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Définition de : AUTOMATE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis AUTOMATE Le terme automate émerge en français pour la première fois dans Gargantua, ouvrage de François Rabelais publié en 1534, pour évoquer « de petits engins automates, c'est-à-dire soi mouvans eux-mêmes ». L'étymologie grecque est ici explicite : automatos signifie « qui se meut par lui-même » et renvoie à l'idée d'une force, d'une intention interne. Les « petits engins » de Rabelais réfèrent à une réalité qui lui est bien antérieure. Les automates, comme dispositifs techniques (essentiellement mécaniques et hydrauliques) mais aussi comme figures imaginaires, sont connus depuis l'Antiquité. On distingue deux sens à cette notion. Le premier sert à désigner tous les plans techniques (réalisés ou non) décrivant un dispositif (ornemental ou utilitaire) qui se meut, c'est-à-dire qui se met en activité, par lui-même et qui est, au sens propre, automatique. De l'horloge à l'ordinateur, l'histoire des techniques accorde une place importante à cette famille de machines. Le second sens renvoie aux nombreuses tentatives d'imaginer une machine qui imite un être vivant. Les automates techniques Relativement bien connue, l'histoire des automates comporte quelques temps e forts : l'Antiquité, le xviii siècle et la période contemporaine. Les Égyptiens construisent quelques statues animées mécaniquement et les Grecs, des automates destinés à mesurer le temps.
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AUTOMATE

Le terme automate émerge en français pour la première fois dans Gargantua, ouvrage de François Rabelais publié en 1534, pour évoquer « de petits engins automates, c'est-à-dire soi mouvans eux-mêmes ». L'étymologie grecque est ici explicite : automatos signifie « qui se meut par lui-même » et renvoie à l'idée d'une force, d'une intention interne. Les « petits engins » de Rabelais réfèrent à une réalité qui lui est bien antérieure. Les automates, comme dispositifs techniques (essentiellement mécaniques et hydrauliques) mais aussi comme figures imaginaires, sont connus depuis l'Antiquité.

On distingue deux sens à cette notion. Le premier sert à désigner tous les plans techniques (réalisés ou non) décrivant un dispositif (ornemental ou utilitaire) qui se meut, c'est-à-dire qui se met en activité, par lui-même et qui est, au sens propre, automatique. De l'horloge à l'ordinateur, l'histoire des techniques accorde une place importante à cette famille de machines. Le second sens renvoie aux nombreuses tentatives d'imaginer une machine qui imite un être vivant.

Les automates techniques

Relativement bien connue, l'histoire des automates comporte quelques temps forts : l'Antiquité, le xviiie siècle et la période contemporaine.

Les Égyptiens construisent quelques statues animées mécaniquement et les Grecs, des automates destinés à mesurer le temps. Ktésibios, qui vivait à Alexandrie au iiie siècle avant notre ère, rend automatique la clepsydre (horloge hydraulique). Philon de Byzance invente (230 av. J.-C.) des dispositifs complexes tels qu'un lavabo automatique, qui tend une pierre ponce et régule le flux de l'eau. Héron d'Alexandrie (125 av. J.-C.) est connu pour ses machineries scéniques décrites dans son Traité des pneumatiques. Tous ces automates, essentiellement décoratifs, ne trouvent guère d'applications pratiques systématiques à une époque où l'automatisation du travail humain n'est pas d'actualité.

Ces mécanismes, connus du monde arabe, seront redécouverts à la Renaissance, époque particulièrement riche en innovations techniques. Au xviiie siècle, le Français Jacques Vaucanson fabriquera des automates perfectionnés qui le rendront célèbre, comme Le Joueur de flûte (1738), mécanique androïde de 1,50 m qui jouait avec précision douze airs, lents ou rapides, ou le fameux Canard digérateur. Mais surtout, il imagine un cylindre perforé (1775) qui automatise la fabrication des étoffes bouclées et suscite l'inquiétude chez les canuts de Lyon. Son amélioration par Joseph-Marie Jacquard, en 1801, révolutionnera l'industrie textile.

Le monde des automates va connaître un bouleversement majeur avec l'invention, en 1945, de l'ordinateur par le mathématicien américain John von Neumann. Cette nouvelle machine applique la notion de programme et d'algorithme, systématisée par le mathématicien anglais Alan Turing en 1936, à la réalisation de calculs complexes et au traitement de l'information. L'ordinateur permettra la généralisation de l'automatisation.

Les progrès de l'automate depuis l'Antiquité sont largement redevables de la découverte et de l'emploi systématique du principe de rétroaction (feed-back). Déjà présente dans la clepsydre de Ktésibios, la rétroaction consiste en un dispositif qui agit (en donnant des ordres à une machine, par exemple) en fonction d'un but déterminé à l'avance et d'une analyse des réactions de l'environnement à sa propre action. Elle constitue donc le « cœur informationnel » de tout automate. Avec ce dispositif, l'automate se régule lui-même en fonction des variations de son environnement, comme la machine à vapeur dotée par James Watt d'un régulateur à boules, le thermostat ou l'ordinateur.

La cybernétique des années 1940, inventée par le mathématicien américain Norbert Wiener, sera le berceau de nouvelles théories, notamment la théorie mathématique de l'information, et de nouvelles techniques, autour de l'électronique. L'invention du transistor permettra un accroissement très important des performances dans ce domaine (miniaturisation, vitesse, nombre d'informations traitées). Toutes ces techniques vont renouveler le principe de l'automate et permettre à ses nombreuses réalisations d'atteindre le statut d'objets indispensables dans les domaines, entre autres, de l'industrie, de l'armement, des transports, de l'électroménager, de la communication et de l'aide à la décision.

L'automate comme créature artificielle

À côté du monde des automates essentiellement utilitaires se développe le projet, à la fois plus restreint et plus ambitieux, de concevoir des automates anthropomorphes (à l'image de l'homme) ou zoomorphes (à l'image d'un animal). On en trouve trace dans le Sefer yesirah, ouvrage utilisé par les juifs pieux au Moyen Âge, qui évoque la possibilité de la création d'un animal artificiel, comme preuve de sagesse. La légende du Golem de Prague est construite autour de la figure de l'automate qui protège les communautés juives de la rumeur et de l'agression. Pétri dans l'argile par la main de l'homme et à son image, cet automate devient un être aux réactions humaines grâce aux lettres sacrées que l'on appose sur son front ou sa poitrine. Il suffit de les lui retirer pour qu'il redevienne matière inerte.

Les robots – terme apparu en 1921, dans une pièce de théâtre de Karel Čapek (1890-1938), pour désigner de petits êtres artificiels anthropomorphes répondant aux ordres de leurs maîtres – à l'image de l'homme sont massivement présents dans la littérature de fiction ou d'anticipation. Les vocables d'androïdes ou de cyborgs sont aussi utilisés. Le thème du robot trouve une illustration célèbre dans le film de Fritz Lang, Metropolis (1926), qui met en scène une « femme artificielle », Maria, animée grâce à l'électricité. Il emprunte à la créature du docteur Frankenstein (1827) imaginée par Mary Shelley et aux récits du même type qui parcourent le xixe siècle, comme celui d'Olympia, héroïne mécanique de L'Homme au sable d'Hoffmann, ou celui de L'Ève future (1886), roman de Villiers de L'Isle-Adam qui met en scène le récit complexe de la création d'une femme artificielle grâce aux ressources conjuguées de la technique et des forces surnaturelles.

Deux des plus grands auteurs contemporains de science-fiction, Isaac Asimov (1920-1992) et Philip K. Dick (1928-1982), voient leur œuvre traversée par le thème de l'automate-robot. Là où, dans l'univers noir de Dick, les robots sont volontiers assassins, Asimov y verra une figure positive, pourvu que l'on accepte de fixer des règles du jeu claires aux relations entre les hommes et leurs sosies artificiels. Le travail d'Asimov s'inscrit dans une tentative plus militante de faire partager au monde une certaine forme d'optimisme technologique.

Ce projet d'un automate « à l'image de l'homme », pour utopique qu'il soit, n'en constitue pas moins une ressource imaginaire peut-être essentielle à la créativité dans le domaine des automates, bien réels ceux-là, qui peuplent notre quotidien, pour le meilleur et parfois pour le pire.

Auteur: Philippe BRETON
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