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Définition de : COMMUNICATION ANIMALE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis COMMUNICATION ANIMALE La communication animale consiste en un transfert, immédiat ou différé, d'informations entre des animaux, émetteur(s) et récepteur(s), qui ajustent leur comportement en conséquence. Pour établir une classification du monde vivant, les philosophes naturalistes de l'Antiquité ont utilisé les moyens de communication des animaux (livrées nuptiales, odeurs spécifiques, chants...) ; ils ont analysé d'une manière quasi expérimentale la communication avec l'animal domestique. Leurs interrogations, encore très actuelles, portaient déjà sur la structure, la fonction et la signification des signaux, leurs variations en fonction du contexte et de l'état physiologique, le rôle de l'éducation et de l'imitation ou le caractère volontairement trompeur de certains messages. Les naturalistes du e xviii siècle ont complété, espèce par espèce, l'inventaire des signaux propres à la communication, mais ils connaissaient surtout les animaux chassés et les espèces domestiques qui échangent quotidiennement avec l'homme les signaux réglant leurs interactions. Évolution et communication Avec Darwin, la communication animale est considérée comme une facette de l'instinct qui est structuré par la sélection pour réussir dans la lutte pour la vie. La sélection artificielle des animaux domestiques est le modèle.
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COMMUNICATION ANIMALE

La communication animale consiste en un transfert, immédiat ou différé, d'informations entre des animaux, émetteur(s) et récepteur(s), qui ajustent leur comportement en conséquence.

Pour établir une classification du monde vivant, les philosophes naturalistes de l'Antiquité ont utilisé les moyens de communication des animaux (livrées nuptiales, odeurs spécifiques, chants...) ; ils ont analysé d'une manière quasi expérimentale la communication avec l'animal domestique. Leurs interrogations, encore très actuelles, portaient déjà sur la structure, la fonction et la signification des signaux, leurs variations en fonction du contexte et de l'état physiologique, le rôle de l'éducation et de l'imitation ou le caractère volontairement trompeur de certains messages. Les naturalistes du xviiie siècle ont complété, espèce par espèce, l'inventaire des signaux propres à la communication, mais ils connaissaient surtout les animaux chassés et les espèces domestiques qui échangent quotidiennement avec l'homme les signaux réglant leurs interactions.

Évolution et communication

Avec Darwin, la communication animale est considérée comme une facette de l'instinct qui est structuré par la sélection pour réussir dans la lutte pour la vie. La sélection artificielle des animaux domestiques est le modèle. L'éleveur choisit les reproducteurs en fonction, entre autres, de traits de comportement favorables à ses objectifs, associés à des signaux d'expression qui deviennent habituels puis héréditaires. Il peut aussi rechercher l'esthétique ou les bizarreries de la livrée et d'autres signaux utilisés dans le comportement reproducteur. La sélection naturelle fonctionne de la même manière, mais le choix est effectué par la sélection sexuelle entre partenaires et la compétition pour la survie. Les variantes des caractères morphologiques et mouvements d'expression des reproducteurs qui ont le plus de succès sont transmises à un plus grand nombre de descendants, et ainsi de suite au fil des générations. Ainsi, par l'accumulation sélective de ces petites variations héréditaires, l'évolution a façonné les signaux conventionnels et les comportements héréditaires de communication que l'on observe aujourd'hui.

Éthologie de la communication

Une fois admise, l'idée d'évolution justifie une psychologie animale comparative qui rapproche les psychologues et les naturalistes. La nature, la fonction, la signification, l'apprentissage et la reconnaissance des signaux sont alors mis à l'épreuve de l'expérimentation afin de rechercher les fondements psychiques de la communication. Au début du xxe siècle, les travaux sur les singes analysent les comportements d'imitation et de coopération ; puis, en 1927, Karl von Frisch parle de « langage » à propos de la danse par laquelle l'abeille indique à ses congénères la localisation d'une source de nourriture.

L'éthologie classique examine la communication dans le cadre de sa théorie de l'instinct considéré comme inné et héréditaire. La perception du signal inné par le récepteur active dans son cerveau un mécanisme, également inné, qui déclenche une réponse toute prête, comme une clef ouvre une serrure. Des leurres très simplifiés de l'émetteur sont aussi efficaces que le signal naturel pour entraîner la réponse, ce qui permet d'explorer expérimentalement la nature des signaux. Entre deux partenaires, la succession des déclencheurs émis alternativement par chacun génère une séquence d'actes stéréotypés et ritualisés où la place de l'apprentissage est limitée. Ces actes instinctifs sont assez rigides pour fonder une classification et reconstruire des lignées évolutives. Les contradicteurs rejettent le caractère inné de la communication et démontrent des modifications par apprentissage durant le développement.

Écologie de la communication

À partir du milieu des années 1970, la communication animale est envisagée dans une nouvelle perspective des processus évolutifs. Les actes et signaux porteurs d'information ont été façonnés et conservés par la sélection naturelle parce qu'ils remplissent leur fonction d'une manière optimale. Ils représentent le moyen le plus économique de communiquer et participent à l'optimisation globale du comportement des organismes au service de la survie des gènes qu'ils portent. Toute petite variation d'un signal ou d'une réponse qui favorise leur transmission au plus grand nombre de descendants est privilégiée au fil des générations. Dans la communication sexuelle, les pressions sélectives conjointes de l'environnement et du choix par le partenaire favorisent certains canaux sensoriels et accentuent les signaux expressifs. Mais communiquer a aussi un coût en termes de survie : alerte des prédateurs et consommation d'énergie dans les parades et les conflits. En compensation, les interactions utilisent peu de signaux et limitent les combats à des menaces ritualisées et des contacts sans danger qui désignent un vainqueur sans attenter à la survie du vaincu. La variation de la durée, la portée, l'intensité, l'organisation séquentielle ou le contexte de l'émission des signaux enrichissent l'information transmise. Un message trompeur sur l'état réel de l'émetteur peut contribuer à la réduction du coût de la communication afin de réaliser le meilleur compromis entre avantages et inconvénients. Pour les animaux sociaux, de façon temporaire ou permanente, des signaux ont été sélectionnés pour la coopération et la coordination des activités collectives. Aussi, les intérêts respectifs de chaque individu pondèrent l'utilisation des signaux égoïstes ou coopératifs en fonction des proximités génétiques entre les communicants.

Communication animale et sciences cognitives

Durant le dernier tiers du xxe siècle, la neuro-éthologie a recherché, sur des modèles, les bases nerveuses de la communication acoustique, olfactive et visuelle. Les circuits capables de produire et de décoder une émission spécifique sont démêlés parfois à l'échelle du neurone. Si, dans certains cas, l'organisation préexiste dans le système nerveux, dans d'autres, elle résulte d'une construction par apprentissage au cours du développement, de l'embryon à l'adulte, en interaction avec l'environnement et les modifications hormonales.

Dans la conception actuelle, le langage animal reste une métaphore. La symbolique très pauvre de l'abeille qui indique à ses congénères la localisation d'une source de nourriture est loin de l'abstraction qu'exige un véritable langage. Les tentatives pour apprendre un langage à des singes, qu'il soit vocal, gestuel ou basé sur un système de jetons, ne révèlent qu'une symbolique élémentaire limitée surtout à la communication avec l'homme. Elles ne représentent qu'un apprentissage complexe, jamais détaché du concret, que l'on peut modéliser pour simuler les activités collectives. Cela autorise des applications dans le dressage des chiens d'aveugles, des singes qui aident les handicapés ou remplacent l'homme dans la conduite de machines. Aujourd'hui, les dimensions cognitives de la communication sont explorées chez les insectes et vertébrés supérieurs, surtout les primates, par l'éthologie expérimentale, la neuro-éthologie et les sciences de l'artificiel, en s'appuyant sur les plus récents progrès technologiques. L'étude de la communication animale est devenue un champ très vivant de l'éthologie cognitive.

Auteur: Raymond CAMPAN