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Définition de : CLASSE SOCIALE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis CLASSE SOCIALE Si la notion de classe sociale n'a pas été forgée par Karl Marx, celle-ci n'en est pas moins couramment associée à son œuvre. Dans son Tableau économique (1758), François Quesnay divisait déjà la société en classe productive, classe des propriétaires et classe stérile. Cette distinction, fondée sur les sources des revenus, est employée pendant la Révolution française pour distinguer des groupes en fonction de la place qu'ils occupent dans la e division du travail. Au début du xix siècle, la notion est couramment employée par Saint-Simon et les socialistes français, Charles Fourier, Louis Blanc ou Étienne Cabet. Puis Marx l'emploie pour désigner des groupes dont les rapports antagoniques sont déterminés par leur rôle économique, c'est-à- dire par leur place dans le processus de production. Selon ses écrits et en fonction des contextes historiques qu'il analyse, Marx évoque l'existence d'un nombre variable de classes sociales (les patriciens, les prolétaires, les capitalistes, la petite-bourgeoisie, les banquiers, les boutiquiers, etc.). Cependant, ses analyses reposent essentiellement sur l'antagonisme entre les propriétaires des moyens de production et ceux qui ne possèdent que leur force de travail.
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CLASSE SOCIALE

Si la notion de classe sociale n'a pas été forgée par Karl Marx, celle-ci n'en est pas moins couramment associée à son œuvre. Dans son Tableau économique (1758), François Quesnay divisait déjà la société en classe productive, classe des propriétaires et classe stérile. Cette distinction, fondée sur les sources des revenus, est employée pendant la Révolution française pour distinguer des groupes en fonction de la place qu'ils occupent dans la division du travail. Au début du xixe siècle, la notion est couramment employée par Saint-Simon et les socialistes français, Charles Fourier, Louis Blanc ou Étienne Cabet. Puis Marx l'emploie pour désigner des groupes dont les rapports antagoniques sont déterminés par leur rôle économique, c'est-à-dire par leur place dans le processus de production. Selon ses écrits et en fonction des contextes historiques qu'il analyse, Marx évoque l'existence d'un nombre variable de classes sociales (les patriciens, les prolétaires, les capitalistes, la petite-bourgeoisie, les banquiers, les boutiquiers, etc.). Cependant, ses analyses reposent essentiellement sur l'antagonisme entre les propriétaires des moyens de production et ceux qui ne possèdent que leur force de travail.

Définitions

Depuis Max Weber, qui suggérait que, pour interpréter la réalité des sociétés industrielles, il fallait distinguer des échelles de pouvoir, de prestige et de richesse, l'expression « classe sociale » a été admise par les sociologues. Henri Mendras, par exemple, en donne la définition suivante dans Éléments de sociologie (2001) : « Pour qu'il y ait classes sociales, il faut qu'il y ait un regroupement de groupes sociaux réels et que ce regroupement manifeste son unité de quelque manière, que ce soit une unité d'action, si ce groupe a des intérêts communs et s'il s'organise pour les défendre ou du moins réagit de façon identique à ces intérêts ; ou bien simplement qu'il y ait une suffisante similitude de situations pour qu'on puisse prévoir des réactions communes. »

Quelques caractéristiques supplémentaires peuvent être ajoutées à cette définition. L'existence de classes sociales suppose à la fois une certaine permanence des positions sociales et la mise en œuvre de stratégies de transmission de celles-ci. De même, s'il existe clairement une hiérarchie établie dans la société, celle-ci n'est pas acceptée par tous comme allant de soi. La société de classes se caractérise donc par une contradiction entre une égalité de droit (cf. la Déclaration des droits de l'homme) et une hiérarchie de fait. Par-delà la diversité d'acceptions qu'autorise cette définition minimale, il semble que la description de la hiérarchie des classes par le discours sociologique se caractérise par deux ambitions principales, plus ou moins accentuées.

La première est de rendre compte de la réalité objective de cette hiérarchie. C'est ainsi que, pour Maurice Halbwachs, la classe ouvrière exécute les ordres, se trouve asservie à la matière qu'elle façonne et est soumise au rythme harassant des machines, tandis que la bourgeoisie, chargée de définir les fins collectives, donne les ordres ; la classe moyenne, caractérisée par la seule possession d'une technique limitée, est chargée de les faire exécuter. De son côté, Thorstein Veblen estime, dans Théorie de la classe de loisir (1899), que la classe de loisir affirme son rang, au sommet de l'échelle sociale, par la consommation ostentatoire, qui fonctionne donc comme un marqueur social, exhibant tout ce qu'on a gaspillé comme temps et comme argent.

Dans la sociologie de Weber, la situation de classe est définie généralement comme la chance typique de posséder un monopole positif ou négatif quant à la distribution des biens, au rang et au sort des individus intéressés. Une classe renvoie donc à des intérêts économiques communs relatifs à la possession de biens et aux chances de créer un revenu.

Une conscience d'appartenance

Ces inégalités objectives, qu'on peut quantifier en examinant par exemple la disparité des niveaux de vie, ont aussi leur pendant dans l'esprit des individus, ainsi que l'avait déjà vu Marx qui parlait de « conscience de classe ». Cerner cette conscience subjective constitue la seconde ambition des sociologues. Si les manières de penser et de faire dépendent de conditions matérielles et institutionnelles, elles sont aussi modelées par la représentation que se font collectivement les individus de ces conditions. C'est ainsi que le même Halbwachs postule que, à partir du moment où il est inséré dans l'espace social, un groupe se fait une idée tout à lui de la place qu'il y tient. Ce qui constitue une classe sociale, c'est donc autant une place dans les rapports de production que des préoccupations et des aspirations collectives qui en sont issues, lesquelles se reflètent dans les personnalités des membres de la classe, et orientent leurs actions. La classe supérieure, par exemple, sait bien que c'est elle « qui détermine les directions, les objets principaux de l'activité commune, et qui manifeste mieux que les autres aussi les tendances communes à tous » (Esquisse d'une psychologie des classes sociales, 1955) parce qu'elle incarne un faisceau de valeurs fondamentales reconnues par l'ensemble de la société.

En définitive, c'est sans doute dans la sociologie de Pierre Bourdieu que ces deux versants de l'analyse se révèlent avec le plus de netteté, puisqu'il prétend prendre en compte simultanément les inégalités objectives et les différences subjectivement perçues. Dans La Distinction (1979), Bourdieu associe à chaque classe un « habitus de classe », c'est-à-dire un « système de dispositions » qui orientent l'action de telle sorte que, dans une situation donnée, chacun tend à agir d'une certaine manière plutôt que d'une autre sous l'effet des représentations et des comportements de classe « incorporés ». L'appartenance de classe se comprend alors comme un double mouvement d'intériorisation de conditions objectives et d'extériorisation par des pratiques spécifiques de ces conditions collectivement interprétées.

L'habitus des classes dominantes manifeste, dans ses goûts, un rapport « distancié » au monde, autorisé par la liberté dont elles disposent par rapport aux nécessités de la vie pratique. Les goûts des classes dominantes manifestent une stratégie de distinction qui consiste à faire croire que cette supériorité est dans l'ordre des choses : le « bon goût » est naturel, le mauvais goût ne l'est pas.

La petite-bourgeoisie occupe une position intermédiaire dans l'espace social. De ce fait, elle vit sa condition sur un mode angoissé en restant partagée entre son inclination « naturelle » pour une culture populaire et son désir d'une culture bourgeoise. Au bas de l'échelle sociale, les goûts de la classe populaire sont toujours marqués du sceau de la nécessité de reproduire à moindre coût la force de travail. Ils montrent l'absence de liberté dans les choix. C'est pourquoi « l'esthétique populaire » renvoie à la satisfaction de la fête comme moyen symbolique de libération, moment où on renverse le cadre des convenances, à la morale de la bonne vie qui rappelle la nécessité d'oublier momentanément les tracas de la vie quotidienne.

Auteur: Jean-Christophe MARCEL