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Définition de : CLONE ET CLONAGE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis CLONE ET CLONAGE Le terme « clone » (du grec klôn, « pousse ») a été introduit dans le langage e de la biologie au xx siècle pour désigner un ensemble d'individus génétiquement semblables provenant d'un organisme unique par reproduction asexuée. Durant près de trois milliards d'années – depuis l'apparition de la vie sur Terre, il y a 3,5 à 4 milliards d'années, jusqu'à l'émergence de la sexualité, il y a environ 1 milliard d'années – le clonage fut le seul mode de reproduction sur notre planète. Encore très actif chez les plantes et les micro-organismes, ce type de reproduction engendre des individus sensiblement identiques à partir d'un ancêtre unique commun. À l'inverse, la procréation sexuée, adoptée par la quasi-totalité des animaux et des végétaux, est le processus par lequel deux êtres dissemblables, un mâle et une femelle, mélangent leurs caractères de façon aléatoire. On parle alors de la « grande loterie de l'hérédité » capable de produire une immense variété de descendants différents les uns des autres et de leurs parents. Le mythe du clonageLe mythe du clonage Le mythe de la production asexuée de mammifères, dont l'homme ou du moins des créatures à forme humaine, est extrêmement ancien. Au e xvi siècle, Paracelse décrit la recette de la production d'homoncules (homunculi) et fait référence à des auteurs de l'Antiquité.
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CLONE ET CLONAGE

Le terme « clone » (du grec klôn, « pousse ») a été introduit dans le langage de la biologie au xxe siècle pour désigner un ensemble d'individus génétiquement semblables provenant d'un organisme unique par reproduction asexuée. Durant près de trois milliards d'années – depuis l'apparition de la vie sur Terre, il y a 3,5 à 4 milliards d'années, jusqu'à l'émergence de la sexualité, il y a environ 1 milliard d'années – le clonage fut le seul mode de reproduction sur notre planète. Encore très actif chez les plantes et les micro-organismes, ce type de reproduction engendre des individus sensiblement identiques à partir d'un ancêtre unique commun. À l'inverse, la procréation sexuée, adoptée par la quasi-totalité des animaux et des végétaux, est le processus par lequel deux êtres dissemblables, un mâle et une femelle, mélangent leurs caractères de façon aléatoire. On parle alors de la « grande loterie de l'hérédité » capable de produire une immense variété de descendants différents les uns des autres et de leurs parents.

Le mythe du clonage

Le mythe de la production asexuée de mammifères, dont l'homme ou du moins des créatures à forme humaine, est extrêmement ancien. Au xvie siècle, Paracelse décrit la recette de la production d'homoncules (homunculi) et fait référence à des auteurs de l'Antiquité. À cette époque, on peut également citer le Golem de la Kabbale juive, décrit par le rabbin Loeb de Prague. Plus près de nous, imaginé en 1932 par Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes, le procédé Bokanovsky, qui permet à un œuf fécondé in vitro de bourgeonner pour engendrer de huit à quatre-vingt-seize embryons, est un clonage reproductif garantissant une parfaite stabilité sociale. Des cohortes d'êtres identiques, appartenant à différentes catégories utilitaires distinctes (des alphas aux epsilons), sont parfaitement adaptés à la réalisation des tâches pour lesquelles ils ont été conçus.

Après la Seconde Guerre mondiale, les romans de science-fiction utilisant explicitement le mot clone deviennent légion et aboutissent à lui conférer un sens commun différent de sa signification scientifique : le clone se réfère non plus à l'ensemble des êtres identiques, mais au double de certains individus. Par exemple, le Polonais Stanislas Lem propose pour la première fois, dans son livre Summa technologiæ (1963), de produire des doubles clonés d'êtres humains afin de leur servir de réserves d'organes à greffer. Dans son best-seller Ces garçons qui venaient du Brésil (1976), Ira Levin imagine que quatre-vingt-quatorze clones de Hitler sont élevés de sorte que leur environnement affectif et psychologique soit propice à l'émergence d'une personnalité similaire à celle du Führer défunt. Le mythe est alors si bien établi que lorsque David Rorvik fait paraître À son image, le clonage d'un homme (1978), où il décrit la reproduction asexuée d'un milliardaire excentrique, le public se rue sur l'ouvrage dans lequel il voit le récit d'une histoire authentique.

Le clonage à l'heure de la révolution biologique

Pendant ce temps, à partir de 1972-1973, l'avènement du génie génétique amène les biologistes moléculaires à donner un sens nouveau au mot clone, celui d'une collection de molécules d'acide nucléique identiques obtenue par clonage de micro-organismes génétiquement modifiés. Par glissements sémantiques successifs, on passe de l'opération de clonage d'une bactérie à laquelle est intégré un fragment d'ADN étranger au « clonage » de ce dernier... et même, de plus en plus fréquemment dans la littérature scientifique spécialisée, au clonage de la protéine codée par le gène amplifié dans le clone de micro-organismes génétiquement modifiés.

À partir de 1986, on commence à « cloner » des mammifères par transfert, dans des ovules énucléés (débarrassés de leur propre noyau), d'un noyau provenant de cellules diverses. Il s'agit tout d'abord de cellules d'embryons très jeunes (ne comportant que quatre ou huit cellules). Puis sont utilisées les cellules de fœtus et finalement d'adultes. Ainsi naît en Écosse, le 5 juillet 1996, la brebis Dolly, la publication décrivant ce succès étant diffusée à partir du 23 février 1997. Le premier mamifère cloné devient immédiatement une star internationale sur la litière de laquelle se penchent autorités religieuses, dirigeants, philosophes... La confusion règne autour du terme clone tant celui-ci a acquis de significations variées. On voit dans le cas Dolly les prémisses des clonages humains, du milliardaire imaginé par Rorvik aux doubles de Hitler en passant par les réserves d'organes de Lem, toutes horreurs dont on prête d'autant plus aisément le dessein aux biologistes moléculaires et autres généticiens qu'eux aussi se vantent de « cloner »... des gènes. Or n'est-ce pas l'ADN cloné à partir du sang d'animaux du Secondaire (vivant entre 245 et 65 millions d'années) prélevé dans les intestins d'insectes piqueurs emprisonnés dans l'ambre qui, après injection dans des œufs modernes, permit de peupler Jurassic Park dans le roman de Michael Crichton, popularisé en 1993 par le film de Steven Spielberg ? La confusion est immense, au point que tout généticien interrogé sur sa discipline ne manque pas d'être questionné sur le clonage des mammifères et des humains. En réalité, la génétique – la science de la transmission et de la ségrégation des caractères héréditaires – et le génie génétique – l'ensemble des techniques de recombinaison d'ADN dont le but est de modifier ces caractères – sont l'exacte antithèse du clonage d'organismes, c'est-à-dire de leur reproduction à l'identique.

La confusion s'est encore accrue lorsque l'on s'est mis à parler de clonage humain reproductif ou thérapeutique. Le premier correspondrait chez l'homme à la réalisation des expériences qui ont abouti à la naissance de Dolly et, entre 1997 et 2004, de plus de mille animaux appartenant à neuf espèces de mammifères. Le second aurait pour but d'obtenir par clonage (c'est-à-dire par transfert de noyau) un embryon cloné possédant les mêmes gènes qu'une personne à soigner. En principe, les cellules de cet embryon pourraient servir à soigner de nombreuses maladies, et ne seraient pas objet d'une réaction de rejet de greffe puisqu'elles seraient identiques aux cellules du malade auquel elles seraient administrées. En réalité, il n'est pas sûr qu'une telle méthode mérite le nom de clonage, et encore moins qu'elle recèle vraiment des perspectives thérapeutiques...

La « jeune pousse » grecque est ainsi devenue un mot emblématique de la transition entre le xxe et le xxie siècle. Le clone, copie presque conforme de l'existant, est l'antithèse de la diversité. Qu'il s'agisse de la pensée ou des corps, représentera-t-il la référence principale des sociétés humaines de ce troisième millénaire ? Ou bien, celles-ci sauront-elles toujours s'enrichir de la variété de ce qu'elles engendrent et créent, leurs enfants issus de la grande loterie de la reproduction sexuée, et leurs idées promptes à quitter les sentiers battus ?

Auteur: Axel KAHN
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