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Définition de : COMPORTEMENT SOCIAL

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Article publié par Encyclopaedia Universalis COMPORTEMENT SOCIAL Les sciences humaines et sociales ont pris en dépôt la notion de comportement social. Elles lui assignent un contenu dont on peut marquer à la fois la continuité et la spécificité par rapport à la notion de comportement. De même que le comportement se définit, au sens large, comme l'ensemble des réactions adaptatives et observables d'un organisme, la notion de comportement social participe d'une classe particulière de phénomènes, celle des phénomènes observables. C'est d'ailleurs en définissant le comportement comme une manifestation objective de l'activité qu'Henri e Piéron et John B. Watson ouvriront, au début du xx siècle, l'un la voie de la psychologie objective et l'autre celle du behaviorisme. Mais, ainsi opposée à l'introspection, la notion de comportement social laisse échapper sa spécificité sociologique. Il est clair que la psychologie et la sociologie sont supposées remplir des conditions analogues de scientificité : les deux « sciences du comportement » sont fondées sur une mise en relation des comportements empiriques qu'elles observent avec les conditions d'apparition de ceux-ci. Il reste que le comportement social se distingue du simple comportement. Le comportement social reçoit en effet sa signification du système d'interactions particulier dans lequel il s'inscrit. Il est donc irréductible à l'ensemble des manifestations individuelles par lesquelles il s'exprime.
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COMPORTEMENT SOCIAL

Les sciences humaines et sociales ont pris en dépôt la notion de comportement social. Elles lui assignent un contenu dont on peut marquer à la fois la continuité et la spécificité par rapport à la notion de comportement. De même que le comportement se définit, au sens large, comme l'ensemble des réactions adaptatives et observables d'un organisme, la notion de comportement social participe d'une classe particulière de phénomènes, celle des phénomènes observables. C'est d'ailleurs en définissant le comportement comme une manifestation objective de l'activité qu'Henri Piéron et John B. Watson ouvriront, au début du xxe siècle, l'un la voie de la psychologie objective et l'autre celle du behaviorisme. Mais, ainsi opposée à l'introspection, la notion de comportement social laisse échapper sa spécificité sociologique. Il est clair que la psychologie et la sociologie sont supposées remplir des conditions analogues de scientificité : les deux « sciences du comportement » sont fondées sur une mise en relation des comportements empiriques qu'elles observent avec les conditions d'apparition de ceux-ci. Il reste que le comportement social se distingue du simple comportement. Le comportement social reçoit en effet sa signification du système d'interactions particulier dans lequel il s'inscrit. Il est donc irréductible à l'ensemble des manifestations individuelles par lesquelles il s'exprime.

Définition

Max Weber a donné un contenu conceptuel solide à la distinction entre comportement simple et comportement social. Il soutient qu'un comportement peut être qualifié de social dans la mesure où il intègre le comportement d'autrui dans l'anticipation et dans l'actualisation de son déroulement extérieur. En 1921, Weber formalise sa définition de la façon suivante : « N'importe quel contact entre les hommes n'est pas de caractère social, mais seul l'est le comportement propre qui s'oriente significativement d'après le comportement d'autrui. » Alors que le comportement simple est informé par une intention subjective, le comportement social est guidé par un sens subjectivement visé qui le motive. Il doit ainsi mobiliser une double compétence cognitive. Le sujet social doit présumer du contenu mental ou du déroulement extérieur du comportement d'autrui, à quoi son propre comportement se rapporte. Il doit aussi, corrélativement à cet examen préalable de la situation d'interaction, anticiper sur les déroulements potentiels de son propre comportement et du comportement d'autrui. Le comportement social peut donc être défini comme le comportement individuel qui s'indexe sur le comportement des autres individus et qui s'oriente en conséquence. Cette double caractéristique introduit la notion de comportement social dans le champ de l'altérité. Plus précisément, elle ouvre sur ce que Weber appelle l'« expectation » (Erwartung) du comportement d'autrui : l'ensemble des attentes de comportement réciproque permet en effet à la relation sociale de s'instituer en tant que telle (au sens où la relation sociale désigne la chance qu'une situation d'interaction s'ordonne autour d'un contenu intersubjectivement partagé). Le comportement social englobe donc le comportement collectif, où le contenu intersubjectif est soustrait à l'influence directe de ceux qui le partagent (Robert E. Parket Ernest W. Burgess, 1921). Mais la dimension expectative du comportement social ne circonscrit pas simplement le domaine des anticipations mentales qui balisent la vie en société, et qui sont liées à la perception que les individus peuvent avoir des rôles sociaux et des normes dont ces rôles dépendent (Robert K. Merton, 1976). Elle implique surtout une proposition forte dans le champ de la sociologie de la connaissance : c'est parce que le rapport entre un comportement et un contenu mental prend le plus souvent la forme extérieure d'une régularité observable que le sujet social peut être fondé à formuler des hypothèses sur le déroulement probable de la conduite d'autrui.

Outre qu'elle a donné congé à la tentation de substantialiser les entités collectives, cette proposition a donné lieu à d'importants développements. Dans le domaine de la psychosociologie, elle a permis d'expliciter le terme « social » en mettant l'accent sur la qualité interpersonnelle du comportement. Un comportement peut être dit social, dans la mesure où il renvoie au réseau des relations qui s'établissent entre des individus placés les uns par rapport aux autres dans des positions définies. L'homme se différencie de l'animal par sa conscience réflexive : en intériorisant ses propres gestes, il peut s'émanciper d'un schéma déterministe de type stimulus-réponse. Il peut ainsi convertir des attitudes mécaniques en de véritables comportements interpersonnels. Comme l'indiquait déjà Weber, « social » et « mécanique » sont des termes antithétiques : le comportement social revêt un caractère significatif qui fait défaut à la conduite automatique. D'autre part, la capacité d'intériorisation du sujet l'autorise à se mettre mentalement à la place d'autrui. Dans ces conditions, le processus d'auto-intégration psychique ne se laisse pas séparer d'un processus d'intégration plus large, celui de la pluralité des rôles sociaux. George Herbert Mead a pu ainsi souligner que la genèse du « soi » (self) est liée à l'assimilation d'un « autrui généralisé » (generalized other) : la communauté organise son contrôle sur la conduite de ses membres en leur concédant la possibilité d'endosser mentalement des rôles socialement différenciés, et ainsi de réaliser leur unité psychique (1934).

Un savoir nomologique

Dans le domaine de la théorie de la connaissance sociologique, la proposition wébérienne a permis d'isoler et d'identifier le savoir nomologique comme une composante fondamentale de la compréhension et de l'explication des comportements sociaux. Le modèle de rationalité cognitive inhérent à la notion d'expectation autorise à renvoyer l'analyse du comportement social vers la connaissance positive de certaines règles typiques de l'expérience. En faisant l'économie de considérations psychiques adventices, il devient alors possible d'utiliser une psychologie de convention restreinte aux raisons plausibles qui poussent les individus à agir dans des contextes d'interaction spécifiques (Raymond Boudon, 1984). L'appel au savoir nomologique puise aux sources de la connaissance ordinaire. C'est alors l'activité cognitive elle-même du sujet social qui est garante d'objectivité scientifique. Elle répond en effet à nos attentes et à nos anticipations concernant la manière dont les individus ont l'habitude de réagir dans des situations données. Les motivations sous-jacentes des comportements sociaux se laissent reproduire, avec la puissance démonstrative de l'évidence, par toute autre conscience qui s'attache à la recomposer. On notera donc l'impossibilité de réduire la notion de comportement social à la thèse d'un « en soi » psychique, autonome et autosuffisant. Elle enveloppe l'ensemble des interactions individuelles qui sont accompagnées de significations intersubjectivement négociées. Elle implique de fait un continuum de rationalité cognitive entre les motifs qui font sens au sujet agissant, à la conscience que ce sujet ou qu'un autre sujet peut en avoir au titre de sujet connaissant et à la pensée du sujet de connaissance qui prétend les saisir objectivement.

Auteur: Frédéric GONTHIER
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