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Définition de : DÉVELOPPEMENT DURABLE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis DÉVELOPPEMENT DURABLE Développement durable et biosphère La réponse au second des deux déséquilibres, celui qui menace la biosphère, n'est pas la décroissance économique comme on l'entend parfois. Cette dernière n'a pas plus de sens que l'impératif de la croissance tous azimuts. En effet, la décroissance interdirait la réduction de la pauvreté et n'est guère compatible avec les systèmes démocratiques. Il convient, en revanche, de disjoindre le dynamisme de nos sociétés – dynamisme économique, financier, scientifique, technologique, social, politique et culturel – de la croissance des flux de matières et d'énergie qui l'a toujours sous-tendu. C'est effectivement la croissance de ces flux qui met en péril la viabilité, pour l'espèce humaine, de la biosphère. Autrement dit, il convient de réduire le substrat matériel de nos économies en cherchant, en premier lieu, à reproduire, pour les matières, le mode de fonctionnement quasi cyclique des écosystèmes naturels. Tel est l'objectif de l'écologie industrielle, dont le programme a d'ores et déjà donné lieu à de multiples réalisations, tant dans les pays anciennement industrialisés que dans les pays émergents, et notamment sous la forme d'écoparcs industriels.
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DÉVELOPPEMENT DURABLE

La notion de développement durable, traduction convenue à défaut d'être satisfaisante de l'anglais substainable development, a été popularisée par le rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, créée en 1983 par l'O.N.U. et présidée par Gro Harlem Brundtland jusqu'en 1987. Elle a été ensuite promue par les Sommets de Rio (1992) puis de Johannesburg (2002). Cette notion constitue une réponse aux deux grands déséquilibres planétaires : une répartition très inégale de la richesse, qu'illustre parfaitement la donne énergétique mondiale (20 p. 100 de la population, soit les trente pays les plus riches, utilisent 80 p. 100 de l'énergie non renouvelable annuellement consommée) ; une dégradation dangereuse de la biosphère (imputable à la concentration de gaz à effet de serre, à l'érosion accélérée de la biodiversité, à l'accumulation de polluants divers, etc.) qui compromet le développement et peut-être l'existence même des générations futures. Les rédacteurs du rapport Brundtland (Notre Avenir à tous, 1987) ont défini le développement durable comme « le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de besoin, et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d'accorder la plus grande priorité, et l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ». Ainsi conçu, le développement durable est censé concilier les trois dimensions suivantes des sociétés humaines : économique, sociale et écologique.

Développement durable et biosphère

La réponse au second des deux déséquilibres, celui qui menace la biosphère, n'est pas la décroissance économique comme on l'entend parfois. Cette dernière n'a pas plus de sens que l'impératif de la croissance tous azimuts. En effet, la décroissance interdirait la réduction de la pauvreté et n'est guère compatible avec les systèmes démocratiques. Il convient, en revanche, de disjoindre le dynamisme de nos sociétés – dynamisme économique, financier, scientifique, technologique, social, politique et culturel – de la croissance des flux de matières et d'énergie qui l'a toujours sous-tendu. C'est effectivement la croissance de ces flux qui met en péril la viabilité, pour l'espèce humaine, de la biosphère. Autrement dit, il convient de réduire le substrat matériel de nos économies en cherchant, en premier lieu, à reproduire, pour les matières, le mode de fonctionnement quasi cyclique des écosystèmes naturels. Tel est l'objectif de l'écologie industrielle, dont le programme a d'ores et déjà donné lieu à de multiples réalisations, tant dans les pays anciennement industrialisés que dans les pays émergents, et notamment sous la forme d'écoparcs industriels. La substitution de la vente des produits par celle des services, ce que l'on appelle l'économie de fonctionnalité, peut aussi contribuer à cet objectif de disjonction des flux matériels et financiers : la vente des produits implique leur obsolescence programmée alors que celle des services peut s'accompagner de leur durabilité. Il convient encore d'ajouter à la nécessaire diminution des flux de matières et d'énergie la décroissance, à plus long terme, des effectifs démographiques planétaires.

Les relations que l'homme noue avec le vivant sont au cœur du développement durable, plus encore que l'épuisement des ressources naturelles. Dans La Civilisation de puissance (1976), Bertrand de Jouvenel reprochait déjà au rapport pessimiste du Club de Rome (Halte à la croissance ?, 1972) de concevoir la nature « comme une mine et une décharge » et « non comme une nature vivante ». L'affirmation, soutenue par des économistes comme les Américains Robert Solow et John M. Hartwick, selon laquelle l'homme saura toujours substituer, à la part de capital naturel qu'il détruit du capital reproductible – à savoir des artefacts divers maintenant ses capacités productrices – passe à côté de l'essentiel : en effet, l'homme a depuis les années 1950, et de façon croissante, un impact massif sur la biosphère. Il en perturbe les grands cycles biogéochimiques (cycles du carbone, de l'eau, de l'azote, etc.) ; il a multiplié par un facteur mille, au moins, le rythme naturel de disparition des espèces. D'où les problèmes auxquels l'homme est désormais exposé, et, au premier chef, l'effet de serre additionnel et l'accélération de l'érosion de la biodiversité. L'un comme l'autre compromettent la viabilité des services que nous rendent gratuitement les écosystèmes naturels (épuration de l'air et de l'eau, régulation du climat, régénération de la fertilité des sols, pollinisation, etc.) et qui sont nécessaires autant à l'agriculture qu'à l'industrie. Or l'homme ne saurait vivre sans ces services qu'il fragilise, et auxquels il est, le plus souvent, incapable de substituer des artefacts. La seule expérience d'artificialisation généralisée du milieu dont on dispose est celle de Biosphère II (1991-1993), une réplique miniature de la biosphère dans le désert de l'Arizona, qui s'est soldée par un échec lamentable. La finitude désormais maintes fois éprouvée des techniques mises au point par l'homme, à savoir le fait que lesdites techniques peuvent engendrer à plus ou moins long terme des effets imprévisibles et dommageables, ainsi que le caractère partiellement chaotique du système climatique s'opposent définitivement aux rêves de maîtrise de la nature. Mieux vaudrait tirer au plus tôt les conséquences de l'asymétrie des capacités de l'homme, destructrices d'un côté et réparatrices de l'autre.

Développement durable, répartition de la richesse et décision publique

La réponse au premier déséquilibre, celui de l'inégale répartition de la richesse, passe tout d'abord par la promotion d'un mode de développement géographiquement et territorialement plus homogène. Les écarts de richesse entre les nations sont relativement récents. Ils se sont rapidement accrus, et ce tout particulièrement depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon l'historien de l'économie Paul Bairoch, la distribution de la richesse au sein des grandes aires de civilisation semble avoir été, jusqu'au xviiie siècle, assez homogène : il n'y avait pas, à proprement parler, de pays pauvres et de pays riches. Or l'actuelle disparité Nord-Sud, pour dire les choses simplement, n'est probablement pas étrangère à la haine, à la violence et au terrorisme qui se développent au sein de la modernité globalisée, et qui constituent une entrave puissante qui compromet, avec la corruption, l'effort en direction de modes de vie plus durables.

Le développement durable appelle encore d'autres modalités pour la prise de décision publique. Dans le cadre classique des démocraties représentatives, les choix publics relèvent des seuls élus, éclairés par la rationalité technique que les services administratifs sont censés leur procurer. Or cette approche de la décision est de plus en plus contestée, surtout lorsque celle-ci doit être arrêtée dans un contexte d'incertitude scientifique et à propos de projets affectant, via l'environnement, la vie quotidienne des gens. Est alors de plus en plus exigée la participation des citoyens à l'amont du processus décisionnel. Cette approche plus horizontale et « dialogale » de la décision s'impose aussi aux agents économiques : ceux-ci doivent alors composer avec les parties concernées par leurs activités (organisations non gouvernementales, associations, porteurs d'intérêts divers). Enfin, l'encadrement juridique de l'essor technologique, par le principe de précaution, relève encore de cette nouvelle approche, concertée, de la prise de décision.

Le développement durable concerne ainsi toutes les dimensions et les grandes orientations de nos sociétés. Au-delà même des implications politiques, environnementales et économiques, l'enjeu est celui d'une civilisation nouvelle.

Auteur: Dominique BOURG
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