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Définition de : CENTRE /PÉRIPHÉRIE, arts

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Article publié par Encyclopaedia Universalis CENTRE /PÉRIPHÉRIE, arts e Durant la seconde moitié du xx siècle, l'histoire de l'art s'est diversifiée sous la pression d'un relativisme croissant. Elle emprunte à d'autres disciplines de nouvelles approches qui, focalisées sur le contexte social, mettent désormais l'accent sur la synchronie. Sa branche la plus ancienne, l'histoire des formes, évolue ainsi vers une géographie de l'art. Celle-ci, qui puise ses racines dans les théories positivistes sur le déterminisme du lieu, procède d'une nouvelle conception du territoire, centrée non plus sur l'identité culturelle d'une nation, mais sur la dynamique des échanges artistiques, sous-tendue par l'idée contemporaine d'une communauté européenne. Elle consiste essentiellement à comprendre les modes de diffusion du style, en usant de trois notions complémentaires et nécessaires à la définition d'une transmission : l'influence, le centre et la périphérie. Si la première n'a pas vraiment suscité de théorisation, les deux autres ont fait l'objet d'une analyse circonstanciée par Enrico Castelnuovo et Carlo Ginzburg dans une Histoire de l'art italien collective en 1979 (version française, « Domination symbolique et géographie artistique dans l'histoire de l'art italien », in Actes de la recherche en sciences sociales, 40, 1981). L'influence désigne l'impact qu'exerce, à un moment déterminé, le style d'une personnalité sur celui d'une ou de plusieurs autres.
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CENTRE /PÉRIPHÉRIE, arts

Durant la seconde moitié du xxe siècle, l'histoire de l'art s'est diversifiée sous la pression d'un relativisme croissant. Elle emprunte à d'autres disciplines de nouvelles approches qui, focalisées sur le contexte social, mettent désormais l'accent sur la synchronie. Sa branche la plus ancienne, l'histoire des formes, évolue ainsi vers une géographie de l'art. Celle-ci, qui puise ses racines dans les théories positivistes sur le déterminisme du lieu, procède d'une nouvelle conception du territoire, centrée non plus sur l'identité culturelle d'une nation, mais sur la dynamique des échanges artistiques, sous-tendue par l'idée contemporaine d'une communauté européenne. Elle consiste essentiellement à comprendre les modes de diffusion du style, en usant de trois notions complémentaires et nécessaires à la définition d'une transmission : l'influence, le centre et la périphérie. Si la première n'a pas vraiment suscité de théorisation, les deux autres ont fait l'objet d'une analyse circonstanciée par Enrico Castelnuovo et Carlo Ginzburg dans une Histoire de l'art italien collective en 1979 (version française, « Domination symbolique et géographie artistique dans l'histoire de l'art italien », in Actes de la recherche en sciences sociales, 40, 1981).

L'influence désigne l'impact qu'exerce, à un moment déterminé, le style d'une personnalité sur celui d'une ou de plusieurs autres. Elle doit être envisagée comme la relation concrète entre des individus qui se côtoient dans un même espace et peuvent se transmettre un style particulier sur une durée plus ou moins longue, en générant une tradition ou ce que l'on appelle une « école ». En étendant son acception du niveau du style individuel à celui du style collectif, elle sert aussi à désigner le courant artistique produit dans un foyer et qui rayonne sur une aire plus ou moins vaste. Le foyer de production se définit par sa densité artistique, c'est-à-dire par l'existence d'une demande concurrentielle, qui entraîne celle d'une offre adaptée, et soucieuse de se distinguer par ses innovations. De ce fait, il produit un style qui lui est propre (ou du moins ressenti comme tel aujourd'hui), et dont on peut saisir l'aire de diffusion. Ce foyer peut alors se concevoir comme un centre, dont dépend une périphérie.

Du centre à la périphérie, le courant est véhiculé par les réseaux économiques et géopolitiques, qui garantissent la circulation rapide des artistes et des œuvres. Il passe le plus souvent par différents relais urbains, dont la densité artistique, nécessairement inférieure à celle du centre, est variable. Dans les zones les plus denses, il est assimilé et continuellement remis à jour. Dans les moins denses, il s'apparente à une « colonisation », par un nombre très restreint d'artistes qui, en situation de monopole, conservent parfois sur plusieurs décennies leur style initial, ce qui a fait parler abusivement de « retard stylistique », notion anachronique entraînant parfois de dangereux présupposés. Mais la périphérie est plus complexe. Lorsqu'elle se situe dans une zone de frontière, elle peut subir l'attraction de plusieurs centres, dont elle synthétise les modèles, qu'elle les adopte alternativement ou qu'elle leur résiste, en opérant des choix. Elle est ainsi distincte de la « province », qui, selon la proposition faite par l'historien de l'art polonais Jan Białostoki au congrès World of Art : Themes of Unity in Diversity tenu à Washington, en 1986, pourrait désigner, par opposition, une zone dépendant strictement d'un seul centre. Dans l'article « Zentrum, Peripherie, Transperipherie » d'un ouvrage consacré à la sculpture gothique (Studien zur Geschichte der europäischen Skulptur im 12 /13. Jahrhundert, 1994), Peter Cornelius Claussen a également proposé de distinguer la périphérie d'une « transpériphérie », qui, plus éloignée du centre, possède sa propre tradition et, au contact d'artistes étrangers, se transforme de manière plus ou moins profonde.

Auteur: Frédéric ELSIG