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Définition de : COMMUNICATION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis COMMUNICATION En référence à Hermès, mais aussi à l'archange Gabriel, tous deux messagers, la communication peut être d'abord considérée comme « médiation », c'est-à-dire comme lien entre deux éléments, deux choses ou deux êtres. La communication serait alors un passage entre une source émettrice et un pôle récepteur. Dans cette acception, il est possible de dégager une structure élémentaire et sommaire de la communication, où se joue une relation de transmission, dans laquelle seul l'émetteur est actif dans la constitution du message. S'il existe une activité dans ce type de communication, elle se borne à une diffusion de connaissances ou d'informations. Parallèlement à cet usage particulier, la communication est parfois aussi désignée comme « moyen de faire passer un message », dont le contenu est plus ou moins dépendant du médium utilisé. Elle possède alors des caractéristiques techniques, qui la limitent à une activité matérielle. Ces deux usages communément admis reposent essentiellement sur un schéma unidirectionnel et manquent le problème de la communication dans son acception dynamique et interactionnelle. Une pensée de la communauté Pour atteindre le concept, sans doute faut-il revenir sur l'étymologie du mot. Communis, en latin, formé sur cum (« avec ») et munus (« charge »), évoque le partage, l'accomplissement en commun d'une fonction.
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COMMUNICATION

En référence à Hermès, mais aussi à l'archange Gabriel, tous deux messagers, la communication peut être d'abord considérée comme « médiation », c'est-à-dire comme lien entre deux éléments, deux choses ou deux êtres. La communication serait alors un passage entre une source émettrice et un pôle récepteur. Dans cette acception, il est possible de dégager une structure élémentaire et sommaire de la communication, où se joue une relation de transmission, dans laquelle seul l'émetteur est actif dans la constitution du message. S'il existe une activité dans ce type de communication, elle se borne à une diffusion de connaissances ou d'informations. Parallèlement à cet usage particulier, la communication est parfois aussi désignée comme « moyen de faire passer un message », dont le contenu est plus ou moins dépendant du médium utilisé. Elle possède alors des caractéristiques techniques, qui la limitent à une activité matérielle. Ces deux usages communément admis reposent essentiellement sur un schéma unidirectionnel et manquent le problème de la communication dans son acception dynamique et interactionnelle.

Une pensée de la communauté

Pour atteindre le concept, sans doute faut-il revenir sur l'étymologie du mot. Communis, en latin, formé sur cum (« avec ») et munus (« charge »), évoque le partage, l'accomplissement en commun d'une fonction. Si la mise en commun est au centre de la communication, c'est qu'elle ne prend corps que dans le cadre de la communauté. Aristote, dans la Politique (ive av. J.-C.), définit d'ailleurs l'homme comme un animal politique doué du logos (à la fois « parole » et « raison »), c'est-à-dire comme un individu engagé dans la communauté par sa capacité d'échange grâce au langage. Jürgen Habermas, quant à lui, dans la Théorie de l'agir communicationnel (1981), conçoit la communication comme fondatrice de la société et de ses valeurs constitutives. C'est dire que la communication et la communauté sont dépendantes l'une de l'autre, et que l'homme est au centre de leur rapport. Parce qu'elle représente une caractéristique essentielle des activités de chacun, il convient d'interroger tous ses usages pour former un concept complet.

Roman Jakobson, dans les Essais de linguistique générale (1963), a montré que le verbe communiquer avait un usage parallèle aux verbes envoyer, diffuser et transmettre, dans la mesure où le schéma de communication qu'il propose rend compte de son seul usage informationnel : un émetteur envoie un message à un public qui ne fait que le recevoir. Or, dans toute communication, les rôles de l'émetteur et du récepteur sont interchangeables : le message ne fonctionne pas comme un bien matériel mais se constitue comme bien symbolique, ce qui suppose que sa signification n'est pas donnée d'emblée. Par ailleurs, le schéma de Jakobson suppose que le code, le contexte et le contact sont communs aux deux agents de la communication. Cette conception est à interroger. Le code langagier, en effet, n'est pas a priori uniforme entre les individus, tout comme le contexte est propre à chaque sujet, qui possède une histoire personnelle, une vision des choses singulière, tout comme le contact n'est pas seulement physique : il est surtout interpersonnel.

Émile Benveniste, dans « Communication animale et langage humain » (Problèmes de linguistique générale, 1966-1974), présente la communication à la fois comme une affaire sociale, symbolique et référentielle. La construction de cette « communauté de communication », comme la désigne Francis Jacques dans Dialogiques (1979), s'appuie sur le langage, comme moyen symbolique exemplaire de signifier. Mais cette signifiance relève d'une condition référentielle : toute signification n'est possible que par référence au monde et dans le monde. La communication se fonde alors comme un contexte de compréhension pour le langage, qui s'effectue en usage.

Communication et communicabilité

Le point de vue pragmatique prend en charge cette approche fonctionnelle de la communication en soulignant que celle-ci met en commun entre deux agents un message, dont le sens est à construire ensemble, c'est-à-dire qu'elle tient compte des intentions et des attentes de chacun, mais aussi de leurs croyances et de leurs contextes propres. La théorie des actes de langage, à laquelle ont contribué Ludwig Wittgenstein, avec les jeux de langage (Investigations philosophiques, 1953), John Langshaw Austin,1953, avec la mise en présence au sein des actes de langage d'actes performatifs (Quand dire, c'est faire, 1962), et John Rogers Searle, avec des recherches approfondies et classificatoires concernant les actes illocutoires (Sens et référence, 1979), a contribué à enrichir le caractère actionnel, relationnel et interactionnel de la communication. Celle-ci se conçoit comme un processus dynamique, au cours duquel les actants s'engagent à entrer en relation active pour donner du sens à leur communication. C'est alors qu'on devra parler de « communicabilité ». Si Emmanuel Kant, dans la Critique de la faculté de juger (1790), emploie déjà le terme de « communicabilité » pour indiquer l'idée d'un sensus communis, c'est à Francis Jacques que l'on en doit le sens dialogique qui, plus que de souligner l'importance de la communication intersubjective, lui confère un aspect interlocutif. La communicabilité, de ce point de vue, s'oppose au sens passif de la communication, et vient désigner une condition de possibilité de l'interaction communicationnelle et de la compréhension du sens.

La communication est à la fois un transport de données – puisqu'elle transite par des voies de communication, que celles-ci soient verbales, gestuelles, comportementales, morales, techniques ou technologiques – une opération sémiotique, – dans la mesure où il s'agit d'un transfert de signes symboliques – et une opération sémantico-pragmatique – c'est-à-dire une construction commune du sens et de la référence de la part des interlocuteurs à partir de ce qui leur est déjà commun. Dès lors, communiquer, ce n'est plus transmettre un sens déjà déterminé, mais constituer un sens en commun, avec l'autre ; ce qui en fait un acte de partage, un jeu dynamique et interactionnel qui fonde la communication comme dialogique, au sens que lui donne Francis Jacques dans L'Espace logique de l'interlocution (1985).

Auteur: Marie GAUTIER
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