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Définition de : CITOYENNETÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis CITOYENNETÉ Le terme « citoyenneté », aujourd'hui souvent galvaudé, a une signification précise. La citoyenneté a d'abord un sens juridique. Le citoyen n'est pas un individu concret. C'est un sujet de droit. Il dispose à ce titre de droits civils et politiques. Il jouit des libertés individuelles et il dispose des droits politiques : participer à la vie politique et être candidat à toutes les fonctions publiques. En revanche, il a l'obligation de respecter les lois, de participer aux dépenses collectives en fonction de ses ressources et de défendre la société dont il est membre, si elle se trouve menacée. Le principe de légitimité politique La citoyenneté est aussi le principe de la légitimité politique. Le citoyen est détenteur d'une partie de la souveraineté politique. C'est l'ensemble des citoyens, constitués en collectivité politique ou en « communauté des citoyens », qui, en choisissant les gouvernants par l'élection, est à la source du pouvoir. Les gouvernés doivent obéir aux ordres des gouvernants parce que ces derniers ont été choisis par eux et restent sous leur contrôle. En proclamant la souveraineté du citoyen, les révolutionnaires de 1789 posaient un principe de transcendance des particularismes.
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CITOYENNETÉ

Le terme « citoyenneté », aujourd'hui souvent galvaudé, a une signification précise. La citoyenneté a d'abord un sens juridique. Le citoyen n'est pas un individu concret. C'est un sujet de droit. Il dispose à ce titre de droits civils et politiques. Il jouit des libertés individuelles et il dispose des droits politiques : participer à la vie politique et être candidat à toutes les fonctions publiques. En revanche, il a l'obligation de respecter les lois, de participer aux dépenses collectives en fonction de ses ressources et de défendre la société dont il est membre, si elle se trouve menacée.

Le principe de légitimité politique

La citoyenneté est aussi le principe de la légitimité politique. Le citoyen est détenteur d'une partie de la souveraineté politique. C'est l'ensemble des citoyens, constitués en collectivité politique ou en « communauté des citoyens », qui, en choisissant les gouvernants par l'élection, est à la source du pouvoir. Les gouvernés doivent obéir aux ordres des gouvernants parce que ces derniers ont été choisis par eux et restent sous leur contrôle.

En proclamant la souveraineté du citoyen, les révolutionnaires de 1789 posaient un principe de transcendance des particularismes. Constitués en « nation », pour reprendre la formule de l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, les citoyens cessaient d'être des individus concrets pour agir dans l'espace public en tant que citoyens. C'est pourquoi ils devenaient en principe également citoyens, quelles que fussent leurs origines historiques, leurs croyances et leurs pratiques religieuses, leurs appartenances sociales. Le citoyen avait, selon les révolutionnaires, la capacité de s'arracher, au moins partiellement, à ses enracinements particuliers et d'entrer, en droit, en communication avec tous les autres. Il pouvait cesser d'être déterminé par son appartenance à un groupe réel. Il était défini précisément par sa capacité de rompre avec les déterminations qui l'enfermaient dans une culture et un destin imposés par sa naissance, de se libérer des rôles prescrits.

La séparation du public et du privé devenait un principe fondateur de l'ordre social : au privé la liberté des individus historiques dans toute leur diversité ; au public l'affirmation de l'égalité des droits des citoyens. L'opposition entre les spécificités de l'homme privé, membre de la société civile, et l'universalisme du citoyen organise les pratiques de la citoyenneté. En même temps, contrairement à la démocratie limitée de l'Antiquité, tous les hommes avaient vocation à accéder à la citoyenneté.

Cette nouvelle légitimité impliquait également un principe de séparation du religieux et du politique. À partir du moment où les hommes s'autoconstituaient en pouvoir légitime, les Églises se trouvaient éliminées en tant que source de pouvoir. Il va de soi que ce principe ne conduisait pas nécessairement à organiser telle ou telle forme concrète de séparation entre les Églises et l'État, qui devait faire l'objet de négociations entre le pouvoir politique et les groupes religieux selon des modalités propres à chaque nation.

La modernité politique

À partir de ces principes nouveaux, la modernité politique se caractérise par des formes politiques inédites fondées sur l'idée de délégation ou, en termes modernes, de représentation. C'est ainsi seulement que la République pouvait effectivement devenir le régime d'un grand pays. Les démocrates modernes ont inventé les institutions politiques par lesquelles cette représentation était assurée : élections, Parlement, responsabilité des gouvernants devant les citoyens ou devant leurs représentants, participation des groupes sociaux et, en particulier, des partis politiques pour organiser la compétition pour le pouvoir. Toutes ces institutions politiques ont pour sens d'organiser la représentation. Mais la tension entre l'idéal de la participation directe des citoyens et la représentation n'est jamais définitivement éliminée. Lorsque l'aspiration à la démocratie directe est forte, elle tend à établir un régime d'assemblée, émanation directe du corps électoral, à accepter le référendum comme une forme normale de la pratique politique, elle multiplie les formes de participation à tous les niveaux. Quand la valeur de la représentation est intégrée par les citoyens, le régime parlementaire est préféré.

La citoyenneté n'est pas une essence donnée une fois pour toutes, qu'il importerait de maintenir et de transmettre. Qu'il s'agisse de la conception qu'on s'en fait ou des règles juridiques et, plus généralement, de l'ensemble des institutions et des pratiques sociales qui l'organisent, elle ne cesse d'évoluer. C'est une construction historique. L'idée même de la citoyenneté est d'ailleurs issue de deux histoires particulières, celle de l'Angleterre et celle de la France. Le citoyen, dans la tradition anglaise, est d'abord libéral. Dans la tradition française, le citoyen est l'héritier de l'absolutisme royal qui avait construit une relation directe entre le roi et ses sujets. C'est d'abord un démocrate, disposant de la liberté politique par la participation à la souveraineté collective. La citoyenneté est, pour lui, une et unitaire.

Une vocation universelle

Il existe pourtant un trait commun à la citoyenneté moderne, sa dimension potentiellement universelle. Les sociétés modernes ont progressivement conçu, puis inscrit dans les institutions cette vocation universelle de la citoyenneté. Parce qu'elle est définie en termes juridiques et politiques, la communauté des citoyens a pour vocation de s'ouvrir à tous ceux qui sont susceptibles de participer à la vie politique, quelles que soient leurs caractéristiques particulières.

La citoyenneté n'est pas seulement le principe de la légitimité politique, c'est également la source du lien social. Dans la société démocratique moderne, le lien entre les hommes n'est plus religieux ou dynastique, il est politique. Vivre ensemble, ce n'est plus partager la même religion ou être, ensemble, sujets du même monarque, ou être soumis à la même autorité, c'est être citoyens de la même organisation politique. Cet individualisme démocratique risque toujours d'affaiblir les institutions nationales par lesquelles était traditionnellement assurée l'intégration de la société.

Même dans ses échanges quotidiens, la société des citoyens ne ressemble à aucune autre. Chaque citoyen participant à la même souveraineté a droit au même respect, il a droit à voir reconnaître sa dignité. Les relations entre les hommes sont fondées sur l'idée et la valeur de l'égale dignité de tous. En même temps, l'égalité de tous les citoyens risque de dériver vers l'indistinction de tous les individus. Dans la société démocratique, toute distinction tend à être perçue comme discriminatoire. C'est le cas jusque dans la vie privée et familiale, où les âges et les sexes sont par nature différents. Dans la société démocratique, les conditions s'égalisent et les mœurs s'adoucissent, analysait déjà Alexis de Tocqueville. Le démocrate est doux. Mais il est guetté par la solitude et le narcissisme nés du souci exclusif de développer son moi.

Auteur: Dominique SCHNAPPER