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Définition de : DÉNOTATION /CONNOTATION, linguistique

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Article publié par Encyclopaedia Universalis DÉNOTATION /CONNOTATION, linguistique On appelle « dénotation » la capacité que possède un terme lexical de renvoyer potentiellement à une classe d'êtres du monde (personnes, choses, lieux, processus, activités...). Par exemple, un nom comme « maison » dénote toute entité présentant les attributs mentionnés dans la définition de ce terme, à savoir tout « bâtiment d'habitation construit pour loger une famille » ; un adjectif comme « blanc » dénote la couleur de toutes les choses qui peuvent être dites blanches (peinture, sable, mur, peau...) ; un verbe comme « manger » dénote un certain type de procès. On peut donc définir la dénotation d'une unité lexicale comme l'extension du concept constituant son signifié, c'est-à-dire comme la classe des êtres susceptibles d'être désignés par cette unité : la classe des maisons (existantes, ayant existé ou possibles), la classe des choses blanches, la classe des procès de manducation, etc. Cette extension est elle-même délimitée virtuellement par l'intension dudit concept, c'est-à-dire par l'ensemble des attributs le caractérisant en propre. La dénotation – ou « référence virtuelle » – doit être distinguée de la « désignation » – ou « référence effective ».
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DÉNOTATION /CONNOTATION, linguistique

On appelle « dénotation » la capacité que possède un terme lexical de renvoyer potentiellement à une classe d'êtres du monde (personnes, choses, lieux, processus, activités...). Par exemple, un nom comme « maison » dénote toute entité présentant les attributs mentionnés dans la définition de ce terme, à savoir tout « bâtiment d'habitation construit pour loger une famille » ; un adjectif comme « blanc » dénote la couleur de toutes les choses qui peuvent être dites blanches (peinture, sable, mur, peau...) ; un verbe comme « manger » dénote un certain type de procès.

On peut donc définir la dénotation d'une unité lexicale comme l'extension du concept constituant son signifié, c'est-à-dire comme la classe des êtres susceptibles d'être désignés par cette unité : la classe des maisons (existantes, ayant existé ou possibles), la classe des choses blanches, la classe des procès de manducation, etc. Cette extension est elle-même délimitée virtuellement par l'intension dudit concept, c'est-à-dire par l'ensemble des attributs le caractérisant en propre.

La dénotation – ou « référence virtuelle » – doit être distinguée de la « désignation » – ou « référence effective ». La désignation de l'unité lexicale, c'est l'être particulier auquel renvoie cette unité lorsqu'elle est employée de façon effective dans un énoncé : « cette maison-ci », « la grande maison », « deux maisons » ; « le sable blanc », « cette peau blanche » ; « j'ai mangé ce matin » ; etc. Par différence avec la désignation, la dénotation d'une unité ne renvoie pas à une occurrence particulière. Elle définit seulement les conditions de satisfaction que doit remplir un être quelconque pour qu'il puisse être désigné par cette unité, et reste donc une notion abstraite.

On oppose classiquement la dénotation à la « connotation », mais la caractérisation respective de ces deux termes est fort variable d'un auteur à l'autre. C'est au philosophe et logicien anglais John Stuart Mill (1806-1873) que l'on doit d'avoir introduit cette opposition. Dans l'usage qu'il en fait, le couple dénotation /connotation se rapproche d'abord du couple extension /intension (dans la continuation de la logique scolastique), puis de celui de référence /sens (repris de Gottlob Frege).

En linguistique toutefois, cette opposition est utilisée dans une autre perspective. Elle sert en premier lieu à distinguer, dans la signification d'une unité, ce qui fait l'objet d'un consensus de la part des sujets parlants (« dénotation ») et ce qui est particulier à un individu ou à un groupe d'individus (« connotation ») : l'adjectif « blanc » dénote une certaine couleur, mais, selon les sujets, il peut connoter la pureté, la pâleur, la fadeur... De là, on glisse facilement vers une distinction entre le côté « référentiel » (ou « cognitif ») et le côté « émotif » (ou « affectif ») de la signification ; on parlera alors des connotations positives ou négatives d'une unité : si tout le monde s'accorde sur la couleur dénotée par le terme « rouge », en revanche pour certains sujets ce terme revêt une connotation positive (flamme, chaleur, amour...), pour d'autres une connotation négative (sang, danger...). Par-delà la diversité des approches, c'est donc l'opposition entre le caractère « objectif » et le caractère « subjectif » de la signification qu'ont choisi de retenir la plupart des linguistes.

Si le sens dénotatif est en général bien pris en compte dans les théories sémantiques, en revanche le sens connotatif se révèle beaucoup plus difficile à cerner et à décrire : le premier constitue en effet le « noyau dur » référentiel stable, alors que le second s'avère très labile et instable. D'où une plus grande attention accordée au premier, traité comme le composant central et stylistiquement neutre de la signification, tandis que le second est souvent considéré comme un « supplément de signification » qui, de façon périphérique, viendrait apporter certains effets stylistiques.

On remarquera que la longue tradition d'étude des termes dits « synonymes » s'est, depuis l'Antiquité (via Prodikos, Varron, Cicéron), fondée sur une distinction de ce type pour rendre compte de la signification de ces termes. Pour les classiques, comme Vaugelas, l'abbé Girard ou Charles de Brosses, les synonymes devaient partager une « idée générale » tout en se différenciant en termes d'« idées particulières ». C'est ainsi qu'à l'article « Synonyme » de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (tome XVI, 1765), on trouve cette citation de Girard : « la ressemblance que produit l'idée générale fait donc les mots synonymes ; et la différence qui vient de l'idée particulière qui accompagne la générale fait qu'ils ne le sont pas parfaitement, et qu'on les distingue comme les diverses nuances d'une même couleur ». L'« esprit de finesse » consistait précisément, dans l'usage de la langue, à savoir choisir à bon escient, selon la situation et les circonstances, le terme le plus adéquat parmi plusieurs synonymes – c'est-à-dire à manier de la façon la plus juste possible ce que les linguistes modernes appellent la diversité des sens connotatifs, par-delà l'identité de sens dénotatif.

Auteur: Catherine FUCHS
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