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BOUVERESSE (Jacques)

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Né en 1940 dans un village des hauts plateaux du Doubs, Jacques Bouveresse est une figure majeure de la philosophie française. On lui doit une œuvre abondante – quinze ouvrages en dix-huit ans –, surtout consacrée au grand philosophe austro-anglais Ludwig Wittgenstein, mais aussi à des philosophes logiciens épris de science comme Gottlob Frege, Bertrand Russell, Rudolf Carnap ou à de célèbres écrivains autrichiens comme Karl Kraus et Robert Musil, qui cultivent l'ironie. Non seulement il fait autorité en matière de modernité viennoise et de pensée autrichienne, mais il a travaillé à introduire en France la philosophie du langage anglo-saxonne, la philosophie analytique. Ses ouvrages dépassent le genre du commentaire en incarnant littéralement une manière sobre et rigoureuse de philosopher pour laquelle il a plaidé dans La Demande philosophique, sa leçon inaugurale au Collège de France. Méticuleux, cultivant le scrupule, Jacques Bouveresse est passé maître dans l'art d'amener un problème philosophique à un degré inhabituel de clarté et de précision.
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BOUVERESSE (Jacques)

Rigueur critique

Formé au séminaire de Besançon, Jacques Bouveresse ne s'en est pas laissé conter, dans les années 1960, par les courants philosophiques dominant à Paris – structuralisme, psychanalyse lacanienne –, ni, dans les années 1970, par le postmodernisme. Il s'en est pris très tôt à une forme littéraire de philosophie pratiquant la séduction par la rhétorique, pour lui opposer la clarté et la rigueur de la philosophie anglo-saxonne, et se faire le champion du rationalisme et des valeurs des Lumières. Il a critiqué ce qu'il nomme « la posture héroïque en philosophie » – un héritage du romantisme allemand – et certaines conséquences du statut singulier de la philosophie en France : la prétendue omniscience du philosophe, prêt à s'exprimer dans les médias sur toute question d'intérêt général, et notamment politique ; le mépris des problèmes philosophiques spécifiques, surtout s'ils sont techniques. Il s'est prononcé en faveur d'une reprofessionnalisation de la philosophie. Se déclarant, à cet égard, « très peu français », il a reproché à la philosophie universitaire française de se borner à enseigner l'histoire de la philosophie, tandis que la philosophie d'avant-garde sombrait dans le littérarisme. Ni académique ni avant-gardiste, ce franc-tireur, assez classique au fond, s'inscrit plutôt dans une tradition française de philosophie des sciences illustrée par Henri Poincaré, Pierre Duhem, Jules Vuillemin et Gilles Gaston Granger, dont il se sépare néanmoins par sa verve de polémiste.

Faire école sans bruit

Philosophe désillusionné, Jacques Bouveresse n'en a pas moins fait une carrière brillante : normalien, reçu premier à l'agrégation de philosophie, nommé professeur à la Sorbonne à trente-cinq ans, il est professeur au Collège de France de 1995 à 2010, à la chaire de philosophie du langage et de la connaissance. Peu connu du grand public, ce travailleur acharné et solitaire a toujours accordé un grand prix à son rôle de pédagogue. Très tôt, il a fait figure de maître et nombre de ses élèves devenus enseignants à l'Université restent marqués par sa pensée. Lui-même, toutefois, n'a jamais recherché les positions de pouvoir, ni pratiqué le « star system », ni voulu être une grande conscience ou un intellectuel au sens sartrien du terme. Pourtant c'est à lui qu'on pense lorsqu'on lit sous la plume de Valéry, dans Tel Quel : « Qu'est-ce qu'un “intellectuel” ? Ce devrait être un homme habile à se débrouiller à peu près dans sa pensée, qui la traite d'assez haut, qui ne se croie pas facilement, qui est insensible aux gros effets dans l'esprit, par la connaissance qu'il a de leurs causes, sur qui l'éloquence n'a pas de prise. Ne pas croire lui est naturel. Ou du moins se fait-il un devoir de ne donner jamais à ce qu'il entend plus de force que cette parole ne lui en porte et n'en peut porter avec elle... »

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