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Définition de : COMMUNICATION, sociologie

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Article publié par Encyclopaedia Universalis COMMUNICATION, sociologie La notion de communication, dont le sens est pluriel, est au cœur de toute réflexion sur l'homme. Il suffit de dire « l'homme est un être du langage » pour entendre par là qu'être homme c'est être en relation avec autrui, donc communiquer. Toute l'histoire de la philosophie s'inscrit dans cette réflexion. Encore faut-il savoir quel sens donner à cette dimension ontologique de la communication. Pour cela, il nous paraît nécessaire de différencier communiquer et informer. L'information, c'est cet échange de messages dont le contenu vise à modifier l'environnement cognitif des agents. C'est une des formes particulières de la communication, celle qui s'ouvrira à un traitement par des machines. Mais, comme dit le bon sens : « on peut parler sans avoir rien à dire », c'est-à-dire affirmer son être propre dans un espace où l'autre existe comme référent dans un jeu de réciprocité identitaire. Évidemment, il n'est pas d'information qui ne soit aussi communication, quand ce ne serait que par le sens que le récepteur donne à l'émetteur. Inversement, toute communication prend la forme d'un échange d'informations, y compris dans l'absence de tout contenu informatif. Sociologie des médias La communication est au cœur de l'entreprise sophistique des moyens rhétoriques pour séduire et convaincre. Elle est la préoccupation aristotélicienne des règles logiques du parler juste.
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COMMUNICATION, sociologie

La notion de communication, dont le sens est pluriel, est au cœur de toute réflexion sur l'homme. Il suffit de dire « l'homme est un être du langage » pour entendre par là qu'être homme c'est être en relation avec autrui, donc communiquer. Toute l'histoire de la philosophie s'inscrit dans cette réflexion. Encore faut-il savoir quel sens donner à cette dimension ontologique de la communication. Pour cela, il nous paraît nécessaire de différencier communiquer et informer. L'information, c'est cet échange de messages dont le contenu vise à modifier l'environnement cognitif des agents. C'est une des formes particulières de la communication, celle qui s'ouvrira à un traitement par des machines. Mais, comme dit le bon sens : « on peut parler sans avoir rien à dire », c'est-à-dire affirmer son être propre dans un espace où l'autre existe comme référent dans un jeu de réciprocité identitaire. Évidemment, il n'est pas d'information qui ne soit aussi communication, quand ce ne serait que par le sens que le récepteur donne à l'émetteur. Inversement, toute communication prend la forme d'un échange d'informations, y compris dans l'absence de tout contenu informatif.

Sociologie des médias

La communication est au cœur de l'entreprise sophistique des moyens rhétoriques pour séduire et convaincre. Elle est la préoccupation aristotélicienne des règles logiques du parler juste. On la retrouve dans la philosophie de Moyen Âge.

Avec la société industrielle, elle se constitue comme objet d'une science particulière. On parlera alors des « moyens de communication » pour désigner, outre les routes, canaux, chemins de fer, voies maritimes et bateau à vapeur, la communication de symboles et de services, dans une société conçue analogiquement comme un organisme vivant. En même temps que ces réseaux enchevêtrés, d'autres sont étudiés : dans la banque ou la presse. Et c'est naturellement que les premiers travaux sociologiques sur la communication, au xixe siècle, ont été menés par des ingénieurs des Ponts et Chaussées ou des économistes. Citons Claude Henri de Saint-Simon, qui définit la société comme un système organique tissé de réseaux et qui voit déjà dans l'aménagement du système des voies de communication et celui d'un système de crédit ce qui fait la physionomie unitaire de la société moderne. La construction des lignes de chemin de fer (« réseaux matériels ») et la création de sociétés bancaires (« réseaux spirituels ») sont la condition nécessaire à l'avènement de l'âge positif.

Au xxe siècle, on désignera du terme de « communication de masse » les techniques de diffusion de messages liées au progrès scientifico-technique, depuis quelques années, presse, radio, cinéma, télévision et, depuis quelques années, N.T.I.C. (nouvelles technologies d'information et de communication).

Ce terme de « masse » pose problème, car il peut sous-entendre qu'on a affaire à une audience indifférenciée, « massive » et dominatrice (Gustave Le Bon avait évoqué avec horreur « l'ère des foules » ; en 1939, Serge Tchakhotine, dans son étude sur la propagande politique, parlera du « viol des foules »). Il reste que les moyens d'information et de communication se sont multipliés, et ce sous le signe de la vitesse. La planète rétrécit, l'ubiquité abolit les distances. Cet avènement d'une communication sans limites est peut-être ce qui, plus que tout autre phénomène, caractérise notre temps.

L'acte de communication

La recherche sur les communications de masse s'est centrée sur l'étude du trajet des messages, de l'agent émetteur au sujet récepteur, et sur la réponse de celui-ci.

On doit le paradigme qui dominera la sociologie des mass media durant des décennies à Harold Lasswell, qui l'énonce ainsi : « On peut décrire une action de communication en répondant aux questions suivantes : qui dit quoi, par quel canal, avec quel effet ? » L'étude scientifique du processus de communication tend à se centrer sur l'une ou l'autre de ces questions. Le spécialiste du « qui » (communicant) s'attache à l'étude des facteurs qui engendrent et dirigent la communication... Le spécialiste du « quoi » pratique l'analyse de contenu (content analysis). Celui qui étudie surtout la radio, la presse, le cinéma et les autres médias de communication participe à l'analyse des médias (media analysis). Lorsque le centre d'intérêt est constitué par les personnes atteintes par les médias, nous parlons d'analyse de l'audience (audience analysis). Si le problème traité est celui de l'impact sur les récepteurs, il s'agit d'une analyse des effets (effect analysis).

Très vite, les enquêtes ont montré une relation émetteur-récepteurs plus complexe. Les enquêtes menées par Paul Lazarsfeld en 1940, à l'occasion de la campagne présidentielle Roosevelt-Wilkie, et celles faites par Bernard Berelson et ses collaborateurs (Voting, 1955) révéleront l'influence d'opinion leaders (guides d'opinion), personnalités qui influencent l'entourage en donnant sens aux messages médiatiques. Le face to face contact, le contact personnel, s'y révélait plus important que l'action directe des médias.

James D. Halloran conclut : « Nous devons nous distancer de telle ou telle étude sur les effets de la télévision ou ceux de la lecture des journaux. En réalité, ce n'est pas la vraie question à se poser. La vraie question à se poser n'est pas de savoir ce que la télévision “fait” du public mais bien de savoir ce que telles catégories de gens, dans des situations différentes, avec des goûts, des mœurs et des prédispositions différents, font des médias dans les différentes situations. C'est la question de leur utilisation : comment des gens situés dans des structures sociales et des cultures déterminées utilisent-ils les médias ? »

À côté de ces sociologies d'enquêtes se développera une sociologie critique, qui pose que l'acte de communication ne peut être compris sans référence à la société globale dans laquelle il s'inscrit, et en dehors de la question : « qui contrôle les instruments de communication (et de manipulation ?), au bénéfice de qui ? » Ce sera le courant de l'école de Francfort (Theodor Adorno, Herbert Marcuse, etc.)

Les enquêtes révèlent que les liens sociaux sont d'une tout autre complexité que ceux impliqués dans la notion de « masse ». Elles révèlent aussi la difficulté d'une approche holistique à partir de la nature de la société globale. Mais, inversement, on ne peut réduire les technologies à de simples instruments sans incidences sur le lien social. Les ingénieurs qui inventent de nouveaux procédés imaginent en général des usages qui leur paraissent rationnels et que souvent la société détourne. C'est que toute nouvelle technologie ne s'inscrit dans le corps social et ne s'y impose que de la façon dont elle prend sens dans ce dernier et dont elle s'y voit assignée. Ce n'est donc jamais à partir des seules caractéristiques d'une technique et selon une logique qui réduirait l'explication à la seule nature intrinsèque de celle-ci que peut être comprise sa socialisation. Les effets d'une technologie et son devenir social ne relèvent pas d'une approche positiviste où la technique serait, en tant que telle, cause de ses effets sociaux, mais il y a à considérer que nous sommes dans une logique du symbolique qui ne relève pas de l'explication en termes de causes et d'effets. C'est par l'analyse de l'esprit d'une société (d'autres diront de son imaginaire) que s'explique la socialisation d'une invention technique en tant que celle-ci répond à une demande sociale latente qu'elle rend manifeste pour, ensuite, la surdéterminer de sa propre logique.

Auteur: André AKOUN