de variation imaginée en forme d'oscillation amortie a pu être inspirée par la trente et unième « question » de l'édition de 1717 de l'Opticks, où Newton s'interrogeait sur l'existence de forces alternativement attractives et répulsives entre particules de la matière. Les points d'équilibre entre ces deux forces jouent un rôle fondamental dans la pensée de Boscovich, qui y localise les causes de quantité de phénomènes physico-chimiques. On retiendra que les écrits théoriques de Boscovich, dont le nombre suppose une foi dans la perfectibilité du savoir humain, sont remarquables par la résonance poétique de leurs cosmologies hypothétiques. Pour Boscovich, d'autres mondes sont toujours rationnellement pensables.

Auteur: JACQUES GUILLERME
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